Histoire d’AB InBev : comment une brasserie de Louvain a avalé la bière mondiale

AB InBev est le premier brasseur mondial : Budweiser, Stella Artois, Corona, Michelob Ultra, et des centaines de bières locales vendues dans plus de 40 pays, depuis un siège installé à Louvain, en Belgique. Son histoire est celle de deux brasseries familiales, l’une flamande, l’autre wallonne, qui se sont associées en secret, puis d’un trio de financiers brésiliens qui ont racheté, en vingt ans, presque tous leurs concurrents.
AB InBev en bref
- Fondation : 2008, quand InBev rachète l’américain Anheuser-Busch ; le groupe fait remonter ses origines à la brasserie Den Hoorn de Louvain, citée en 1366.
- Siège : Louvain (Leuven), en Belgique.
- Dirigeants : Michel Doukeris, directeur général depuis le 1er juillet 2021 ; Dirk Van de Put, président du conseil d’administration depuis le 16 juin 2026.
- Activités : bière, et dans une moindre mesure boissons sans alcool, boissons prêtes à boire et bière sans alcool.
- Marques principales : Budweiser, Bud Light, Michelob Ultra, Stella Artois, Corona, Beck’s, Leffe, Hoegaarden, Jupiler, Brahma, Skol, Castle, Aguila, Cass, Harbin.
- Effectifs : environ 137 000 salariés, selon le groupe.
- Cotation : Euronext Bruxelles, membre du BEL 20 et de l’Euro Stoxx 50 ; cotations secondaires à Mexico et Johannesburg, certificats de dépôt à New York.
- Chiffre d’affaires 2025 : 59,3 milliards de dollars.
Quelle est l’histoire d’AB InBev ?
1366-1987 : Louvain, Jupille et un accord secret
La légende du groupe commence en 1366, date à laquelle une brasserie appelée Den Hoorn, « la corne », est attestée à Louvain. En 1717, un maître brasseur, Sébastien Artois, la rachète et lui donne son nom. Pendant deux siècles, Artois reste une affaire locale et familiale. En 1926, elle lance pour Noël une bière blonde de fête, baptisée Stella, l’étoile ; le cadeau de saison est resté.
À l’autre bout du pays, à Jupille, près de Liège, la famille Piedbœuf fabrique d’abord du matériel de brasserie, à partir de 1812, puis se met à brasser en 1853. Sa bière vedette, la Jupiler, est l’ennemie naturelle de la Stella. En 1971, c’est pourtant un ministre socialiste, Edmond Leburton, qui pousse les deux maisons à sauver ensemble une brasserie en faillite à Ghlin. L’affaire coûte au total 100 millions de francs à l’État belge, et elle a une suite que personne ne connaît : un accord secret par lequel les familles d’Artois entrent au capital de Piedbœuf et la famille Van Damme au capital d’Artois, avec la même répartition des deux côtés. Pendant seize ans, les deux concurrentes affichées appartiennent aux mêmes actionnaires.
Le secret est levé en 1987 : Artois et Piedbœuf fusionnent et forment Interbrew. Le nouvel ensemble détient la moitié du marché belge. L’intégration est rude : José Dedeurwaerder, qui prend la direction à l’été 1988, ramène la production à trois sites, Louvain, Jupille et Hoegaarden, au prix d’un long conflit social à la fin de 1989.
1988-2004 : Interbrew part à la conquête du monde
Interbrew grandit d’abord en Europe centrale, à partir de la Hongrie, puis frappe un grand coup en 1995 en rachetant le canadien Labatt pour 4 milliards de dollars canadiens, selon La Libre Belgique. Le premier brasseur du Canada fait du belge, du jour au lendemain, une multinationale.
En décembre 2000, les familles introduisent Interbrew à la Bourse de Bruxelles, au prix de 33 euros par action. Le pari britannique tourne mal : Interbrew a payé 2,3 milliards de livres pour Bass Brewers, mais le 3 janvier 2001, le gouvernement de Londres, suivant sa Commission de la concurrence, lui ordonne de revendre l’affaire ; l’action perd 22,7 % dans la journée. L’Allemagne réussit mieux : Diebels et Beck’s en 2001, Spaten en 2003.
Pendant ce temps, au Brésil, trois anciens banquiers ont pris leurs habitudes dans la bière. Jorge Paulo Lemann, Marcel Telles et Carlos Alberto Sicupira, dit Beto, ont fait fortune avec la banque d’affaires Garantia, fondée par Lemann en 1971. En 1989, ils rachètent la brasserie Brahma, de Rio de Janeiro, sans rien connaître au métier. Ils en font une machine à réduire les coûts et, en 1999, l’unissent à sa rivale Antarctica pour former AmBev, qui domine le marché brésilien.
En 2004, Interbrew et AmBev se rapprochent et forment InBev, premier brasseur mondial en volumes. Sur le papier, c’est le belge qui rachète. Dans les faits, ce sont la culture et les méthodes brésiliennes qui l’emportent : en 2005, un ancien de Brahma, Carlos Brito, prend la direction générale. Les familles belges et le trio brésilien logent leurs actions dans une fondation de droit néerlandais, la Stichting, qui demeure aujourd’hui l’actionnaire de référence.
1852-2008 : Anheuser-Busch, l’autre lignée
L’histoire officielle d’Anheuser-Busch commence en 1852, à Saint-Louis (Missouri), avec une brasserie dite bavaroise. Un historien local, Chris Naffziger, a montré en 2019 que la chronologie était plus incertaine qu’on ne le dit : la brasserie aurait été fondée vers 1857 par un médecin, Adam Hammer. Un fait n’est pas contesté : en 1860, un fabricant de savon d’origine allemande, Eberhard Anheuser, se retrouve propriétaire d’une partie de la brasserie en difficulté, pour une créance impayée.
Son gendre, Adolphus Busch, en fait une entreprise nationale. Il pasteurise sa bière, la transporte en wagons réfrigérés et, en 1876, lance une blonde de type pils qu’il baptise Budweiser, du nom allemand de la ville bohême de České Budějovice, avec laquelle elle n’a aucun lien. Michelob suit en 1896. La famille Busch dirige l’entreprise jusqu’en 2008 ; Anheuser-Busch est devenu en 1957 le premier brasseur des États-Unis, et l’est resté jusqu’à la vente.
En juin 2008, InBev propose de racheter Anheuser-Busch. August Busch IV, héritier de la dynastie, tente de résister et cherche une alliance avec le mexicain Modelo ; son père, August III, juge plus raisonnable de vendre à bon prix. Le 13 juillet 2008, le conseil accepte 70 dollars par action, soit environ 52 milliards de dollars. Puis Lehman Brothers fait faillite, le 14 septembre, et le crédit se tarit ; le contrat de financement, négocié sans clause permettant aux banques de se retirer en cas de dégradation du marché, tient. Le rachat est conclu le 18 novembre 2008, et le groupe prend le nom d’Anheuser-Busch InBev.
2008-2016 : Modelo, SABMiller et l’endettement
Le nouveau groupe se désendette en vendant ce qui n’est pas de la bière, comme les parcs d’attractions de Busch Entertainment en 2009, puis recommence à acheter. En 2012, il entreprend de racheter la moitié de Grupo Modelo, le brasseur de Corona, qu’il ne contrôlait pas encore, dans une opération évaluée à 20,1 milliards de dollars. Pour satisfaire les autorités de la concurrence américaines, AB InBev cède en juin 2013 à Constellation Brands les droits de Corona et de Modelo aux États-Unis. C’est ainsi qu’en 2023, la bière qui détrône Bud Light en tête des ventes américaines, Modelo Especial, appartient à un concurrent.
L’opération suivante est la plus grosse de l’histoire de la bière. En octobre 2015, AB InBev s’entend sur le principe d’un rachat de SABMiller, le numéro deux mondial, né en Afrique du Sud. Le Brexit fait chuter la livre, l’offre doit être relevée à 45 livres par action, et la transaction, conclue le 10 octobre 2016, valorise SABMiller à environ 79 milliards de livres. Pour obtenir l’accord des autorités, le groupe revend Miller aux États-Unis à Molson Coors, et Peroni, Grolsch et Pilsner Urquell au japonais Asahi. Il hérite surtout d’une dette de plus de 100 milliards de dollars ; en octobre 2018, il divise son dividende par deux.
Depuis 2016 : moins de bière, plus de marge
En 2019, le groupe fait coter à Hong Kong ses activités asiatiques, sous le nom de Budweiser Brewing Company APAC, dont il garde le contrôle. Carlos Brito quitte la direction générale le 1er juillet 2021, après plus de quinze ans, et cède la place à Michel Doukeris, qui dirigeait l’Amérique du Nord. Il hérite, en avril 2023, d’une crise inattendue : une campagne de Bud Light avec une influenceuse transgenre, Dylan Mulvaney, déclenche un boycott d’une partie de la clientèle conservatrice américaine, et Bud Light perd en juin sa place de bière la plus vendue du pays. Ses conséquences et l’état actuel du groupe sont détaillés dans l’analyse SWOT. En 2026, le conseil se donne un président belgo-américain : Dirk Van de Put, patron de Mondelez et administrateur depuis 2023, prend le 16 juin la présidence laissée par Martin Barrington, qui présidait depuis 2019 et a quitté le conseil à l’assemblée générale d’avril.
Que fait AB InBev aujourd’hui ?
AB InBev a vendu 561 millions d’hectolitres de boissons en 2025, dont 484 millions de bière, pour un chiffre d’affaires de 59,3 milliards de dollars. Ses marques se rangent en trois étages :
- Marques mondiales : Budweiser, Stella Artois, Corona (hors des États-Unis), Michelob Ultra.
- Marques internationales : Beck’s, Leffe, Hoegaarden.
- Champions locaux : Bud Light aux États-Unis, Jupiler en Belgique, Brahma et Skol au Brésil, Modelo et Victoria au Mexique, Aguila en Colombie, Castle en Afrique du Sud, Cass en Corée du Sud, Harbin en Chine.
L’Amérique latine pèse près de la moitié de l’ensemble : en 2025, la zone dite Middle Americas, du Mexique à la Colombie, a réalisé 17,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, l’Amérique du Sud 12,0 milliards, l’Amérique du Nord 14,2 milliards, la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique 9,5 milliards et l’Asie-Pacifique 5,7 milliards.
Qui sont les dirigeants d’AB InBev ?
- Adolphus Busch (1880-1913) : président d’Anheuser-Busch, créateur de Budweiser.
- August Busch IV (jusqu’en 2008) : dernier patron d’Anheuser-Busch indépendant.
- José Dedeurwaerder (1988-1993) : premier patron d’Interbrew, artisan de la fusion d’Artois et de Piedbœuf.
- Hans Meerloo (à partir de 1993) : directeur général d’Interbrew lors du rachat de Labatt.
- Carlos Brito (2005-2021) : directeur général d’InBev, puis d’AB InBev.
- Martin Barrington (2019-2026) : président du conseil d’administration.
- Michel Doukeris (depuis 2021) : directeur général.
- Dirk Van de Put (depuis 2026) : président du conseil d’administration.
Quel est le parcours d’AB InBev en Bourse ?
L’action AB InBev descend de celle d’Interbrew, introduite à Bruxelles en décembre 2000 à 33 euros. Elle est cotée sur Euronext Bruxelles (code ABI) et fait partie du BEL 20 et de l’Euro Stoxx 50 ; elle est aussi cotée à Mexico et à Johannesburg, et s’échange à New York sous forme de certificats de dépôt (code BUD). Le flottant est limité : la Stichting, qui réunit les familles belges et brésiliennes, et ses alliés détiennent ensemble la majorité des actions ordinaires. Son premier grand épisode boursier, la chute du 3 janvier 2001, est raconté plus haut.
Quels sont les chiffres clés d’AB InBev depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | EBITDA normalisé | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 54,30 | 19,21 | 4,67 |
| 2022 | 57,79 | 19,84 | 5,97 |
| 2023 | 59,38 | 19,98 | 5,34 |
| 2024 | 59,77 | 20,96 | 5,86 |
| 2025 | 59,32 | 21,22 | 6,84 |
En milliards de dollars, comptes publiés par AB InBev. L’EBITDA normalisé est le résultat avant intérêts, impôts et amortissements, hors éléments exceptionnels.
Questions fréquentes sur AB InBev
Que veut dire AB InBev ?
AB vient d’Anheuser-Busch, le brasseur américain de Budweiser racheté en 2008. InBev est le nom choisi en 2004 lors de l’union du belge Interbrew et du brésilien AmBev.
AB InBev est-il belge ou brésilien ?
Les deux. La société est de droit belge et son siège est à Louvain, mais ses dirigeants viennent souvent de l’ancienne Brahma, et le contrôle est partagé, au sein d’une fondation, entre des familles belges et trois investisseurs brésiliens.
Qui dirige AB InBev ?
Michel Doukeris est directeur général depuis le 1er juillet 2021, après plus de quinze ans de Carlos Brito. Dirk Van de Put préside le conseil d’administration depuis le 16 juin 2026.
Pourquoi Corona n’appartient-elle pas à AB InBev aux États-Unis ?
Pour obtenir le feu vert des autorités américaines au rachat de Grupo Modelo, AB InBev a dû céder en 2013 les droits de Corona et de Modelo aux États-Unis à Constellation Brands. Partout ailleurs, Corona est à lui.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- AB InBev, « Our heritage » (page d’histoire du groupe, consultée le 10 octobre 2026)
- AB InBev, « AB InBev Reports Full Year and Fourth Quarter 2021 Results » (février 2022)
- La Libre Belgique, « AB Inbev : un empire que l’on doit à un socialiste » (24 septembre 2016)
- La Libre Belgique, « L’accord secret entre Artois et Piedbœuf, à l’origine du numéro 1 mondial de la bière » (22 janvier 2020)
- CNN Money, « U.K. stops Interbrew buy » (3 janvier 2001)
- Encyclopædia Britannica, « InBev » (consultée le 10 octobre 2026)
- Encyclopædia Britannica, « Anheuser-Busch Companies, Inc. » (consultée le 10 octobre 2026)
- NBC News, « Bud Light sales plunged after boycott over campaign with transgender influencer » (août 2023)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
Découvrir mon parcours









La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École