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Qu’est-ce que les biens nationaux ?

Les biens nationaux correspondent aux biens du clergé sous la Révolution Française. Ils ont été confisqués par l’État, d’après une idée de Talleyrand, pour financer la dette publique suite à la crise financière qui frappe la France depuis la fin de l’Ancien Régime.

Ces biens étaient principalement des terres agricoles, des bâtiments, des bois, des terrains, des églises…

Le gouvernement a par la suite étendu la notion de bien national à tous les biens des personnes émigrées et des suspects. Ces biens sont ensuite vendus et servent de gage aux assignats mis en place suite à ces confiscations de biens.

A vrai dire, ces biens ont été confisqués plutôt que nationalisés, car les propriétaires d’origine n’ont pas été remboursés.

Les biens nationaux en résumé

Les biens nationaux sont les biens confisqués par l’État pendant la Révolution française, d’abord ceux de l’Église (à partir de novembre 1789), puis ceux des émigrés et des suspects, et revendus aux enchères à des particuliers. Leur vente devait renflouer un Trésor au bord de la faillite et garantir le papier-monnaie de l’époque, les assignats.

Ce fut l’un des plus grands transferts de propriété de l’histoire de France, et l’une des raisons pour lesquelles une partie de la population a eu intérêt à ce que la Révolution ne soit pas défaite.

Quelles sont les grandes étapes de la vente des biens nationaux ?

Le 10 octobre 1789, Talleyrand, évêque d’Autun et député du clergé, propose de mettre les biens de l’Église au service de l’État : selon lui, le clergé n’en est pas vraiment propriétaire, puisque ces biens servent à des fonctions, le culte, l’enseignement et l’assistance aux pauvres. Le 2 novembre 1789, l’Assemblée constituante décrète que les biens du clergé sont « mis à la disposition de la Nation », l’État s’engageant en contrepartie à pourvoir aux frais du culte et à l’entretien des ministres. Ce sont les biens dits « de première origine ».

À partir de 1792, la Révolution confisque aussi les biens des émigrés, puis des condamnés et des suspects : ce sont les biens « de seconde origine ». Pour ceux-ci, le morcellement en petits lots est imposé, afin de permettre à des paysans d’acheter.

Comment se faisait la vente des biens nationaux ?

Les biens étaient vendus aux enchères au chef-lieu de district. L’acheteur pouvait payer en plusieurs fois, sur douze ans, et le plus souvent en assignats. Les historiens estiment aujourd’hui qu’environ 6 à 6,5 % du sol national a ainsi changé de mains, moins qu’on ne l’a longtemps affirmé. L’essentiel a été acquis par la bourgeoisie (négociants, banquiers, hommes de loi, industriels) et par de gros fermiers ; des artisans et des paysans aisés en ont aussi profité, mais la répartition de la propriété foncière n’a pas été bouleversée.

Quel exemple chiffré permet de comprendre les biens nationaux ?

Imaginons un négociant qui achète en 1791 une ferme de l’ancienne abbaye voisine pour 60 000 livres, payables en douze annuités de 5 000 livres. Entre 1790 et 1793, l’assignat perd environ 60 % de sa valeur. Si notre acheteur règle ses dernières annuités en assignats qui ne valent plus que 40 % de leur valeur nominale, chaque versement de 5 000 livres ne lui coûte réellement que 2 000 livres de pouvoir d’achat de 1790. Plus l’inflation progresse, plus la ferme lui revient bon marché. C’est l’un des mécanismes qui ont enrichi une partie des acquéreurs, au détriment de l’État et des détenteurs de papier-monnaie.

Que sont devenus les biens nationaux au XIXe siècle ?

La question de ces ventes a pesé sur toute la politique française. Le Concordat signé le 15 juillet 1801 entre Bonaparte et le pape Pie VII prévoit, à son article 13, que le pape et ses successeurs ne troubleront en aucune manière les acquéreurs des biens ecclésiastiques aliénés : l’Église renonce à les reprendre, et l’État rémunère désormais le clergé. Sous la Restauration, la loi de 1825 dite du « milliard des émigrés » indemnise les anciens propriétaires, sans restituer les biens ; elle ne verse finalement qu’environ 600 millions de francs.

Quels débats entourent les biens nationaux ?

Pour ses partisans, la vente des biens nationaux a mis fin aux biens de mainmorte, des terres qui ne circulaient plus parce qu’elles appartenaient à des institutions perpétuelles, et les a remis dans le circuit économique, entre les mains de propriétaires incités à les exploiter. Elle a aussi lié durablement les acquéreurs au nouveau régime. Pour ses critiques, il s’agit d’une spoliation sans indemnité, qui a privé l’Église des revenus finançant les écoles, les hôpitaux et l’assistance aux pauvres, et qui a surtout profité à ceux qui avaient déjà les moyens d’acheter. Sur le plan financier, l’opération n’a pas évité la crise : le papier-monnaie gagé sur ces biens a été émis bien au-delà de leur valeur.

Qu’est-ce que les biens nationaux changent pour un investisseur ?

Les biens nationaux rappellent l’importance de la sécurité des droits de propriété. Quand un État confisque, puis garantit les acquéreurs, la valeur d’un actif dépend autant du droit que de l’économie : il a fallu le Concordat et les régimes suivants pour que les acheteurs soient vraiment rassurés. Aujourd’hui encore, le risque d’expropriation ou de nationalisation sans indemnité figure parmi les risques politiques qui expliquent la décote de certains marchés émergents.

Questions fréquentes

Qui a eu l’idée de vendre les biens du clergé ?

Talleyrand, évêque d’Autun, le proposa le 10 octobre 1789 ; l’Assemblée vota la mise à disposition de la Nation le 2 novembre 1789.

Qui a acheté les biens nationaux ?

Surtout la bourgeoisie et les gros fermiers, mais aussi des artisans et des paysans aisés, en particulier pour les biens des émigrés vendus en petits lots.

Quelle différence entre biens de première et de seconde origine ?

Les biens de première origine sont ceux de l’Église ; ceux de seconde origine ont été confisqués aux émigrés, aux condamnés et aux suspects.

Les biens nationaux ont-ils été rendus ?

Non. Les ventes ont été confirmées, notamment par le Concordat de 1801. Les émigrés ont été partiellement indemnisés en 1825, sans restitution.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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