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Nouvelle historique : Les pendants

par Deal » 19 Déc 2019 20:37

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Bonjour à toutes et tous,

Je vous propose une nouvelle historique (modestement écrite par moi-même).
Nouvelle publiée en 5 posts du 16 au 20/12/19 => Forum Day Trading et Scalping
Ici, avec quelques retouches.

Bonne lecture

Deal

* * * * * * * * * * * * * * * * *
Les pendants

Europe, fin du 20e siècle

Les plaques métalliques claquent sur le ciment du quai à chaque passage de roues.
Les pilotes sortent les blindés du navire, les alignent avec précision, guidés par Fano.
La peinture blanche intégrale fait ressortir les 2 lettres noires sur les flancs.
Le navire repartira dans deux jours. Le groupe aéronaval croise au large.
Sharp Guard, Deny Flight, les jets se relaient pour occuper l'espace aérien, surveiller les côtes.

Enes s’arrête et regarde l’immeuble, là-bas, à 50 mètres. La façade noircie est amputée de la moitié de ses fenêtres.
Il lui faut encore traverser l'avenue puis le petit square désert et gravir les trois marches jusqu'à l'entrée.
Ensuite, traverser le hall, prendre l'escalier, monter quatre étages et enfin souffler.
Il repart, le jerrycan racle les cailloux.
L’avenue, c’est fait. Le petit square, c’est passé. Il pose le pied sur la première des trois marches.
Trois chocs à l'épaule gauche lui font lâcher le jerrycan.
Il se penche pour le reprendre, le ciment éclate devant lui dans un petit nuage de poussière.
Il trébuche, essaie de se rattraper. Seule la main droite répond. Il s’étale au bas des marches.
La douleur est fulgurante, il s’évanouit.

Le froid le réveille, le jerrycan, percé, s'est vidé contre lui.
Les habits gorgés d’eau, il essaie de se relever mais n'y parvient pas.
Il repose la tête dans la flaque d'eau et ferme les yeux.

Le jour se lève, la colonne se met en mouvement.
Reconnaissance du secteur ouest, calme ce matin. Des tirs d'armes légères ont été signalés hier.
Le convoi progresse sans incident. Il reste un tiers du parcours, toujours rien à signaler.
Les véhicules s'engagent sur une avenue bordée de contre allées, parsemées de petits squares.
La radio grésille, le chef de bord Adel a repéré un corps, seul, en pied d'immeuble, à 2 heures.
Les blindés ralentissent, s'espacent et s'arrêtent.
Observation des environs puis trois militaires sortent d'un des VAB.

Un bruit de moteurs, des voix, une langue étrangère.
Enes essaie d'appeler mais aucun son ne sort de sa bouche.
Des uniformes surgissent dans son champ de vision. Ils s'approchent.
Il ferme les yeux, les ouvre, les referme, les rouvre. Il recommence, encore une fois, encore, encore...
Une tentative désespérée de SOS : "je suis là, je vis encore... un peu".
Une odeur de cigarette ; Quelqu'un est penché sur lui, voix calme, apaisante.
Que dit-il ? Que demande-t-il ? Son nom ? Son âge ? Il pense fort "Enes, 9 ans" mais personne n'entend.
D'autres voix, toutes proches mais il ne peut voir pas leurs visages.
On agrippe ses vêtements, la douleur revient, forte, nauséeuse, il s'évanouit à nouveau.

Il fait sombre, chaud, un espace confiné.
Il n’est pas seul, quelqu’un lui tient la main droite.
Il ressent des odeurs de métal, d'huile, des soubresauts.
Ses oreilles bourdonnent d'un ronflement de moteur.

La colonne quitte l'avenue, s'engage dans une rue perpendiculaire.
Aucune circulation, pas de piétons, des voitures endommagées abandonnées contre les trottoirs.
De chaque côté, les maisons noircies, amputées, se succèdent.
Soudain, le VAB de tête décolle, propulsé par une boule de feu. La carcasse se disloque et éparpille les occupants.
Le souffle secoue le quartier, les véhicules. Enes chute lourdement de sa position, sa tête tape le plancher en métal.

Il fait nuit, il fait froid. Allongé sur un brancard, Enes est entouré d'uniformes, rapides, nombreux.
Des voix fortes semblent donner des ordres. Un sifflement continu enveloppe tout.
Son brancard est hissé dans un autre engin. Il entrevoit des formes allongées, du matériel.
Le sifflement s'amplifie, devient strident. La turbine, à plein régime, arrache l'hélicoptère.

Europe, de nos jours

L'ambassadeur jette un œil à la petite pendule à colonnettes puis sort sur la terrasse prolongeant son bureau.
Son bras gauche est encore engourdi ce matin. Une blessure d’enfance qui se réveille depuis quelques temps.
Son regard se porte au-delà du mur d'enceinte, sur le monument de l'autre côté de la rue : quatre statues de fonte, oxydées, orientées vers les quatre points cardinaux.
Chacune couvre les flancs de ses deux voisines et protège les noms, derrière elle, de ceux qui sont tombés.
Le diplomate revoit l'inauguration, les familles, les officiels.
Les sculptures inaugurées, le concepteur est sollicité pour réaliser leurs pendants en France.
Le nouveau statuaire passera deux ans abrité dans une grange.
Il trouvera finalement son emplacement, près de Verdun, cinq ans après son modèle sarajévien.

Un homme passe devant le monument, traverse la rue et se dirige vers la représentation diplomatique.
C’est l'interprète, ponctuel comme chaque jour. Quelques minutes plus tard il se présente sur la terrasse.
L'ambassadeur sourit et d’une poignée de main salue Enes.


Haudainville
Septembre 2019



Notes
Sarajevo: Les Gardiens de l'Espace ( coordonnées Google Maps: 43.86072, 18.41607 )
Haudainville (Verdun) : Les Veilleurs de la Paix ( coordonnées Google Maps : 49.137536, 5.415277 )

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Re: Nouvelle historique : Les pendants

par ChristelleP » 20 Déc 2019 03:19

:merci: Deal :mercichinois:

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