Histoire d’AMD : de l’éternel second d’Intel au rival de Nvidia

AMD (Advanced Micro Devices) est un concepteur américain de puces, coté au Nasdaq, qui vend des processeurs pour ordinateurs et serveurs, des puces graphiques et des accélérateurs pour l’intelligence artificielle. Son histoire est celle d’un éternel second, né pour copier les puces des autres, qui a passé vingt ans à plaider contre Intel, frôlé la ruine et fini par valoir davantage que lui en Bourse.
AMD en bref
- Fondation : 1er mai 1969, en Californie, par Jerry Sanders et sept autres anciens de Fairchild Semiconductor.
- Siège : Santa Clara, Californie, dans la Silicon Valley.
- Dirigeants : Lisa Su, directrice générale depuis octobre 2014 et présidente du conseil depuis 2022 ; Jean Hu, directrice financière.
- Activités : processeurs centraux (CPU, pour central processing unit), processeurs graphiques (GPU), accélérateurs pour centres de données, circuits programmables.
- Marques principales : Ryzen, EPYC, Radeon, Instinct, ainsi que les gammes de Xilinx (Versal, Virtex).
- Effectifs : environ 31 000 salariés fin 2025.
- Cotation : Nasdaq (code AMD), membre du Nasdaq 100 et du S&P 500.
- Chiffre d’affaires 2025 : 34,6 milliards de dollars.
Histoire d’AMD
1969-1981 : un vendeur renvoyé de Fairchild
En 1968, Fairchild Semiconductor, la pépinière de la Silicon Valley, change de direction. Les nouveaux patrons, venus de Motorola, supportent mal le style flamboyant de leur directeur du marketing, Walter Jeremiah Sanders III, dit Jerry, ingénieur électricien né en 1936 dans les quartiers sud de Chicago. Ils le renvoient ; la même année, Robert Noyce et Gordon Moore partent fonder Intel. Le 1er mai 1969, Sanders et sept collègues de Fairchild, dont John Carey, immatriculent Advanced Micro Devices. Sanders avait posé une condition à sa participation : en être le président.
La société s’installe d’abord dans le salon de John Carey, puis au fond d’un atelier de découpe de moquette, avant de gagner Sunnyvale en septembre 1969. Au bout d’un an, elle compte 53 salariés et pas un dollar de ventes. Son métier est modeste : elle est « seconde source », c’est-à-dire qu’elle fabrique des puces conçues par d’autres, Fairchild et National Semiconductor en tête. Elle se distingue en garantissant sa production selon les normes militaires américaines.
Sanders, vendeur plus qu’ingénieur, distribue des options sur actions à tous les salariés, ce qui est alors une nouveauté. En septembre 1972, AMD entre en Bourse : 525 000 actions à 15 dollars. En 1975, il présente l’Am9080, copie obtenue par rétro-ingénierie du microprocesseur 8080 d’Intel. En 1976, un accord de licences croisées lui donne le droit d’utiliser le microcode des processeurs d’Intel.
1982-1995 : la seconde source d’Intel, puis le grand procès
En 1981, IBM prépare son ordinateur personnel et choisit un processeur d’Intel, à une condition : qu’un second fabricant puisse le livrer. Intel et AMD signent en octobre 1981 un accord d’échange de technologie de dix ans, formalisé en février 1982. AMD produit dès lors sous licence les 8086, 8088 et 80286 qui équipent les PC d’IBM et de ses imitateurs.
L’entente ne survit pas au succès. Intel cesse de transmettre ses informations et refuse de livrer les plans de son 386. En 1987, AMD saisit l’arbitre prévu au contrat ; Intel répond en dénonçant l’accord de 1982. Suivent sept ans de procédure. L’arbitre donne raison à AMD en 1992, et la Cour suprême de Californie confirme sa sentence en 1994. Entre-temps, AMD a dû concevoir seul ses copies : son Am386, lancé en mars 1991, s’écoule à un million d’exemplaires en sept mois. Un accord de 1996 lui reconnaît les droits sur le microcode des 386 et 486, pas au-delà. La leçon est claire : pour survivre, il faut cesser de copier.
1996-2005 : l’Athlon, l’Opteron et le temps de la revanche
Le premier processeur entièrement maison, le K5, sort en 1996 avec du retard. Pour se rattraper, AMD rachète en janvier 1996 le concepteur NexGen pour 857 millions de dollars en actions. Le K6 en sort en 1997. Puis vient le K7, mis au point par une équipe que dirige Dirk Meyer, ancien de Digital Equipment, et lancé le 23 juin 1999 sous le nom d’Athlon. La semaine du 6 mars 2000, AMD commence à livrer des Athlon à un gigahertz, avant Intel.
Le coup le plus durable est porté en 2003. Intel mise, pour le 64 bits, sur l’Itanium, incompatible avec les logiciels existants. AMD choisit d’étendre le jeu d’instructions x86 à 64 bits, en restant compatible. L’Opteron, premier processeur à le faire, sort le 22 avril 2003, suivi de l’Athlon 64. Intel finit par adopter l’extension d’AMD, appelée AMD64 ou x86-64 : l’élève impose une norme au maître. Le 27 juin 2005, AMD porte plainte contre Intel devant un tribunal fédéral du Delaware pour abus de position dominante, l’accusant de rabais secrets et de menaces envers les fabricants.
Jerry Sanders a passé la main en 2002 à Hector Ruiz, recruté chez Motorola, puis a quitté la présidence du conseil en avril 2004. Il avait lancé aux rivaux qui sous-traitaient leur production une pique restée proverbiale : « les vrais hommes ont des usines ». La suite se chargera de la démentir.
2006-2014 : ATI, la vente des usines et la descente aux enfers
Le 24 juillet 2006, AMD annonce le rachat du canadien ATI Technologies, fabricant des cartes graphiques Radeon, pour 4,3 milliards de dollars en numéraire et 58 millions d’actions, soit environ 5,4 milliards de dollars. L’opération est achevée le 25 octobre 2006. L’idée, réunir processeur et puce graphique sur une même puce, est juste ; le prix l’est moins. AMD perd 3,4 milliards de dollars en 2007 puis 3,1 milliards en 2008, dont au moins 1,8 milliard de dollars de dépréciations liées à ATI.
Le 7 octobre 2008, AMD annonce la cession de ses usines à une société commune avec un fonds public d’Abou Dhabi. Hector Ruiz a déjà quitté la direction générale le 18 juillet 2008, remplacé par Dirk Meyer, le père de l’Athlon. GlobalFoundries naît officiellement le 4 mars 2009 ; AMD en cède sa dernière participation en mars 2012. Le 12 novembre 2009, Intel met fin à tous les litiges en versant 1,25 milliard de dollars à AMD et en acceptant des règles de conduite commerciale.
Le répit est bref. Dirk Meyer quitte la direction générale en janvier 2011. Rory Read, venu de Lenovo, lui succède le 25 août 2011 et taille dans les effectifs. L’architecture Bulldozer, lancée en octobre 2011, déçoit, et AMD manque le virage du smartphone. Ce qui le sauve, c’est un marché de niche : en 2013, ses puces équipent la PlayStation 4 de Sony et la Xbox One de Microsoft, des contrats dont on dira plus tard qu’ils ont évité la faillite.
2014-2019 : Lisa Su et le pari de Zen
Le 8 octobre 2014, Rory Read cède la place à Lisa Su. Née à Taïwan en 1969, docteure en génie électrique du MIT, elle a passé treize ans chez IBM, puis dirigé la technologie de Freescale avant d’entrer chez AMD en janvier 2012 ; elle en était devenue peu avant la directrice des opérations. En 2015, ses ventes reculent de 28 %, à 3,99 milliards de dollars, pour une perte de 660 millions ; le 19 janvier 2016, au soir de ces résultats, l’action tombe à 1,83 dollar.
Lisa Su fait un pari simple et risqué : abandonner la dispersion pour revenir aux processeurs à hautes performances. L’architecture Zen, conçue à partir de 2012 par une équipe que dirige l’ingénieur Jim Keller, repart d’une feuille blanche. Les premiers Ryzen sortent le 2 mars 2017, suivis des processeurs pour serveurs EPYC. À partir de 2019, AMD, qui n’a plus d’usines, fait graver ses processeurs en 7 nanomètres par le taïwanais TSMC : le renoncement de 2008, subi comme une humiliation, devient un atout.
Depuis 2020 : Xilinx, Instinct et la course à l’intelligence artificielle
Le 27 octobre 2020, AMD annonce le rachat de Xilinx, spécialiste des circuits programmables FPGA (field-programmable gate array, des puces que le client peut reconfigurer), pour 35 milliards de dollars en actions. L’opération est achevée le 14 février 2022, pour une valeur estimée alors à 49 milliards de dollars, et Lisa Su prend la présidence du conseil. Le 15 février 2022, la capitalisation d’AMD dépasse pour la première fois celle d’Intel. La même année, Frontier, premier superordinateur à franchir le milliard de milliards d’opérations par seconde, entre en service à Oak Ridge, avec des puces d’AMD.
Reste Nvidia, qui a pris une avance considérable dans l’intelligence artificielle. Le 6 décembre 2023, AMD lance ses accélérateurs Instinct MI300X ; il en vend pour plus de 5 milliards de dollars en 2024. Pour vendre aussi des armoires entières de serveurs, il annonce le 19 août 2024 le rachat de ZT Systems pour 4,9 milliards de dollars, achevé le 31 mars 2025, avant d’en revendre l’activité de fabrication. Les contrats avec OpenAI et Anthropic relèvent de la stratégie actuelle, traitée dans l’analyse SWOT.
Le 21 septembre 2026, la capitalisation d’AMD franchit brièvement les 1 000 milliards de dollars, seuil qu’Intel n’a jamais atteint. La seconde source de 1969 est devenue l’alternative que les géants de l’internet recherchent face à Nvidia, dirigé, détail que la presse aime rappeler, par un cousin de Lisa Su.
Ce que fait AMD aujourd’hui
AMD ne possède aucune usine : il conçoit ses puces et en confie la fabrication à TSMC pour ses produits les plus avancés. En 2025, il a réalisé 34,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, répartis en trois métiers :
- Centres de données (16,6 milliards de dollars) : processeurs EPYC pour serveurs, accélérateurs Instinct, systèmes complets.
- Ordinateurs personnels et jeu vidéo (14,6 milliards de dollars) : processeurs Ryzen, cartes graphiques Radeon, puces sur mesure des consoles de Sony et de Microsoft.
- Puces embarquées (3,5 milliards de dollars) : circuits programmables issus de Xilinx et processeurs pour l’industrie, l’automobile, les télécommunications.
Les dirigeants d’AMD
- Jerry Sanders (1969-2002) : cofondateur et directeur général ; président du conseil jusqu’en 2004.
- Hector Ruiz (2002-2008) : directeur général, venu de Motorola, puis président de GlobalFoundries.
- Dirk Meyer (2008-2011) : directeur général, ancien chef de l’équipe de l’Athlon.
- Rory Read (2011-2014) : directeur général, venu de Lenovo.
- Lisa Su (depuis 2014) : directrice générale, présidente du conseil depuis 2022.
AMD en Bourse
AMD est entré en Bourse en septembre 1972, puis a longtemps été coté à la Bourse de New York, jusqu’à la fin de 2014. Depuis le 2 janvier 2015, ses actions s’échangent au Nasdaq, sous le même code AMD. Le titre fait partie du Nasdaq 100 et du S&P 500. Son histoire boursière tient dans un écart : 1,83 dollar en janvier 2016, plus de 615 dollars en séance le 21 septembre 2026.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 16,43 | 3,65 | 3,16 |
| 2022 | 23,60 | 1,26 | 1,32 |
| 2023 | 22,68 | 0,40 | 0,85 |
| 2024 | 25,79 | 1,90 | 1,64 |
| 2025 | 34,64 | 3,69 | 4,34 |
En milliards de dollars, comptes publiés par AMD selon les normes comptables américaines ; les données ajustées sont présentées dans l’analyse SWOT.
Questions fréquentes sur AMD
Qui a fondé AMD ?
Jerry Sanders, directeur du marketing renvoyé de Fairchild Semiconductor, et sept anciens collègues ont fondé AMD le 1er mai 1969. Sanders l’a dirigé jusqu’en 2002.
Qui dirige AMD ?
Lisa Su, ingénieure formée au MIT, dirige AMD depuis octobre 2014 et préside son conseil d’administration depuis 2022. Elle a succédé à Rory Read.
Pourquoi AMD fabrique-t-il des processeurs compatibles avec ceux d’Intel ?
En 1981, IBM a exigé un second fournisseur pour les processeurs d’Intel de son PC, et AMD a obtenu une licence. Après des années de procès, AMD a conçu ses propres puces compatibles, puis l’extension 64 bits qu’Intel a fini par adopter.
AMD possède-t-il des usines ?
Non. AMD a cédé ses usines à GlobalFoundries en 2009 ; TSMC fabrique ses puces les plus avancées.
Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’AMD.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- AMD, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2025 (3 février 2026)
- AMD, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2024 (4 février 2025)
- AMD, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2023 (30 janvier 2024)
- AMD, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2022 (31 janvier 2023)
- AMD, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2021 (1er février 2022)
- AMD, communiqué sur l’achèvement du rachat d’ATI (25 octobre 2006)
- Wired, « Real men have fabs », reprise d’une dépêche Associated Press sur la cession des usines d’AMD (9 octobre 2008)
- The Register, les résultats 2015 d’AMD et le cours de l’action (20 janvier 2016)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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