Analyse SWOT de Ferrari : forces, faiblesses, opportunités et menaces

Ferrari construit moins de 14 000 voitures par an à Maranello et les vend plus cher chaque année, avec une marge d’excédent brut d’exploitation proche de 39 %. La société, de droit néerlandais, est cotée à Milan et à New York, et a pour premier actionnaire Exor, la holding de la famille Agnelli, qui détient 21,2 % du capital. Voici son analyse SWOT, mise à jour avec les comptes de 2025 et du premier semestre 2026.
Ferrari en chiffres
- Chiffre d’affaires 2025 : 7,15 milliards d’euros, en hausse de 7 %.
- Livraisons 2025 : 13 640 voitures, 112 de moins qu’en 2024.
- Excédent brut d’exploitation 2025 : 2,77 milliards d’euros, soit 38,8 % du chiffre d’affaires.
- Bénéfice net 2025 : 1,6 milliard d’euros (+5 %), et 8,96 euros par action après dilution.
- Cash-flow libre industriel 2025 : 1,54 milliard d’euros, en hausse de 50 %.
- Premier semestre 2026 : 3,79 milliards d’euros de chiffre d’affaires (+6 %), 876 millions de bénéfice net, pour 6 802 voitures livrées (-285).
Forces de Ferrari
Vendre moins pour gagner plus. Au premier semestre 2026, Ferrari a livré 285 voitures de moins qu’un an plus tôt, et son chiffre d’affaires a pourtant progressé de 6 %. La marge d’excédent brut d’exploitation atteint 39 %. Chez un constructeur généraliste, une telle combinaison relèverait de la fiction.
Un carnet de commandes qui couvre 2027. En juillet 2026, la direction indiquait que les commandes couvrent entièrement l’année 2027. Le client attend son tour ; c’est lui qui porte le risque de l’attente, pas l’usine.
La personnalisation, une rente discrète. Couleurs, cuirs, finitions sur mesure : ces options rapportent davantage que prévu. C’est la première raison avancée par Ferrari pour relever, en juillet 2026, son objectif annuel à environ 7,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et au moins 2,97 milliards d’excédent brut d’exploitation.
Une machine à cash. Le groupe a lancé un programme pluriannuel de rachat d’actions d’environ 3,5 milliards d’euros jusqu’en 2030, et a annulé plus de 16,6 millions d’actions ordinaires en juillet 2026.
Faiblesses de Ferrari
Une électrique qui divise. La Luce, première Ferrari entièrement électrique, dont le nom a été dévoilé le 9 février 2026, a été présentée à Rome le 25 mai 2026 au prix de 550 000 euros. Son dessin et l’abandon du moteur thermique ont été moqués sur les réseaux sociaux, et le titre a perdu plus de 8 % le lendemain. Le patron, Benedetto Vigna, assure qu’elle « n’a pas été copiée ».
Des volumes en recul en Amérique et en Chine. Au premier semestre 2026, les livraisons ont baissé de 198 voitures dans la zone Amériques et de 71 en Chine continentale, à Hong Kong et à Taïwan. La hausse des prix compense, mais elle ne se prolonge pas indéfiniment.
Une dépendance au résultat sportif. Une partie des revenus commerciaux de la Formule 1 dépend du classement de l’année précédente. Au deuxième trimestre 2026, cet effet a pesé sur les revenus de sponsoring et de marque, qui n’ont progressé que de 2 %.
Opportunités pour Ferrari
Quatre nouveaux modèles par an. Ferrari prévoit en moyenne quatre lancements par an de 2026 à 2030, après six nouveautés en 2025, dont l’Amalfi et la 849 Testarossa. Chaque modèle neuf relance les commandes et le mix vers le haut.
Une gamme qui couvre tous les moteurs. Pour 2030, la marque vise 40 % de thermiques, 40 % d’hybrides et 20 % d’électriques. Si la Luce trouve sa clientèle, notamment chez des acheteurs nouveaux pour la marque, Ferrari élargit son public sans renier le V12.
Une Formule 1 qui redevient compétitive. Après le Grand Prix d’Italie de septembre 2026, la Scuderia est deuxième du championnat des constructeurs, derrière Mercedes. Lewis Hamilton et Charles Leclerc sont troisième et quatrième chez les pilotes. Un meilleur classement améliore les revenus commerciaux de l’année suivante.
Le moteur loué aux autres. Ferrari fournit des moteurs à d’autres écuries de Formule 1, ce qui a soutenu les revenus liés à la course au premier semestre 2026.
Menaces pour Ferrari
Les droits de douane américains. En 2025, face à des droits de 25 % sur les voitures européennes, Ferrari a relevé ses prix jusqu’à 10 % sur certains modèles. L’accord entre l’Union européenne et les États-Unis a ramené le taux à 15 % ; la marque a choisi de faire apparaître ce surcoût sur une ligne distincte de la facture. Le client paie, pour l’instant.
La banalisation de la marque. La valeur de Ferrari repose sur la rareté. Quatre lancements par an, une électrique contestée et des prix toujours plus hauts : l’équilibre entre croissance et exclusivité est étroit, et une marque abîmée se répare lentement.
Des attentes de croissance revues en baisse. Lors de sa journée investisseurs d’octobre 2025, Ferrari a visé environ 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Citi a jugé ces objectifs inférieurs même à son scénario de croissance prudent. Un titre valorisé comme une valeur de croissance supporte mal ce genre de déception.
La géopolitique. L’objectif de 2026 repose, selon le groupe, sur la visibilité actuelle concernant la crise au Moyen-Orient. Un conflit qui s’étend toucherait une clientèle et des routes commerciales dont la marque a besoin.
Principaux concurrents de Ferrari
- Voitures de sport : Lamborghini (Volkswagen), Porsche, McLaren, Aston Martin.
- Grand tourisme et ultra-luxe : Bentley (Volkswagen), Rolls-Royce (BMW).
- Formule 1 : Mercedes, McLaren, Red Bull.
Le regard du trader
Je ne trade pas Ferrari : je ne trade qu’un seul marché, le future sur le Nasdaq. Mais je regarde le titre, parce qu’il se comporte moins comme celui d’un constructeur automobile que comme celui d’une maison de luxe, à la manière d’Hermès, et qu’il réagit violemment quand ce statut est mis en doute.
Trois choses le font bouger. D’abord les objectifs à long terme : le 9 octobre 2025, jour de la journée investisseurs, l’action a perdu 15,4 % à Milan, sa plus forte baisse depuis son entrée sur cette place en 2016, le marché jugeant les ambitions pour 2030 trop modestes. Ensuite les publications trimestrielles : le 31 juillet 2025, malgré des objectifs maintenus et un accord douanier ramenant les droits à 15 %, le titre a reculé de près de 10 %. Enfin la réception des nouveaux modèles, comme l’a montré la chute de plus de 8 % au lendemain de la présentation de la Luce.
Ferrari se paie cher, précisément parce que tout va bien. C’est sur ce type de valeur qu’un objectif un peu terne ou un modèle mal accueilli coûte le plus en Bourse.
Cette analyse est informative et ne constitue pas un conseil en investissement.
Sources
- Ferrari, résultats annuels 2025 (10 février 2026)
- Ferrari, résultats du deuxième trimestre et du premier semestre 2026 (30 juillet 2026)
- Dukascopy, résultats 2025 de Ferrari et présentation de la Luce (février 2026)
- TIKR, chute du titre après la journée investisseurs (10 octobre 2025)
- Yahoo Finance, objectifs 2030 et Ferrari Elettrica (octobre 2025)
- Euronews, Ferrari et les droits de douane américains (6 mai 2025)
- AOL Finance, Ferrari après l’accord douanier entre l’Union européenne et les États-Unis (31 juillet 2025)
- TimesLive (Reuters), le prix de la Luce défendu par Benedetto Vigna (28 mai 2026)
- MarketScreener (Il Sole 24 Ore), nouveau pacte entre Exor et la famille Ferrari (16 janvier 2026)
- RacingNews365, classements de Formule 1 après le Grand Prix d’Italie (6 septembre 2026)
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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