DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Histoire de Nvidia : de la carte graphique pour jeux vidéo à l’usine d’intelligence artificielle

Fondé en 1993 par trois ingénieurs, Nvidia a frôlé la faillite, inventé le GPU puis CUDA avant de devenir le fournisseur central de l’IA. Son histoire.

Histoire de Nvidia

Nvidia est un concepteur américain de puces, coté au Nasdaq, qui vend les processeurs graphiques et les systèmes complets sur lesquels tourne une grande partie de l’intelligence artificielle. Son histoire est celle d’une entreprise qui a failli mourir d’avoir choisi la mauvaise technologie, puis qui a passé vingt ans à préparer, presque à fonds perdus, un marché qui n’existait pas encore.

Nvidia en bref

  • Fondation : avril 1993, en Californie, par Jensen Huang, Chris Malachowsky et Curtis Priem ; la société est réimmatriculée dans le Delaware en 1998.
  • Siège : Santa Clara, Californie, dans la Silicon Valley.
  • Dirigeant : Jensen Huang, cofondateur, directeur général (president and CEO) depuis 1993 ; Colette Kress, directrice financière depuis 2013.
  • Activités : processeurs graphiques (GPU, pour graphics processing unit) et systèmes complets pour centres de données ; jeu vidéo, automobile, robotique.
  • Produits principaux : les plateformes Blackwell et Vera Rubin, les cartes GeForce RTX, les réseaux Spectrum et InfiniBand, l’environnement de programmation CUDA.
  • Effectifs : environ 42 000 salariés dans 38 pays, fin janvier 2026.
  • Cotation : Nasdaq (code NVDA), membre du Nasdaq 100, du S&P 500 et du Dow Jones.
  • Chiffre d’affaires de l’exercice 2026 (clos le 25 janvier 2026) : 215,9 milliards de dollars.

Histoire de Nvidia

1993-1996 : trois ingénieurs, un Denny’s et une mauvaise technologie

L’entreprise naît à une table de Denny’s, une chaîne de restaurants routiers, sur Berryessa Road, à San José. Jensen Huang, ingénieur né à Taïwan en 1963, dirige alors une division chez LSI Logic après un passage chez AMD. Chris Malachowsky et Curtis Priem sont ingénieurs chez Sun Microsystems. Fin 1992, les trois hommes y passent des heures à imaginer leur affaire ; trente ans plus tard, Huang, qui avait été plongeur, commis puis serveur chez Denny’s dans sa jeunesse, appellera cette banquette « ma première entreprise ». La société est immatriculée en avril 1993 ; Huang la dirige. Parmi les premiers investisseurs figure Sequoia Capital.

Le pari est le suivant : le jeu vidéo est l’un des problèmes de calcul les plus exigeants qui soient, et il promet de gros volumes. Reste à trouver un nom. Les fondateurs ont baptisé leurs fichiers « NV », pour next version, « version suivante ». « NVision » est déjà pris, par un fabricant de papier toilette. Ce sera Nvidia, d’après invidia, « l’envie » en latin : Priem et Huang s’en attribuent tous deux la paternité.

La première puce, la NV1, sort en 1995. Elle dessine des surfaces courbes, quand le reste de l’industrie mise sur les triangles. Microsoft tranche en imposant les triangles dans DirectX, son interface de programmation graphique pour Windows : la NV1 ne trouve pas son public, et la puce suivante, développée pour une console de Sega, est abandonnée. Huang demande alors à Sega de convertir un paiement prévu par le contrat en prise de participation. Shoichiro Irimajiri, patron de Sega, convainc son conseil d’investir 5 millions de dollars. L’argent donne six mois de vie à l’entreprise. Sega revendra plus tard ses actions pour environ 15 millions de dollars, ce qui, rétrospectivement, n’est pas sa meilleure opération. Huang dira de cet épisode : « Nous avions choisi exactement la mauvaise technologie. »

1997-2005 : la carte graphique, le GPU et la Bourse

Nvidia réduit fortement ses effectifs et recommence sur des bases conventionnelles. La RIVA 128, une puce à triangles, sort en 1997 ; l’entreprise n’avait plus, dit-on, qu’une trentaine de jours de trésorerie. Il s’en vend un million d’exemplaires en quatre mois.

Le 22 janvier 1999, Nvidia entre au Nasdaq : 3,5 millions d’actions à 12 dollars. Le 31 août suivant, il présente la GeForce 256, qu’il appelle le « premier processeur graphique au monde ». La formule relève du marketing, mais elle a fait fortune : la puce prend en charge tout le traitement de la 3D, jusque-là partagé avec le processeur central, et le sigle GPU s’impose.

Les contrats suivent. Microsoft choisit Nvidia comme fournisseur unique des puces graphiques de sa console Xbox, avec une avance de 200 millions de dollars. En décembre 2000, Nvidia rachète les actifs de son grand rival 3dfx, pionnier de la 3D grand public, pour 70 millions de dollars et un million d’actions. En décembre 2001, il remplace Enron dans l’indice S&P 500. L’époque n’est pas sans nuages : début 2002, à la suite de questions de la SEC, le gendarme boursier américain, le groupe lance une revue interne de certaines pratiques comptables.

2006-2015 : CUDA, un pari à long terme

Le 16 novembre 2006, Nvidia présente CUDA, une architecture accompagnée d’un compilateur en langage C, qui permet de programmer ses cartes graphiques pour d’autres tâches que l’affichage. L’idée est simple : un GPU compte des centaines de petits processeurs qui travaillent en parallèle, et beaucoup de calculs scientifiques s’y prêtent. Pendant des années, les joueurs paient une architecture dont ils n’ont pas l’usage.

La suite est moins glorieuse. Le 2 juillet 2008, Nvidia annonce une charge de 150 à 200 millions de dollars : certaines de ses puces pour ordinateurs portables tombent en panne à un taux anormal, à cause d’un matériau d’encapsulation trop faible. Le groupe tente sa chance dans les smartphones avec ses processeurs Tegra et rachète en 2011 Icera, concepteur britannique de modems ; le 5 mai 2015, il annonce la fermeture de cette activité. Le téléphone, finalement, se fera sans lui.

2012-2022 : l’intelligence artificielle par la porte du jeu vidéo

Le tournant vient d’un laboratoire de Toronto. En 2012, Alex Krizhevsky, Ilya Sutskever et Geoffrey Hinton entraînent un réseau de neurones, AlexNet, qui écrase la concurrence au concours de reconnaissance d’images ImageNet. L’entraînement a pris cinq à six jours sur deux cartes graphiques GeForce GTX 580, des cartes pour joueurs, programmées avec CUDA. L’apprentissage profond vient de trouver son outil, et Nvidia son nouveau marché. En août 2016, Jensen Huang livre en personne à OpenAI, alors simple association de recherche, le premier DGX-1, un supercalculateur en boîte vendu 129 000 dollars.

En 2017, les mineurs de cryptomonnaies s’arrachent les cartes graphiques ; en mai 2022, la SEC reproche à Nvidia de ne pas avoir dit, dans deux rapports trimestriels de son exercice 2018, que ce minage expliquait une part importante de la croissance de ses ventes de jeu vidéo. Le groupe paie 5,5 millions de dollars, sans reconnaître ni contester les faits.

Les acquisitions dessinent la suite. Nvidia achève le 27 avril 2020 le rachat de l’israélien Mellanox, spécialiste des réseaux pour centres de calcul, pour 7 milliards de dollars : le groupe ne vendra plus seulement des puces, mais la manière de les relier. Le 13 septembre 2020, il annonce le rachat à SoftBank du britannique Arm, concepteur d’architectures de processeurs, pour 40 milliards de dollars. Les autorités de concurrence, britannique et européenne notamment, s’en émeuvent ; le 8 février 2022, les deux parties renoncent, et Nvidia passe en charges 1,36 milliard de dollars d’acompte. L’année 2022 est rude : les cryptomonnaies s’effondrent, les ventes de cartes pour joueurs aussi, Washington soumet dès août à licence l’exportation de ses puces avancées vers la Chine, et l’action perd la moitié de sa valeur sur l’année.

Depuis 2023 : la ruée vers l’intelligence artificielle

Fin novembre 2022, OpenAI lance ChatGPT. Tous les grands groupes de l’internet veulent soudain entraîner leurs propres modèles, et il n’existe guère qu’un fournisseur prêt à livrer les puces, les réseaux et les logiciels. Fin mai 2023, Nvidia publie une prévision de chiffre d’affaires supérieure de plus de moitié aux attentes ; le 30 mai, il devient le premier fabricant de puces à valoir 1 000 milliards de dollars en Bourse.

Le titre suit, avec des secousses. Le 27 janvier 2025, la start-up chinoise DeepSeek fait douter de la quantité de puces nécessaire pour entraîner un modèle, et Nvidia perd près de 17 % en une séance, soit 593 milliards de dollars de capitalisation, record de Wall Street pour une seule journée. Le recul est vite effacé : le groupe franchit les 4 000 milliards de dollars en juillet 2025, puis devient le 29 octobre 2025 la première entreprise à valoir 5 000 milliards. La Chine, OpenAI ou Groq relèvent de la stratégie actuelle, traitée dans l’analyse SWOT.

En juillet 2026, à Tokyo, Jensen Huang est allé remercier Shoichiro Irimajiri : « Sans ce que Sega a fait pour Nvidia, Nvidia ne serait pas là aujourd’hui. » Le remerciement est sincère, et il est gratuit : Sega n’a plus une seule action depuis longtemps.

Ce que fait Nvidia aujourd’hui

Nvidia ne possède aucune usine : il conçoit ses puces et en confie la fabrication à des fondeurs asiatiques, notamment TSMC et Samsung. Sur l’exercice 2026, clos le 25 janvier 2026, il a réalisé 215,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires, répartis ainsi :

  • Centres de données (193,7 milliards de dollars, environ 90 % du total) : processeurs graphiques, Blackwell en tête, processeurs centraux Grace, systèmes DGX, réseaux, logiciels.
  • Jeu vidéo (16 milliards de dollars) : cartes GeForce RTX, puces pour consoles, service de jeu en ligne GeForce Now.
  • Visualisation professionnelle (3,2 milliards de dollars) : cartes RTX pour stations de travail, plateforme de simulation Omniverse.
  • Automobile et robotique (2,3 milliards de dollars) : plateformes DRIVE et Jetson.

Depuis l’exercice 2027, le groupe regroupe tout ce qui n’est pas centre de données sous l’intitulé « Edge Computing », l’informatique en périphérie.

Les dirigeants de Nvidia

  • Jensen Huang (depuis 1993) : cofondateur et directeur général, seul patron qu’ait connu l’entreprise.
  • Curtis Priem (1993-2003) : cofondateur et directeur technique ; il avait revendu toutes ses actions en 2006.
  • Chris Malachowsky (depuis 1993) : cofondateur, aujourd’hui « Nvidia Fellow ».
  • Colette Kress (depuis 2013) : vice-présidente exécutive et directrice financière.

Nvidia en Bourse

L’action Nvidia est cotée au Nasdaq depuis le 22 janvier 1999, sous le code NVDA. Elle est entrée dans le S&P 500 en décembre 2001, à la place d’Enron, puis dans le Dow Jones le 8 novembre 2024, à la place d’Intel, qui y siégeait depuis 1999 : un remplacement qui résume assez bien le quart de siècle. Le titre a été divisé six fois, la dernière fois par dix en juin 2024 : une action achetée lors de l’introduction en est devenue 480 par le seul jeu des divisions. Il est la première pondération du Nasdaq 100.

Chiffres clés depuis 2022

Exercice Chiffre d’affaires Dont centres de données Résultat net
2022 26,91 10,61 9,75
2023 26,97 15,01 4,37
2024 60,92 47,5 29,76
2025 130,50 115,2 72,88
2026 215,94 193,7 120,07

En milliards de dollars, comptes publiés par Nvidia. Les exercices sont décalés : l’exercice 2026 s’est clos le 25 janvier 2026. Le résultat net de l’exercice 2023 est amputé notamment par la charge de 1,36 milliard de dollars liée à l’abandon du rachat d’Arm.

Questions fréquentes sur Nvidia

Qui a fondé Nvidia ?

Jensen Huang, Chris Malachowsky et Curtis Priem, trois ingénieurs venus de LSI Logic et de Sun Microsystems, ont fondé Nvidia en Californie en avril 1993. Ils avaient esquissé le projet fin 1992 dans un Denny’s de San José.

D’où vient le nom Nvidia ?

Les fondateurs nommaient leurs fichiers « NV », pour next version. Ils ont retenu Nvidia, tiré du latin invidia, « l’envie » ; Huang et Priem s’en attribuent tous deux l’idée.

Qui dirige Nvidia ?

Jensen Huang, cofondateur, dirige Nvidia depuis 1993 avec le titre américain de president and chief executive officer, c’est-à-dire directeur général ; il siège au conseil d’administration.

Pourquoi les puces de Nvidia servent-elles à l’intelligence artificielle ?

Un processeur graphique effectue des milliers de calculs simples en même temps, ce dont ont besoin les réseaux de neurones. CUDA, lancé en 2006, permet de le programmer pour autre chose que l’image.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Nvidia.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.