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Histoire de Toyota : du métier à tisser au premier constructeur automobile du monde

Des métiers à tisser de Sakichi Toyoda au premier constructeur du monde : fondation, crises, rappels, Lexus, Prius, dirigeants et chiffres clés de Toyota.

Histoire de Toyota

Toyota est le constructeur japonais devenu premier vendeur de voitures du monde, sous les marques Toyota, Lexus et Daihatsu. Son histoire commence avec un inventeur de métiers à tisser renvoyé de sa propre entreprise pour avoir trop inventé, et se confond depuis avec celle d’une famille, les Toyoda, qui ne porte pas tout à fait le nom de ses voitures.

Toyota en bref

  • Fondation : 28 août 1937, à Koromo (Aichi), par Kiichiro Toyoda, fils de l’inventeur Sakichi Toyoda ; le groupe retient comme date de fondation le 3 novembre 1938, inauguration de l’usine de Koromo.
  • Siège : Toyota City, préfecture d’Aichi, Japon.
  • Dirigeants : Akio Toyoda, président du conseil d’administration depuis le 1er avril 2023 ; Kenta Kon, président et directeur général depuis le 1er avril 2026.
  • Activités : automobiles ; services financiers.
  • Marques principales : Toyota, Lexus, Daihatsu ; Corolla, Camry, RAV4, Prius, Land Cruiser.
  • Effectifs : 390 927 salariés pour l’ensemble du groupe au 31 mars 2026, dont 73 133 pour la maison mère.
  • Cotation : Bourse de Tokyo (code 7203), membre du Nikkei 225 ; également cotée à New York.
  • Chiffre d’affaires 2025-2026 (exercice clos le 31 mars 2026) : 50 684 milliards de yens.

Histoire de Toyota

1867-1933 : l’inventeur et ses métiers à tisser

Sakichi Toyoda, fils de charpentier, naît le 14 février 1867, l’année où le dernier shogun rend le pouvoir à l’empereur. Lecteur du Self-Help de Samuel Smiles, best-seller de l’ère Meiji qui célèbre les inventeurs de machines textiles, il obtient son premier brevet de métier à tisser en 1891. Son métier mécanique de 1897 contient déjà l’idée qui fera la fortune du groupe : la machine s’arrête d’elle-même quand un fil casse. Toyota en a fait le jidoka, l’un des deux piliers de son système de production.

L’inventeur n’est pas un gestionnaire. En avril 1910, le président de la société de métiers à tisser qu’il avait créée avec l’appui de Mitsui lui demande de partir : selon le récit de Sakichi, les résultats souffriraient de ce que le personnel passe son temps à inventer. Son fils aîné, Kiichiro, né en 1894 et formé à l’université impériale de Tokyo, met au point avec lui le métier automatique de type G, achevé en 1924. La famille crée pour le produire, le 18 novembre 1926, les Toyoda Automatic Loom Works.

Le métier se vend jusqu’en Inde, et le britannique Platt en rachète les brevets : Kiichiro signe le 21 décembre 1929, pour 100 000 livres payables en quatre fois. On lit souvent que cet argent a financé l’automobile ; l’histoire officielle, plus prosaïque, note surtout que Platt n’a pas tout payé, et que la somme fut ramenée à 83 500 livres en 1934. Pendant ce voyage, Kiichiro visite surtout les usines Ford. Sakichi meurt le 30 octobre 1930.

1933-1950 : de Toyoda à Toyota

Le 1er septembre 1933, Kiichiro crée une division automobile au sein de l’entreprise familiale. Il démonte une Chevrolet et dessine un véhicule compatible avec les pièces de rechange Ford et Chevrolet, alors partout au Japon. L’État, qui pense à l’armée, veut des camions : le premier modèle vendu est le camion G1, présenté à Tokyo en novembre 1935. Le camion de démonstration casse sa direction en route et n’arrive qu’à 4 heures du matin, le jour de la présentation. La voiture AA suit en 1936.

À l’automne 1936, un concours de logo reçoit plus de 27 000 propositions, et le nom des produits passe de Toyoda à Toyota, « sur le conseil de personnalités de l’industrie », dit sobrement l’histoire officielle. La Toyota Motor Co. est enregistrée le 28 août 1937, avec Risaburo Toyoda, gendre de Sakichi, pour président, et Kiichiro, qui lui succède en 1941. L’usine de Koromo est inaugurée le 3 novembre 1938 ; Kiichiro y formule l’idée de produire chaque jour les pièces nécessaires, en quantité nécessaire, et rien de plus : le « juste-à-temps ».

La guerre fait de Toyota un fabricant de camions militaires ; le 14 août 1945, veille de la capitulation, un bombardement détruit un quart de l’usine. La déflation imposée en 1949 par le conseiller américain Joseph Dodge le met au bord de la faillite : les clients ne paient plus les camions achetés à crédit. Un consortium de 24 banques, réuni par la Banque du Japon, le renfloue à condition de séparer la vente de la fabrication : Toyota Motor Sales naît le 3 avril 1950. Kiichiro avait juré d’éviter les licenciements ; il doit en proposer 1 600. Après deux mois de conflit social, il démissionne le 5 juin 1950. Il meurt le 27 mars 1952, sans avoir vu la première vraie voiture de sa marque.

1950-1981 : la méthode et la Corolla

Les commandes militaires de la guerre de Corée sauvent les comptes. Eiji Toyoda, cousin de Kiichiro, part en juillet 1950 signer un accord technique avec Ford ; la guerre le fait capoter, et Eiji devient à la place le premier stagiaire de Toyota chez Ford. En 1954, l’usine adopte une « méthode du supermarché » tirée d’un article sur une usine Lockheed, alors que, note l’histoire officielle, les supermarchés sont encore rares au Japon et que personne n’en a l’expérience : le poste aval se sert chez le poste amont comme un client dans un rayon. Des fiches, les kanban, en feront le système du juste-à-temps.

La Toyopet Crown, première voiture entièrement conçue par Toyota, sort en janvier 1955 ; conçue pour les mauvaises routes japonaises, elle échoue sur les autoroutes américaines. L’usine de Motomachi, première usine japonaise réservée aux voitures particulières, démarre en août 1959, l’année où la ville de Koromo prend le nom de Toyota. Le prix Deming, grande distinction japonaise de la qualité, suit en 1965. La Corolla, lancée en novembre 1966, crée la motorisation de masse plus qu’elle ne la suit, selon Eiji Toyoda, président à partir de 1967 ; elle deviendra le nom de modèle le plus vendu de l’histoire. Toyota s’allie en 1966 avec Hino (camions) et en 1967 avec Daihatsu (petites voitures). Après les chocs pétroliers, ses voitures sobres envahissent l’Amérique, jusqu’à l’autolimitation d’avril 1981, qui plafonne à 1,68 million par an les voitures japonaises exportées aux États-Unis.

1982-2008 : Lexus, Prius et la course au volume

Le 1er juillet 1982, fabrication et vente, séparées en 1950, fusionnent dans la Toyota Motor Corporation, que préside Shoichiro Toyoda, fils de Kiichiro. Pour contourner les quotas, Toyota produit sur place : avec General Motors d’abord, en Californie, dans une coentreprise créée en 1984, puis seul, au Kentucky, à partir de 1988. En septembre 1989, Lexus lance aux États-Unis sa berline LS 400 contre les allemands.

En octobre 1997 sort la Prius, première voiture hybride produite en série, fruit d’un projet conduit par l’ingénieur Takeshi Uchiyamada. Toyota prend la majorité de Hino en 2001. En 2008, avec 8,97 millions de véhicules, il ravit à General Motors la première place mondiale, que celui-ci tenait depuis 1931. Il n’en profite guère : la crise financière lui inflige, sur l’exercice clos en mars 2009, une perte nette de 436,9 milliards de yens, la première depuis qu’il publie des résultats, en 1941.

2009-2023 : Akio Toyoda et les rappels

Akio Toyoda, petit-fils de Kiichiro, devient président le 23 juin 2009, au plus mauvais moment. Des accélérations involontaires, liées à des tapis de sol et à des pédales qui coincent, entraînent le rappel de millions de véhicules. Le 24 février 2010, devant le Congrès américain, il se dit « profondément désolé » et reconnaît que l’entreprise a voulu croître trop vite. Il ajoute que toutes les voitures Toyota portent son nom ; c’est vrai, à une consonne près. En mars 2014, Toyota admet avoir trompé les consommateurs américains et paie 1,2 milliard de dollars pour clore les poursuites pénales.

Le groupe absorbe entièrement Daihatsu en 2016 ; dépassé par Volkswagen de 2016 à 2019, il retrouve la première place mondiale en 2020. Les affaires de certification le rattrapent pourtant : en décembre 2023, Daihatsu suspend toutes ses livraisons après la découverte d’essais de sécurité irréguliers sur 64 modèles ; des manquements semblables apparaissent chez Hino et chez Toyota lui-même, détaillés dans l’analyse SWOT.

Depuis 2023 : Akio Toyoda à la présidence du conseil

Le 1er avril 2023, Akio Toyoda remplace à la présidence du conseil Takeshi Uchiyamada, le père de la Prius, et confie la direction générale à Koji Sato, ancien patron de Lexus. En mars 2026, le groupe réussit son offre de retrait de la Bourse sur Toyota Industries, l’ancienne Toyoda Automatic Loom Works : l’enfant a racheté le parent. Le 1er avril, Kenta Kon, jusque-là directeur financier, succède à Koji Sato, devenu vice-président du conseil ; le même jour, Hino passe dans une société commune avec Mitsubishi Fuso.

Ce que fait Toyota aujourd’hui

Toyota vend des voitures, des 4×4, des pick-up et des utilitaires :

  • Toyota : la marque généraliste, de la Yaris au Land Cruiser, largement hybride.
  • Lexus : le haut de gamme, depuis 1989.
  • Daihatsu : les petites voitures.
  • Services financiers : crédit et location, avec 709,8 milliards de yens de résultat d’exploitation en 2025-2026, hors effets de valorisation.

Sur l’exercice 2025-2026, le groupe a vendu environ 9,6 millions de véhicules consolidés : 2,93 millions en Amérique du Nord, 2,08 millions au Japon, 1,76 million en Asie, 1,18 million en Europe et 1,64 million ailleurs.

Les dirigeants de Toyota

  • Risaburo Toyoda (1937-1941) : premier président, puis président du conseil.
  • Kiichiro Toyoda (1941-1950) : fondateur, président jusqu’à sa démission.
  • Taizo Ishida (1950-1961) : président.
  • Fukio Nakagawa (1961-1967) : président, mort en fonctions.
  • Eiji Toyoda (1967-1982) : président, puis président du conseil jusqu’en 1994.
  • Shoichiro Toyoda (1982-1992) : président, puis président du conseil jusqu’en 1999.
  • Tatsuro Toyoda (1992-1995), Hiroshi Okuda (1995-1999), Fujio Cho (1999-2005), Katsuaki Watanabe (2005-2009) : présidents.
  • Akio Toyoda (depuis 2009) : président jusqu’en 2023, président du conseil depuis.
  • Koji Sato (2023-2026) : président et directeur général.
  • Kenta Kon (depuis 2026) : président et directeur général.

Toyota en Bourse

L’action Toyota est cotée depuis mai 1949 à Tokyo, Nagoya et Osaka, à la veille de la crise qui allait emporter Kiichiro, et depuis septembre 1999 à New York et à Londres. Elle fait partie du Nikkei 225. Le 1er octobre 2021, chaque action a été divisée en cinq.

Chiffres clés depuis 2021-2022

Exercice (clos fin mars) Chiffre d’affaires Résultat d’exploitation Bénéfice net part du groupe
2021-2022 31 379 2 995 2 850
2022-2023 37 154 2 725 2 451
2023-2024 45 095 5 352 4 944
2024-2025 48 036 4 795 4 765
2025-2026 50 684 3 766 3 848

En milliards de yens, comptes publiés par Toyota. Le recul de 2025-2026 doit beaucoup aux droits de douane américains.

Questions fréquentes sur Toyota

Qui a fondé Toyota ?

Kiichiro Toyoda, fils de l’inventeur de métiers à tisser Sakichi Toyoda. Il a créé une division automobile en 1933 au sein de l’entreprise familiale, devenue la Toyota Motor Co. en 1937.

Pourquoi Toyota et pas Toyoda ?

Le nom des produits a changé à l’automne 1936, avec l’adoption du logo. L’histoire officielle invoque le conseil de personnalités de l’industrie ; les explications courantes, huit traits en katakana et une sonorité plus claire, ne sont pas confirmées par le groupe. La famille, elle, s’appelle toujours Toyoda.

Qui dirige Toyota ?

Kenta Kon est président et directeur général depuis le 1er avril 2026. Akio Toyoda, petit-fils du fondateur, préside le conseil d’administration depuis 2023.

Toyota est-il le premier constructeur automobile mondial ?

En volume, oui : il a pris la première place à General Motors en 2008 et l’occupe de nouveau depuis 2020, avec près de 10,5 millions de Toyota et de Lexus vendus en 2025-2026.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Toyota.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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