Bank Run : Phénomène de retrait massif de dépôts

Qu’est-ce que le bank run ?

Le phénomène de bank run est redouté par les établissements bancaires. En effet, le bank run est l’affluence massive de clients dans les banques qui viennent pour y retirer leurs économies.
Cette affluence intervient suite à l’annonce d’une faillite d’une banque par exemple.
En mars 2013, le gouvernement chypriote a annoncé une taxe de 6,75 % à 9,9 % sur les dépôts de banques. Les chypriotes se sont alors précipités aux distributeurs afin de retirer leurs économies. C’est un bon exemple de Bank Run.
Le bank run en résumé
Un bank run, ou panique bancaire, survient lorsque de nombreux déposants retirent leur argent d’une banque en même temps, parce qu’ils craignent de ne plus pouvoir le récupérer. Même une banque solvable peut alors faire défaut : elle a prêté la plus grande partie des dépôts à long terme et ne garde qu’une petite part en liquidités disponibles. La crainte de la faillite peut ainsi provoquer la faillite.
Pourquoi une banque saine peut-elle tomber ?
Le métier de banquier consiste à transformer des dépôts, exigibles à tout moment, en crédits remboursés sur plusieurs années. Cette transformation fonctionne tant que les clients ne retirent pas tous leur argent le même jour. Douglas Diamond et Philip Dybvig ont formalisé ce mécanisme dans un article publié en 1983, qui leur a valu le prix Nobel d’économie en 2022, partagé avec Ben Bernanke. Leur modèle montre que la panique peut être autoréalisatrice : si chacun pense que les autres vont retirer leurs fonds, il a intérêt à retirer les siens le premier, même si la banque était solide au départ.
Comment un bank run se déroule-t-il en chiffres ?
Imaginons une banque qui a reçu 100 millions d’euros de dépôts. Elle en garde 10 millions en liquidités et a prêté les 90 millions restants sur cinq à vingt ans. Un jour ordinaire, ses clients retirent 2 ou 3 millions : aucun problème. Si une rumeur pousse 30 % des déposants à retirer leur argent, la banque doit trouver 30 millions. Ses 10 millions de liquidités ne suffisent pas ; il lui manque 20 millions. Pour les obtenir, elle doit vendre des crédits ou des titres en urgence, avec une décote. Si elle doit céder 25 millions d’actifs avec une décote de 20 % pour en tirer 20 millions, elle perd 5 millions : la rumeur a créé la perte qu’elle annonçait.
Quels sont les bank runs célèbres ?
Aux États-Unis, les paniques bancaires du début des années 1930 ont précédé la création, en 1933, d’une assurance fédérale des dépôts gérée par la FDIC. En septembre 2007, au Royaume-Uni, les clients de Northern Rock ont fait la queue devant les agences après l’annonce d’un soutien de la Banque d’Angleterre : c’était la première panique de ce type dans le pays depuis 150 ans, et la banque a été nationalisée en février 2008.
Le cas de Chypre, cité plus haut, est allé plus loin. Le Parlement chypriote a rejeté la taxe sur les dépôts le 19 mars 2013, et les banques de l’île sont restées fermées plus d’une semaine. Le plan finalement adopté a épargné les dépôts garantis, jusqu’à 100 000 €, mais a fermé la banque Laiki et imposé la saisie de 47,5 % des dépôts au-delà de 100 000 € à la Bank of Cyprus.
En mars 2023, enfin, les clients de la Silicon Valley Bank, en Californie, ont retiré 42 milliards de dollars en une seule journée, le 9 mars ; la banque a été fermée par les autorités le lendemain. Plus de 85 % de ses dépôts dépassaient le plafond de la garantie fédérale.
Quelles protections existent contre les bank runs ?
Plusieurs mécanismes limitent le risque. La garantie des dépôts rassure les déposants : en France, en 2026, le Fonds de garantie des dépôts et de résolution couvre jusqu’à 100 000 € par client et par établissement, avec une indemnisation en sept jours ouvrables au plus. La banque centrale peut prêter des liquidités à une banque solvable mais à court de trésorerie, en prêteur en dernier ressort. Les ratios de liquidité de Bâle III obligent enfin les banques à détenir assez d’actifs liquides pour faire face à 30 jours de sorties de fonds en période de tensions.
Que signifie un bank run pour un investisseur ?
Pour un épargnant, la règle pratique consiste à ne pas dépasser le plafond garanti dans un même établissement. Pour un trader, une panique bancaire se lit sur les marchés : chute des actions de la banque visée, envolée des CDS sur sa dette, recherche de valeurs refuges. Elle peut dégénérer en credit crunch si les banques, par prudence, cessent de se prêter entre elles et de prêter à l’économie.
Questions fréquentes
Comment dit-on bank run en français ?
On parle de panique bancaire, de ruée bancaire ou de course aux guichets : un retrait massif et simultané des dépôts d’une banque.
Une banque peut-elle bloquer l’argent de ses clients ?
En temps normal, non. En cas de crise, les autorités peuvent fermer temporairement les banques ou limiter les retraits, comme à Chypre en 2013.
Mon argent est-il garanti si ma banque fait faillite ?
En France, les dépôts sont garantis jusqu’à 100 000 € par client et par banque, et les titres jusqu’à 70 000 €, par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution. Au-delà, le client devient créancier de la banque défaillante.
Quelle différence entre un bank run et une crise de liquidité ?
Le bank run est un retrait massif des dépôts d’une banque. Une crise de liquidité est plus large : c’est l’assèchement des financements disponibles, qui peut toucher tout le système bancaire.
Pour aller plus loin
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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