Histoire de STMicroelectronics : un mariage franco-italien dans les puces électroniques

STMicroelectronics est le grand fabricant européen de puces électroniques pour l’automobile, l’industrie et les téléphones, contrôlé conjointement par les États français et italien. Son histoire est celle d’un mariage de raison conclu en 1987 entre deux industries nationales trop petites pour survivre seules, et qui dure depuis près de quarante ans, avec ses réussites, ses aventures ratées et ses scènes de ménage.
STMicroelectronics en bref
- Fondation : 1987, par la fusion de l’italien SGS Microelettronica, né en 1957, et de Thomson Semiconducteurs, créé en 1982 ; nom actuel depuis 1998.
- Siège : société de droit néerlandais, dont la direction est installée à Genève (Plan-les-Ouates, Suisse).
- Dirigeants : Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général depuis 2018 ; Armando Varricchio, président du conseil de surveillance depuis mai 2026.
- Activités : microcontrôleurs, circuits analogiques, capteurs, composants de puissance, puces de radiofréquence et optiques.
- Effectifs : environ 49 000 salariés en 2026, selon le groupe.
- Actionnaires de contrôle : les États français (par Bpifrance) et italien, à parts égales, avec environ 27,5 % du capital par une holding commune.
- Cotation : Euronext Paris, Borsa Italiana (Milan) et Bourse de New York ; membre du CAC 40.
- Chiffre d’affaires 2025 : 11,8 milliards de dollars.
Quelle est l’histoire de STMicroelectronics ?
1957-1986 : deux industries nationales
La branche italienne naît en 1957. Adriano Olivetti, qui prépare ses premiers ordinateurs, et l’ingénieur Virgilio Floriani, fondateur de Telettra, créent la Società Generale Semiconduttori (SGS) ; l’américain Fairchild entre au capital en 1961. L’usine s’installe en 1958 à Agrate Brianza, au bord de l’autoroute Milan-Venise. Un ingénieur de la maison, Federico Faggin, part ensuite en Californie, où il met au point les circuits intégrés à grille de silicium. Fairchild sort du capital, Olivetti aussi, et SGS fusionne le 29 décembre 1972 avec ATES, filiale du groupe public STET, implantée à Catane depuis 1961. L’entreprise, devenue SGS Microelettronica, appartient désormais à l’État italien.
Côté français, le berceau est grenoblois. En 1972, le Laboratoire d’électronique et de technologie de l’information (LETI) du Commissariat à l’énergie atomique crée Efcis pour industrialiser ses circuits intégrés ; Thomson y entre en 1976. L’État, qui découvre son retard, lance un « plan composants » en 1977. À Rousset, près d’Aix-en-Provence, Saint-Gobain et l’américain National Semiconductor ouvrent en 1979 une usine, Eurotechnique. Les nationalisations de 1982 rassemblent tout cela, Efcis, Eurotechnique et les activités de Thomson, dans Thomson Semiconducteurs, qui rachète en 1985 l’américain Mostek. C’est d’ailleurs de Rousset que sort en 1988, par essaimage, la future Gemplus, fondée par le directeur du site, Marc Lassus.
1987-1998 : SGS-Thomson, un mariage de raison
Ni SGS ni Thomson Semiconducteurs ne pèsent assez face aux Américains et aux Japonais. En 1987, Rome et Paris les marient : SGS-Thomson Microelectronics, société de droit néerlandais dirigée depuis Genève, part de la quatorzième place mondiale avec un peu plus de 850 millions de dollars de ventes. L’équilibre entre actionnaires français et italiens est la règle fondatrice. Le patron est italien : Pasquale Pistorio, qui dirigeait SGS. Il cherche les niches mal servies, microcontrôleurs, circuits analogiques, puces sur mesure, et laisse aux autres les mémoires vives et les microprocesseurs pour ordinateurs.
Le groupe rachète en 1989 le britannique Inmos, l’inventeur du Transputer. En 1990, il signe avec le Centre national d’études des télécommunications (CNET) un partenariat de recherche à Crolles, près de Grenoble, rejoint en 1991 par Philips : c’est le début du grand site de Crolles. L’action est introduite le 8 décembre 1994 à Paris et à New York. En 1998, Thomson cède sa participation et la société prend le nom de STMicroelectronics ; le titre est aussi coté à Milan.
1998-2005 : l’âge d’or de Pasquale Pistorio
Le modèle fonctionne. En 2001, ST est le troisième fabricant mondial de semi-conducteurs, derrière Intel et Toshiba, présent dans 27 pays et engagé dans une trentaine d’alliances. En avril 2002, il fonde avec Philips, Motorola et le taïwanais TSMC l’Alliance Crolles2, pour développer à Crolles les générations de puces suivantes sur des plaquettes de 300 millimètres. En 2005, Pasquale Pistorio prend sa retraite ; Carlo Bozotti, entré dans le groupe en 1977, lui succède.
2005-2013 : l’aventure ratée du mobile
Carlo Bozotti veut peser dans les mémoires et le téléphone portable. En 2007, ST et Intel annoncent le regroupement de leurs mémoires flash dans Numonyx, revendu à Micron en 2010 pour 1,27 milliard de dollars. En 2008, ST s’associe à NXP, l’ancienne activité de semi-conducteurs de Philips, dans les puces pour mobiles (ST-NXP Wireless), puis, en février 2009, à Ericsson dans une coentreprise à parts égales, ST-Ericsson, sans usine propre. Le pari tombe mal : le téléphone bascule vers le smartphone, et ST-Ericsson peine à trouver sa rentabilité ; le 18 mars 2013, les deux partenaires annoncent son démantèlement : Ericsson reprend les modems de quatrième génération, ST les autres produits et environ 950 salariés, surtout en France et en Italie. Dans la recherche aussi, le groupe change d’alliés : Philips, devenu NXP, et Freescale, l’ancienne branche de Motorola, quittent Crolles2 en 2007, et ST rejoint en juillet de la même année l’alliance de recherche d’IBM à East Fishkill, dans l’État de New York. En décembre 2013, ST quitte le CAC 40.
2014-2018 : le recentrage
Après plusieurs années de pertes, le groupe annonce début 2016 la suppression d’environ 1 400 postes et abandonne les puces de décodeurs de télévision, qui lui ont coûté cher. Il se recentre sur l’automobile et l’industrie. La rentabilité revient en 2017, et ST retrouve le CAC 40 en septembre 2017, après quatre ans d’absence. En 2018, Carlo Bozotti passe la main à Jean-Marc Chéry, un Français issu de la maison.
Depuis 2018 : pénurie, records et querelles de famille
La pénurie mondiale de puces de 2021-2022 fait de ST un fournisseur stratégique, courtisé par les constructeurs automobiles et par les gouvernements. Le chiffre d’affaires passe de 12,8 milliards de dollars en 2021 à un record de 17,3 milliards en 2023. En juillet 2022, ST et l’américain GlobalFoundries annoncent à Crolles un projet d’usine commune de 5,7 milliards d’euros, soutenu par l’État. En 2024, l’Italie soutient à Catane un campus consacré au carbure de silicium, le matériau des composants de puissance pour voitures électriques.
Puis le cycle se retourne. Les ventes reculent de 23 % en 2024 et la capitalisation est divisée par deux en un an. En 2025, le gouvernement italien critique publiquement la gestion de Jean-Marc Chéry, soutenu par Paris, et lui reproche des prévisions trop optimistes ; Rome brandit le droit de veto que lui donne le pacte d’actionnaires. Le groupe annonce en avril 2025 jusqu’à 2 800 départs volontaires. La crise s’apaise à l’automne, et depuis mai 2026 l’Italien Armando Varricchio préside le conseil de surveillance, le Français Nicolas Dufourcq en étant vice-président. Le mandat de Jean-Marc Chéry expire au printemps 2027.
Que fait STMicroelectronics aujourd’hui ?
ST est un fabricant intégré : il conçoit ses puces et les produit en grande partie dans ses propres usines, en France (Crolles, Rousset, Tours) et en Italie (Agrate, Catane), avec des usines d’assemblage et de test en Asie et au Maroc. Il revendique plus de 200 000 clients. En 2025, il a réalisé 11,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en deux grands pôles :
- Analogique, puissance et capteurs (6,77 milliards de dollars) : circuits analogiques, capteurs et microsystèmes (5,09 milliards), composants de puissance et discrets (1,69 milliard).
- Microcontrôleurs, circuits numériques et radiofréquence (5,02 milliards de dollars) : microcontrôleurs, dont la gamme STM32 (3,58 milliards), puces de radiofréquence et de communication optique (1,44 milliard).
Apple, son premier client, a représenté 17,7 % du chiffre d’affaires 2025.
Qui sont les dirigeants de STMicroelectronics ?
- Pasquale Pistorio (1987-2005) : directeur général de SGS-Thomson, puis de STMicroelectronics.
- Carlo Bozotti (2005-2018) : président du directoire et directeur général.
- Jean-Marc Chéry (depuis 2018) : président du directoire et directeur général.
- Armando Varricchio (depuis 2026) : président du conseil de surveillance.
Quel est le parcours de STMicroelectronics en Bourse ?
SGS-Thomson entre en Bourse le 8 décembre 1994, à Paris et à New York ; la cotation à Milan suit. L’action a fait deux séjours au CAC 40 : elle en sort le 23 décembre 2013, au profit d’Alcatel-Lucent, et y revient en septembre 2017. Valeur cyclique par excellence, elle suit le cycle des semi-conducteurs : en 2024, au plus fort du retournement, la capitalisation du groupe a été divisée par deux en un an.
Quels sont les chiffres clés de STMicroelectronics depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat net part du groupe | Marge brute |
|---|---|---|---|
| 2021 | 12,76 | 2,00 | 41,7 % |
| 2022 | 16,13 | 3,96 | 47,3 % |
| 2023 | 17,29 | 4,21 | 47,9 % |
| 2024 | 13,27 | 1,56 | 39,3 % |
| 2025 | 11,80 | 0,17 | 33,9 % |
En milliards de dollars, comptes publiés par STMicroelectronics selon les normes comptables américaines. Le résultat de 2025 supporte 376 millions de dollars de dépréciations et de frais de restructuration.
Questions fréquentes sur STMicroelectronics
D’où vient le nom STMicroelectronics ?
ST sont les initiales de SGS-Thomson, le nom de la société de 1987 à 1998. SGS signifiait Società Generale Semiconduttori, l’entreprise italienne fondée en 1957 ; Thomson désignait Thomson Semiconducteurs. Le nom actuel a été adopté en 1998, quand Thomson a cédé sa participation.
STMicroelectronics est-elle française ou italienne ?
Les deux. Les États français et italien la contrôlent à égalité par une holding commune, la société est de droit néerlandais et sa direction est à Genève. Ses grandes usines sont en France et en Italie.
Qui dirige STMicroelectronics ?
Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général depuis 2018, dont le mandat expire au printemps 2027. Le conseil de surveillance est présidé depuis mai 2026 par l’Italien Armando Varricchio.
Où sont les usines de STMicroelectronics en France ?
À Crolles, près de Grenoble, à Rousset, près d’Aix-en-Provence, et à Tours. Grenoble accueille aussi d’importantes équipes de conception et de recherche.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- STMicroelectronics, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2025 (29 janvier 2026)
- STMicroelectronics, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2023 (janvier 2024)
- STMicroelectronics, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2022 (janvier 2023)
- STMicroelectronics, rapport annuel 20-F 2025 (2026)
- STMicroelectronics, « Who we are » (consulté le 10 octobre 2026)
- Light Reading, « Ericsson, STMicro Split Up ST-Ericsson » (18 mars 2013)
- Next, « Alcatel-Lucent retrouvera le CAC 40, aux dépens de STMicroelectronics » (6 décembre 2013)
- STMicroelectronics, « Statement from the Supervisory Board » (27 mai 2026)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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