Analyse SWOT de Johnson & Johnson : forces, faiblesses, opportunités et menaces

Johnson & Johnson est un groupe américain de santé, établi à New Brunswick, dans le New Jersey, qui vend dans le monde entier des médicaments et des technologies médicales.
Johnson & Johnson n’est plus le groupe du shampoing pour bébé : il a achevé en août 2023 la séparation de sa santé grand public, devenue Kenvue (Tylenol, Neutrogena), que Kimberly-Clark doit racheter : au 20 octobre 2026, la finalisation restait attendue au quatrième trimestre 2026. Il reste deux métiers, les médicaments (cancer, immunologie, neurosciences) et les technologies médicales (cardiologie, orthopédie, chirurgie, ophtalmologie). Voici son analyse SWOT, mise à jour avec les comptes de 2025, du premier semestre 2026 et du troisième trimestre, publiés le 13 octobre 2026.
Quels sont les chiffres clés de Johnson & Johnson ?
- Chiffre d’affaires 2025 : 94,2 milliards de dollars, en hausse de 6 %.
- Deux métiers : les médicaments (60,4 milliards de dollars) et les technologies médicales (33,8 milliards).
- Bénéfice net 2025 : 26,8 milliards de dollars ; bénéfice par action ajusté de 10,79 dollars, en hausse de 8,1 %.
- Recherche et développement 2025 : 14,7 milliards de dollars, soit 15,6 % du chiffre d’affaires.
- Effectifs : environ 138 200 salariés en équivalent temps plein fin 2025, avec des activités dans pratiquement tous les pays du monde.
- Premier semestre 2026 : 49,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+8,2 %) et un bénéfice net de 10,8 milliards, en baisse de 34,9 %.
Quelles sont les forces de Johnson & Johnson ?
Le Darzalex, premier médicament du groupe. Cet anticorps contre le myélome multiple a rapporté 14,4 milliards de dollars en 2025, en hausse de 23 %, soit environ 15 % des ventes du groupe. Au premier semestre 2026, il progresse encore de 20,6 %, à 8,2 milliards.
Une relève déjà en place. Le Tremfya, contre le psoriasis et les maladies inflammatoires de l’intestin, a gagné 70,6 % au premier semestre 2026, à 3,7 milliards de dollars. Le Carvykti, une thérapie cellulaire contre le myélome, a presque doublé en 2025, à 1,9 milliard. La cancérologie pèse désormais 25,4 milliards de dollars.

Une puissance financière rare. Le groupe a dégagé environ 19,7 milliards de dollars de cash-flow libre en 2025, de quoi financer la recherche, les rachats et le talc.
Des perspectives relevées. En avril, en juillet puis en octobre 2026, le groupe a relevé son objectif de chiffre d’affaires, désormais de 101,0 à 101,4 milliards de dollars. Celui du bénéfice par action ajusté, abaissé fin juillet par le coût de deux acquisitions dans la recherche, Firefly Bio et Sail Biomedicines, est remonté en octobre à 11,05 à 11,15 dollars.
Quelles sont les faiblesses de Johnson & Johnson ?
La chute du Stelara. Ce traitement du psoriasis et de la maladie de Crohn affronte ses copies, les biosimilaires : 6,1 milliards de dollars en 2025 (−41,3 %), puis 1,4 milliard au premier semestre 2026 (−57,4 %). L’immunologie, son domaine, recule de 6,2 % sur le semestre malgré le Tremfya.
Un Darzalex qui n’appartient pas tout à fait au groupe. Il est exploité sous licence de Genmab, qui touche de 12 à 20 % des ventes nettes en redevances. Les deux familles de brevets de Genmab expirent aux États-Unis en 2029, même si le groupe détient ses propres brevets sur la forme sous-cutanée.
Une orthopédie à la traîne. Prothèses de hanche et de genou, traumatologie : 9,3 milliards de dollars en 2025, en hausse de 1,1 % seulement. Le groupe a annoncé en octobre 2025 vouloir la séparer sous le nom de DePuy Synthes, dans un délai de 18 à 24 mois.
Un bénéfice publié très variable. Le bénéfice net fait le yo-yo : +90,6 % en 2025, −34,9 % au premier semestre 2026, ce semestre se comparant à un premier semestre 2025 gonflé par un important produit lié aux litiges. Le bénéfice ajusté, lui, ne progresse que de 2,2 % sur le semestre.
Quelles opportunités s’offrent à Johnson & Johnson ?
Les neurosciences, grâce à Intra-Cellular. Racheté 14,6 milliards de dollars en avril 2025, Intra-Cellular Therapies a apporté le Caplyta, contre la schizophrénie et la dépression bipolaire. Ses ventes ont progressé de 70,9 % au deuxième trimestre 2026, et les neurosciences de 22 % sur le semestre.
La cardiologie, grâce à Shockwave. Acquis 13,1 milliards de dollars en mai 2024, Shockwave Medical brise le calcaire des artères par ondes de pression. Porté par ce rachat, le pôle cardiologie a atteint 8,9 milliards de dollars en 2025, en hausse de 15,8 %.
Un groupe plus concentré. Sans la santé grand public et bientôt sans l’orthopédie, le groupe garde ses activités les plus dynamiques. Le pari : être jugé comme un laboratoire de croissance plutôt que comme un conglomérat.
Quelles menaces pèsent sur Johnson & Johnson ?
Le talc, une facture qui n’est pas encore soldée. Après trois mises en faillite d’une filiale rejetées par la justice, le groupe a annoncé fin juillet 2026 un accord d’environ 5,5 milliards de dollars sur près de 76 000 plaintes liées au cancer de l’ovaire. Il ne deviendra définitif que si 95 % des plaignants l’acceptent, et le montant n’est pas plafonné : un avocat qui l’a négocié évoque 7 milliards ou plus. Le groupe a passé une charge de 5,5 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, qui a ramené son bénéfice net du trimestre à 210 millions.
Les prix des médicaments fixés à Washington. Depuis 2026, l’assurance maladie publique américaine des seniors, Medicare, applique des prix négociés par l’État au Stelara, au Xarelto et à l’Imbruvica. En janvier 2026, le groupe a aussi accepté d’aligner certains prix sur ceux des autres pays développés, notamment via le site TrumpRx.
Les droits de douane, écartés à un prix. Ce même accord le libère des droits de douane sur ses importations, adossé à son engagement, pris en 2025, d’investir 55 milliards de dollars aux États-Unis d’ici début 2029. La protection dépend donc d’un accord politique, pas d’une loi.
Des technologies médicales qui ralentissent. Au troisième trimestre 2026, ce métier ne progressait que de 2,5 % hors effets de change, contre 7,9 % pour les médicaments.
Qui sont les principaux concurrents de Johnson & Johnson ?
- Médicaments : AbbVie, Merck & Co, Roche, Pfizer, Bristol Myers Squibb, Novartis, Sanofi, et les fabricants de biosimilaires du Stelara.
- Technologies médicales : Medtronic, Abbott, Boston Scientific, Stryker, Zimmer Biomet.
Que retenir de Johnson & Johnson quand on est trader ?
Je ne trade pas Johnson & Johnson : je ne trade qu’un seul marché, le future sur le Nasdaq. Mais je regarde le titre, parce qu’il fait partie des valeurs défensives vers lesquelles l’argent se replie quand la technologie vacille.
Trois choses le font bouger. D’abord le duel entre la chute du Stelara et la croissance du Darzalex et du Tremfya, que le marché lit dans chaque publication : le 15 juillet 2026, malgré un bénéfice par action ajusté de 2,90 dollars, au-dessus des 2,86 dollars attendus par les analystes selon Finviz, et des objectifs relevés, le titre cédait environ 1 % avant l’ouverture. Ensuite le talc, dont chaque verdict et chaque accord, comme celui de juillet 2026, change l’idée que l’on se fait de la facture finale. Enfin Washington, où un communiqué sur les prix ou les droits de douane réécrit les perspectives de tout le secteur.
Une valeur défensive n’est pas une valeur sans risque. Le groupe doit remplacer le Stelara, puis préparer l’après-2029 du Darzalex, et le talc reste un dossier judiciaire tant que l’accord n’est pas définitif.
Cette analyse est informative et ne constitue pas un conseil en investissement.
Questions fréquentes sur Johnson & Johnson
Que reste-t-il de Johnson & Johnson après la séparation de Kenvue ?
Deux métiers : les médicaments, 60,4 milliards de dollars de ventes en 2025, et les technologies médicales, 33,8 milliards. La santé grand public (Tylenol, Neutrogena) est devenue Kenvue en août 2023, et le groupe veut aussi séparer son orthopédie.
Le dossier du talc est-il clos ?
Pas encore. Le groupe a annoncé fin juillet 2026 un accord d’environ 5,5 milliards de dollars sur près de 76 000 plaintes, qui ne deviendra définitif que si 95 % des plaignants l’acceptent. Il en a passé la charge dans ses comptes du troisième trimestre 2026.
Sources de référence utilisées
12
- Johnson & Johnson, finalisation de la séparation de Kenvue (23 août 2023)
- Johnson & Johnson, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2025 (21 janvier 2026)
- Johnson & Johnson, tableaux des ventes par produit de l’exercice 2025 (21 janvier 2026)
- Johnson & Johnson, résultats du premier trimestre 2026 (14 avril 2026)
- Johnson & Johnson, résultats du deuxième trimestre 2026 (15 juillet 2026)
- Johnson & Johnson, tableaux des ventes du premier semestre 2026 (15 juillet 2026)
- Johnson & Johnson, rapport annuel 10-K de l’exercice 2025
- Johnson & Johnson, projet de séparation de l’orthopédie (14 octobre 2025)
- Johnson & Johnson, résultats du troisième trimestre 2026 (13 octobre 2026)
- Johnson & Johnson, objectifs 2026 revus après Firefly Bio et Sail Biomedicines (29 juillet 2026)
- The Irish Times (Reuters), accord sur le talc et estimation de Chris Seeger (28 juillet 2026)
- Finviz, résultats du deuxième trimestre 2026 face au consensus et recul avant l’ouverture (15 juillet 2026)
Pour aller plus loin
- Analyse SWOT d’Amgen : forces, faiblesses, opportunités et menaces, un laboratoire qui vend lui-même des biosimilaires, ces copies qui font chuter le Stelara.
- Analyse SWOT d’AstraZeneca : forces, faiblesses, opportunités et menaces, l’autre champion de la cancérologie, terrain où le groupe pèse désormais plus de 25 milliards de dollars.
- Analyse SWOT de Siemens Healthineers : forces, faiblesses, opportunités et menaces, un grand des technologies médicales, le second métier de Johnson & Johnson.
- Qu’est-ce qu’une valeur de rendement ?, le profil des titres défensifs vers lesquels l’argent se replie quand la technologie vacille.
- Analyse SWOT d’Eli Lilly : forces, faiblesses, opportunités et menaces, le grand laboratoire américain porté par ses traitements du diabète et de l’obésité.
- Histoire des entreprises : le guide en 107 histoires, pour remonter aux origines des grands groupes que décortiquent les analyses SWOT.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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