Réduire la tension émotionnelle pour mieux trader

Pourquoi faut-il essayer de réduire la tension dans le trading pour améliorer ses résultats ?
Le Trading et les Leviers (de la tension)
Comme vous le savez je trade les cfds et les futures. Idéalement j’aimerai trader 100 % avec Interactive Brokers car il est bien plus avantageux de trader les futures financièrement pour un scalper la différence en terme de frais est de 1 à 4,5 en gros !
Hélas, si je peux trader le FCE sans soucis sur Futures (1 lot = 30.000 € actuellement), pour le futures Dax c’est beaucoup trop cher pour moi (1 lot dax = 160.000 € actuellement). En effet, avec 2 lots Dax, je passe en léger levier avec mon capital dédié à la bourse mais mon money management est ferme sur ce plan là, je n’utilise pas de levier. J’en ai parlé un peu dans cet article de Trader’s Mag, Lucie Molot la Rédactrice en chef, m’ayant contacté le mois dernier pour me demander si je voulais bien écrire un article (gratuit je précise ^^) pour son magasine.
On me demande souvent pourquoi je ne prends pas (plus) de levier ?
La réponse est simple, pour réduire la tension.
J’ai « galéré » pendant 12 ans en bourse car je n’avais pas assez de capital, j’utilisais donc des leviers, je faisais warrants, options, Clickoptions à la grande époque (ahh Tran…), un peu de turbos… bref je devais prendre des risques pour me constituer un capital acceptable et je me suis pris des claques monumentales anéantissant parfois plusieurs mois / années de travail. J’ai eu des positions angoissantes, des nuits blanches, des week-end épouvantables et des heures où on finit par hurler et pleurer d’avoir anéanti son fond de roulement, son capital.
Mais une fois le capital atteint, on peut diminuer le levier, (et la tension) voire le supprimer, bien entendu on optimise pas son capital mais on prend moins de risque, on n’est plus dans une stratégie d’accumulation du capital, mais de cash extraction (en prenant en compte l’inflation sinon on en a pas pour longtemps) et in fine, le trading devient un réel plaisir et non un besoin.
C’est ainsi le paradoxe, c’est au départ, quand on a peu de capital, le moins d’expérience que l’on doit prendre le plus de risque. Quand on a assez de capital, les résultats globaux s’améliorent, si on diminue le levier, car, dans mon cas, je trade « sereinement » (avec une tension réduite mais toujours présente, la perte fait toujours mal) sans levier mais si je tradais comme avant en levier 3 5 10… la tension augmenterait exponentiellement.
C’est pour cela que maintenant le trading est un loisirs agréable, une sorte de jeu vidéo pour moi alors qu’il a été pendant très longtemps souffrant. Bien entendu cela est du aussi à ma situation sociale, mon entreprise rapporte bien plus que si je tradais (au moins je ne peux pas trop perdre d’argent contrairement à la bourse 😉 ), je n’ai pas besoin de l’argent que peut générer le trading, je n’ai pas de recherche matérielle ni d’envie. Si je tradais à temps plein pour générer un revenu, la tension augmenterait et je n’aurai pas de bons résultats à mon avis, j’aurai la » pression » et je pense que je n’arriverais pas à générer un revenu régulier (et ma vie personnelle serait pourrie par ces angoisses).
Cette tension est en fait une alerte de notre corps, on a tout simplement peur (à juste titre), donc la conscience du danger nous fait évoluer « non normalement ».
Les apports de la neurobiologie dans le Trading
Il y a des études en neurobiologie passionnante sur ce thème, elles montrent que dans de situations de stress extrêmes (prenez un levier 10 c’est une situation extrême pour votre capital, un petit flash krack comme en 2010 et vous n’avez plus rien, voire des dettes 😉 ) les capacités de prise de décision sont perturbées le cerveau inconsciemment tend à tout faire pour mettre fin à cette tension. En lisant cela, j’ai eu une révélation.
Quand j’étais en levier, j’ai souvent débouclé une position négative en dépit du bon sens (classiquement, au plus bas ou au plus haut de la séance, parfois en le sachant très bien). En fait, on cherche à diminuer la tension c’est ce que notre corps et notre cerceau réclament. Clôturer sa position permet de mettre fin à cette tension insupportable et on ressent alors une forme de soulagement (fin de la tension) même si on peut se mettre en colère ou se mettre à pleurer (phase de décompression).
La vison de la psychanalyse sur la tension et le Trading
En bonne psychanalyse freudienne, la tension est gérée par le pare-excitation, une sorte de mur psychique, une digue qui permet de contenir, contrôler l’énergie libidinique. C’est lui qui vous permet de ne pas casser la figure à votre voisin, votre patron, si la digue est débordée vous pouvez passer à l’acte ou bien dans le cas qui nous concerne en bourse « tilter » : passer d’un levier 2 à 20 pour se « refaire » en dépit de tout, du bon sens, de votre money management, bref un suicide capitalistique.
Petite conclusion : je pense qu’il faut surveiller son pare-excitation au jour le jour pour optimiser son trading et éviter la mauvaise journée du tilt anéantissant le capital. Le par excitation est fluctuant dans le temps (vous êtes fatigué, il est réduit, vous êtes plus impulsif, plus agressif…). C’est pour cela, que dans l’idéal, si on se sent pas très bien, il ne faut pas trader malgré la tentation (addiction au trading). De plus, il faut éviter les leviers, générant un stress plus important car nos capacités d’analyses sont altérées en cas de pic de stress notre cerveau fait tout pour réduire ce stress et cela peut se marquer par une sortie du marché désastreuse.
La psychologie est à mon avis au centre pour réussir en trading, les « techniques et méthodes » ne sont que des leurres car l’expérience personnelle, le ressenti des marchés et sa propre gestion émotionnelle sont bien plus importantes. Sinon, tous les Elliotistes du monde gagneraient de l’argent…. Autre exemple, en reprenant mon carnet de trading (j’écris chaque jour mon ressenti quand je trade, ce qui n’a rien à voir avec ce blog) et en le mettant en parallèle avec mon journal personnel, j’ai vu pas mal de correspondance : les journées de grosse perte correspondent à « engueulade avec ma copine, attente de résultats sanguins angoissants… », ce n’est systématique mais si j’avais mieux géré mon pare-excitation, j’aurai évité ces pertes en ne tradant pas. Il y a très peu de jour où j’ai gagné de l’argent en « étant mal » ou alors j’étais quasiment flat.
Il faut donc que j’essaye de fusionner gestion du pare-excitation et money management 😉 et surtout tout faire pour avoir le moins de pression possible. Dans mon cas c’est continuer à trader en loisirs. Cela peut expliquer aussi le fait que souvent de grands traders de banque qui montent leur propre fond ne réussissent pas… La tension est bien plus forte quand il s’agit de son argent que de l’argent d’autrui, en travaillant dans une banque, au pire on risque le licenciement et de toucher le chômage, mais en tant que prop trader au pire on finit à la rue…
Benoist Rousseau
Sièges CME & CBOT · Maîtrise d’histoire (Sorbonne)
Historien de formation (Paris-Sorbonne), je lis les marchés avec le recul de l’histoire : trader actif depuis 1994, enseignant depuis 1998, entrepreneur depuis 2004. En 2010, je fonde andlil.com, communauté lauréate en 2024 du Grand Prix d’Excellence « Meilleur Blog et Forum Boursier » ; en 2022, l’École de Trading.
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