Histoire de BMW : des moteurs d’avion au constructeur haut de gamme

BMW est un constructeur automobile allemand, coté au DAX, qui vend des voitures sous les marques BMW, Mini et Rolls-Royce, des motos BMW, et le crédit qui va avec. Son histoire est celle d’un motoriste d’aviation privé d’avions par le traité de Versailles, qui s’est reconverti dans la moto puis l’automobile, a fabriqué des moteurs d’avion pendant la guerre, a frôlé la faillite en 1959, et ne doit son indépendance qu’à une famille, les Quandt.
BMW en bref
- Fondation : 7 mars 1916, à Munich, date d’enregistrement des Bayerische Flugzeugwerke, retenue comme date officielle par le groupe ; le nom BMW apparaît en 1917.
- Siège : Munich, dans la tour de bureaux inaugurée en 1973 à côté du musée BMW.
- Dirigeants : Milan Nedeljković, président du directoire depuis le 14 mai 2026 ; Nicolas Peter, président du conseil de surveillance depuis 2025.
- Marques : BMW (dont BMW M et BMW i), Mini, Rolls-Royce, BMW Motorrad.
- Actionnaires de référence : Stefan Quandt et Susanne Klatten, enfants d’Herbert Quandt, qui détenaient ensemble environ 50,3 % des droits de vote fin 2025, avant la conversion des actions de préférence.
- Effectifs : 154 540 salariés fin 2025, 32 sites de production dans 15 pays.
- Cotation : Bourse de Francfort, membre du DAX.
- Chiffre d’affaires 2025 : 133,5 milliards d’euros, pour 2 463 681 voitures livrées.
Quelle est l’histoire de BMW ?
1913-1922 : une naissance compliquée
En 1913, Karl Rapp fonde à Munich les Rapp Motorenwerke, qui fabriquent des moteurs d’avion. En avril 1917, la société prend le nom de Bayerische Motoren Werke, « usines bavaroises de moteurs », puis devient en 1918 une société anonyme, la BMW AG, dirigée par Franz Josef Popp. Son ingénieur vedette, Max Friz, conçoit en 1917 le moteur BMW IIIa, dont le compresseur limite la perte de puissance en altitude ; monté sur le chasseur Fokker D.VII, il vaut à l’entreprise de grosses commandes.
La paix est une catastrophe : le traité de Versailles interdit à l’Allemagne de construire des moteurs d’avion. En 1922, le principal actionnaire, le financier Camillo Castiglioni, transfère le nom BMW à une autre société munichoise, les Bayerische Flugzeugwerke, nées le 7 mars 1916 de la réorganisation, à la demande de l’État, de l’avionneur de Gustav Otto, fils de l’inventeur du moteur à quatre temps. L’ancienne BMW deviendra le fabricant de freins Knorr-Bremse. C’est pourquoi BMW date sa fondation d’une société qui ne s’appelait pas BMW.
Le logo bleu et blanc, apparu en 1917, reprend les couleurs de la Bavière. L’explication par une hélice tournant dans le ciel est une légende, née de publicités de la fin des années 1920, une bonne dizaine d’années après le logo.
1923-1945 : motos, voitures et moteurs de guerre
En 1923, Max Friz et Martin Stolle dessinent la première moto de la marque, la R 32, présentée au salon de Berlin : moteur à deux cylindres à plat, le « flat twin », et transmission par cardan, deux principes que BMW conserve depuis. En 1928, le groupe rachète la Fahrzeugfabrik Eisenach, en Thuringe, qui construit sous licence la petite Austin Seven anglaise sous le nom de Dixi. La première voiture BMW, la 3/15, sort d’Eisenach en 1929. Les premiers modèles conçus par BMW arrivent en 1932 ; la 303, en 1933, inaugure le six-cylindres, et le roadster 328, en 1936, fonde la réputation sportive de la marque.
Le réarmement change d’échelle l’entreprise. Les moteurs d’avion sont logés à partir de 1934 dans une filiale, BMW Flugmotorenbau, et produits dans des usines camouflées, à Allach, près de Munich, et à Eisenach. En 1941, le régime fait arrêter la production automobile. Le BMW 801 équipe le chasseur Focke-Wulf Fw 190. Les effectifs passent de 6 514 personnes en 1933 à 56 213 en 1944. À partir de 1941, BMW emploie des prisonniers fournis par la SS, et à partir de 1942 des déportés des camps de concentration, logés notamment dans un camp annexe de Dachau à Allach. Fin 1944, selon le groupe, environ 29 000 travailleurs forcés travaillent pour BMW, plus de la moitié de ses effectifs.
1945-1959 : ruines, Isetta et faillite évitée
En 1945, l’usine de Munich est presque détruite, et l’administration militaire américaine ordonne en octobre le démontage de Munich et d’Allach. Eisenach, en zone soviétique, est perdu : il fabrique des voitures sous le nom de BMW, jusqu’à ce qu’un tribunal l’en empêche en 1951 ; elles deviennent des EMW, puis des Wartburg. À Munich, on survit en fabriquant des casseroles et des freins. La moto revient en 1948 avec la R 24, l’automobile en 1952 avec la 501, une grosse berline qu’on surnomme « l’ange baroque » et qui perd de l’argent à chaque exemplaire vendu. Pour remplir les usines, BMW construit à partir de 1955, sous licence de l’italien Iso, l’Isetta, une voiture minuscule qui s’ouvre par l’avant comme un réfrigérateur. Entre la grosse berline et la voiture minuscule, il manque une gamme moyenne.
Après les lourdes pertes de 1958 et 1959, la direction, appuyée par la Deutsche Bank, propose à l’assemblée générale du 9 décembre 1959 de céder BMW à Daimler-Benz, aux dépens des petits actionnaires. La salle se révolte : salariés, concessionnaires et petits porteurs, menés par l’actionnaire Erich Nold et l’avocat Friedrich Mathern, font contester les comptes et bloquent l’opération. L’industriel Herbert Quandt propose alors de garantir une augmentation de capital, en reprenant lui-même les actions non souscrites, et devient l’actionnaire principal.
1961-1993 : la Neue Klasse et l’ère Kuenheim
Le salut a un nom : la Neue Klasse, présentée au salon de Francfort en 1961 avec la BMW 1500, une berline compacte et rapide. Suivent à partir de 1966 les deux-portes de la série 02, la 1602 puis, en 1968, la 2002, qui installent la formule de la marque : la sportivité dans une voiture de tous les jours. En 1967, BMW reprend le constructeur Hans Glas et ses usines de Dingolfing et de Landshut. En 1972, il crée BMW Motorsport ; en 1973, il inaugure à Munich son siège et son musée.
Eberhard von Kuenheim, président du directoire de 1970 à 1993, transforme l’entreprise : selon le Handelsblatt, le chiffre d’affaires passe d’environ 1 à 30 milliards de marks, et les effectifs d’environ 20 000 à 70 000. Il ouvre l’usine de Regensburg en 1987 et le centre de recherche de Munich en 1990. BMW s’implante aux États-Unis : l’usine de Spartanburg, en Caroline du Sud, ouvre en 1994.
1994-2006 : l’échec de Rover, le succès de Mini et de Rolls-Royce
Au début des années 1990, la direction croit que seul un constructeur de grande taille survivra. En 1994, sous Bernd Pischetsrieder, BMW rachète le britannique Rover Group, avec Rover, MG, Land Rover et Mini. Les usines perdent de l’argent, la livre sterling s’apprécie, les modèles vieillissent. Pischetsrieder part en 1999. Le 16 mars 2000, BMW renonce : MG Rover est cédé pour dix livres sterling symboliques à des investisseurs britanniques, Land Rover vendu à Ford. BMW ne garde que la Mini, qu’il relance en 2001 avec un succès qui fait presque oublier le reste.
En juillet 1998, il s’offre aussi les droits de la marque Rolls-Royce pour les voitures. La première Rolls-Royce de l’ère BMW, la Phantom, sort en 2003 de l’usine neuve de Goodwood. En 1999, le X5 lance le groupe dans les grands 4×4, que fabrique Spartanburg.
Depuis 2006 : l’électrique, la Chine et la Neue Klasse
Norbert Reithofer, président du directoire de 2006 à 2015, lance en 2013 la i3, première voiture entièrement électrique de série du groupe. En Chine, la coentreprise BMW Brilliance, à Shenyang, est désormais détenue à 75 % et consolidée. Oliver Zipse, à la tête du groupe de 2019 à 2026, refuse de tout miser sur l’électrique et fait produire sur les mêmes chaînes moteurs thermiques, hybrides et batteries. En 2022, il annonce la « Neue Klasse », une nouvelle génération de voitures électriques qui reprend le nom du modèle de 1961. Son premier modèle, le nouvel iX3, est présenté en septembre 2025 et produit en Hongrie, à Debrecen. Milan Nedeljković, entré chez BMW comme stagiaire en 1993, ancien responsable de la production, lui succède le 14 mai 2026. Le 30 juin 2026, les actions de préférence sans droit de vote sont converties en actions ordinaires. Les difficultés de 2026 sont détaillées dans l’analyse SWOT.

Que fait BMW aujourd’hui ?
En 2025, le groupe a réalisé 133,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont environ 118 milliards dans l’automobile, et livré 2 463 681 voitures :
- BMW : environ 2,17 millions de voitures, de la Série 1 à la Série 7, des modèles X, des voitures sportives M et électriques i.
- Mini : 288 278 voitures.
- Rolls-Royce : 5 664 voitures, fabriquées à Goodwood.
- BMW Motorrad : 202 563 motos.
- Services financiers : crédit, location et assurance pour les clients et les concessionnaires.
Le groupe produit en Allemagne (Munich, Dingolfing, Regensburg, Leipzig), au Royaume-Uni (Oxford pour Mini, Goodwood pour Rolls-Royce), en Autriche (moteurs, à Steyr), aux États-Unis (Spartanburg, le plus gros site du groupe), au Mexique, en Chine, en Afrique du Sud et en Hongrie. En 2025, 26,1 % de ses livraisons étaient électrifiées.
Qui sont les dirigeants de BMW ?
- Franz Josef Popp (1918-1942) : premier directeur général.
- Herbert Quandt : actionnaire principal à partir de 1959-1960, artisan de l’indépendance du groupe.
- Eberhard von Kuenheim (1970-1993) : l’homme de la croissance.
- Bernd Pischetsrieder (1993-1999) : Rover.
- Joachim Milberg (1999-2002), Helmut Panke (2002-2006).
- Norbert Reithofer (2006-2015), puis président du conseil de surveillance jusqu’en 2025.
- Harald Krüger (2015-2019), Oliver Zipse (2019-2026).
- Milan Nedeljković (depuis 2026).
Comment l’action BMW a-t-elle évolué en Bourse ?
L’action BMW fait partie du DAX, l’indice des quarante premières valeurs allemandes. Pendant des décennies, le groupe a coté deux catégories de titres : des actions ordinaires et des actions de préférence sans droit de vote, qui ont permis aux Quandt de garder la main en ne détenant qu’une partie du capital. Leur conversion, approuvée le 13 mai 2026 et effective le 30 juin, laisse une seule catégorie d’actions. Le 16 juin 2026, l’abaissement de l’objectif de marge a fait reculer le titre de plus de 7 % le lendemain matin.
Quels sont les chiffres clés de BMW depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat avant impôts | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 111,24 | 16,06 | 12,46 |
| 2022 | 142,61 | 23,51 | 18,58 |
| 2023 | 155,50 | 17,10 | 12,17 |
| 2024 | 142,38 | 10,97 | 7,68 |
| 2025 | 133,45 | 10,24 | 7,45 |
En milliards d’euros, comptes publiés par BMW. Le bond de 2022 tient en partie à la consolidation de BMW Brilliance, la coentreprise chinoise.
Questions fréquentes sur BMW
Que veut dire BMW ?
Bayerische Motoren Werke, soit « usines bavaroises de moteurs ». Le nom date de 1917, quand l’entreprise ne fabriquait que des moteurs d’avion.
Le logo BMW représente-t-il une hélice ?
Non. Le logo reprend le bleu et le blanc de la Bavière. L’idée d’une hélice vient de publicités de la fin des années 1920, postérieures d’une dizaine d’années au logo.
Qui possède BMW ?
Les héritiers d’Herbert Quandt, Stefan Quandt et Susanne Klatten, qui contrôlaient ensemble un peu plus de la moitié des droits de vote fin 2025, avant la conversion des actions de préférence de juin 2026. Leur père avait sauvé l’entreprise en 1959-1960.
Qui dirige BMW ?
Milan Nedeljković préside le directoire depuis le 14 mai 2026, où il a succédé à Oliver Zipse.
Combien gagne BMW ?
En 2025, BMW a réalisé 133,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 10,2 milliards d’euros de résultat avant impôts et 7,5 milliards d’euros de résultat net, pour 2 463 681 voitures livrées.
Pourquoi BMW a-t-il revendu Rover ?
Racheté en 1994, le britannique Rover Group perdait de l’argent : usines déficitaires, livre sterling forte, modèles vieillissants. Le 16 mars 2000, BMW renonce : MG Rover est cédé pour dix livres sterling symboliques à des investisseurs britanniques et Land Rover vendu à Ford. BMW ne garde que la Mini, relancée en 2001.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources de référence utilisées
6
- BMW Group, « History » (consulté le 10 octobre 2026)
- BMW Group, « BMW during the era of National Socialism » (consulté le 10 octobre 2026)
- BMW Group, rapport 2025, « BMW Group in Figures » (mars 2026)
- BMW Group, rapport de gestion 2025 (mars 2026)
- BMW Group, déclaration sur le premier semestre 2026 (30 juillet 2026)
- WardsAuto, BMW nomme Milan Nedeljković président du directoire (décembre 2025)
Pour aller plus loin
- Histoire de Tesla : du roadster sur châssis Lotus au pari des robots, le constructeur américain de voitures électriques auquel répond la Neue Klasse de BMW.
- Analyse SWOT de MTU Aero Engines : forces, faiblesses, opportunités et menaces, le motoriste munichois héritier de la branche moteurs d’avions de BMW.
- DAX : les 40 valeurs, l’histoire et le calcul de l’indice, l’indice de la Bourse de Francfort dont l’action BMW fait partie.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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