ProRealTime
On y parle psychologie, psychanalyse, développement personnel... Le trading c'est beaucoup plus que des chiffres
Répondre Page 1 sur 1

Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Elcester » 24 Jan 2020 17:06

Dans le cadre de ma semaine d'ouverture je me suis imposé comme challenge de vulgariser plusieurs courant philosophique, tout en essayant de dresser des parallèles avec le trading.

Il se peut que par soucis de vulgarisation ou de mauvaise interprétation de ma part, je puisse faire des erreurs. Mon but n’est évidemment pas de travestir la pensée des auteurs et je serais plus que ravi d’en discuter avec vous afin que l’on puisse s’enrichir mutuellement

On va donc essayer ici d'aborder la notion de bonheur à travers Epicure et sa pensée sur le désir.

Petit aparté sémantique. Le désir est une force intérieure qui nous pousse vers un objet, au sens large. Le désir peut également se définir comme un manque, on désire ce que l’on n’a pas. Le plaisir quant à lui est le résultat de la satisfaction d’un désir.

Pour Epicure, le principal obstacle au bonheur est avant tout notre peur de la mort. Or, avoir peur de la mort, c’est avoir peur d’une projection mentale, d’une idée et non pas d’une réalité. Puisque tant que l’on vit, la mort est par définition absente. Et quand on est mort, nous ne sommes plus présents pour en souffrir. Ainsi, on ne rencontre jamais réellement la mort. Il n’y a donc aucune raison de la craindre.



« Apprendre à vivre, c’est apprendre à mourir »

Ce n’est qu’une fois qu’on n’a plus peur de la mort, qu’on s’est libéré de cette angoisse qu’il est possible de jouir de la vie.

Cependant, L’Epicurisme ne se limite pas à une philosophie de la Jouissance.

En effet, Epicure estime que puisque qu’on suit naturellement le plaisir et que dans le même temps on fuit la douleur, il n’y a pas de raison d’aller à l’encontre de cela. C’est d’ailleurs ce qui nous conduirait vers l’Ataraxie, c’est-à-dire l’absence de trouble, ou autrement dit, la paix intérieure. On parle alors d’Hédonisme.

Toutefois, ce n’est pas pour autant une philosophie de la décadence. Au contraire, Epicure affirme que le bonheur ne peut être atteint dans l’excès.

Tous les plaisirs ne valent pas forcément le coup, puisque les souffrances qui les accompagnent peuvent être supérieur. On peut penser au fait de se saouler, qui peut apporter une satisfaction immédiate, mais qui aura un contrecoup le lendemain à travers la g**le de bois.

En parallèle, certaines souffrances permettent dans un second temps d’apporter beaucoup de bienfaits. On peut illustrer cela avec le trading, la phase d’apprentissage étant source de souffrance, mais qui permet une fois achevé de s’épanouir dans ce domaine.

Epicure propose alors une classification des désirs :



Ainsi, on peut établir que les désirs naturels et non nécessaires peuvent être satisfait, mais avec modération.

Tandis que les désirs non naturels et non nécessaires sont vains car naturellement l’homme n’éprouve pas ce besoin. Or, ce genre de désir peut témoigner d’un dérèglement si l’on y goûte et que le ne parvient pas à maîtriser par la suite, tombant dans l’addiction.

Dès lors, il faut modérer les plaisirs pour qu’ils ne soient que plaisir. Et donc il convient d’être capable de modérer ses désirs, afin que le plaisir ne soit pas souffrant par la suite. Si l’on ne respecte pas cet équilibre, on est alors dans une poursuite immature d’un plaisir qu’on ne maitrise pas. Ce qui revient à être aliéné à ce dernier.



En somme, l’épicurisme n’est pas une philosophie de la décadence comme il est courant de le penser, mais au contraire une philosophie de l’équilibre.

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Elcester » 24 Jan 2020 17:11

J’aimerais également rebondir sur l’adéquation bonheur – argent.
Ceci est une réflexion personnelle, et n’a pas vocation à être imposé en tant que vérité absolue. Au contraire, j’aimerais qu’elle puisse être la base d’un débat entre nous. Ceci afin de créer une émulation pour que chacun puisse s’en nourrir et étoffer sa propre opinion à ce sujet. En effet, je considère que ma réflexion à ce sujet n’en est qu’à ses balbutiements et j’aimerais donc avoir vos avis pour la tester et la faire mûrir.



A priori, les extrêmes 1% de la population, c’est-à-dire les 1% les plus riches et les 1% les plus pauvres, sont les populations les plus sujets à la toxicomanie. A mon sens, les toxicomanes sont des personnes malheureuses qui n’ont trouvé que la drogue comme moyen d’échapper à leur quotidien. On peut alors établir que l’argent dans un extrême comme dans l’autre n’est pas source de bonheur. Son absence, tout comme son abondance aurait même un effet pervers.

Dans le même temps, il existe une corrélation entre le revenu et le niveau de bonheur. Tout du moins, jusqu’à un certain seuil : 3000€. Ce seuil étant évidemment relatif pour chaque personne, il représente une moyenne. Au-delà de ce revenu mensuelle, le bonheur n’augmente plus. On peut associer cela à la théorie des rendements décroissant en économie.

On peut alors se demander légitimement si l’argent fait le bonheur, et surtout dans quelle mesure ?

On peut essayer de répondre à cette question grâce à la classification des désirs d’Epicure. A travers ce prisme, on peut ainsi expliquer pourquoi l’absence totale d’argent ne permet pas d’être heureux. En effet, l’argent permet de satisfaire les désir naturels et nécessaire (comme boire et manger), indispensable au bonheur.

Dans le même temps, on peut constater que jusqu’à un certain confort matériel, l’argent permet de satisfaire la 2e catégorie, dont les désirs sont à satisfaire avec modération.

Au-delà, la recherche démesurée d’argent, qu’on appellera alors cupidité, rentre dans la 3e catégorie, les désirs non naturels et non nécessaire. Ce qu’Epicure considère donc comme un désir vain.

Ainsi, on pourrait simplement répondre à cette question, que l’argent contribue au bonheur tant qu’il répond aux 2 premières catégories de désir établis par Epicure. Au contraire, la cupidité aura un effet pervers sur son bonheur.

Cependant, j’aimerais aller un cran plus loin dans l’analyse.

Je pense qu’on peut définir le bonheur simplement par le fait, au crépuscule de notre vie, d’avoir jouit de notre temps passé sur terre, et ceci sans regret. Le bonheur est donc lié à la qualité du temps passé sur terre, à la qualité des moments qu’on a vécue, des souvenirs que l’on gardera.



Ainsi, l'impact de la richesse sur le bonheur se fait avant tout à travers la liberté financière que permet l’argent. La liberté étant pour moi une condition nécessaire au bonheur. Cependant, cette liberté est parfois mal comprise et mal utilisé. L’intérêt d’être libre financièrement n’est pas de pouvoir accumuler toute sorte de plaisir matériel. Mais au contraire de pouvoir à nouveau être maître de son temps, être responsable de sa vie. C'est pour moi d'avantage l'aspect liberté que financier qui importe dans la recherche d'argent

Ainsi, j’aimerais nuancer la valeur de l’argent comme source de bonheur, puisque la principale manière d’obtenir de l’argent est à travers l’échange de sa ressource la plus précieuse : son temps.



Pour preuve, on est majoritairement payé à l’heure. Il faut également du temps pour acquérir une compétence, à travers les études notamment, pouvant être échangé par la suite contre de l’argent. En somme, on transforme notre temps, directement à travers notre travail, ou indirectement par l’acquisition de compétences à travers nos études, contre de l’argent. C’est un transfert de valeur

On peut néanmoins établir un certain paradoxe sur ce transfert de valeur. Effectivement, l’argent est disponible en quantité quasiment illimité. Au contraire, notre temps sur terre est fini, limité. En outre, au final quand on investit son temps contre de l'argent, pour plus tard échangé cette argent contre un bon moment. N'échange-t-on pas du temps souffrant contre des souvenirs plaisant ?

Ainsi, si l’on considère que peu de gens font attention à la gestion de leur argent, combien font attention à la valeur de leur temps ?

Pour conclure, je pense qu'on accorde une place trop importante à l'argent, qui n'est à mon sens, qu'un outil à notre service et qui ne devrait pas être une aliénation. Au contraire, je pense sincèrement qu'on néglige notre gestion du temps et son importance sur notre bonheur.



Par conséquent, j’aimerais vous inviter à réfléchir à la valeur que vous accordez à votre temps.

Croyez-vous nécessaire de passer ce temps si précieux encombré par des émotions négatives ?

Avez-vous réellement envie de passer du temps avec des gens que vous n’appréciez pas ?

Voulez-vous sincèrement passez autant de temps à faire quelque chose qui ne vous plait pas ?

Avez-vous vraiment besoin d’une occasion particulière pour jouir de l’instant présent ?

Votre temps est précieux, et vous en êtes responsable, ne le gâchez pas ;)

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Elcester » 24 Jan 2020 17:20

Je me permets de remettre différents message posté sur la file du jour afin d'alimenter les discussions




----



----




Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Elcester » 24 Jan 2020 17:33

J'aimerais revenir sur les propos de @Trappiste

On peut en effet faire facilement la confusion en étudiant le stoïcisme, en recherchant un certain hédonisme, qu'il ne faudrait rien ressentir.

Or, ce n'est absolument pas cela qu'entends ces courants de pensée.

Il n'est pas possible de ne rien ressentir, et il n'est pas souhaitable de vivre d'une manière extrêmement minimaliste.

Il ne faut pas chercher à ne rien ressentir. Mais il faut chercher à maîtriser ses émotions pour pas que l'on soit esclave de ses propres émotions. C'est totalement différent.

On peut ressentir de la colère, mais si l'on ne se maîtrise pas, qu'on ne maîtrise pas cette colère, nos réactions vont dépendre de cette émotion. L'émotion va alors impacter notre comportement, qui aurait été diamétralement différent sans elle. C'est plutôt cette idée là qu'il faut retenir.

A mon sens, c'est davantage une mise en garde contre les excès, et cela des deux côtés. Comme l'explique @Panopt dans son message quand il parle d'Hubris Il ne faut ainsi pas chercher à vivre dans l'opulence la plus totale, ni de se contenter de survivre. Mais au contraire, essayer de garder un équilibre permanent. Se faire plaisir, mais sans que ce plaisir devienne une aliénation (on peut prendre l'exemple d'addiction)

Ainsi, il faut jouir des plaisirs de la vie, mais sans que cela ne devienne une entrave et que cela résulte dans une perte de sa liberté.

Et pour reprendre tes exemples, oui je comprends totalement que l'on puisse tirer une satisfaction en achetant un nouvel Iphone (ou quoique ce soit d'autre). Pour autant, il ne faudrait pas que la consommation matérialiste ne devienne ton seul vecteur de plaisir. Auquel cas, tu ne serais plus capable de jouir de la vie, excepté en faisant des achats matériel.Idem, il peut être plaisant de séduire une femme. Toutefois, il ne faut pas que ce soit ton seul désir, et que toute ton énergie soit tourné vers ce but.

Donc on est bien dans une philosophie de l'équilibre. Il faut jouir de tout, mais dans une certain mesure.

On peut faire un parallèle avec le trading. Il est sain de ne pas tomber dans les excès, que le trading représente sa vie, se transforme en addiction. Il ne faut pas adapter sa vie au trading, mais bien adapter le trading, et ses contraintes, à sa propre vie.

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Elcester » 25 Jan 2020 13:08


Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Neddy » 12 Fév 2020 08:48

En cherchant (consciemment) l’ataraxie on s’écarte de l’hedonisme pour aller vers l’eudemonisme (recherche du bonheur). Ce qui est important chez Epicure, c’est qu’il intellectualise l’hédonisme dans un but eudemoniste (d’autres visent le bonheur indépendamment du plaisir, alors que le plaisir est, pour Epicure, au centre de la recherche du bonheur). En d’autres terme, le plaisir pour Epicure n’est pas une fin en soi, mais une fin intermédiaire indispensable pour atteindre le bonheur (qui est la fin en soi) : d’oū le calcul réfléchi des plaisirs et des peines.

Pour ta réflexion temps / travail : j’ai l’impression que tu opposes d’emblée travail et plaisir, ce qui n’est pas forcément le cas je trouve. ;).

Mais encore une fois, très bon article qui reflète bien (selon moi) la pensée présentée!

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Elcester » 13 Fév 2020 11:10

Merci pour les précisions :top:

En fait, pour moi le travail n'est pas synonyme de souffrance, et devrait même être une des sources principales de notre bonheur. Cependant, le travail moderne est très largement associé à la souffrance, on fait même le rapprochement avec la racine latine tripalium pour désigner le travail (instrument de torture en latin)

A mon sens, le travail-passion nécessite des efforts pour y accéder, pour pouvoir en vivre. Or, la plupart des gens n'aiment pas fournir des efforts, quite à "subir" le travail-souffrance, plus simple d'accès. Je fais aucun jugement de valeur, chacun est libre de faire ses propres choix et j'ai aucun souci avec cela. C'est comme cela que je vois les choses en tout cas, je peux me tromper évidemment.

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Shz43 » 13 Fév 2020 14:37

Merci pour cette mise en perspective Elcester. Je partage également ton point de vue sur le travail et la distinction passion/souffrance. Il y a un lien avec le rapport au risque de chacun : "Pourquoi prendrais-je un risque à vouloir être complètement heureux alors que je peux me satisfaire de ce que j'ai ?"

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par Jili » 22 Fév 2020 13:10

Top ton post. Très intéressant. Tu mets le doigt sur du lourd. Mais qui sera prêt à le voir ?

Surtour, garde le cap, ne te disperse pas !

Je compte rebondir sur le désir mais tout d'abord je tien à souligner que c'est tellement rare de voir parler de la notion de "temps", alors que cela devrait être la notion centrale...

La notion temps / argent est primordiale. 99% des gens veulent maximiser l'argent et en oubli la valeur temps. Le culte de la perf, le concept de réussite, la reconnaissance... ça n'aide pas !

Ça apporte tous ces désirs vains, comme le dit epicure. Et ça ne fait pas avancer le shmilblik. Ça le fait même reculer...

Ces désirs sont de simple compensation à mes yeux. Des réponses faciles et surtout néfastes, proposées par notre système structurel sociétal.

Étant donné que cette dit structure éduque les être humain pour être des outils au bon fonctionnement d'un système existent, il ne cherche absolument pas à faire en sorte que l'humain puisse se developper par lui même. Or, qui mieux que lui peut savoir qui il est ?

L'idee est de contrôler, de driver, mettre en place pour faire perdurer.

Créé des humain / outil est parfait pour cela, car sinon chaque humain deviendrait une pièce maîtresse qui ferait évoluer ce système structurel plus que perfectible...

Puisque ce n'est pas le cas, l'humain ne se développe pas, ne se connait pas. Il suit un schéma, succombe aux pressions sociales, au besoin d'appartenance,de reconnaissance, qui lui manque tant au fond de lui. Manques profond que l'on essai de compenser par des concepts, des bien et service proposé qui vont alimenter les desir vain.

Combler de façon externe des manques interne n'est absolument pas productif. Car le bien être émotionnel ressenti (décharge hormonale) est très court. Alors, on entre dans la répétition et ont devient dépendant de nos addiction.

J'écris vite, j'espère me faire comprendre.

L'argent n'y echappe pas.

Ont peu s'en servir pour avoir du temps libre, de l'energie. Ou décupler sa puissance en engagent d'autres humain. Donc une façon de multiplier son temps et son énergie.

On peut s'en servir en y mettant l'emotion que l'on veut dedans. Combler des manques ou avec bienveillance, conscience et amour...

Mais il ne procurera jamais la liberté, car la liberté n'est pas un "deal". Il ne procurera jamais la connaissance de soi. Car c'est interne.

Il favorisera l'obtention de ces dernier, si on sait l'apprivoiser, le maitriser.

Mais d'abord, ça commence par nous même, pour ne pas tomber dans les pièges que l'on nous propose, voir que l'on veut nous imposer.

Comme Marc Aurel l'a dit, le pouvoir sur soi est supérieur au pouvoir sur les autres.

Donc si on n'est maître de nous même, personne pourra nous contrôler....

Si tu veux faire un focus sur un point, pas de problème. Le sujet est tellement gros... tellement de ramifications... tellement envie d'écrire de chose...

Tu peux aller sur mon journal, j'ai parlé un peu de l'argent / temps il y a déjà un moment. J'ai évolué depuis le temps mais j'ai ecris que des textes perso...

Au plaisir.

Re: Epicure + Adéquation argent - bonheur

par ChristelleP » 22 Fév 2020 19:53

Merci Jili :mercichinois:

Articles en relation
Le secret du bonheur....
par Burzum » 12 Juil 2017 06:55 (0 Réponses)
Un petit bonheur simple chaque jour et semaine
Fichier(s) joint(s) par Abime » 24 Fév 2017 10:02 (37 Réponses)
La culture du bonheur perle rare dans l'huitre de souffrance
par bruno974 » 15 Jan 2017 11:32 (7 Réponses)
Argent, ego et dissociation
par Katana » 15 Aoû 2018 19:12 (14 Réponses)
Maîtriser sa psychologie de l'argent
Fichier(s) joint(s) par AlgoFlex » 13 Nov 2016 17:49 (11 Réponses)
La peur du manque, son rapport à l'argent.
Fichier(s) joint(s) par richard31000 » 04 Sep 2019 15:19 (32 Réponses)
Meilleur pour gérer l'argent des autres que le sien, pkoi ?
par libertarian » 01 Juin 2015 11:45 (5 Réponses)

ProRealTime