DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Histoire de Volkswagen : de l’usine du Front du travail nazi au premier constructeur européen

Histoire de Volkswagen : l’usine nazie de 1937, le travail forcé, la Coccinelle des Britanniques, la Golf, Porsche, le dieselgate et le groupe actuel.

Histoire de Volkswagen

Volkswagen est le premier constructeur automobile européen : un groupe de Wolfsburg qui vend environ 9 millions de véhicules par an sous une douzaine de marques, de Škoda à Lamborghini, et des camions sous celles de Traton. Né d’un projet de propagande nazi et du travail forcé, il a été relevé par les Britanniques, puis s’est construit par rachats, crises et scandales.

Volkswagen en bref

  • Fondation : 28 mai 1937, à Berlin, par le Front allemand du travail (Deutsche Arbeitsfront), organisation nazie.
  • Siège : Wolfsburg, en Basse-Saxe.
  • Dirigeants : Oliver Blume, président du directoire depuis le 1er septembre 2022 ; Hans Dieter Pötsch, président du conseil de surveillance depuis 2015.
  • Activités : voitures et utilitaires légers, camions et autobus, services financiers.
  • Marques principales : Volkswagen, Škoda, SEAT, Cupra, Audi, Porsche, Bentley, Lamborghini, Ducati ; Scania, MAN et International pour les camions.
  • Effectifs : 662 942 salariés fin 2025, coentreprises chinoises comprises, dont 284 032 en Allemagne.
  • Cotation : Bourse de Francfort ; l’action de préférence fait partie du DAX.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 321,9 milliards d’euros.

Histoire de Volkswagen

1934-1939 : la voiture du peuple, projet d’un régime

L’idée d’une « voiture du peuple », Volkswagen en allemand, est antérieure au nazisme : au salon de Berlin de 1934, plusieurs marques exposent des petites voitures sous ce nom générique. Le régime s’empare du projet. Le 22 juin 1934, l’Association des constructeurs automobiles du Reich confie à l’ingénieur Ferdinand Porsche la conception d’une voiture à quatre places capable de tenir 100 km/h sur les autoroutes. Hitler exige un prix de 990 reichsmarks ; les constructeurs n’y croient pas.

Le Front allemand du travail reprend l’affaire et fonde, le 28 mai 1937, la « société de préparation de la voiture du peuple allemande ». L’usine est financée en partie par les biens syndicaux confisqués en 1933. Hitler en pose la première pierre le 26 mai 1938, près de Fallersleben, et baptise la voiture « KdF-Wagen », d’après l’organisation de loisirs du régime, Kraft durch Freude (« la force par la joie »). Un plan d’épargne lancé en août 1938 attire environ 336 000 souscripteurs. Presque aucun ne sera livré ; il leur faudra un procès de douze ans pour obtenir, en 1961, une remise de 600 deutschemarks au plus sur une voiture neuve, ou 100 deutschemarks.

1939-1945 : l’usine d’armement et le travail forcé

La guerre éclate avant le début de la production civile. L’usine fabrique la Kübelwagen, version militaire de la voiture, la Schwimmwagen amphibie, des mines antichars, des lance-roquettes et, à partir de 1943, des cellules de missiles V1. Elle recourt au travail forcé : 300 femmes polonaises arrivent en juin 1940 ; à partir d’octobre 1941, Volkswagenwerk est l’une des premières entreprises à employer des prisonniers de guerre soviétiques, dont beaucoup meurent à la tâche. Le groupe le plus nombreux est celui des « travailleurs de l’Est », Polonais et Soviétiques déportés, soumis à une discrimination raciale codifiée.

En avril 1942, un camp de concentration, Arbeitsdorf, est installé sur le terrain de l’usine, après un accord avec Heinrich Himmler. En mai 1944, un ingénieur de l’usine va choisir à Auschwitz 300 ouvriers métallurgistes parmi les Juifs hongrois déportés. Selon le groupe lui-même, environ 20 000 personnes ont été astreintes au travail forcé dans l’entreprise pendant la guerre, dont quelque 5 000 détenus de camps de concentration. Les nouveau-nés des travailleuses de l’Est sont séparés de leur mère ; au foyer de Rühen, 365 enfants meurent de négligence et de sous-alimentation. Le médecin de l’usine qui en avait la charge est condamné à mort par un tribunal britannique et exécuté en 1947. Ferdinand Porsche et son gendre Anton Piëch, directeur de l’usine depuis 1941, ne sont jamais jugés. Les Américains entrent dans la ville le 11 avril 1945 ; elle prend ensuite le nom de Wolfsburg.

1945-1960 : les Britanniques, Nordhoff et la Coccinelle

En juin 1945, l’usine passe sous contrôle britannique. Le major Ivan Hirst la remet en marche ; l’armée d’occupation, qui a besoin de véhicules, commande 20 000 berlines, et la production en série commence le 27 décembre 1945. Des constructeurs britanniques et américains examinent la voiture et n’en veulent pas. Ce manque de flair fait la chance de Volkswagen.

Le 1er janvier 1948, Heinrich Nordhoff, ancien directeur d’Opel, prend la direction. Il fait d’une voiture née de la propagande un produit d’exportation : en 1948, elle part surtout vers les Pays-Bas, la Suisse et la Belgique. En octobre 1949, les Britanniques rendent la tutelle à la République fédérale, qui en confie la gestion à la Basse-Saxe. Aux États-Unis, où il ne s’en vend que 330 en 1950, la voiture s’impose à la fin de la décennie.

1960-1981 : privatisation, Audi et la fin de la Coccinelle

Le 21 juillet 1960, le Bundestag vote la privatisation partielle : 60 % du capital sont vendus au public en « actions populaires », l’État fédéral et la Basse-Saxe gardant 20 % chacun. La loi Volkswagen donne au Land une minorité de blocage et aux salariés un droit de regard sur les usines.

Volkswagen rachète à Daimler-Benz l’Auto Union d’Ingolstadt en 1964-1965 puis lui adjoint NSU en 1969 : de là naît Audi. Le 17 février 1972, avec 15 007 034 exemplaires, la Coccinelle bat le record de la Ford T. Le triomphe cache une impasse : la voiture vieillit et, en 1974, le groupe perd 807 millions de deutschemarks. Le salut vient des techniques d’Audi : traction avant et refroidissement par eau pour la Passat en 1973, la Golf en 1974, la Polo en 1975. La Coccinelle quitte l’Allemagne en 1978 et finit sa carrière au Mexique en 2003.

1982-2006 : Hahn, Piëch et l’empire des marques

Carl Hahn, président du directoire à partir de 1982, regarde loin. En 1985 naît Shanghai-Volkswagen, coentreprise détenue à 50 % : Volkswagen sera longtemps le premier constructeur en Chine. Le groupe rachète SEAT en 1986 et obtient fin 1990 le droit de reprendre le tchèque Škoda. Ferdinand Piëch, petit-fils de Ferdinand Porsche, lui succède en 1993. En 1994, la semaine de quatre jours, avec baisse de salaire, absorbe un sureffectif estimé à 30 000 personnes. Piëch collectionne ensuite les marques de prestige : Bentley et Bugatti en 1998, Lamborghini par l’intermédiaire d’Audi. Pour Bentley, Volkswagen achète Rolls-Royce Motor Cars, mais la marque Rolls-Royce appartenait au motoriste du même nom, qui la cède à BMW : Wolfsburg garde l’usine, Munich le nom.

Le groupe regarde aussi son passé. Il commande en 1986 à l’historien Hans Mommsen une étude indépendante, publiée en 1996, crée le 11 septembre 1998 un fonds humanitaire qui indemnise plus de 2 150 anciens travailleurs forcés, et ouvre en 1999 un lieu de mémoire dans un abri de l’usine. En 2002, Piëch prend la présidence du conseil de surveillance, qu’il gardera jusqu’en 2015.

2007-2015 : Porsche, Winterkorn et le dieselgate

Martin Winterkorn prend la tête du groupe en 2007, quand le petit Porsche entreprend d’avaler le géant. Le 26 octobre 2008, la holding Porsche annonce contrôler, en actions et en options, 74,1 % des actions ordinaires de Volkswagen ; avec les 20 % de la Basse-Saxe, il en reste moins de 6 % sur le marché. Les vendeurs à découvert s’affolent ; le 28 octobre, Volkswagen devient pour quelques heures la société la plus chère du monde. Endetté, Porsche doit renoncer : c’est Volkswagen qui rachète le constructeur Porsche en 2012, la holding des familles Porsche et Piëch restant son actionnaire majoritaire. Scania, MAN et Ducati rejoignent aussi le groupe.

Le 18 septembre 2015, l’Agence américaine de protection de l’environnement révèle que des diesels du groupe sont équipés d’un logiciel qui ne dépollue que pendant les tests d’homologation. Le 22 septembre, Volkswagen reconnaît que 11 millions de véhicules sont concernés dans le monde ; le lendemain, Winterkorn démissionne en se disant « stupéfait ». En janvier 2017, le groupe plaide coupable aux États-Unis et accepte de payer 4,3 milliards de dollars de pénalités. Le coût total du scandale est estimé à quelque 33 milliards d’euros ; en mai 2025, quatre anciens cadres sont condamnés à Brunswick, dont deux à de la prison ferme.

Depuis 2015 : l’électrique, la Chine et la fin des certitudes

Matthias Müller, puis Herbert Diess à partir de 2018, engagent le groupe dans l’électrique, avec la famille ID. présentée en 2019. En septembre 2020, Volkswagen do Brasil accepte de verser 36 millions de reais aux victimes de la dictature militaire : d’anciens ouvriers accusaient son service de sécurité d’avoir aidé la police politique à repérer des opposants et des syndicalistes, ensuite arrêtés et torturés. Oliver Blume, patron de Porsche, remplace Diess le 1er septembre 2022 et introduit Porsche en Bourse le même mois ; il ne lâche la direction de Porsche qu’à la fin de 2025. Le recul en Chine et les droits de douane américains ouvrent ensuite une crise, détaillée dans l’analyse SWOT.

Ce que fait Volkswagen aujourd’hui

En 2025, Volkswagen a livré 9,0 millions de véhicules, dont 983 120 électriques, et réalisé 321,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans trois métiers :

  • Voitures et utilitaires légers (244,5 milliards d’euros) : Volkswagen, Škoda, SEAT, Cupra, Volkswagen Véhicules utilitaires, Audi, Bentley, Lamborghini, Ducati et Porsche.
  • Camions et autobus (42,5 milliards d’euros) : Traton, avec Scania, MAN et International.
  • Services financiers (62,1 milliards d’euros) : crédit, location et assurance.

Sur 8,68 millions de voitures et utilitaires légers livrés en 2025, l’Europe de l’Ouest en a reçu 3,27 millions, dont 1,18 million en Allemagne, et la Chine 2,69 millions, soit environ 31 %.

Les dirigeants de Volkswagen

  • Ferdinand Porsche (1938-1945), avec son gendre Anton Piëch, directeur de l’usine à partir de 1941.
  • Ivan Hirst (1945-1949) : officier britannique responsable de l’usine.
  • Heinrich Nordhoff (1948-1968).
  • Kurt Lotz (1968-1971), puis Rudolf Leiding (1971-1975).
  • Toni Schmücker (1975-1981).
  • Carl Hahn (1982-1992).
  • Ferdinand Piëch (1993-2002), puis président du conseil de surveillance jusqu’en 2015.
  • Bernd Pischetsrieder (2002-2006).
  • Martin Winterkorn (2007-2015).
  • Matthias Müller (2015-2018), puis Herbert Diess (2018-2022).
  • Oliver Blume (depuis 2022), avec Hans Dieter Pötsch à la présidence du conseil de surveillance depuis 2015.

Volkswagen en Bourse

L’action est née de la privatisation : au printemps 1961, des titres d’une valeur nominale totale de 360 millions de deutschemarks sont vendus au public. Deux catégories sont cotées à Francfort : l’action ordinaire, avec droit de vote, et l’action de préférence, sans droit de vote, membre du DAX. L’action de préférence est sortie de l’Euro Stoxx 50, l’indice des grandes valeurs de la zone euro, le 21 septembre 2026.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires Résultat opérationnel Résultat net
2021 250,20 19,28 15,43
2022 279,05 22,11 15,85
2023 322,28 22,53 17,86
2024 324,66 19,06 12,39
2025 321,91 8,87 6,90

En milliards d’euros, comptes publiés par Volkswagen (résultat net après impôts). L’exercice 2025 supporte 4,7 milliards d’euros de charges liées à la nouvelle stratégie de Porsche.

Questions fréquentes sur Volkswagen

Qui a fondé Volkswagen ?

Volkswagen a été fondé le 28 mai 1937 à Berlin par le Front allemand du travail, organisation du régime nazi, pour produire la voiture conçue par Ferdinand Porsche.

Que veut dire Volkswagen ?

Volkswagen signifie « voiture du peuple » en allemand. Le mot désignait d’abord une catégorie de petites voitures bon marché.

Volkswagen a-t-il eu recours au travail forcé ?

Oui. Selon le groupe, environ 20 000 personnes, dont quelque 5 000 détenus de camps de concentration, ont été contraintes de travailler dans l’usine pendant la guerre. Volkswagen a fait étudier ce passé par des historiens indépendants et créé en 1998 un fonds d’indemnisation.

Qui dirige Volkswagen ?

Oliver Blume préside le directoire depuis le 1er septembre 2022. Hans Dieter Pötsch, qui dirige aussi la holding Porsche SE, préside le conseil de surveillance depuis 2015.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Volkswagen.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

6 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
B
Brionne Jean Marie7 août 2014
Veuillez me communiquer l' adresse exacte de la societé volkswagen en Allemagne/ service client pour que je puisse vous envoyer un courrier ayant un problème particulier avec mon TIGUAN . Salutations .
B
bourdeau18 mai 2015
pouvez vous me donnez l adresse postale exacte en allemagne service client vw pour que je puissse vousenvoyer un courrier car j ai un problème avec ma polo tdi
S
savary patrick27 septembre 2015
Veuillez me communiquer l adresse m ail de wolkswagen direction merci urgent
E
Emilie4 février 2016
bonjour, j'aimerais juste vous demander en quoi la relation entre la fidélisation de vos clients et l'évolution de votre chiffre d'affaire montre vos performance commerciale ? Merci de votre compréhension.
C
Castaldi24 mai 2016
Bonjour, Merci de me communiquer l'adresse postale du siège de VW en Allemagne. Salutations
A
AUDEBRAND7 janvier 2017
merci de me communiquer l'adresse postale du siege de vw en ALLEMAGNE bien cordialement
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.