Histoire de Renault : de la Voiturette de Billancourt à la Régie, puis à l’alliance avec Nissan
Histoire de Renault : la Voiturette de 1898, la nationalisation de 1945, la 4L et la R5, la privatisation, l’alliance avec Nissan, l’affaire Ghosn.

Renault Group est un constructeur automobile français qui vend environ 2,3 millions de véhicules par an sous les marques Renault, Dacia et Alpine. Né dans un atelier de Billancourt, il a été tour à tour entreprise familiale, régie d’État confisquée à son fondateur, vitrine sociale de la France, puis groupe privatisé lié à Nissan par une alliance aussi féconde qu’orageuse.
Renault en bref
- Fondation : 1898, à Boulogne-Billancourt, par Louis Renault et ses frères Marcel et Fernand ; la société Renault Frères est constituée au début de 1899.
- Siège : Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), avenue du Général-Leclerc.
- Dirigeants : François Provost, directeur général depuis le 31 juillet 2025 ; Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration depuis le 24 janvier 2019.
- Activités : voitures particulières et utilitaires légers, financement des ventes (Mobilize Financial Services).
- Marques : Renault, Dacia, Alpine, Mobilize.
- Effectifs : 100 541 salariés fin 2025.
- Cotation : Euronext Paris depuis le 17 novembre 1994, membre du CAC 40.
- Chiffre d’affaires 2025 : 57,9 milliards d’euros.
Histoire de Renault
1898-1918 : trois frères, une boîte de vitesses et des taxis
Louis Renault naît à Paris le 12 février 1877, fils d’un négociant enrichi dans le commerce des tissus et des boutons. Il transforme, dans un atelier de la propriété familiale de Billancourt, un tricycle De Dion-Bouton en petite voiture à quatre roues, la Voiturette. Le 24 décembre 1898, il la mène au sommet de la rue Lepic, à Montmartre, et rentre, dit la tradition maison, avec douze commandes fermes. Son invention tient dans la boîte : la « prise directe », sans chaîne ni courroie.
Ses frères aînés, Marcel et Fernand, apportent les capitaux ; Louis, qui préfère l’atelier aux bureaux, reste d’abord simple salarié de Renault Frères. La course fait la publicité : Marcel remporte Paris-Vienne en 1902. Elle tue aussi : Marcel meurt en mai 1903 dans la course Paris-Madrid. Fernand se retire en 1908. Louis reste seul maître à bord.
Le taxi assure la fortune. La Renault AG, lancée en 1905, envahit Paris, puis Londres, et s’exporte jusqu’à New York. En 1913, le chronométrage à la Taylor déclenche à Billancourt l’une des premières grandes grèves françaises contre l’organisation scientifique du travail. La guerre change l’échelle : en septembre 1914, les taxis de la Marne, en majorité des Renault AG réquisitionnées, portent quelques milliers de soldats vers le front. Renault fabrique ensuite obus, moteurs d’avion et le char léger FT, qui pèse lourd dans les offensives de 1918.
1919-1944 : le losange, l’île Seguin et l’Occupation
L’après-guerre est moins brillant. Citroën, qui produit en grande série, devient dès 1921 le premier constructeur européen, et Louis Renault, inventeur prolifique, se montre lent à moderniser son organisation. Le losange apparaît sur les capots en 1925 ; un an plus tôt est née la Diac, qui apprend aux Français à acheter une voiture à crédit. Au tournant des années 1930, l’usine gagne l’île Seguin, sur la Seine.
Sous l’Occupation, les usines travaillent pour l’armée allemande : réparation de chars, puis camions. Les bombardements alliés frappent Billancourt, notamment le 3 mars 1942, qui fait plusieurs centaines de morts parmi les riverains. À la Libération, Louis Renault est inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État et incarcéré à Fresnes le 23 septembre 1944. Il meurt le 24 octobre, sans avoir été jugé. Sa famille a parlé de mauvais traitements ; l’historien Herbert Lottman retient la maladie dont il souffrait déjà. L’étendue de sa collaboration divise encore les historiens.
1945-1975 : la Régie, de la 4 CV à la R5
L’ordonnance du 16 janvier 1945 confisque l’entreprise et crée la Régie nationale des usines Renault, propriété de l’État à 100 %. La mesure sanctionne un homme : seules les parts de Louis Renault et des administrateurs sont confisquées, les petits actionnaires sont indemnisés.
La Régie est confiée à Pierre Lefaucheux, ingénieur, chef des Forces françaises de l’intérieur de la région parisienne en 1944, déporté en août vers Buchenwald et sauvé en route par sa femme. Le plan Pons voulait cantonner Renault aux camions ; il obtient de produire la 4 CV, étudiée en cachette pendant la guerre. Présentée au Salon d’octobre 1946, elle est la première Renault produite à plus d’un million d’exemplaires. Lefaucheux se tue en voiture en février 1955 ; Pierre Dreyfus lui succède pour vingt ans.
Renault devient la « vitrine sociale » du pays : troisième semaine de congés payés en 1955, quatrième en 1962, avant la loi. Les modèles suivent le niveau de vie : la Dauphine en 1956 (plus de deux millions d’exemplaires), la Renault 4 en 1961, produite à plus de 8 millions d’exemplaires jusqu’en 1994, la R16 en 1965, berline à hayon pionnière, et la R5 en 1972. La vitrine a ses fêlures : Billancourt est occupée pendant Mai 68, et en février 1972 un militant maoïste, Pierre Overney, est tué à Billancourt par un vigile de l’entreprise.
1975-1992 : l’Amérique, la crise et un assassinat
La Régie voit grand. Elle reprend Berliet à la fin de 1974, pose ses moteurs turbo en Formule 1 en 1977, et entre au capital d’American Motors, dont elle détient 46,4 % en 1982. Le pari échoue. En 1984, Renault perd, selon le mot de l’époque, un milliard de francs par mois. Georges Besse, nommé en 1985, taille dans les effectifs et cède les actifs non essentiels. Le 17 novembre 1986, il est assassiné devant son domicile par le groupe terroriste Action directe, dont le commando portait le nom de Pierre Overney. Raymond Lévy lui succède, vend American Motors à Chrysler en 1987 et poursuit le redressement. L’Espace invente en 1984 le monospace européen ; la Clio, lancée en 1990, est élue voiture européenne de l’année.
1990-2005 : la privatisation, Volvo, Nissan et Dacia
La loi du 4 juillet 1990 transforme la Régie en société anonyme à capitaux d’État. Louis Schweitzer, président à partir de 1992, négocie une fusion avec Volvo ; le 2 décembre 1993, les Suédois la rejettent. Le capital est ouvert en Bourse le 17 novembre 1994, et la privatisation devient effective en juillet 1996. Fin février 1997, l’annonce de la fermeture de l’usine belge de Vilvorde suscite un tollé en Belgique comme en France.
Le 27 mars 1999, Renault prend 36,8 % de Nissan, alors lourdement endetté, pour quelque 5 milliards de dollars. Carlos Ghosn, numéro deux de Renault, part à Tokyo, ferme des usines et ramène Nissan aux bénéfices dès l’exercice 2000. En 2002, Renault monte à 44 % et Nissan prend 15 % de Renault. La même année 1999, le groupe prend le contrôle du roumain Dacia, puis, en 2000, de Samsung Motors en Corée. La Logan, « berline à 5 000 euros » lancée en 2004, fera de Dacia un succès que personne n’attendait.
2005-2019 : l’ère Ghosn
Carlos Ghosn devient directeur général de Renault en avril 2005, tout en restant patron de Nissan ; il en prend aussi la présidence en mai 2009, au départ de Louis Schweitzer. Son plan Renault Contrat 2009 manque ses objectifs, la crise aidant : en 2009, le groupe perd 3,1 milliards d’euros. En 2011, une fausse affaire d’espionnage, montée contre trois cadres licenciés à tort, coûte son poste au directeur général Patrick Pélata. L’électrique arrive tôt, avec la Zoe en 2012. En 2016, Nissan prend le contrôle de Mitsubishi, qui rejoint l’Alliance. Le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté à Tokyo, soupçonné d’avoir minoré ses revenus déclarés chez Nissan ; il démissionne de Renault le 24 janvier 2019 et s’enfuit au Liban à la fin de cette même année. Une autre affaire court encore : mis en examen pour tromperie en 2021 dans le dossier des émissions de ses moteurs diesel, Renault conteste toute infraction ; en juillet 2025, le parquet de Paris a requis son renvoi devant le tribunal correctionnel.
Depuis 2019 : Senard, de Meo et la Renaulution
Jean-Dominique Senard prend la présidence le 24 janvier 2019. L’année 2020 est alors la pire de son histoire : 8 milliards d’euros de perte nette et 15 000 suppressions de postes annoncées. Luca de Meo arrive en juillet 2020 et lance en janvier 2021 la « Renaulution », qui privilégie la marge sur les volumes. En mai 2022, après l’invasion de l’Ukraine, Renault cède sa filiale russe et ses 67,69 % d’AvtoVAZ (Lada) à des acteurs publics russes. En 2023, un nouvel accord ramène les participations croisées avec Nissan à 15 % de part et d’autre ; en 2024, les moteurs thermiques partent dans Horse, coentreprise avec le chinois Geely. Luca de Meo quitte le groupe en juillet 2025 pour Kering ; François Provost, un homme de la maison, lui succède le 31 juillet.
Ce que fait Renault aujourd’hui
En 2025, Renault Group a vendu 2 336 807 véhicules, dont environ 69 % en Europe, et réalisé 57,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires : 51,4 milliards dans l’automobile, 6,4 milliards dans le financement des ventes. Ses marques :
- Renault (1 628 030 véhicules) : Clio, Captur, Renault 5, Austral, Master, et hors d’Europe Kardian ou Boreal.
- Dacia (697 408 véhicules) : Sandero, Duster, Bigster, Spring.
- Alpine (10 970 véhicules) : A110, A290, A390.
La France reste de loin le premier marché (533 692 véhicules, 26,8 % de part de marché), devant l’Italie, l’Espagne, la Turquie et l’Allemagne ; c’est pourtant au Maroc que le groupe pèse le plus, avec 37,8 % du marché.
Les dirigeants de Renault
- Louis Renault (1899-1944) : fondateur, d’abord avec ses frères Marcel et Fernand.
- Pierre Lefaucheux (1944-1955) : administrateur provisoire puis premier président de la Régie.
- Pierre Dreyfus (1955-1975) : président-directeur général de la Régie.
- Bernard Vernier-Palliez (1975-1981).
- Bernard Hanon (1981-1985).
- Georges Besse (1985-1986) : assassiné par Action directe.
- Raymond Lévy (1986-1992).
- Louis Schweitzer (1992-2005) : président-directeur général, puis président du conseil jusqu’en 2009.
- Carlos Ghosn (2005-2019) : directeur général, puis président-directeur général à partir de 2009, aussi patron de Nissan.
- Jean-Dominique Senard (depuis 2019) : président du conseil d’administration.
- Luca de Meo (2020-2025) : directeur général.
- François Provost (depuis 2025) : directeur général.
Renault en Bourse
L’action Renault est cotée sur Euronext Paris (compartiment A, code RNO) depuis le 17 novembre 1994, date de l’ouverture du capital, au prix de 165 francs, soit 25,15 euros. Elle fait partie du CAC 40 depuis le 9 février 1995. L’État, ancien propriétaire unique, en garde 15,01 %, Nissan 15 %, les salariés 6,12 %. Aucun dividende n’a été versé au titre des exercices 2019, 2020 et 2021.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Chiffre d’affaires | Marge opérationnelle | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 46,21 | 1,66 | 0,89 |
| 2022 | 46,39 | 2,60 | -0,34 |
| 2023 | 52,38 | 4,12 | 2,20 |
| 2024 | 56,23 | 4,26 | 0,75 |
| 2025 | 57,92 | 3,63 | -10,93 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Renault Group. La perte de 2022 tient à la sortie de Russie ; celle de 2025, aux dépréciations liées à Nissan.
Questions fréquentes sur Renault
Qui a fondé Renault ?
Louis Renault, avec ses frères Marcel et Fernand. Louis construit la Voiturette en 1898 à Billancourt ; la société Renault Frères naît au début de 1899.
Pourquoi Renault a-t-il été nationalisé ?
Parce que ses usines avaient travaillé pour l’armée allemande. L’ordonnance du 16 janvier 1945 confisque les parts de Louis Renault, mort en détention en octobre 1944, avant tout procès.
Qui dirige Renault ?
François Provost est directeur général depuis le 31 juillet 2025, après le départ de Luca de Meo pour Kering. Jean-Dominique Senard préside le conseil d’administration depuis janvier 2019.
Quel est le lien entre Renault et Nissan ?
Depuis 1999, les deux constructeurs sont liés par une alliance, rejointe par Mitsubishi en 2016. Renault a longtemps détenu environ 44 % de Nissan. L’accord de 2023 a ramené les participations croisées à 15 % de part et d’autre, Renault plaçant le surplus de ses actions Nissan dans une fiducie ; l’accord a été assoupli en mars 2025.
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Sources
- Renault Group, « Notre histoire » (page d’histoire du groupe, consultée le 10 octobre 2026)
- Renault Group, document d’enregistrement universel 2025 (mars 2026)
- Renault Group, chiffres clés et comptes de résultats depuis 2002 (19 février 2026)
- Renault Group, résultats annuels 2025 (19 février 2026)
- Renault Group, résultats commerciaux 2025 (20 janvier 2026)
- Renault Group, « Renault Group renforce son équipe dirigeante et son organisation » (1er septembre 2025)
- Renault Group, données financières du premier semestre et perspectives 2025 (15 juillet 2025)
- Renault Group, nouveaux projets stratégiques avec Nissan (31 mars 2025)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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