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Histoire de la Postbank : du chèque postal impérial à la marque de Deutsche Bank

Histoire de Postbank

La Postbank est aujourd’hui une marque de Deutsche Bank, et juridiquement une simple succursale de celle-ci : la banque du quotidien, numérique et bon marché, du premier groupe bancaire allemand. Elle a pourtant été pendant près d’un siècle le service financier de la poste impériale, puis fédérale, avant de devenir une société cotée au DAX. Son rachat par Deutsche Bank, négocié en pleine faillite de Lehman Brothers, a laissé derrière lui quinze ans de procès.

La Postbank en bref

  • Origine : 1er janvier 1909, création du service des chèques postaux de la poste impériale allemande ; établissement autonome depuis le 1er janvier 1990, société anonyme depuis le 1er janvier 1995.
  • Siège : Bonn.
  • Statut : « Postbank, eine Niederlassung der Deutsche Bank AG », succursale de Deutsche Bank depuis le 15 mai 2020 ; filiale du groupe depuis 2010.
  • Dirigeants : pas de direction propre ; la marque relève de la banque privée de Deutsche Bank, dirigée par Claudio de Sanctis, membre du directoire depuis juillet 2023, sous l’autorité de Christian Sewing, président du directoire.
  • Activités : comptes courants, épargne, crédit à la consommation et immobilier, paiements, et quelques services postaux dans une partie des agences.
  • Marques associées : BHW (épargne-logement), DSL Bank.
  • Cotation : aucune depuis le 21 décembre 2015 ; cotée à Francfort de 2004 à 2015, au DAX de 2006 à 2009.
  • Derniers comptes publiés : 3,19 milliards d’euros de produit net bancaire et 250 millions d’euros de bénéfice net en 2017, pour 17 441 salariés en équivalent temps plein.

Quelle est l’histoire de la Postbank ?

1909-1989 : la banque des guichets de poste

Au début du XXe siècle, les banques allemandes n’offrent pas encore de paiements sans espèces au grand public. La poste impériale, la Reichspost, s’en charge : le 1er janvier 1909, elle ouvre le service des chèques postaux, avec treize offices répartis de Berlin à Munich, de Hambourg à Breslau. Tout titulaire d’un compte peut désormais payer par virement ou par chèque, sans espèces, quel que soit l’endroit du pays.

Le second pilier arrive par annexion. Après l’Anschluss, le service de caisse d’épargne postale, qui existait en Autriche, est étendu à tout le Reich le 2 janvier 1939.

Après la guerre, les deux services passent à la Deutsche Bundespost, l’administration fédérale des postes et télécommunications de l’Allemagne de l’Ouest. Les offices de chèques postaux deviennent offices de virements postaux en 1984. La poste se modernise plus vite qu’on ne l’imagine : dès 1983, elle teste la banque à domicile par Bildschirmtext, l’équivalent allemand du Minitel.

1990-1999 : de l’administration à la société anonyme

La première réforme postale, votée en 1989, découpe la Bundespost en trois entreprises publiques : la poste, les télécommunications, qui deviendront Deutsche Telekom, et la banque. La Deutsche Bundespost Postbank commence son activité le 1er janvier 1990. Une seconde réforme, en 1994, transforme les trois entreprises en sociétés anonymes, Deutsche Post AG, Deutsche Telekom AG et Deutsche Postbank AG, au 1er janvier 1995 : la Postbank devient autonome et reçoit une licence bancaire complète. Elle peut désormais prêter, et pas seulement faire circuler l’argent des autres.

Le capital reste à l’État fédéral jusqu’en 1999. Cette année-là, l’État la cède à la Deutsche Post, sa sœur issue de la même administration. La Postbank rachète dans la foulée, en 2000, la DSL Bank.

2000-2007 : la Bourse et l’ambition

Wulf von Schimmelmann, président du directoire jusqu’à l’été 2007, fait de la Postbank une banque de détail à part entière. Il mise aussi sur une activité industrielle : à partir du 1er janvier 2004, la Postbank traite les opérations de paiement de Deutsche Bank et de la Dresdner Bank. Le 23 juin 2004, la Deutsche Post introduit sa filiale en Bourse, à Francfort, tout en gardant la majorité.

La Postbank achète ensuite pour grandir. Début janvier 2006, elle prend le contrôle du BHW, grande caisse d’épargne-logement des fonctionnaires, dont elle détient alors 91 %. La même année, elle rachète à sa maison mère 850 bureaux de poste, qui deviennent ses agences, et elle entre le 18 septembre 2006 au DAX, l’indice des trente premières valeurs allemandes.

2008-2015 : vendue au pire moment

Puis la Deutsche Post vend. Le 12 septembre 2008, trois jours avant la faillite de Lehman Brothers, Deutsche Bank s’engage à racheter 29,75 % de la Postbank pour environ 2,8 milliards d’euros, soit 57,25 euros par action, avec des options sur la suite. La crise rend l’accord intenable. Il est renégocié début 2009 : Deutsche Bank reçoit d’abord 22,9 % du capital, le solde devant suivre par une obligation remboursable en titres Postbank et des options. Entre-temps, en novembre 2008, la Postbank a dû lever environ un milliard d’euros, souscrit presque entièrement par la Deutsche Post. Elle quitte le DAX en mars 2009.

Le 7 octobre 2010, Deutsche Bank lance une offre publique sur toutes les actions de la Postbank au prix de 25 euros, moins de la moitié du prix de 2008. Elle passe la majorité à la fin de l’année. En 2012, elle rachète à la Deutsche Post ses 39,5 % restants et monte à 93,7 % ; un contrat de domination, qui lui donne le pouvoir de diriger la filiale, est approuvé le 5 juin 2012. Le retrait obligatoire des derniers actionnaires minoritaires, à 35,05 euros par action, est inscrit au registre du commerce le 21 décembre 2015, date de la fin de la cotation.

L’écart entre 57,25 euros et 25 euros a nourri une procédure de plus de dix ans. D’anciens actionnaires ont soutenu que Deutsche Bank contrôlait de fait la Postbank dès 2008 ou 2009 et aurait dû leur offrir alors le prix payé à la Deutsche Post. En avril 2024, la cour d’appel de Cologne laisse entendre qu’elle leur donnera raison ; Deutsche Bank passe une provision de 1,3 milliard d’euros et transige avec la plupart d’entre eux, sur la base de 31 euros par action. Le 23 octobre 2024, la cour la condamne dans le dernier dossier pilote ; le 25 février 2026, la Cour fédérale de justice rejette son recours, ce qui rend la condamnation définitive.

2015-2020 : vendre, puis garder

Deutsche Bank ne sait pas longtemps ce qu’elle veut faire de sa conquête. En 2015, la Postbank, qui compte plus de dix millions de clients, se présente comme la première banque de détail du pays ; le 24 avril, le conseil de surveillance de Deutsche Bank décide pourtant de s’en séparer, de préférence par une nouvelle introduction en Bourse. L’opération ne se fera pas. Le 6 mars 2017, le directeur général John Cryan change de cap : la Postbank sera fusionnée avec la banque de détail allemande de Deutsche Bank. Le 25 mai 2018, la Postbank AG est absorbée par la nouvelle DB Privat- und Firmenkundenbank AG, dont elle devient une succursale. Le 15 mai 2020, celle-ci est fondue à son tour dans Deutsche Bank AG. La Postbank n’est plus une société, seulement une marque.

Depuis 2020 : la marque et la migration

Il restait à réunir les systèmes informatiques. La migration des clients de la Postbank vers la plateforme de Deutsche Bank tourne mal en 2023 : comptes bloqués, virements non exécutés, conseillers injoignables, successions en souffrance. En décembre 2023, la centrale des consommateurs de Bavière parle de problèmes « en partie catastrophiques » et propose aux clients un modèle de réclamation. Deutsche Bank annonce des indemnisations. Selon son rapport annuel 2025, les réclamations ont reculé en 2025, à mesure que les effets de la migration s’estompaient. Dans le même temps, le réseau rétrécit : la banque privée du groupe a fermé 126 agences en 2025, toutes marques confondues, et la Postbank met en avant un format d’agence de conseil, appelé à couvrir 120 sites, sans activité postale.

Qu’est devenue la Postbank ?

La Postbank est l’une des deux grandes marques de la banque de détail de Deutsche Bank en Allemagne, qui compte environ 18 millions de clients. Le partage des rôles est explicite : Deutsche Bank se veut la « Hausbank », la banque de conseil, et la Postbank le prestataire « digital first » pour la banque du quotidien, avec des produits standard et une forte part de banque à distance. Elle sert aussi des professionnels et des petites et moyennes entreprises. En coopération avec Deutsche Post DHL, une partie de ses agences assure encore des services postaux. BHW, pour l’épargne-logement, et la banque en ligne norisbank complètent l’ensemble.

La Postbank ne publie plus de comptes séparés depuis 2017 : ses résultats sont fondus dans ceux de la banque privée de Deutsche Bank, analysés dans l’analyse SWOT du groupe.

Qui a dirigé la Postbank ?

  • Wulf von Schimmelmann (jusqu’en 2007) : président du directoire ; introduction en Bourse, rachat du BHW et des agences de la poste.
  • Wolfgang Klein (2007-2009) : président du directoire pendant la crise financière et l’arrivée de Deutsche Bank.
  • Stefan Jütte (2009-2012) : président du directoire pendant la prise de contrôle.
  • Frank Strauss (2012-2018) : dernier président du directoire de la Postbank AG, jusqu’à la fusion de mai 2018.
  • Christian Sewing (depuis 2018) : président du directoire de Deutsche Bank, dont la Postbank est une succursale.
  • Claudio de Sanctis (depuis 2023) : membre du directoire de Deutsche Bank, responsable de la banque privée.

Quel est le parcours de la Postbank en Bourse ?

L’action Postbank a vécu onze ans. Introduite à Francfort le 23 juin 2004, elle entre au DAX en septembre 2006 et en sort en 2009 pour le MDAX, l’indice des valeurs moyennes, qu’elle quitte en décembre 2010. Son histoire boursière se résume à quatre prix : 57,25 euros, payés par Deutsche Bank à la Deutsche Post en 2008 ; 25 euros, offerts aux petits actionnaires en octobre 2010 ; 25,18 euros, proposés en 2012 avec le contrat de domination ; 35,05 euros, versés lors du retrait obligatoire de 2015. La différence entre le premier et le deuxième a coûté à Deutsche Bank plus de dix ans de procédure, et la provision de 2024 a pesé sur ses comptes de l’année.

Quels sont les chiffres clés de la Postbank de 2013 à 2017 ?

Exercice Produit net d’intérêts Résultat avant impôt Résultat net consolidé
2013 2,46 0,32 0,33
2014 2,49 0,43 0,26
2015 2,24 0,58 0,61
2016 2,17 0,30 0,31
2017 2,07 0,25 0,25

En milliards d’euros, comptes du groupe Postbank publiés dans son dernier rapport annuel, celui de 2017 (chiffres de 2015 et 2016 retraités). Depuis 2018, la Postbank n’a plus de comptes propres. La baisse du produit net d’intérêts à partir de 2015 dit l’essentiel : une banque de dépôts souffre quand les taux sont nuls.

Questions fréquentes sur la Postbank

La Postbank appartient-elle à Deutsche Bank ?

Oui. Deutsche Bank en a pris le contrôle en 2010 et détient 100 % des actions depuis 2015. Depuis le 15 mai 2020, la Postbank n’est plus une société distincte mais une succursale de Deutsche Bank AG, qui exploite la marque.

La Postbank a-t-elle un lien avec la Deutsche Post ?

Historiquement, oui : elle est née en 1909 comme service de la poste, et la Deutsche Post en a été l’actionnaire principal de 1999 à 2012. Il n’y a plus de lien capitalistique, mais une coopération commerciale : certaines agences Postbank offrent toujours des services postaux.

Quand la Postbank a-t-elle été créée ?

Ses origines remontent au service des chèques postaux, ouvert le 1er janvier 1909. La Postbank existe comme entreprise distincte depuis le 1er janvier 1990, et comme société anonyme depuis le 1er janvier 1995.

Pourquoi d’anciens actionnaires ont-ils attaqué Deutsche Bank ?

Parce que Deutsche Bank leur a offert 25 euros par action en 2010, après avoir payé 57,25 euros à la Deutsche Post en 2008. Les plaignants estimaient qu’elle contrôlait déjà la Postbank et leur devait le même prix ; la justice leur a donné raison, définitivement en février 2026.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Deutsche Bank.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
S
stirn26 juillet 2016
Bonjour j ai fait deux virements en novembre 2014 sur un compte Deutsche Postbank à Hambourg N° DE86440100460166824462 Montant total 30000 euros L argent a été détourné par des escrocs qui officiaient au nom de Triomphe Capital -une société fictive- actuellement démantelée Evidemment la DPB n a pratiqué aucun contrôle ou refuse de communiquer malgré les plaintes déposées et action du Bafin sous couvert du secret bancaire couvrant ainsi cette extorsion de fonds La DPB est assurée pour ce genre de détournement et j'ai envoyé (par le Bafin) toutes les pièces justifiant la malversation mais je n arrive pas à récupérer les fonds transférés Que faire? Cordialement
H
hemeric19 octobre 2016
La DPB a manifestement trempé dans des affaires louches et sordides
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