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Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par sobear » 01 Oct 2017 12:52

J'ai commencé la lecture de ce livre assez dense avec un langage technique nécessitant un temps d'adaptation et surtout l'obligation de bien comprendre les différents types d'organisation des familles développés par l'auteur.
Reste qu'il s'agit d'un vrai travail avec une implication personnelle de l'auteur dont le sérieux n'est pas à mettre en doute.
Je ne voyais pas comment vous résumer ce livre mais d'autres l'ont fait mieux que je ne pourrais le faire alors je vais me permettre un copier/coller que j'ai trouvé sur un site de passionnés d'histoire: https://www.herodote.net/
Je trouve que les 20€ / an de participation au site sont justifiés et je leur fais un peu de pub (normal, je pompe un de leurs articles):https://www.herodote.net/_boutique/Adhesion_aux_Amis_d_Herodote_net_12_mois_-9.php

Préambule de l'auteur de l'article:
Cet essai très dense de 500 pages d'Emmanuel Todd aurait aussi bien pu s'intituler Où en suis-je ?. L'historien tire en effet le bilan de quatre décennies de recherches et montre de façon magistrale tout ce qui nous rattache à notre très lointain passé. Pour comprendre le néolibéralisme, l'islamisme, Trump et le Brexit, cherchez le chasseur-cueilleur ou le paysan du Néolithique qui sommeille en nous !
Dans cette course de fond à laquelle nous invite Emmanuel Todd, l'historien démarre très fort avec une centaine de pages sur le coeur de ses recherches : les structures familiales.
Après cette excursion himalayenne, il nous ramène vers des paysages plus familiers et nous parle de la religion, du mariage et des femmes, du village, de l'école et même de l'Amérique de Trump.
Qu'il nous soit donc permis d'exposer en premier lieu un résumé très sommaire de ses recherches sur les structures familiales.
Nous présenterons ensuite quelques aspects de son analyse du monde actuel, par exemple sur le sort fait aux femmes selon la structure familiale dont elles ressortent et sur les conséquences heureuses et malheureuses de l'éducation.
Pour ne pas gâcher votre plaisir, nous vous laisserons découvrir par vous-mêmes d'autres paradoxes et contre-intuitions d'Emmanuel Todd, par exemple sur les rapports entre la démocratie américaine et la question noire ou encore entre le triomphe du libéralisme et la violence carcérale aux États-Unis.
André Larané


Affaires de familles...

Au commencement, Adam chassait et Ève cousait. Du moins le suppose-t-on. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se partageaient les tâches dans une relative équité. Ils se devaient d'être très mobiles et, pour assurer la survie de l'espèce, s'en tenaient à une monogamie et une hétérosexualité modérées et non exclusives. Ils pratiquaient l'exogamie et se mariaient si possible hors de leur clan. Les enfants, sitôt qu'ils le pouvaient, quittaient leurs parents et allaient s'établir sur un territoire libre avec leur moitié.

- Êtes-vous « nucléaire », « souche » ou « communautaire » ?
- La famille nucléaire primitive a survécu à l'apparition de l'agriculture aussi longtemps que l'a permis l'environnement écologique. Puis, au IIIe millénaire avant notre ère, l'agriculture et la sédentarisation entraînant une rapide poussée démographique, certaines régions ont été saturées d'hommes et il a fallu apprendre à gérer la pénurie.
Alors, de la Mésopotamie à la Chine, se sont mis en place jusqu'à nos jours des systèmes familiaux de plus en plus complexes (*).
- On voit d'abord émerger la famille-souche : l'aîné des garçons reste au foyer avec son épouse, entretient ses vieux parents et reçoit leur domaine en héritage (primogéniture). Les autres enfants reçoivent une maigre compensation et vont chercher fortune ailleurs.
Amusant : dans le Sud-Ouest de la France, où la famille-souche s'installe à la fin du Moyen Âge, la prime à l'aîné débouche au XVIIe siècle sur le phénomène bien connu des « cadets de Gascogne », illustré par d'Artagnan et les Trois Mousquetaires.
- Enfin, sous l'effet notamment d'invasions par des peuples nomades, on arrive à la famille communautaire : tous les garçons demeurent au foyer et se partagent à égalité l'héritage. Certains systèmes communautaires sont parfaitement exogames. D'autres sont farouchement endogames, les filles épousant dans la mesure du possible un cousin du premier degré.
Dans le monde musulman, fortement marqué par un modèle communautaire endogame, on observe encore aujourd'hui la prévalence du mariage entre cousins (jusqu'à 50% de mariages entre cousins du premier degré au Pakistan) (*).
Emmanuel Todd discerne derrière les trois catégories primordiales (nucléaire, souche et communautaire) une multitude de sous-catégories et de cas d'espèce... La patrilinéarité, qui place les garçons au-dessus des filles et l'aîné au-dessus des cadets, retient tout particulièrement son attention car elle est associée au mépris des femmes. On la retrouve dans certaines sociétés de famille-souche et surtout dans les sociétés de type communautaire.

- Nos choix politiques sont inconsciemment déterminés par les structures familiales primitives !
L'historien montre avec brio que ces structures familiales vieilles de plusieurs millénaires et à évolution lente imprègnent encore de façon inconsciente nos comportements collectifs. C'est une découverte qui remonte à ses études à Cambridge.
Ayant étudié les systèmes familiaux paysans à travers les compte-rendus des anthropologues et des voyageurs, il a découvert fortuitement une « coïncidence entre la carte du communisme et la carte de la famille communautaire exogame - incluant la Russie, la Serbie, l'Albanie, la Chine, le Vietnam, l'Italie centrale et la Finlande intérieure. » Il en a déduit en 1983 « l'hypothèse d'une relation générale entre les systèmes familiaux paysans et les idéologies apparues durant le processus d'alphabétisation de masse des sociétés » (p. 444).
C'est comme cela qu'au fil de ses publications, il a pu associer le communisme à la famille communautaire exogame et les idéologies autoritaires non-égalitaires (fascisme, nazisme) à la famille-souche (Allemagne, Italie, Japon...).
Quant à la famille nucléaire, elle s'est maintenue aux extrémités de l'Eurasie, dans les régions les plus tardivement atteintes par l'agriculture et l'écriture, aux Philippines comme dans le Bassin parisien, l'Angleterre et l'Amérique du nord.
- L'anglosphère (Angleterre, Amérique du Nord, Australasie) se caractérise par la famille nucléaire absolue et non-égalitaire (les parents distribuent leur héritage selon leur bon vouloir) : Emmanuel Todd lui associe la démocratie libérale.
- La famille nucléaire du Bassin parisien est quant à elle égalitaire (chaque enfant a la même part de l'héritage). Emmanuel Tood lui associe la « croyance en la liberté et l'égalité, culminant dans la notion d'homme universel », une croyance donc pas si universelle que cela, spécifique au Bassin parisien (p. 207).
« La famille nucléaire absolue, libérale mais non-égalitaire, est commune à toutes les nations de l'anglosphère. (...) Elle n'est pas, comme la famille nucléaire égalitaire française, ou la famille communautaire russe ou chinoise, obsédée par un idéal d'égalité a priori et l'on comprend donc qu'une certaine montée des inégalités économiques [à partir des années 1980] n'ait pas affolé l'Amérique. Mais la famille nucléaire absolue ne définit pas non plus les hommes comme inégaux, à la manière de la famille-souche allemande ou japonaise » (p. 309).

... mais pas seulement

On peut être légitimement surpris par la résilience des comportements associés aux structures familiales alors que celles-ci ont depuis longtemps disparu (il n'y a pas de famille communautaire à Moscou, Pékin ou au Caire) et que les populations ont beaucoup changé du fait des migrations ou de leur propre évolution socio-culturelle, au cours des derniers millénaires. Mais Emmanuel Todd s'en explique en opposant les « valeurs individuelles faibles » aux « valeurs collectives fortes » : chacun de nous peut en privé émettre une opinion dissidente mais rares sont ceux qui la maintiendront en public au risque de s'exclure de la communauté.
Difficile de résister à la pression du groupe. Par conformisme et nécessité, la plupart des gens s'ajustent à leur environnement. En France, dans un quartier islamisé, aucune jeune fille ne se risque à porter short ou minijupe. Plus drôlement, en Suisse, où chacun s'oblige à ne traverser qu'aux passages pour piétons, même les Français traditionnellement indisciplinés se soumettent à la règle commune...
Cela dit, l'historien convient que les systèmes familiaux hérités du Néolithique ancien peuvent évoluer lentement, en s'approfondissant ou en s'atténuant sous l'effet de différents facteurs. Par exemple, des régions de tradition nucléaire adoptent la famille-souche à la fin du Moyen Âge, comme le Sud-Ouest déjà cité, ou encore des classes sociales adoptent un principe de succession patrilinéaire dans une société massivement égalitaire : c'est le cas de l'aristocratie guerrière du Bassin parisien au début du Moyen Âge.
À côté de la famille, Emmanuel Todd distingue aussi deux autres déterminants historiques majeurs : la religion et l'éducation.

- la religion :
Les religions actuelles, apparues pour les plus anciennes au premier millénaire av. J.-C., ont beaucoup contribué à formater les sociétés, avec une vocation commune : relier les hommes du groupe auquel elles s'adressent, les sortir de leur solitude, les réconforter par la mise en commun des épreuves.
Provocateur et peu avare de paradoxes, Emmanuel Todd suggère en se référant à l'historien Rodney Stark que « la loyauté interne du groupe est la vraie récompense de l'individu croyant. Cette gratification est immédiate, plus sûre et tangible que la promesse de l'au-delà. » Ainsi comprend-on que le peuple juif « n'a pas persisté dans l'histoire malgré la persécution mais par la persécution » (p. 133).
En bousculant les pratiques gréco-romaines en matière sexuelle et familiale, judaïsme et christianisme vont affecter les structures familiales, que celles-ci soient nucléaires, souches ou communautaires :
« Le judaïsme s'était opposé à des pratiques sexuelles et familiales gréco-romaines relatives laxistes (...). La moralité juive condamne l'adultère, l'homosexualité et l'infanticide. (...) Le christianisme a repris cet héritage. Il a converti le monde gréco-romain à une morale familiale de type juif, protectrice des enfants. (...) Mais l'Église va plus loin que les rabbins, ou plutôt, ailleurs : la sexualité elle-même est définie comme mauvaise. (...) Ici, nous pouvons parler d'une religion radicalement innovatrice : la définition de l'homme et de la femme chastes comme supérieurs, en essence, aux couples mariés qui assurent la reproduction de l'espèce, est une mutation d'une très grande violence » (p. 129).
Plus important encore : « la culture juive semble avoir pratiqué, comme celle de Rome et de bien d'autres populations, une exogamie de fait, qui, sans interdire les mariages entre cousins, les évitait en général » (p. 121). La prohibition de l'endogamie et du mariage entre cousins va être reprise et accentuée par l'Église. Saint Augustin lui-même définit l'exogamie « comme un indispensable agent d'extension des liens sociaux entre les hommes » (p. 127).
Cette exogamie, associée à un statut élevé de la femme, va générer une rupture profonde et décisive entre l'Europe chrétienne et ses voisins, encore dominés par la patrilinéarité : on privilégie l'aîné dans les familles, au détriment des cadets et surtout des filles.
« L'une des thèses centrales de ce livre est que les civilisations nées au Moyen-Orient, en Chine, en Afrique de l'Ouest, ont toutes, après l'invention de l'agriculture, conçu, appliqué et renforcé une patrilinéarité qui, le temps passant, a abaissé le statut de la femme et paralysé la société.
Marginaliser ou enfermer les femmes dans leur maison, c'est freiner leur éducation, puis celle de leurs fils, destinés à l'enfermement dans un réseau patrilinéaire. Les hommes aussi cessent alors d'être des individus à part entière. Ils dominent en tant que groupe les sociétés patrilinéaires, mais y restent souvent, en tant qu'individus, des enfants.
C'est la raison d'un paradoxe fréquent dans le monde de la patrilinéarité : l'homme y domine sur la place publique mais est chez lui considéré par un gamin par son épouse. Une société ainsi constituée ne peut indéfiniment rester créative » (p. 469).
Les lignes ci-dessus désignent assez clairement les sociétés islamiques qui poussent très loin l'endogamie et la patrilinéarité (primauté des garçons sur les filles en matière de statut et d'héritage). Mais Emmanuel Todd n'épargne pas non plus les sociétés chrétiennes, en particulier les sociétés d'Europe centrale de la fin du XVIe siècle dans lesquelles il identifie un début d'émergence du principe patrilinéaire à l'origine de la « grande chasse aux sorcières ». Cette frénésie de violence antiféminine est concomitante d'un nouveau modèle matrimonial, avec âge au mariage tardif (au-delà de 25 ans) et célibat définitif de près d'un quart des femmes, « dans une ambiance de négation du plaisir et de la chair » (p. 167).

- l'éducation :
Autant que l'agriculture il y a 8000 à dix mille ans, l'apparition de l'écriture il y a 5000 ans est un facteur majeur d'évolution. Pour Emmanuel Todd, il est normal qu'elle soit apparue dans une région de famille-souche et de primogéniture, la Mésopotamie : « Pour les sociétés humaines qui progressent, l'un des premiers problèmes à résoudre est la conservation de l'acquis. Or l'écriture est, par essence, une technique de fixation des connaissances, qui permet à la société humaine d'échapper à l'incertitude de la transmission orale de la mémoire. La primogéniture est elle aussi une technique de transmission : de l'État monarchique, du fief, de l'exploitation paysanne. (...) La famille-souche est faite pour transmettre... » (p. 146).
Beaucoup plus près de nous, l'imprimerieet l'alphabétisation de masse vont naître dans la principale région européenne de famille-souche, en Allemagne, en lien avec la Réforme luthérienne et la recommandation faite aux fidèles de lire la Bible dans le texte. La religion, l'éducation et la structure familiale se confortent ici mutuellement pour aboutir à une révolution éducative dont l'Allemagne sera la pionnière.
Et Emmanuel Todd d'en rajouter en associant le dogme luthérien de la prédestination à la famille-souche, par essence inégalitaire ! Les fidèles doivent accepter que leur sort post-mortem soit prédéterminé par Dieu indépendamment de leurs actes... tout comme dans la famille-souche, les frères doivent s'accommoder de leur sort : l'héritage pour l'aîné, l'aventure pour les cadets, de même.
Mais le protestantisme va laisser la prédestination de côté en traversant la Manche puis l'Atlantique et en s'établissant dans des régions de famille nucléaire où les enfants sont libres de leur destin. En témoigne le préambule de la Déclaration d'Indépendance américaine : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »
L'Allemagne a donc lancé le mouvement vers l'alphabétisation universelle mais c'est l'Angleterre qui en va en tirer le meilleur parti grâce à l'extrême flexibilité de son corps social fondé sur la famille nucléaire absolue : les enfants une fois éduqués n'ont plus rien à espérer de leurs parents et doivent s'éloigner de leur clocher pour gagner les sordides villes ouvrières en voie de constitution...
Paradoxe pour paradoxe, cet individualisme forcené conduit aussi à la naissance de l'État-Providence, bien avant Bismarck et Lord Beveridge. Dès 1598 et 1601, sous le règne d'Élisabeth 1ère Tudor, sont promulguées les premières lois sur les pauvres. Elles « exigent des paroisses la levée d'un impôt, géré localement par un Overseer of the poor, pris en pratique dans la partie supérieure de la paysannerie locale » (p. 218). Considérant que les pauvres, essentiellement des orphelins et des vieux, n'ont rien à espérer de leur famille, la collectivité accepte de les prendre à sa charge.
« L'important est de réaliser que l'image d'une culture anglaise ultralibérale par nature est une fiction » (p. 224). C'est seulement dans les années 1830 que s'ouvre la phase libérale dure de l'histoire anglaise avec la mise au rancart du paternalisme des Tudor.
Plus près de nous, aux États-Unis, en 2016, ce n'est pas sans raison que les jeunes Blancs en précarité professionnelle ont milité pour le démocrate socialiste Bernie Sanders. Mieux que les économistes patentés, ils savaient que le libéralisme authentique va de pair avec un État social, indispensable quand la solidarité familiale fait défaut.
Les différents systèmes familiaux, si différents qu'ils paraissent, se rapprochent de façon parfois inattendue : « Sur le territoire des États-Unis, de l'Angleterre, du Canada ou de l'Australie, la famille nucléaire absolue continue de reproduire un idéal de liberté, indifférent à la notion d'égalité. En Russie, la famille communautaire a disparu, mais ses valeurs d'autorité et d'égalité continuent de se perpétuer par mimétisme des comportements familiaux et sociaux. Exogamie et statut élevé des femmes sont, toutefois, communs aux deux systèmes » (p. 454).

Notre avenir se lit dans notre héritage

Emmanuel Todd tend à voir aujourd'hui dans l'éducation le principal facteur de changement.
Dans tous les pays, l'alphabétisation de masse précède et accompagne le décollage économique. Mais elle se solde aussi par un bouleversement de l'ordre social. Quand plus de la moitié des hommes adultes sait lire et écrire, la société franchit un seuil décisif qui débouche sur une crise d'autorité (les enfants en savent plus que leurs parents), une crise religieuse et la maîtrise de la fécondité par les couples.
Ce seuil d'alphabétisation a été franchi dans l'Allemagne protestante vers 1670. Mais c'est seulement dans les années 1870-1890 qu'il a débouché sur une baisse de la fécondité et simultanément un effondrement de la croyance religieuse et une crise des vocations pastorales. L'auteur de Où en sommes-nous ? rapproche ce phénomène du drame collectif de la génération suivante, avec deux guerres mondiales et le nazisme.
« En France, le mouvement aura été plus rapide : le seuil d'alphabétisation fut franchi dans le Bassin parisien au début du XVIIIe siècle, la plongée religieuse suivit entre 1730 et 1780, la révolution en 1789. (...) En Chine, le franchissement du seuil d'alphabétisation intervient vers 1940, le communisme l'emporte vers 1949 ; en Iran, le franchissement du seuil d'alphabétisation intervient en 1964, la révolution en 1979. » L'indicateur de fécondité, tel un sismographe, permet de suivre ces évolutions mentales : « Lorsqu'il passe au-dessous de deux enfants par femme, nous pouvons être certains que, dans sa masse, la population est sortie du système religieux ancien... » (p. 203).
Mais la sortie de la religion n'est pas inéluctable, admet l'observateur et « aujourd'hui, nous voyons l'intégrisme islamique ou l'hindouisme politique se développer avec le franchissement du seuil de 50% d'hommes alphabétisés » (p. 208).

- de l'alphabétisation de masse à la suréducation :
Depuis la fin du XXe siècle, la démocratie et l'égalité sont mises à mal par une nouvelle stratification éducative qui oppose la moitié de la population qui a fait des études supérieures à celle qui n'y a pas accédé. Au sein même du premier groupe émerge aussi un clivage entre les surdiplômés qui ont poussé leurs études le plus loin et ceux qui sont sortis de l'Université sans diplôme valorisant.
On pourrait se féliciter de ce que l'humanité accomplisse encore des bonds éducatifs. Mais rien n'est simple et le développement de l'éducation supérieure, bénéfique à l'économie, a aussi des conséquences néfastes sur la cohésion politique ! « Les préoccupations des surdiplômés ne sont pas fondamentalement économiques puisque leur statut les met à l'abri du marché. Fondamentalement, ils sont pénétrés d'un sentiment de supériorité intellectuelle et peuvent à ce titre mépriser le bas-peuple, fermé aux valeurs de tolérance internationale ou sexuelle » (p. 340).
En France, la classe suréduquée « représente aussi sans doute l'un des pôles les plus conformistes de la société. Sans le savoir ou sans l'admettre, elle rejette les notions d'égalité et de démocratie : par son attachement à l'Europe autoritaire et à sa monnaie faillie, par son acceptation d'un libre-échange qui détruit les ouvriers, par sa tendresse pour une immigration sauvage qui nie, au fond, la nécessité d'un territoire stable pour que la démocratie fonctionne » (p. 341).
On conçoit en effet que les adultes surdiplômés, lorsqu'ils représentent un quart ou même un tiers du corps social, n'ont plus besoin des pauvres pour se faire valoir. Ils peuvent pratiquer l'entre-soi sans problème. Rien à voir avec le XIXe siècle, par exemple, quand Hugo ou Flaubert devaient se mettre à la portée des plus humbles s'ils voulaient vendre leurs livres à des tirages conséquents !
La rupture est apparue aux États-Unis à l'occasion de la guerre du Vietnam, autour de 1968, quand les étudiants des campus, qui avaient bénéficié d'une exemption du service militaire, manifestaient contre la guerre tandis que les fils d'ouvriers la faisaient avec d'honnêtes convictions patriotiques.
Mais pour Emmanuel Todd, nous sommes au bord d'un nouveau seuil, imprévisible, car les surdiplômés prennent conscience que leurs études les préservent de la déchéance sociale mais ne leur permettent plus - sauf exception - d'accéder au sommet de la société, celui-ci étant occupé par une ultra-minorité qui cumule tous les super-profits tirés du libre-échange et du néolibéralisme.

- tromperie sur la marchandise libre-échangiste :
Emmanuel Todd ne cache pas son hostilité au néolibéralisme financier et au libre-échange inconditionnel apparus aux États-Unis dès la fin des années 1970. Il se demande pourquoi les classes populaires qui en ont fait les frais l'ont si bien accepté. En effet, « si ce sont bien les élites qui ont vanté les premières les mérites du libre-échange intégral, le corps électoral américain tout entier en a accepté l'augure » (p. 306). La classe ouvrière blanche a attendu la présidentielle de 2016 pour se révolter en élisant l'imprévisible Donald Trump.
Ce consensus tiendrait selon lui à la nature non-égalitaire de la démocratie américaine et à ce que sa cohésion a été jusqu'ici seulement assurée par le rejet de l'Autre, en l'occurrence les descendants d'esclaves africains.
C'est l'occasion de rappeler que la démocratie est un concept aussi ancien que la famille nucléaire. Elle est caractéristique des communautés primitives et des villages, avec un conseil des anciens et un chef élu. Mais depuis Athènes, qui a cultivé l'opposition entre les citoyens et les autres (métèques, esclaves, étrangers, femmes), on sait que la démocratie se décline sur le mode de l'affrontement. Cela est d'autant plus vrai dans les grands États. « À l'intérieur de chaque nation, l'État a défini une équivalence des individus, tandis qu'il a désigné et placé à l'extérieur l'Autre, nécessaire à l'autodéfinition du groupe : l'Anglais, l'Allemand, le Français, le Russe... [ou le Noir] » (p. 255).
En France même, notons-le, la démocratie a émergé en 1789 mais ne s'est imposée qu'un siècle plus tard, quand la gauche républicaine a soudé les citoyens autour de l'enjeu colonial et de la « mission civilisatrice des races supérieures ».
Et maintenant ? Concernant l'Union européenne, Emmanuel Todd se plaît à prophétiser un recentrage autour de l'Allemagne autoritaire : « De sa fondation à 1990, l'Union européenne a pu être décrite comme un système de nationas libres et égales. (...) Le centre de gravité idéologique du système était la France, au nom des valeurs de la famille égalitaire nucléaire. Cette perception est périmée... » (p. 437). Ainsi que le montre l'anthropologue, l'Union européenne débarrassée du Royaume-Uni est aujourd'hui dominée par les valeurs de la famille-souche autoritaire, qui caractérise l'Allemagne, l'Europe centrale mais aussi la France du Sud-Ouest et quelques autres régions. La suprématie politique de l'Allemagne va donc de soi.
Et l'historien d'assurer que « l'Europe continentale, libérée par l'émergence allemande de la tutelle européenne, retrouve aujourd'hui le cours normal de son histoire, qui n'a jamais été libérales et démocratique, hors des Pays-Bas, de la Belgique, de la France et du Danemark. Contemplons l'Europe de 1935 : partout des régimes autoritaires, après l'effondrement des démocraties implantées à partir de 1918, sous influence anglo-américaine et française. L'Europe continentale a inventé le communisme, le fascisme et le nazisme. Sa représentation en lieu de naissance de la démocratie libérale est une pure escroquerie intellectuelle » (p. 439).
Pessimiste, Emmanuel Todd en vient à douter de la survie de la démocratie en Europe continentale, sauf miracle. Son appréhension rejoint celle de l'historien arabisant Gabriel Martinez-Gros qui voit dans l'Union européenne un « empire » post-démocratique en gestation.
Ajoutons une gâterie irrésistible à propos de la Chine. « La bienveillance dont la Chine a bénéficié de la part des médias nord-américains et européens contraste avec la sévérité appliquée à la Russie », assure Todd (p. 458). À cela une raison cachée : la main-d'oeuvre chinoise permet aux grands patrons occidentaux de réaliser des super-profits dans le cadre d'un libre-échange inconditionnel. Mais l'Empire du Milieu a du souci à se faire, faute d'avoir eu le temps de se préparer au vieillissement de sa population. Il « n'a pas eu le temps de mettre en place un système de sécurité sociale et d'assurance-vieillesse ; elle s'est pour l'essentiel contentée de réinscrire dans la loi le devoir des enfants de s'occuper de leurs parents. Principe de précaution individuel oblige : le taux d'épargne chinois est aussi anormal que le taux d'investissement » (p. 462).
La fragilité de la Chine transparaît dans la médiocrité de son enseignement supérieur. De 1960 à 2000, le pourcentage d'éduqués supérieurs n'a progressé que de 2% à 4%. D'où le ridicule du classement de Shanghai des universités : « Comment les pays les plus avancés peuvent-ils accorder à un pays qui l'est aussi peu sur le plan éducatif le droit de leur distribuer notes, prix et accessits ? Ce privilège inouï, qui n'est pas sans évoquer le jour des fous, une invention carnavalesque des statuts, n'est que l'une des composantes du système idéologique qui a fait de la Chine l'horizon du monde, ou plutôt du profit » (p. 461).
Autre signe de fragilité de la Chine : le statut très bas de la femme. Il transparaît dans le ratio exceptionnellement élevé de 120 garçons pour 100 filles à la naissance (loin du ratio naturel : 105), dû à la pratique massive des avortements sélectifs. Un record mondial concurrencé seulement par l'Inde du nord... Emmanuel Todd voit cela comme la conséquence d'une patrilinéarité exacerbée et en voie d'accentuation : en matière de succession et de perpétuation du nom, seuls comptent les garçons. Les couples recourent donc à l'avortement sélectif pour être sûr d'en avoir un quand ils n'ont la possibilité que d'engendrer un ou deux enfants. Autant dire que la Chine marche à rebours de la modernité occidentale (*).
Ces observations - et bien d'autres encore - illustrent la sagacité de l'historien. Ses recherches se limitent pour l'heure à l'Eurasie et à l'Amérique du nord, ce qui n'est déjà pas si mal. Mais en dépit de ce que suggère le sous-titre de son livre, celui-ci traite principalement de l'anglosphère (monde anglo-saxon), de l'Europe continentale ainsi que du Japon et de son appendice coréen. Il aborde avec fulgurance le cas chinois, survole le monde indien et le monde musulman, n'évoque que de très loin ou pas du tout l'Afrique noire et l'Amérique latine.
Emmanuel Todd justifie ces restrictions par le fait que l'Histoire est toujours faite par les pays les plus avancés. Ils se trouvent être aujourd'hui représentés par l'anglosphère et dans une moindre mesure le Japon. Espérons un nouveau livre qui traite enfin de l'Afrique noire, une exception démographique au coeur des enjeux futurs.

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par takapoto » 01 Oct 2017 12:56

Merci Sobear !

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Benoist Rousseau » 01 Oct 2017 14:34

remarquable, livre commandé du coup

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Junior » 01 Oct 2017 16:50

Super partage :mercichinois: :mercichinois: :merci:

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Sylvain P. » 01 Oct 2017 20:08

Très intéressant. Merci pour le partage

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Burzum » 01 Oct 2017 20:35

:mercichinois:
À lire après homo deus

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Burzum » 01 Oct 2017 20:47

Extrait d’une interview à la sortie de son bouquin
http://www.liberation.fr/debats/2017/09/06/emmanuel-todd-la-cretinisation-des-mieux-eduques-est-extraordinaire_1594601

Trump, Brexit, Macron. Vous analysez les bouleversements au sein des démocraties moins comme les résultats d’une fracture sociale que d’une fracture éducative…
Nous vivons une phase décisive : l’émergence pleine et entière d’une nouvelle confrontation fondée sur les différences d’éducation. Jusqu’ici, la vieille démocratie reposait sur un système social fondé sur l’alphabétisation de masse mais très peu de gens avaient fait des études supérieures. Cela impliquait que les gens d’en haut s’adressaient aux gens simples pour exister socialement - même les dominants et même la droite. On a cru que la propagation de l’éducation supérieure était un pas en avant dans l’émancipation, l’esprit de Mai 68 finalement. Mais on n’a pas vu venir le fait que tout le monde n’allait pas faire des études supérieures : selon les pays, entre 25 % et 50 % des jeunes générations font des études supérieures, et dans la plupart d’entre eux leur nombre commence à stagner. Les sociétés ont ainsi adopté une structure éducative stratifiée. «En haut»,une élite de masse (en gros, un tiers de la population) qui s’est repliée sur elle-même : les diplômés du supérieur sont assez nombreux pour vivre entre eux. Symétriquement, les gens restés calés au niveau de l’instruction primaire se sont aussi repliés. Ce processus de fragmentation sociale s’est généralisé au point de faire émerger un affrontement des élites et du peuple. La première occurrence de cet affrontement a eu lieu en France en 1992 lors du débat sur Maastricht. Les élites «savaient», et le peuple, lequel ne comprenait pas, avait voté «non». Ce phénomène de fracture éducative arrive à maturité.

La lutte des classes sociales est remplacée par la lutte entre les classes éducatives ?
Oui, même si revenus et éducation sont fortement corrélés. La meilleure variable pour observer les différences entre les groupes est aujourd’hui le niveau éducatif. Les électeurs du Brexit, du FN ou de Trump sont les gens d’en bas (même si le vote Trump a été plus fort qu’on ne l’a dit dans les classes supérieures), qui ont leur rationalité : la mortalité des Américains est en hausse, et même si les économistes répètent que le libre-échange, c’est formidable, les électeurs pensent le contraire et votent pour le protectionnisme.

Les trois grandes démocraties occidentales ont réagi différemment à cet affrontement entre élite et peuple…
En Grande-Bretagne, il s’est passé un petit miracle : le Brexit a été accepté par les élites, et le Parti conservateur applique le vote des milieux populaires. C’est pour moi le signe d’une démocratie qui fonctionne : les élites prennent en charge les décisions du peuple. Ce n’est pas du populisme car le populisme, c’est un peuple qui n’a plus d’élites. David Goodhart, le fondateur de la revue libérale de gauche Prospect, parle de «populisme décent», une magnifique expression. Les Etats-Unis sont, eux, dans une situation de schizophrénie dynamique. Les milieux populaires, furibards et peu éduqués, ont gagné l’élection, une partie des élites l’a acceptée (Trump lui-même fait partie de l’élite économique et le Parti républicain n’a pas explosé) mais l’autre moitié de l’Amérique avec l’establishmentla refuse. C’est un pays où règne donc un système de double pouvoir : on ne sait plus qui gouverne. En France, nous sommes dans une situation maximummale de représentation zéro des milieux populaires. Le FN reste un parti paria, un parti sans élites. Le débat du second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron en a été la parfaite mise en scène. A son insu, Marine Le Pen a exprimé l’état de domination intellectuelle et symbolique de son électorat qui est, de plus en plus, peu éduqué, populaire, ouvrier. La dissociation entre les classes sociales est à son maximummum. L’absence de solidarité entre les groupes sociaux est typique de la dissociation d’une nation.

La France insoumise est-elle une tentative de renouer le contact entre élite et peuple ?
Elle est le phénomène électoral intéressant de cette dernière élection. Il m’intéresse d’autant plus que je n’y croyais pas du tout ! Les électeurs de Mélenchon sont jeunes comme ceux du FN. Mais ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste. Ouvriers, employés, professions intermédiaires, diplômés du supérieur : toutes les catégories sociales y sont représentées. En ce sens, les progrès de La France insoumise ne seraient pas une nouvelle forme de gauchisme, mais exactement l’inverse : une certaine forme de réconciliation des catégories sociales et éducatives françaises. Reste à savoir si Mélenchon a dans la tête ce qu’il faut pour gérer une telle réconciliation.

Et Emmanuel Macron ?
On ne peut pas savoir ce qu’il y a dans la tête de Macron : il est jeune et trop instable, son parcours professionnel l’a montré. Il est pour l’instant sur une trajectoire de conformisme absolu. Réformer, flexibiliser, accepter la gestion allemande de la monnaie… une direction qui amène inévitablement à un ou deux points de chômage supplémentaires en fin de quinquennat. Pour Macron, poursuivre dans cette voie, c’est accepter de disparaître politiquement à 40 ans. Une hollandisation éclair.

Vous êtes un homme de gauche, comment voyez-vous sa situation aujourd’hui ?
Je ne suis pas très optimiste ! L’une des grandes faiblesses de la science politique est de réfléchir aux citoyens comme à des êtres abstraits. Mais quand on décrypte, comme je le fais, des variables sociologiques, on arrive à la conclusion qu’il existe un subconscient inégalitaire dans notre société. La stratification éducative, je l’ai dit, a provoqué une fermeture du groupe des éduqués supérieurs sur lui-même. La crétinisation politico-sociale des mieux éduqués est un phénomène extraordinaire. Le vieillissement de la population va aussi dans le sens d’une préférence pour l’inégalité. Que devient la démocratie quand les gens sont en moyenne beaucoup plus âgés et riches ? Dans le logiciel de La France insoumise, il y a la révolte. Mais des révolutions au sens mélenchoniste dans un pays où l’âge médian de la population atteint les 40 ans, je n’en ai jamais vu. Les peuples qui font des révolutions ont 25 ans d’âge médian. La société française semble dans une impasse.

Vous êtes de plus en plus critique sur l’Europe. Dans votre livre, vous craignez une dérive autoritaire du continent…
Je suis arrivé au bout de ma réflexion. Comment exprimer ces choses-là gentiment… Je ne veux surtout plus adopter la posture du mec arrogant. Que se passe-t-il en Europe ? L’Allemagne meurt démographiquement mais elle conserve un niveau d’efficacité économique et politique prodigieux. Elle a pris le contrôle de la zone euro. Je pense que les historiens du futur parleront du choix de l’euro comme d’une option stratégique inimaginable. Comme de la ligne Maginot en 1940. L’euro ne marche pas, mais il s’est installé dans les esprits pour des raisons idéologiques, et on ne peut pas en sortir. Autour de l’Allemagne, les pays latins sont en train de dépérir, avec des taux de chômage ahurissants, et les pays de l’Europe de l’Est ont vu chuter leur taux de natalité, signe d’une grande angoisse. Les inégalités sont plus fortes au sein de l’espace économique et social européen - entre les revenus allemands et roumains - qu’au sein du monde anglo-saxon qu’on dénonce toujours comme étant le summum de l’inégalité.

Mais le but de l’Union est, à terme, de faire converger les conditions de vie…
Les gouvernements élus dans les pays faibles ne peuvent plus changer les règles. Mais est-ce une surprise ? Il faut étudier l’inconscient des sociétés européennes : il y a, dans la zone euro, une prédominance de régions dont la structure familiale traditionnelle était la famille souche, ce système paysan dans lequel on choisissait un héritier unique, et dont les valeurs étaient inégalitaires, autoritaires. Au fond, mon analyse des couches subconscientes de l’Europe retombe sur un lieu commun historique : qui, dans les années 30, aurait décrit l’Europe continentale comme le lieu de l’épanouissement de la démocratie libérale ? Les berceaux de la démocratie sont le monde anglo-saxon et le Bassin parisien. Pour le reste, les contributions modernes à la politique de la zone euro, c’est Salazar, Pétain, Franco, Hitler, Dollfuss…

Est-ce que ça condamne l’idéal européen ?
Compte tenu du potentiel anthropologique et post-religieux de l’Europe continentale, il aurait été ridicule de s’imaginer qu’après le repli anglo-américain de la zone, car c’est cela qu’on vient de vivre sur le plan géopolitique, une réelle démocratie pourrait perdurer. Ce qui réémerge aujourd’hui, ce sont les traditions propres du continent européen, et elles ne sont pas propices à la démocratie libérale. La France pourrait porter des valeurs démocratiques et égalitaires… mais la France n’est plus autonome.

Le risque pour l’Europe, c’est l’autoritarisme ?
Même si la démocratie disparaît, ça ne veut pas dire qu’on va vers le totalitarisme, ni qu’on perd la liberté d’expression, et que la vie devient insupportable pour tout le monde. Mais ce qui est insupportable dans le stade post-démocratique actuel, c’est que la vie reste plutôt agréable pour les gens d’en haut tandis qu’une autre partie de la population est condamnée à la marginalité. Peut-être que le système explosera. Peut-être que la France retrouvera son autonomie et, comme les Britanniques, une façon de reformer une nation, avec ce que ça suppose de solidarité entre les classes sociales.

Vous intervenez aujourd’hui en tant qu’historien, polémiste ?
Je suis beaucoup intervenu, parfois de manière polémique, dans le débat public. Mais, avec ce livre, j’ai voulu revenir au plaisir de l’observation historique, sans prendre partie. Je suis à la fois un citoyen qui s’énerve parce que je suis toujours dans le camp des perdants, et qu’à force, c’est agaçant, mais je suis aussi un historien. Et ce qui est bien, c’est que même quand le «citoyen» perd, l’histoire, elle, continue. Je pense que la démocratie est éteinte en Europe. Le gros de l’histoire humaine, ce n’est pas la démocratie. L’une de ses tendances lourdes est au contraire l’extinction de la démocratie. En Grèce, en France, les gens votent, et tout le monde s’en moque. Pour un citoyen, c’est tout de même embêtant. Pour un Français qui se pense français, c’est carrément humiliant. Mais un historien sait qu’il y a une vie après la démocratie.

Sonya Faure , Cécile Daumas

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Euraed » 01 Oct 2017 21:35

Comme le disait Cohn Bendit lors de son altercation avec Todd cette semaine, il suit la même marotte depuis 30 ans.
Que les structures familiales d'origine aient contribué à forger les cultures et les évolutions sociétales, oui et c'est très intéressant. Pour autant avec Todd le monde est monofactoriel, tout s'explique par sa théorie.

C'est aussi et surtout un polémiste qui se nourrit de ses rapprochements ´audacieux', un Zemmour bis pour ce qui est du goût de la formule.

Bref Todd est à lire avec la plus grande attention :D afin de ne pas se laisser embrouiller

Re: Où en sommes-nous? Une esquisse de l'Histoire humaine

par Amazone 18 » 02 Oct 2017 18:37

:merci: Sobear et Burzum

Très intéressant

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