Loi de l’offre et de la demande : principes fondamentaux
Qu’est-ce que la loi de l’offre et de la demande ?
La loi de l’offre et de la demande représente le modèle principal de l’économie de marché et repose sur l’équilibre de la quantité de bien offert et la demande d’un certain bien. Le tout ayant une influence sur le prix de ce bien suivant l’importance de l’offre ou de la demande.
Exemple de loi de l’offre et de la demande
Si la demande pour un produit augmente, le prix de celui-ci augmentera aussi et a contrario, si l’offre dépasse la demande pour un produit, le prix diminuera jusqu’à ce qu’il y ait un équilibre entre la quantité offerte et la quantité demandée.
La loi de l’offre et de la demande en résumé
La loi de l’offre et de la demande décrit la formation des prix sur un marché libre. Quand les acheteurs veulent davantage que ce que les vendeurs proposent, le prix monte ; quand l’offre dépasse la demande, il baisse. Le prix s’ajuste jusqu’au point où la quantité que les vendeurs veulent vendre est égale à celle que les acheteurs veulent acheter : c’est le prix d’équilibre.
Malgré son nom, ce n’est pas une loi au sens de la physique, mais un modèle. Il suppose des prix libres, de nombreux acheteurs et vendeurs, et des comportements qui réagissent au prix.
D’où vient la loi de l’offre et de la demande
L’idée est ancienne : John Locke l’évoque dès 1691. L’expression « offre et demande » (supply and demand) apparaît chez l’économiste écossais James Steuart en 1767, puis chez Adam Smith dans La Richesse des nations en 1776. Le Français Antoine Augustin Cournot en donne en 1838 la première formulation mathématique et dessine les premières courbes de demande. En 1870, Fleeming Jenkin publie le premier graphique réunissant les deux courbes.
C’est Alfred Marshall qui fixe la présentation moderne dans ses Principes d’économie (1890). À ceux qui se demandaient si la valeur d’un bien vient de son utilité ou de son coût de production, il répond par une image restée célèbre : l’offre et la demande sont comme les deux lames d’une paire de ciseaux, et il est vain de chercher laquelle des deux coupe le papier.
Comment fonctionne le mécanisme
La courbe de demande descend : plus un bien est cher, moins on en achète. La courbe d’offre monte : plus le prix est élevé, plus les producteurs ont intérêt à produire. Le prix d’équilibre se trouve à leur croisement.
Il faut distinguer deux choses. Une variation du prix fait glisser le long des courbes. Un changement dans les conditions du marché déplace la courbe elle-même : un revenu plus élevé, une mode ou la hausse du prix d’un produit concurrent déplacent la demande ; une hausse des coûts, un progrès technique ou une mauvaise récolte déplacent l’offre. Toute variation durable d’un prix s’explique par l’un de ces déplacements.
Un exemple chiffré
Imaginons le marché d’un café de spécialité dans une ville. À chaque prix au kilo correspondent une quantité demandée et une quantité offerte (hypothèses) :
| Prix au kilo | Demande (kg) | Offre (kg) | Situation |
|---|---|---|---|
| 4 € | 1 000 | 600 | Pénurie de 400 kg, le prix monte |
| 6 € | 800 | 800 | Équilibre |
| 8 € | 600 | 1 000 | Excédent de 400 kg, le prix baisse |
Le prix d’équilibre est de 6 € pour 800 kg échangés. Supposons maintenant qu’un article de presse rende ce café à la mode et que la demande augmente de 200 kg à chaque niveau de prix : à 6 €, on demanderait 1 000 kg pour 800 offerts. Le prix monte jusqu’à 7 €, où l’on demande 900 kg et où les producteurs en offrent 900. La hausse de la demande a donc fait monter à la fois le prix et la quantité échangée.
Un épisode réel : le pétrole sous zéro dollar
Le 20 avril 2020, en pleine crise sanitaire, le contrat à terme sur le pétrole WTI le plus proche de l’échéance s’est échangé sous zéro dollar, pour la première fois depuis l’ouverture de ce marché en 1983. Selon l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), les confinements avaient effondré la consommation de carburant, tandis que les capacités de stockage de Cushing, dans l’Oklahoma, où le contrat se livre, étaient presque saturées. À l’approche de l’échéance, des détenteurs de contrats qui ne pouvaient pas recevoir le pétrole ont payé pour s’en défaire. L’offre dépassait si largement la demande que le bien rare n’était plus le pétrole, mais la place pour le stocker.
Les limites du modèle
Le modèle suppose une concurrence réelle. Lorsqu’un petit nombre d’entreprises domine un marché, comme dans un oligopole, ou qu’elles s’entendent au sein d’un cartel, le prix ne résulte plus seulement de la rencontre de l’offre et de la demande. Lorsque l’État fixe un prix plafond sous l’équilibre, il crée une pénurie ; un prix plancher au-dessus de l’équilibre crée un excédent.
Il existe aussi des exceptions du côté de la demande : les biens dits de Veblen, des produits de luxe dont la demande peut augmenter avec le prix parce que le prix fait partie de leur attrait, et les biens dits de Giffen, des biens de première nécessité que des ménages très pauvres achèteraient davantage quand leur prix monte, faute de pouvoir s’offrir mieux. Ces derniers restent un cas rare et discuté.
Enfin, Keynes a soutenu que sur certains marchés, celui du travail en particulier, la baisse du prix ne suffit pas à rétablir l’équilibre : une baisse générale des salaires réduit aussi les revenus, donc la demande. Ses contradicteurs répondent que la rigidité des prix et des salaires est justement ce qui empêche l’ajustement. Le débat entre ces deux lectures traverse toute la macroéconomie keynésienne.
Ce que la loi de l’offre et de la demande apporte au trader
En bourse, l’offre et la demande sont visibles en direct dans le carnet d’ordres : les ordres d’achat d’un côté, les ordres de vente de l’autre, et un cours qui se forme à leur rencontre, comme lors du fixing. Une différence importante avec le marché du café : sur les marchés financiers, une hausse du prix peut attirer de nouveaux acheteurs au lieu de les décourager, parce que beaucoup achètent en anticipant la suite. C’est l’un des ressorts des bulles. Sur les matières premières, le raisonnement reste au contraire très proche du modèle : niveaux des stocks, récoltes, quotas de production et consommation font les prix.
Questions fréquentes
Qui a inventé la loi de l’offre et de la demande ?
Personne seul. L’expression apparaît chez James Steuart (1767) et Adam Smith (1776), Cournot la met en équations en 1838 et Alfred Marshall en donne la présentation graphique devenue classique en 1890.
Qu’est-ce que le prix d’équilibre ?
C’est le prix auquel la quantité offerte est égale à la quantité demandée. À ce prix, il n’y a ni pénurie ni invendus, et plus aucune pression ne pousse le prix à monter ou à baisser.
La loi de l’offre et de la demande s’applique-t-elle en bourse ?
Oui pour la formation du cours, qui naît de la confrontation des ordres d’achat et de vente. Mais la demande y dépend beaucoup des anticipations : un titre qui monte peut attirer plus d’acheteurs, ce qui n’arrive pas pour un bien de consommation ordinaire.
Y a-t-il des exceptions ?
Oui : les produits de luxe dont le prix élevé fait l’attrait (biens de Veblen), les marchés dominés par quelques vendeurs, et les prix fixés par l’État, qui empêchent l’ajustement.
Pour aller plus loin
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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