Qu’est-ce que les déficits jumeaux ? Définition

Qu’est-ce que les déficits jumeaux ?
Les déficits jumeaux désignent la situation d’une économie qui connaît à la fois un déficit budgétaire et commercial. Cela signifie que les dépenses publiques d’un pays sont supérieures à ses revenus et que ses importations sont supérieures à ses exportations.
Quel exemple illustre les déficits jumeaux ?
Cette expression a souvent été utilisée pour désigner la situation économique des États-Unis depuis les années 1980. En effet, les politiques de Ronald Reagan et de la Fed creusent les deux déficits et contribuent à faire fortement monter le dollar, jusqu’aux accords du Plaza de 1985.
Dans les années 2000, les déficits des États-Unis se creusent de nouveau, en raison des fortes dépenses militaires engagées pour les guerres que le pays mène à l’étranger, ainsi que des réductions fiscales mises en place pour relancer l’économie et l’emploi après l’éclatement de la bulle internet des années 2000, sous la présidence de George W. Bush.
Les déficits jumeaux en résumé
On parle de déficits jumeaux quand un pays cumule un déficit public (l’État dépense plus qu’il ne perçoit) et un déficit extérieur (le pays achète au reste du monde plus qu’il ne lui vend, ce que mesure le solde courant de la balance des paiements). L’idée derrière l’expression est que le premier peut entraîner le second : un État qui emprunte massivement pousse la demande intérieure et attire des capitaux étrangers, ce qui creuse le déficit extérieur.
L’expression est née aux États-Unis dans les années 1980. Les faits ont montré depuis que les deux déficits peuvent aussi évoluer en sens contraire.
Quelle identité comptable relie les déficits jumeaux ?
Le lien vient de la comptabilité nationale. Notons S l’épargne privée (ménages et entreprises), I l’investissement privé, T les recettes publiques, G les dépenses publiques, X les exportations et M les importations. On peut écrire, toujours et partout :
X − M = (S − I) + (T − G)
Autrement dit, le solde extérieur est la somme de l’excédent d’épargne du secteur privé et du solde budgétaire de l’État. Si l’État creuse son déficit (T − G devient plus négatif) sans que les ménages et les entreprises épargnent davantage, le pays doit emprunter à l’étranger, et son solde extérieur se dégrade d’autant. En toute rigueur, l’identité porte sur le solde courant, qui inclut les revenus et transferts en plus des échanges de biens et services.
Imaginons un pays dont le déficit public atteint 5 % du PIB, et dont le secteur privé épargne 2 % du PIB de plus qu’il n’investit. Son solde extérieur est alors de 2 − 5 = −3 % du PIB : il emprunte 3 % de sa production au reste du monde. Si l’épargne privée augmentait de 3 points, le déficit extérieur disparaîtrait malgré le déficit public : c’est pourquoi le lien n’a rien d’automatique.
Pourquoi les États-Unis ont-ils connu des déficits jumeaux dans les années 1980 ?
Au début des années 1980, la Réserve fédérale de Paul Volcker maintient des taux d’intérêt très élevés pour casser l’inflation, tandis que l’administration Reagan baisse les impôts et augmente les dépenses militaires. Le déficit budgétaire se creuse et les taux longs restent hauts. Les capitaux étrangers affluent pour profiter de ces rendements, ce qui fait monter le dollar d’environ 50 % face aux grandes devises entre 1980 et 1985. Un dollar cher rend les importations bon marché et les exportations américaines chères : le déficit commercial se creuse à son tour. Selon la Banque mondiale, le déficit de l’administration centrale passe de 1,5 % du PIB en 1981 à 4,6 % en 1986, et le solde courant d’un léger excédent à un déficit de 3,2 % du PIB.
Le 22 septembre 1985, à l’hôtel Plaza de New York, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest, la France et le Royaume-Uni s’accordent pour faire baisser le dollar : ce sont les accords du Plaza. Le billet vert recule nettement jusqu’aux accords du Louvre, en 1987.

Les déficits jumeaux peuvent-ils évoluer en sens contraire ?
La théorie a ensuite été démentie par les faits à plusieurs reprises. À la fin des années 1990, le budget fédéral américain revient à l’excédent (1998 marque le premier excédent depuis 1969), mais le déficit commercial continue de se creuser, de 1,8 % du PIB en 1998 à 3,6 % en 2001 selon la Banque mondiale : l’investissement privé, porté par la vague technologique, attire les capitaux étrangers. Dans les années 2000, les deux déficits se creusent ensemble, mais cette fois avec un dollar en baisse. Le déficit courant américain atteint un record de 5,8 % du PIB en 2006, sur fond de bulle immobilière.
Les économistes s’accordent sur l’identité comptable, qui est toujours vraie. Ils divergent sur la causalité : pour les uns, le déficit public est le moteur du déficit extérieur ; pour d’autres, ce sont l’épargne et l’investissement privés qui dominent, et le déficit public n’en est qu’une composante parmi d’autres. Une autre lecture, soutenue notamment pour les États-Unis, fait du déficit extérieur la contrepartie de la demande mondiale d’actifs en dollars plutôt que le résultat d’une politique budgétaire.
Que changent les déficits jumeaux pour un investisseur ou un trader ?
Les déficits jumeaux posent une question simple : qui finance le pays ? Tant que les investisseurs étrangers achètent volontiers ses obligations d’État et ses actions, le système tient, et la devise peut même monter, comme le dollar de 1980 à 1985. Si cet appétit faiblit, il faut offrir des taux plus élevés ou laisser la monnaie baisser. Pour un pays émergent sans monnaie de réserve, des déficits jumeaux importants sont souvent un signal d’alerte avant une crise de change. Pour les États-Unis, émetteurs de la principale monnaie de réserve, la contrainte est beaucoup plus lâche. Le trader sur le Forex suit donc à la fois le solde courant, publié chaque trimestre, et la trajectoire budgétaire : au deuxième trimestre 2026, le déficit courant américain représentait 3,0 % du PIB.
Questions fréquentes sur les déficits jumeaux
Les déficits jumeaux font-ils baisser la monnaie ?
Pas nécessairement. Dans les années 1980, les États-Unis ont connu des déficits jumeaux avec un dollar en forte hausse, porté par des taux d’intérêt élevés. Dans les années 2000, ils les ont connus avec un dollar en baisse. Tout dépend de l’appétit des investisseurs étrangers.
Pourquoi parle-t-on de « jumeaux » ?
Parce que, dans les années 1980 aux États-Unis, les deux déficits sont apparus et se sont creusés en même temps, ce qui suggérait une cause commune.
Quelle différence entre déficit commercial et déficit courant ?
Le déficit commercial ne compte que les échanges de biens et services. Le déficit courant y ajoute les revenus reçus et versés à l’étranger (intérêts, dividendes, salaires) et les transferts. C’est lui qui mesure exactement ce que le pays emprunte au reste du monde.
Un excédent budgétaire fait-il disparaître le déficit extérieur ?
Non. Les États-Unis de 1998 à 2001 l’ont montré : budget en excédent, déficit commercial en hausse.
La France connaît-elle des déficits jumeaux ?
En partie seulement. Selon Eurostat, son déficit public atteignait 5,1 % du PIB en 2025, mais son déficit courant restait faible, 0,3 % du PIB selon la Banque mondiale. D’après l’identité comptable, c’est l’excédent d’épargne du secteur privé qui compense l’essentiel du déficit de l’État.
Existe-t-il l’inverse des déficits jumeaux ?
Oui, des excédents jumeaux. L’Allemagne en a offert l’exemple de 2014 à 2019 : excédent public, jusqu’à 1,9 % du PIB en 2018 selon Eurostat, et excédent courant de 7 à 9 % du PIB selon la Banque mondiale.
Sources de référence utilisées
4
- Banque mondiale, solde courant en % du PIB (BN.CAB.XOKA.GD.ZS) : data.worldbank.org.
- Banque mondiale, capacité ou besoin de financement de l’administration centrale en % du PIB (GC.NLD.TOTL.GD.ZS) : data.worldbank.org.
- Banque mondiale, solde extérieur des biens et services en % du PIB (NE.RSB.GNFS.ZS) : data.worldbank.org.
- Eurostat, déficit et dette des administrations publiques, série gov_10dd_edpt1 : ec.europa.eu.
Pour aller plus loin
- La FED : rôle et missions de la banque centrale américaine, la banque centrale dont les taux élevés ont attiré les capitaux étrangers au début des années 1980.
- Dette publique : définition, histoire et limites de l’endettement d’État, ce que deviennent les déficits publics accumulés, et qui les finance.
- Qu’est-ce que l’économie de l’offre ? Définition et critiques, la doctrine des baisses d’impôts des années 1980, au cœur du premier épisode de déficits jumeaux.
- Demande agrégée : définition et calcul économique, la demande intérieure que le déficit public soutient, et qui attire les importations.
Sur le forum
- Déficit commercial, les membres discutent des causes et des effets d’un déficit commercial
- Balance commerciale et balance courante, la différence entre les deux soldes, expliquée entre membres
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Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il dispense un enseignement d'élite dans son école de trading à travers une masterclass de trading. Dans la rubrique Grands économistes et débats, il présente les grandes écoles de pensée économique, ce qu'elles ont vu juste et leurs angles morts.
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