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Histoire de Tesla : du roadster sur châssis Lotus au pari des robots

L’histoire de Tesla, de sa fondation en 2003 par Eberhard et Tarpenning à Elon Musk, du Roadster aux robots Optimus : rachats, crises et Bourse.

Histoire de Tesla

Tesla est un constructeur américain de voitures électriques qui vend aussi des batteries stationnaires et se rêve désormais en entreprise d’intelligence artificielle et de robots. Son histoire est celle d’une start-up de la Silicon Valley qui a frôlé la faillite en 2008, puis bousculé une industrie centenaire, sous la conduite d’un homme qui n’était pas là au premier jour.

Tesla en bref

  • Fondation : 1er juillet 2003, à San Carlos (Californie), sous le nom de Tesla Motors, par Martin Eberhard et Marc Tarpenning.
  • Siège : Austin (Texas) depuis le 1er décembre 2021.
  • Dirigeants : Elon Musk, directeur général depuis octobre 2008 ; Robyn Denholm, présidente du conseil d’administration depuis novembre 2018.
  • Activités : voitures électriques et services associés, stockage d’énergie et solaire.
  • Produits principaux : Model 3, Model Y, Cybertruck, Semi, Cybercab ; batteries Megapack et Powerwall ; robot Optimus en préparation.
  • Effectifs : 134 785 personnes fin 2025.
  • Cotation : Nasdaq (code TSLA) depuis 2010 ; membre des indices Nasdaq 100 et S&P 500.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 94,8 milliards de dollars.

Histoire de Tesla

2003-2008 : deux ingénieurs, un mécène et une voiture de sport

Martin Eberhard et Marc Tarpenning, deux ingénieurs de la Silicon Valley, fondent Tesla Motors le 1er juillet 2003, en hommage à l’inventeur Nikola Tesla. Leur idée : un constructeur automobile qui serait d’abord une entreprise technologique, maîtrisant la batterie, le logiciel et le moteur. Eberhard prend la direction générale, Tarpenning les finances.

En février 2004, Elon Musk, enrichi par la vente de PayPal, apporte l’essentiel d’un premier tour de table de 7,5 millions de dollars et prend la présidence du conseil d’administration. Il mène les tours suivants, où l’on croise en 2006 les fondateurs de Google. Le 2 août 2006, il publie sur le site de l’entreprise son « plan secret », résumé en quatre lignes : construire une voiture de sport, utiliser cet argent pour construire une voiture abordable, puis une voiture plus abordable encore, et proposer en même temps de l’électricité sans émissions. Vingt ans plus tard, le plan a été suivi presque à la lettre, ce qui est rare pour un plan.

La voiture de sport, c’est le Roadster. Faute d’usine, Tesla fait fabriquer la voiture, sans moteur ni batterie, par le britannique Lotus, d’après l’Elise. Présenté en juillet 2006, le Roadster est la première voiture électrique de série à utiliser des cellules lithium-ion. Le premier exemplaire est livré en février 2008 à Elon Musk lui-même. Environ 2 450 seront vendus jusqu’en 2012.

Entre-temps, l’entreprise s’est déchirée. En août 2007, le conseil présidé par Musk écarte Eberhard de la direction générale ; il quitte Tesla en janvier 2008, comme Tarpenning. Deux directeurs généraux se succèdent en un an, Michael Marks puis Ze’ev Drori. La crise financière de 2008 manque d’emporter l’entreprise, qui dépense beaucoup et vend peu. Le 15 octobre 2008, Musk prend lui-même la direction générale, annonce des suppressions de postes et repousse la future berline. Eberhard l’attaque en justice l’année suivante ; l’affaire se règle à l’amiable à la fin de l’été 2009, et l’accord autorise cinq personnes à se dire cofondateurs : Eberhard, Tarpenning, Ian Wright, J. B. Straubel et Musk.

2009-2015 : Daimler, l’État fédéral et la Model S

Le sauvetage vient de deux côtés. En mai 2009, Daimler, maison mère de Mercedes-Benz, prend près de 10 % du capital : Tesla lui fournit des batteries pour la Smart électrique. En janvier 2010, le département de l’Énergie américain lui accorde un prêt pouvant atteindre 465 millions de dollars. Tesla le remboursera en mai 2013, neuf ans avant l’échéance.

Le 29 juin 2010, Tesla entre au Nasdaq à 17 dollars l’action ; le titre gagne plus de 40 % le premier jour. C’est la première introduction en Bourse d’un constructeur automobile américain depuis Ford, en 1956. L’entreprise a pourtant perdu 260,7 millions de dollars depuis sa création. Toyota achète pour 50 millions de dollars d’actions, et Tesla reprend en octobre 2010 l’usine de Fremont, en Californie, que Toyota exploitait avec General Motors sous le nom de NUMMI. Un constructeur qui n’a jamais assemblé une voiture entière s’offre une usine de constructeur.

La Model S, une grande berline, y est livrée à ses premiers clients le 22 juin 2012. Tesla installe son propre réseau de recharge rapide, les Superchargeurs, et vend en direct, sans concessionnaires. En septembre 2014, il choisit le Nevada pour une usine de batteries géante, estimée à 5 milliards de dollars, construite avec le japonais Panasonic : la « Gigafactory », mot qui fera école. En 2015 suivent les batteries Powerwall et Powerpack, puis le Model X, un SUV aux portes arrière « ailes de faucon ».

2016-2019 : SolarCity, la Model 3 et l’« enfer de la production »

Le 21 juin 2016, Tesla propose de racheter SolarCity, installateur de panneaux solaires fondé par Lyndon Rive, cousin de Musk, et présidé par Musk lui-même, qui en est le premier actionnaire. L’opération, conclue en novembre pour environ 2,6 milliards de dollars en actions, sauve une société à court de liquidités. Des actionnaires y voient un renflouement familial et réclament 13 milliards de dollars de dommages ; la justice du Delaware donne raison à Musk en avril 2022, jugement confirmé en appel en juin 2023. En février 2017, Tesla Motors devient Tesla, Inc. : il ne vend plus seulement des voitures.

La Model 3, la voiture « abordable » du plan, est présentée au printemps 2016 et attire des centaines de milliers de réservations. Les trente premières sont livrées le 28 juillet 2017, à Fremont. Musk prévient : ce sera « l’enfer de la production » pendant au moins six mois. Il ne ment pas. Tesla a voulu tout robotiser, les cadences ne suivent pas, la trésorerie fond, et le titre devient l’un des plus vendus à découvert de Wall Street.

Le 7 août 2018, Musk écrit sur Twitter qu’il envisage de retirer Tesla de la Bourse à 420 dollars l’action, « financement assuré ». Le gendarme boursier américain, la Securities and Exchange Commission, le poursuit en soutenant que rien n’avait été arrêté avec un financeur ; il transige le 29 septembre : 20 millions de dollars d’amende pour lui, autant pour Tesla, et l’obligation de quitter la présidence du conseil pour trois ans. Robyn Denholm, administratrice depuis 2014, directrice financière de l’opérateur australien Telstra, le remplace en novembre 2018.

2019-2023 : Shanghai, le S&P 500 et le billion de dollars

La Model 3 finit par sortir en volume. À Shanghai, il construit en moins d’un an la première usine automobile de Chine détenue entièrement par un groupe étranger ; les premières voitures y sont livrées le 30 décembre 2019. Suivent la Model Y, un SUV compact livré à partir de mars 2020, et deux nouvelles usines ouvertes au printemps 2022, près de Berlin et près d’Austin.

En 2020, la pandémie ferme l’usine de Fremont ; Musk se brouille avec les autorités locales et finit par installer le siège au Texas, le 1er décembre 2021. Après cinq trimestres bénéficiaires d’affilée, Tesla entre dans l’indice S&P 500 le 21 décembre 2020, plus grosse entreprise jamais admise. Le 25 octobre 2021, le jour où le loueur Hertz commande 100 000 voitures, sa capitalisation dépasse pour la première fois 1 000 milliards de dollars. Viennent ensuite le camion Semi en 2022 et le Cybertruck, pick-up en acier inoxydable, en novembre 2023.

Depuis 2024 : Musk, le Texas et les robots

En 2024, les livraisons reculent pour la première fois sur une année entière, et Tesla annonce le 15 avril la suppression de plus de 10 % de ses effectifs. En janvier, la justice du Delaware a annulé le plan de rémunération accordé à Musk en 2018, chiffré à quelque 56 milliards de dollars ; Tesla réplique en faisant voter en juin sa ratification et le transfert de son siège juridique au Texas, effectif le 13 juin 2024. La Cour suprême du Delaware rétablira le plan en décembre 2025.

L’année 2025 est celle de la politique. Le rôle d’Elon Musk auprès de Donald Trump provoque manifestations et dégradations dans des magasins Tesla, et la presse y voit, avec la concurrence, l’une des causes du recul des ventes. Le 6 novembre 2025, les actionnaires lui votent pourtant un plan pouvant atteindre 878 milliards de dollars en actions sur dix ans, s’il porte notamment la capitalisation à 8 500 milliards de dollars. En janvier 2026, le chinois BYD le dépasse comme premier vendeur mondial de voitures 100 % électriques. En mai 2026, les dernières Model S et Model X sortent de Fremont, après quatorze et onze ans de carrière ; leurs lignes doivent accueillir les robots Optimus. Le constructeur qui voulait électrifier l’automobile parie désormais sur la voiture sans conducteur et sur un robot sans marché encore ; ces paris relèvent de l’analyse SWOT.

Ce que fait Tesla aujourd’hui

En 2025, Tesla a réalisé 94,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en deux branches :

  • Automobile et services (82,1 milliards de dollars, environ 87 % du total) : ventes et locations de Model 3, Model Y, Cybertruck et des derniers Model S et Model X, abonnements au logiciel d’aide à la conduite FSD (Supervised), réseau de Superchargeurs, entretien et occasion.
  • Production et stockage d’énergie (12,8 milliards de dollars, environ 13 %) : batteries Megapack pour les réseaux électriques, Powerwall pour les particuliers, panneaux et toits solaires.

Les États-Unis font la moitié des ventes (47,6 milliards de dollars), devant la Chine (21,0 milliards) et le reste du monde (26,2 milliards). Les principales usines sont à Austin, Fremont, Sparks (Nevada), Buffalo (New York), Lathrop (Californie), Grünheide près de Berlin et Shanghai.

Les dirigeants de Tesla

  • Martin Eberhard (2003-2007) : cofondateur et premier directeur général.
  • Michael Marks (2007) : directeur général par intérim, d’août à décembre.
  • Ze’ev Drori (2007-2008) : directeur général de décembre 2007 à octobre 2008.
  • Elon Musk (depuis 2004) : président du conseil de 2004 à 2018, directeur général depuis octobre 2008.
  • Robyn Denholm (depuis 2018) : présidente du conseil d’administration.

Tesla en Bourse

L’action Tesla est cotée au Nasdaq depuis le 29 juin 2010 (code TSLA), introduite à 17 dollars. Elle fait partie du Nasdaq 100 et du S&P 500, où elle est entrée le 21 décembre 2020. Longtemps l’une des plus vendues à découvert, elle a dépassé les 1 000 milliards de dollars de capitalisation le 25 octobre 2021. Un seul message d’Elon Musk, en août 2018, a coûté 20 millions de dollars d’amende au groupe, autant à son auteur.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires Résultat d’exploitation Résultat net part du groupe
2021 53,82 6,52 5,52
2022 81,46 13,66 12,56
2023 96,77 8,89 15,00
2024 97,69 7,08 7,09
2025 94,83 4,36 3,79

En milliards de dollars, comptes publiés par Tesla. Le résultat net de 2023 est gonflé par un produit d’impôt de 5,0 milliards de dollars, lié à la reprise de provisions sur impôts différés aux États-Unis.

Questions fréquentes sur Tesla

Qui a fondé Tesla ?

Martin Eberhard et Marc Tarpenning ont fondé Tesla Motors le 1er juillet 2003, en Californie. Elon Musk, arrivé en 2004 comme principal investisseur, peut se dire cofondateur depuis un accord judiciaire de 2009, comme Ian Wright et J. B. Straubel.

D’où vient le nom Tesla ?

Le nom rend hommage à Nikola Tesla, ingénieur et inventeur d’origine serbe, naturalisé américain, pionnier du courant alternatif et du moteur à induction. La société s’est appelée Tesla Motors jusqu’en 2017.

Qui dirige Tesla ?

Elon Musk est directeur général depuis octobre 2008. Robyn Denholm préside le conseil d’administration depuis novembre 2018, quand Musk a dû céder la présidence.

Pourquoi Tesla a-t-il arrêté la Model S ?

Pour consacrer ses lignes de Fremont au robot Optimus, comme Elon Musk l’a annoncé en janvier 2026. Les dernières Model S et Model X sont sorties de l’usine en mai 2026.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Tesla.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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