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Qu’est-ce que l’analyse coût-bénéfice ?

L’analyse coût-bénéfice, aussi appelée coût-avantage, correspond à une méthode d’aide à la décision qui permet d’évaluer les avantages et bénéfices d’un projet ainsi que les conséquences éventuelles (positives ou négatives) des décisions à prendre.

Exemple d’analyse coût-bénéfice ?

Cette analyse peut être appliquée à tous types de décisions, peu importe l’importance de celle-ci. Il peut s’agir de décisions concernant des projets d’aménagement de la voie publique pour une collectivité locale, d’un projet d’évaluation des répercussions d’une politique environnementale.

Pourquoi l’analyse coût-bénéfice ?

Cette méthode permet de mesurer l’opportunité d’un projet ou d’une politique ainsi que ses répercussions financières. Il s’agit d’un outil qui peut être utilisé avant la prise de décision pour évaluer les risques par exemple, ou après la prise de décision pour évaluer les résultats obtenus et vérifier si les objectifs préalablement fixés ont été atteints.

L’analyse coût-bénéfice en résumé

L’analyse coût-bénéfice consiste à recenser tous les coûts et tous les avantages d’un projet ou d’une politique, à les exprimer autant que possible en euros, puis à comparer leurs montants ramenés à aujourd’hui. Si les bénéfices actualisés dépassent les coûts actualisés, le projet crée de la valeur pour la collectivité ; sinon, il en détruit. Elle sert surtout à choisir entre plusieurs projets publics : routes, voies ferrées, hôpitaux, normes environnementales.

Elle se distingue d’un simple calcul de rentabilité financière : elle compte aussi les effets qui ne passent pas par une caisse, comme le temps gagné par les usagers, les vies sauvées ou la pollution évitée.

D’où vient la méthode

Son acte de naissance est français. En 1844, l’ingénieur des ponts et chaussées Jules Dupuit publie dans les Annales des ponts et chaussées un mémoire intitulé De la mesure de l’utilité des travaux publics. Il y montre que l’utilité d’un pont ou d’un canal se mesure par ce que les usagers seraient prêts à payer pour s’en servir, et non par les seules recettes du péage. Il en tire une conséquence pratique : on peut écarter un projet dès lors que son utilité est inférieure à son coût. Cette idée annonce la notion de surplus du consommateur, que l’économiste anglais Alfred Marshall formalisera plus tard.

La méthode devient une règle administrative aux États-Unis dans les années 1930, pour les grands travaux hydrauliques, puis s’étend à la réglementation : en 1981, un décret présidentiel de Ronald Reagan (Executive Order 12291) impose une analyse d’impact pour les réglementations fédérales les plus coûteuses.

En France, l’article 17 de la loi de programmation des finances publiques du 31 décembre 2012 impose une évaluation socio-économique préalable à tout projet d’investissement financé par l’État ou ses établissements. Selon le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), les projets dont le financement public peut dépasser 20 millions d’euros sont recensés chaque année, et ceux qui peuvent dépasser 100 millions d’euros font l’objet d’une contre-expertise indépendante, transmise au Parlement.

Comment se fait le calcul

L’analyse suit quatre étapes. On définit d’abord une option de référence : ce qui se passerait sans le projet. On recense ensuite les coûts (construction, entretien, nuisances) et les avantages (temps gagné, accidents évités, émissions réduites) par rapport à cette référence. On leur donne une valeur monétaire, à l’aide de « valeurs tutélaires » fixées par l’État pour que tous les projets soient comparés avec les mêmes règles : valeur du temps, valeur d’une vie statistique, valeur du carbone. On actualise enfin chaque flux pour le ramener à aujourd’hui.

Le résultat se résume dans la valeur actualisée nette (VAN) : VAN = somme, année après année, de (B − C) / (1 + r) à la puissance t, où B et C sont les bénéfices et les coûts de l’année t, et r le taux d’actualisation. Un projet est jugé utile si sa VAN est positive.

Un exemple chiffré

Imaginons une déviation routière qui coûte 100 millions d’euros la première année et procure ensuite 8 millions d’euros d’avantages par an pendant 20 ans (temps gagné, accidents évités), sans autres coûts. Avec un taux d’actualisation de 4 %, la valeur actuelle des avantages atteint environ 108,7 millions d’euros : la VAN est d’environ +8,7 millions, le projet est retenu. Avec un taux de 6 %, cette valeur tombe à environ 91,8 millions d’euros et la VAN devient négative, d’environ −8,2 millions. Le même projet passe de « utile » à « inutile » selon le taux choisi : c’est pourquoi le taux d’actualisation est l’un des paramètres les plus discutés.

Les critiques et les limites

Ses défenseurs y voient un garde-fou contre les dépenses de prestige et le clientélisme : obliger à chiffrer, c’est obliger à rendre des comptes. Ses critiques formulent plusieurs objections sérieuses.

  • Donner un prix à tout : attribuer une valeur monétaire à une vie humaine ou à un paysage choque une partie de l’opinion. Les économistes répondent qu’on fait de toute façon ce choix implicitement, chaque fois qu’on renonce à une dépense de sécurité.
  • Le taux d’actualisation : plus il est élevé, moins les effets lointains comptent. Pour les projets climatiques, dont les bénéfices arrivent dans plusieurs décennies, ce choix revient à fixer le poids accordé aux générations futures.
  • La répartition : la méthode additionne gains et pertes, sans regarder qui gagne et qui perd. Un projet peut avoir une VAN positive tout en appauvrissant une partie de la population.
  • Les biais de prévision : les coûts sont souvent sous-estimés et les trafics surestimés, ce qui fausse le résultat. La théorie du choix public rappelle que ceux qui portent un projet ont intérêt à le présenter sous son meilleur jour, d’où l’intérêt des contre-expertises indépendantes.

Ce que la méthode apporte à un investisseur ou un trader

La logique est la même que celle d’une décision d’investissement : on compare ce qu’on risque à ce qu’on peut gagner, en tenant compte du temps. Un trader qui évalue un rapport entre perte possible et gain visé, ou un analyste qui actualise des flux de trésorerie pour estimer la valeur d’une entreprise, fait une analyse coût-bénéfice. La leçon de l’exemple vaut aussi en bourse : quand les taux d’intérêt montent, la valeur actuelle des gains lointains baisse, ce qui pèse d’abord sur les actifs dont la rentabilité est attendue loin dans le futur, comme les valeurs de croissance.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre analyse coût-bénéfice et analyse coût-efficacité ?

L’analyse coût-bénéfice exprime coûts et avantages en euros. L’analyse coût-efficacité ne chiffre pas l’avantage en euros : elle cherche le moyen le moins cher d’atteindre un objectif fixé, par exemple un nombre de vies sauvées.

Qu’est-ce que la valeur actualisée nette ?

C’est la différence entre les bénéfices et les coûts d’un projet, chacun ramené à sa valeur d’aujourd’hui par un taux d’actualisation. Une VAN positive signifie que le projet crée de la valeur.

L’analyse coût-bénéfice est-elle obligatoire en France ?

Pour les projets d’investissement financés par l’État ou ses établissements, oui, depuis la loi du 31 décembre 2012, avec une contre-expertise indépendante au-delà de 100 millions d’euros de financement public.

Qui a inventé l’analyse coût-bénéfice ?

On en attribue généralement l’origine à l’ingénieur français Jules Dupuit, avec son mémoire de 1844 sur la mesure de l’utilité des travaux publics.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
N
Ngarmeune9 avril 2018
Des définitions sont claires et précises
B
BIKOKO PUM Grace26 avril 2018
Par définition l'analyse coût-bénéfice, aussi appelée coût-avantage, correspond à une méthode d'aide à la décision qui permet d'évaluer les avantages et bénéfices d'un projet ainsi que les conséquences éventuelles (positives ou négatives) des décisions à prendre.
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