Qu’est-ce que la déflation ? Définition et impacts

Qu’est-ce que la déflation ?
Par opposition à l’inflation, la déflation désigne une baisse des prix constatée sur une longue période. Elle ne doit pas être confondue avec la désinflation qui correspond à la baisse du taux d’inflation.
La déflation apparaît lorsque la demande est faible par rapport à la quantité de biens et services disponibles dans l’économie.
En économie, la déflation peut correspondre à un ralentissement de l’activité économique. Selon les Keynésiens, la déflation est négative pour l’économie et doit être évitée, car elle pousse à reporter la consommation des ménages, qui thésaurisent leur argent par anticipation d’une baisse des prix. Les entreprises, quant à elles, diminuent leurs investissements et leur production, ce qui ralentit l’activité économique.
Lorsque la déflation ne concerne qu’un secteur précis de l’économie on parle de déflation sectorielle. Cette déflation sectorielle peut s’avérer bénéfique lorsqu’elle permet de développer et diffuser des biens innovants et qu’elle ouvre le commerce. En effet, par exemple la baisse des prix de l’électroménager ou de l’informatique ont permis de démocratiser ces biens et ont ouvert des possibilités sur de nouveaux marchés dans le monde.

Quels sont des exemples de déflation ?
Les périodes de déflations les plus célèbres de l’histoire sont les 3 suivantes :
- la fin du 19ème siècle dans les pays industrialisés (progrès technologique)
- les années 1930 aux États-Unis (Grande Dépression) après le krach boursier de 1929
- les années 1990-2000 au Japon après la bulle spéculative boursière et immobilière de 1991 et la concurrence des pays d’Asie en plein développement qui font baisser les coûts de production
Pourquoi la déflation ?
La déflation peut aussi correspondre aux mesures mises en place par un gouvernement pour faire face à l’inflation. En effet, pour lutter contre la hausse des prix, il est possible d’instaurer une politique de diminution de la masse monétaire en circulation et la restriction de la demande de biens et services provenant de l’étranger. Le gouvernement s’attèle alors à contrôler le crédit, à réduire ses dépenses publiques et augmente les impôts comme dans les années 1920-1930.
De nos jours, on parle plus de politique d’austérité ou de politique de rigueur comme cela a été constaté dans certains pays européens après la crise économique de 2008.
La déflation en résumé
La déflation est une baisse générale et durable du niveau des prix : l’indice des prix à la consommation recule sur un an, et ce recul s’installe. Elle se distingue de la baisse du prix d’un seul produit et de la désinflation, où les prix montent encore, mais moins vite. Les banques centrales la redoutent parce qu’elle alourdit le poids réel des dettes et peut entretenir une spirale de baisse de la demande, des prix et de l’emploi.
Elle n’est pourtant pas toujours néfaste : une baisse des prix due aux gains de productivité peut accompagner une économie en pleine croissance. Tout le débat porte sur la distinction entre ces deux déflations.
Pourquoi la spirale déflationniste inquiète-t-elle ?
Trois mécanismes se renforcent.
- Le report des achats. Si les prix doivent baisser, les ménages et les entreprises attendent pour acheter et investir. La demande recule, ce qui fait encore baisser les prix.
- Le poids des dettes. Une dette reste fixe en euros alors que les prix et les revenus baissent : son poids réel augmente. Irving Fisher a décrit en 1933, dans « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions », cet engrenage où les débiteurs vendent pour rembourser, ce qui fait baisser les prix et rend leurs dettes encore plus lourdes.
- Le taux réel trop élevé. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal moins l’inflation. Avec des prix qui baissent de 2 % par an, un emprunt à 0 % coûte en réalité 2 % par an. Or une banque centrale peut difficilement descendre ses taux très en dessous de zéro : elle perd son principal moyen de relancer l’économie.
Imaginons un commerçant endetté de 100 000 euros, dont le chiffre d’affaires est de 200 000 euros par an. Si les prix de ce qu’il vend baissent de 10 % et que ses volumes ne changent pas, son chiffre d’affaires tombe à 180 000 euros, mais sa dette reste de 100 000 euros : elle représente désormais 56 % de son chiffre d’affaires au lieu de 50 %.
Quels épisodes de déflation ont marqué les esprits ?
Les États-Unis de 1929 à 1933. Selon la Réserve fédérale de Saint-Louis, les prix à la consommation y reculent d’environ 25 % entre 1929 et 1933, pendant que la production et l’emploi s’effondrent. C’est l’exemple type de la déflation par la dette décrite par Fisher.
Le Japon après l’éclatement de sa bulle. La déflation s’y installe à partir des années 1990, avec des taux proches de zéro et une croissance faible. La Banque du Japon fixe en janvier 2013 un objectif d’inflation de 2 %, multiplie les achats de titres, passe aux taux négatifs, puis ne sort de ces taux négatifs que le 19 mars 2024. Le yen et les obligations japonaises ont été pendant trente ans le laboratoire mondial de la lutte contre la déflation.
La zone euro en 2014-2015. En janvier 2015, les prix de la zone euro reculent de 0,6 % sur un an, sous l’effet de la chute du pétrole. Le 22 janvier 2015, la BCE annonce un programme d’achats de titres, y compris d’obligations d’États, de 60 milliards d’euros par mois. Sur l’ensemble de l’année, l’inflation de la zone reste toutefois légèrement positive : le risque de déflation a été évité, pas la déflation installée.
Qu’a été la « politique de déflation » de 1935 ?
Comme le rappelle le texte ci-dessus, le mot désigne aussi une politique volontaire de baisse des prix et des dépenses. L’exemple français le plus connu est celui de Pierre Laval : le 16 juillet 1935, il promulgue 29 décrets-lois qui réduisent de 10 % toutes les dépenses publiques, traitements des fonctionnaires compris, pour défendre la parité du franc avec l’or sans dévaluer. La politique fut très impopulaire et son efficacité est encore discutée ; le franc fut finalement dévalué le 1er octobre 1936, sous le Front populaire.
Existe-t-il une bonne et une mauvaise déflation ?
Pour les keynésiens et la plupart des banquiers centraux, la déflation est un danger à prévenir à tout prix. Ben Bernanke, alors membre du conseil de la Fed, l’a résumé dans un discours du 21 novembre 2002 (« Deflation : Making Sure « It » Doesn’t Happen Here ») : une banque centrale peut toujours, selon lui, venir à bout d’une déflation en créant suffisamment de monnaie. D’autres économistes, souvent proches de l’école autrichienne, comme George Selgin dans Less Than Zero (1997), défendent une baisse modérée des prix quand elle reflète des gains de productivité : le pouvoir d’achat augmente sans que l’économie souffre. La fin du XIXe siècle, citée plus haut, est leur exemple favori. Les études historiques montrent en effet que toutes les périodes de baisse des prix n’ont pas été des périodes de crise ; la déflation devient dangereuse surtout quand les dettes sont élevées.
Que change la déflation pour un investisseur ou un trader ?
En déflation, l’argent liquide et les obligations d’État de bonne qualité gagnent en valeur réelle, tandis que les actions, l’immobilier et les matières premières souffrent de la baisse des prix et des profits. Les taux longs baissent, parfois sous zéro : pendant les années 2010, l’Allemagne a pu emprunter à des taux négatifs. Un chiffre d’inflation très faible pousse les marchés à anticiper des baisses de taux ou des achats de titres par la banque centrale : c’est pourquoi les publications mensuelles des prix font bouger les devises et les indices.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre déflation et désinflation ?
En désinflation, les prix augmentent moins vite (l’inflation passe par exemple de 5 % à 2 %). En déflation, ils baissent.
La déflation est-elle bonne pour le pouvoir d’achat ?
Pour ceux dont le revenu ne baisse pas et qui n’ont pas de dettes, oui. Mais si elle s’accompagne de baisses de salaires, de chômage et d’un alourdissement des dettes, l’effet d’ensemble est négatif.
Comment une banque centrale combat-elle la déflation ?
En baissant ses taux, puis, lorsqu’ils sont proches de zéro, en achetant massivement des titres pour faire baisser les taux longs et augmenter la masse monétaire.
Quel pays a connu la plus longue déflation récente ?
Le Japon, où la baisse des prix s’est installée à partir des années 1990 et a pesé sur l’économie pendant près de deux décennies.
Pour aller plus loin
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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