DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Histoire d’Eli Lilly : du laboratoire d’Indianapolis à l’insuline, au Prozac et au Mounjaro

Histoire d’Eli Lilly

Eli Lilly est un laboratoire pharmaceutique américain d’Indianapolis, coté à New York, qui vend aujourd’hui surtout des traitements du diabète et de l’obésité. Son histoire est celle d’une entreprise familiale du Midwest qui a fait fortune deux fois avec la même maladie, le diabète, à un siècle d’intervalle, et qui s’est longtemps égarée entre-temps dans les cosmétiques, les stimulateurs cardiaques et la gestion des remboursements de médicaments.

Eli Lilly en bref

  • Fondation : 10 mai 1876, à Indianapolis (Indiana), par le pharmacien Eli Lilly, ancien officier nordiste de la guerre de Sécession, dit « le colonel ».
  • Siège : Lilly Corporate Center, Indianapolis.
  • Dirigeant : David A. Ricks, directeur général depuis le 1er janvier 2017 et président du conseil d’administration depuis le 1er juin 2017.
  • Activités : médicaments sur ordonnance : diabète et obésité, cancérologie, immunologie, neurosciences.
  • Produits principaux : Mounjaro et Zepbound (tirzépatide), Verzenio, Trulicity, Taltz, Jardiance, Kisunla, les insulines Humalog et Humulin.
  • Effectifs : environ 50 000 salariés.
  • Cotation : Bourse de New York (code LLY), membre du S&P 500.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 65,2 milliards de dollars.

Histoire d’Eli Lilly

1838-1898 : un colonel ruiné ouvre un laboratoire

Eli Lilly naît le 8 juillet 1838 à Baltimore et apprend la pharmacie chez un apothicaire de Lafayette, dans l’Indiana. La guerre de Sécession fait de lui un artilleur : en 1862, il lève et commande la 18e batterie d’artillerie légère de l’Indiana. Passé dans la cavalerie, il est capturé en septembre 1864 par les troupes de Nathan Bedford Forrest, puis échangé en janvier 1865. Promu colonel en juin 1865, il en gardera le titre : ses amis ne l’appelleront plus autrement.

La paix est moins heureuse que la guerre. Il loue une plantation de coton au Mississippi ; sa femme y meurt en août 1866, la sécheresse ruine la récolte, son associé disparaît avec la caisse, et Lilly se déclare en faillite en 1868. Il revient à la pharmacie, à Paris, dans l’Illinois, puis à Indianapolis, où il s’associe en 1874 avec John F. Johnston pour fabriquer des médicaments.

L’association est dissoute en mars 1876. Le 10 mai, Lilly ouvre son propre laboratoire au 15 West Pearl Street, avec 1 400 dollars de fonds de roulement et trois employés, dont son fils Josiah, 14 ans. L’enseigne dit simplement : « Eli Lilly, Chemist ». La quinine, contre le paludisme, figure parmi les premiers produits. La société est constituée en 1881 ; en 1886, elle engage un chimiste à plein temps, Ernest Eberhardt, embryon d’un service de recherche. Dès 1890, il confie la gestion à son fils, dit J. K. Il meurt le 6 juin 1898, laissant plus de 2 000 références et 300 000 dollars de ventes annuelles.

1898-1945 : l’insuline, puis la pénicilline

Le tournant scientifique vient en 1919, avec l’embauche du biochimiste George Henry Alexander Clowes. À l’université de Toronto, Frederick Banting, Charles Best et John Macleod, avec James Collip, viennent d’isoler un extrait pancréatique qui fait baisser le sucre dans le sang des diabétiques ; Clowes leur propose sa collaboration dès décembre 1921. Les chercheurs, méfiants, ne parviennent pourtant pas à produire en quantité. L’accord, daté du 20 mai 1922, donne à Lilly l’exclusivité de la fabrication pour les États-Unis et l’Amérique latine ; l’université, elle, reçoit le brevet de ses chercheurs pour un dollar.

En 1923, Lilly commercialise l’Iletin, première insuline vendue dans le commerce, et reste seul fabricant américain jusqu’en juin 1924. Pendant la crise, Eli Lilly, le petit-fils, président à partir de 1932, refuse de licencier : faute de commandes, on occupe les ouvriers à peindre et à nettoyer. En 1937, la famille crée la Lilly Endowment, une fondation dotée en actions de l’entreprise. Pendant la guerre, Lilly est l’un des premiers à produire la pénicilline en masse. Les ventes passent de 13 millions de dollars en 1932 à 117 millions en 1948.

1945-1985 : la Bourse, la polio et la tentation de la diversification

Après-guerre, la famille s’efface. Les actions sont proposées au public au début des années 1950 ; en avril 1953, Eugene N. Beesley, entré comme vendeur en 1929, devient le premier président étranger à la famille. En 1955, Lilly fabrique 60 % du vaccin de Jonas Salk contre la poliomyélite. Sa division agricole et vétérinaire deviendra Elanco.

En 1971, Lilly achète les cosmétiques Elizabeth Arden pour 38 millions de dollars ; l’affaire perd de l’argent cinq ans de suite, et le laboratoire découvre que le rouge à lèvres ne se vend pas comme la pénicilline. Redressée par des dirigeants recrutés à l’extérieur, la marque est revendue en 1987 à Fabergé pour 657 millions de dollars, ce qui, pour une erreur stratégique, n’est pas une mauvaise affaire. Suivent les appareils médicaux, dès 1977 : perfusion, stimulateurs cardiaques, défibrillateurs.

La période a ses ombres. Lilly figure parmi les principaux fabricants du diéthylstilbestrol, le distilbène des Français, un œstrogène prescrit aux femmes enceintes, dont on découvre en 1971 qu’il provoque des cancers chez leurs filles ; les procès dureront des décennies. En août 1982, l’anti-inflammatoire Oraflex est retiré du marché américain ; en 1985, le groupe plaide coupable de 25 délits mineurs pour ne pas avoir signalé aux autorités quatre décès liés au produit, et paie 25 000 dollars d’amende. La même année 1982 apporte pourtant Humulin, insuline humaine produite par des bactéries selon une technique de Genentech, premier médicament issu du génie génétique.

1986-2008 : Prozac, la crise de 1992 et le procès du Zyprexa

Le 24 juillet 1972, une équipe de Lilly où figurent David Wong et Bryan Molloy avait repéré une molécule qui bloque la recapture de la sérotonine. Elle devient la fluoxétine, autorisée en décembre 1987 contre la dépression sous le nom de Prozac. En 1990, c’est l’antidépresseur le plus vendu de l’histoire, et une controverse : des procès l’accusent d’avoir poussé des patients au suicide. En 1996, il pèse encore 34 % des ventes.

Le début des années 1990 est le moment le plus difficile de l’histoire moderne du groupe. Sous Vaughn Bryson, directeur général à partir de 1991, les brevets expirent sans relève, et Lilly publie à l’automne 1992 sa première perte trimestrielle. Richard Wood, resté président du conseil, organise l’éviction de son successeur ; le conseil choisit en juin 1993 Randall Tobias, vice-président du conseil d’AT&T et administrateur de Lilly, premier patron recruté à l’extérieur. Tobias regroupe les appareils médicaux dans Guidant, introduit en Bourse pour 20 % en décembre 1994 ; Lilly se défait du reste en septembre 1995 en l’offrant à ses actionnaires en échange d’actions Lilly. Il achète aussi pour 4 milliards de dollars PCS Health Systems, gestionnaire de prestations pharmaceutiques. Trois ans plus tard, Lilly passe une dépréciation de 2,4 milliards ; en novembre 1998, il accepte de revendre PCS à Rite Aid pour 1,5 milliard.

Sidney Taurel, directeur général de 1998 à 2008, gère la fin du brevet américain du Prozac, en août 2001. La relève est là : le Zyprexa, antipsychotique lancé en 1996, le Cialis en 2003, le Cymbalta en 2004, et en 2005 l’exénatide, tirée du venin d’un lézard, le monstre de Gila, avec Amylin : premier médicament d’une famille promise à un grand avenir, les agonistes du récepteur GLP-1. Le Zyprexa laisse aussi une facture : le 15 janvier 2009, Lilly accepte de payer 1,415 milliard de dollars pour l’avoir promu hors de ses indications autorisées, notamment contre la démence des personnes âgées. L’amende pénale de 515 millions est alors un record américain.

2008-2021 : la falaise des brevets

John Lechleiter prend la direction le 1er avril 2008. Son mandat est dominé par ce que l’industrie appelle la « falaise des brevets » : le Zyprexa tombe dans le domaine public en 2011, le Cymbalta en 2013. La relève vient du diabète : Trulicity et Jardiance, ce dernier avec Boehringer Ingelheim, arrivent en 2014. David Ricks, entré chez Lilly en 1996, lui succède le 1er janvier 2017 et recentre le groupe sur le médicament humain : Elanco est entièrement séparé en mars 2019.

Depuis 2022 : le diabète, encore

Le 13 mai 2022, l’agence américaine du médicament autorise le Mounjaro, du tirzépatide, contre le diabète de type 2. La molécule imite deux hormones intestinales et fait perdre beaucoup de poids ; le 8 novembre 2023, elle est autorisée contre l’obésité sous le nom de Zepbound. Un siècle après l’Iletin, le diabète refait la fortune de Lilly : en 2025, les deux marques rapportent 36,5 milliards de dollars, et le 21 novembre 2025 Lilly devient la première entreprise de santé à valoir 1 000 milliards de dollars en Bourse.

Ce que fait Eli Lilly aujourd’hui

Lilly ne vend plus que des médicaments pour l’homme. En 2025, il a réalisé 65,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires et consacré 13,3 milliards à la recherche. Ses grands domaines :

  • Diabète et obésité : Mounjaro (23,0 milliards de dollars en 2025) et Zepbound (13,5 milliards), Trulicity, Jardiance, les insulines Humalog et Humulin.
  • Cancérologie : Verzenio contre le cancer du sein (5,7 milliards de dollars), Cyramza.
  • Immunologie : Taltz et Olumiant, contre des maladies auto-immunes.
  • Neurosciences : Kisunla contre la maladie d’Alzheimer, Emgality contre la migraine.

Les États-Unis assurent environ les deux tiers des ventes. La Lilly Endowment détient encore près d’un dixième du capital.

Les dirigeants d’Eli Lilly

  • Colonel Eli Lilly (1876-1898) : fondateur.
  • Josiah K. Lilly Sr. (1898-1932) : président, puis président du conseil jusqu’en 1948.
  • Eli Lilly (1932-1948) : petit-fils du fondateur, président.
  • Josiah K. Lilly Jr. (1948-1953) : dernier président issu de la famille.
  • Eugene N. Beesley (à partir de 1953) : premier président étranger à la famille, plus tard président du conseil.
  • Richard D. Wood (1972-1991) : président en 1972, directeur général et président du conseil à partir de 1973 ; garde la présidence du conseil jusqu’en 1993.
  • Vaughn D. Bryson (1991-1993) : directeur général, évincé par le conseil.
  • Randall L. Tobias (1993-1998) : venu d’AT&T.
  • Sidney Taurel (1998-2008) : directeur général, président du conseil jusqu’à fin 2008.
  • John C. Lechleiter (2008-2016) : directeur général.
  • David A. Ricks (depuis 2017) : directeur général et président du conseil.

Eli Lilly en Bourse

Entreprise familiale pendant trois quarts de siècle, Lilly ouvre son capital au public au début des années 1950. L’action se négocie aujourd’hui à la Bourse de New York sous le code LLY et figure dans le S&P 500. Entre 1986 et 1997, elle a été divisée quatre fois par deux. Le 21 novembre 2025, Lilly a franchi pour la première fois les 1 000 milliards de dollars de capitalisation, un seuil qu’aucun laboratoire n’avait jamais atteint ; il en valait environ 1 040 milliards début octobre 2026.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires Résultat net Recherche et développement
2021 28,32 5,58 6,93
2022 28,54 6,24 7,19
2023 34,12 5,24 9,31
2024 45,04 10,59 10,99
2025 65,18 20,64 13,34

En milliards de dollars, comptes publiés par Eli Lilly (résultat net selon les normes comptables américaines).

Questions fréquentes sur Eli Lilly

Qui a fondé Eli Lilly ?

Eli Lilly, pharmacien et ancien officier de l’armée nordiste, a fondé l’entreprise le 10 mai 1876 à Indianapolis.

Qui dirige Eli Lilly ?

David A. Ricks, entré dans le groupe en 1996, est directeur général depuis le 1er janvier 2017 et président du conseil d’administration depuis le 1er juin 2017.

Eli Lilly a-t-il inventé l’insuline ?

Non. L’insuline a été isolée à l’université de Toronto en 1921-1922. Lilly a mis au point sa production en grande quantité, grâce à un accord daté du 20 mai 1922, et a vendu la première insuline commerciale, l’Iletin, en 1923.

Quelle est la différence entre Mounjaro et Zepbound ?

Il s’agit de la même molécule, le tirzépatide. Mounjaro est autorisé contre le diabète de type 2 depuis 2022, Zepbound contre l’obésité depuis novembre 2023.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’Eli Lilly.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.