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Nouvelle historique : L'attente

par Deal » 07 Juin 2018 21:47

Bonjour,

Je vous propose cette petite histoire de ma composition. ;)
Vous l'avez peut-être déjà lue dans les ouvertures des files "CAC 40" et "Scalping et Daytrading" de la semaine du 04 au 08 juin 2018.

Bonne lecture

Re: Nouvelle historique : L'attente

par Deal » 07 Juin 2018 21:49

L'attente

1/5
La dernière voiture ronronnait, prête à quitter le parking, tandis que deux personnes jetaient leurs sacs à dos dans le coffre. Des éclats de voix s’envolaient dans la brise de cette fin de journée. Un visage enfantin, collé à la vitre de sa portière, regardait le soleil plonger dans la mer. Il réfléchissait à sa nouvelle théorie astronomique, inspirée par l’observation d’un maréchal-ferrant. L'astre du jour refroidissait à chaque immersion et retrouvait son incandescence à chaque apparition matinale. La moitié du disque avait déjà disparu lorsque l'enfant remarqua un léger mouvement répétitif, à la limite de son champ de vision. Il détacha son attention de l'horizon. Un bloc de granit séparait le fond du parking du début du sentier côtier. Une forme bondissante semblait tenter de l'escalader. Elle y parvint enfin et se dressa de toute sa petite taille, face à la mer. Captivé par son observation, l'enfant ne remarqua pas que ses parents avaient embarqué. La voiture démarra. Le rocher et sa vigie sortirent de son champ de vision. Il commença à parler mais personne ne l'écoutait. C'était toujours pareil, quand ils se disputaient, il n'existait plus. Il ferma les yeux pour essayer de revoir l'étrange personnage du rocher.

2/5
Koril regarda la voiture s'éloigner. Le calme revenu, il reporta son attention sur l'horizon. Peut-être que l'enfant l'avait aperçu, peut-être même qu'il en parlerait. Peu lui importait maintenant. Les adultes n'étaient plus réceptifs, l'esprit fermé, verrouillé. Il pensait à son fils Teuz qui devrait être de retour depuis deux nuits déjà. C'était son premier voyage. Tous les dix ans, les clans dispersés se regroupaient. Cette année, l'île d'Erin accueillait la nation. Koril n'était pas du voyage. Doyen du clan de Guilliguy, il restait maintenir une présence ici. Peut-être que son fils reviendrait avec une compagne. Ils resteraient alors dans le clan jusqu'au prochain rassemblement, puis passerai les dix années suivantes dans son clan. Ils avaient embarqué à quarante dans leur nouveau bateau, un voilier grand comme un demi-tonneau, qui pouvait en accueillir plus du double. À mi-chemin ils passeront au plus près des îles de Scilly mais n'y feront relâche qu'au retour. Les clans de Cornouailles auront déjà rejoint les insulaires et, ensemble, ils mettront le cap sur leur destination, Dunlough.

3/5
Teuz scrutait l'horizon depuis l'aube. L'excitation le maintenait éveillé. L'après-midi était bien avancé quand la côte fut signalée par un compagnon plus aguerri. Les navires accostèrent en début de soirée. Arrivée la veille, Kéréore du clan de Dunbeg s'était installée sur un promontoire. Elle observait les navigateurs débarquer. L'un d'eux en particulier attira son attention. Il regardait partout, semblant lui aussi découvrir ce lieu pour la première fois. Inévitablement, leurs regards se croisèrent. Elle se figea sur son observatoire, ne sachant que faire. Elle n'avait pas encore pris de décision quand il apparut à son côté. Il vit d'abord ses yeux, verts, rieurs, lumineux, puis ses joues, rosissant adorablement. Ils ne se quittèrent plus et profitèrent ensemble de ce mois de festivités.
Le jour du départ arriva, ils embarquèrent ensemble. Elle avait rapidement dit au revoir à ses parents, à son clan. La joyeuse troupe fit escale aux îles de Scilly. Durant 2 jours ce ne furent que danses, rires et farces. Ils reprirent la mer à la tombée du jour.

4/5
Les mouvements du bateau se firent progressivement moins secs, moins cassants. Il ondulait maintenant avec nonchalance comme porté par une mer d'huile mouvante. Kéréore blottie contre lui, Teuz somnolait sur le pont en fixant les étoiles, bercé par le déhanchement lent de l'embarcation.
Il percevait par moments une odeur connue, qui lui semblait incongrue ici. Diffuse sous l'effet de la brise, il ne parvenait pas à l'identifier. Les étoiles s'éteignaient progressivement, comme si un géant tirait un voile devant la voûte céleste. Absorbé par l'odeur fuyante, Teuz ne percevait toujours pas ce changement au-dessus de lui. Il sursauta en distinguant soudain la masse énorme qui les surplombait. Il bondit sur ses pieds et vit une embarcation s'éloigner rapidement. Il se retournait vers Kéréore pour la réveiller lorsqu'une explosion retentit, puis une deuxième et une troisième. Elles semblaient provenir de l'intérieur de "la masse". Leur bateau se souleva dans un bouillonnement pestilentiel. Teuz, déséquilibré, bascula et tomba sur Kéréore qui s'éveilla en sursaut. Elle poussa un petit cri, adorable. Agrippant sa compagne, il l'embrassa passionnément. C'est ainsi qu'ils basculèrent par-dessus bord et Teuz décrypta enfin l'odeur : pétrole.
Ils tentèrent de se débattre mais il était déjà trop tard. Ils sombrèrent, englués dans leur dernière étreinte, bientôt suivis par leur voilier et les trente-neuf passagers.

5/5
Depuis plusieurs jours Koril observait des groupes sur la plage en contrebas. Ils pelletaient du matin au soir, remplissant des sacs et des sacs. Chargés sur des remorques tirées par des tracteurs, ils partaient il ne savait où. Une odeur entêtante et désagréable montait jusqu'à lui. Il ne sentait plus l'air marin qui lui plaisait tant. Ce jour-là il regardait deux personnes travaillant un peu à l'écart. Elles s'échinaient sur un bouquet de rochers, retirant des détritus coincés entre les blocs rocheux : une grande branche, un demi-tonneau. Koril regarda le ciel quasiment vide, fait inhabituel à cette époque de l'année. Il reporta son attention sur les deux travailleurs. La désolation du paysage lui donnait la nausée. Il commença à compter ce qu'ils ramassaient, mais la monotonie du décompte l'ennuya rapidement. Il s'efforça alors de reconnaître la nature de ces formes molles et noirâtres. Elles avaient toutes en commun deux appendices longs, minces, plutôt triangulaires et rattachés à une sorte de petit tronc. Progressivement, les deux silhouettes devenaient de plus en plus noires et de moins en moins jaunes. Elles enfournaient maintenant des masses informes dans leurs sacs. Koril commença un nouveau décompte. A quatre dizaines ils scellèrent le sac et l'ajoutèrent aux autres, à côté du demi-tonneau et de la grande branche. Cette association provoqua chez Koril un foudroyant déclic. Ceux qu'il attendait depuis tant de jours, étaient finalement revenus. Ils étaient là, sur la plage d'où ils s'étaient élancés pour leur long périple.
Submergé par le chagrin, Koril se recroquevilla et disparu dans une petite gerbe d'étincelles.

C'est ainsi qu’il y a quatre décennies, le monstre marin Zidac Ocoma engloutit les derniers Korrigans de la côte nord de Bretagne.

Le Guilliguy, mars 2018

Re: Nouvelle historique : L'attente

par cuitaslesbananas » 07 Juin 2018 21:55

:top: top

Re: Nouvelle historique : L'attente

par ChristelleP » 08 Juin 2018 07:42

:mercichinois: :mercichinois:

Re: Nouvelle historique : L'attente

par Katana » 08 Juin 2018 07:43

:top:

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