Assignats : histoire d’une monnaie sous la Révolution

Qu’est-ce que les assignats ?
Les assignats sont une monnaie fiduciaire mise en place sous la Révolution Française. Les finances royales étaient au plus bas et la banqueroute était inévitable. Pour réduire le risque, les biens du clergé ont été confisqués d’après l’idée de Talleyrand. Néanmoins, la vente de ces biens a été jugée trop longue et devant l’urgence, il a été décidé de créer des billets dont la valeur correspond aux biens confisqués.
Les particuliers peuvent acheter ces assignats dans le cadre d’une vente de biens. Ces derniers restituent (contre un remboursement) les assignats à l’État qui les détruit.
Pourquoi les assignats ont-ils chuté ?
Les assignats sont produits sous des valeurs beaucoup trop importantes. La toute 1ère émission comportait des assignats de 1 000 livres pour une valeur totale de 400 millions de livres.
De nombreux députés sont farouchement opposés à ces assignats. En effet, le risque de contrefaçon des billets est très présent. De plus, il existe un grand risque que soient produits trop d’assignats par rapport à la valeur réelle des biens nationaux disponibles.
A partir de 1790, les assignats deviennent du papier-monnaie à cours forcé. L’État continue d’utiliser les assignats et ne les détruit pas, pour ne rien arranger, il produit même un trop grand nombre d’assignats. Ce dernier perd près de 60 % de sa valeur mais cela ne dissuade pas les notables de l’époque qui s’enrichissent par l’achat de biens nationaux (terrains, bâtiments…) sous-évalués.
L’État vote des lois dont la peine de mort pour le refus d’accepter des transactions payées par des assignats. Cependant, face à la crise économique et la guerre qui frappent la France, l’État réalise les dégâts provoqués (inflation, falsification de billets), par la trop grande émission d’assignats.
Leurs planches d’impression furent finalement détruites en 1796 en public sur la place Vendôme. Les assignats ont certes permis une accession à la propriété de biens et contribué au financement de la guerre, mais ils ont surtout provoqué et aggravé la crise financière.
Les assignats en résumé
Les assignats sont le papier-monnaie émis par la France révolutionnaire de 1789 à 1796. Créés d’abord comme des bons du Trésor portant intérêt, gagés sur les biens confisqués à l’Église, ils deviennent dès 1790 une monnaie à cours forcé. Émis en quantités croissantes pour financer l’État puis la guerre, ils perdent l’essentiel de leur valeur et provoquent l’une des premières grandes inflations de papier-monnaie de l’histoire.
Quelles sont les grandes dates des assignats ?
Le 2 novembre 1789, l’Assemblée constituante met les biens du clergé « à la disposition de la Nation ». Le 19 décembre 1789, elle crée une Caisse de l’extraordinaire chargée de les vendre et émet 400 millions de livres d’assignats, qui rapportent alors 5 % d’intérêt : ce sont des titres de créance, remboursables en terres. Le 17 avril 1790, l’assignat devient papier-monnaie, avec un intérêt ramené à 3 %, et il doit être accepté en paiement. Le 29 septembre 1790, la Constituante décide une nouvelle émission massive, cette fois sans intérêt : l’engrenage inflationniste commence.
Les montants en circulation explosent : environ 2,7 milliards de livres en septembre 1792, 5 milliards en août 1793, plus de 10 milliards en août 1795 et près de 45 milliards en janvier 1796. Les planches sont brûlées place Vendôme le 19 février 1796. Les assignats sont remplacés par les mandats territoriaux, échangés à raison de 30 assignats pour un mandat, alors que le cours réel était d’environ 300 pour un. Ces mandats s’effondrent à leur tour et sont retirés début 1797.
Pourquoi l’assignat a-t-il perdu sa valeur ?
Le mécanisme était cohérent sur le papier : l’État vend les biens nationaux, les acheteurs paient en assignats, et les assignats rentrés sont détruits. La monnaie reste ainsi limitée à la valeur des terres à vendre. Trois choses ont rompu ce lien. D’abord, l’État en a émis bien plus que la valeur des biens disponibles, pour couvrir ses dépenses courantes. Ensuite, la guerre déclarée en 1792 a fait exploser les besoins de financement. Enfin, la confiance a disparu : chacun préférait garder ses pièces d’or et d’argent et se débarrasser du papier, selon la loi de Gresham (« la mauvaise monnaie chasse la bonne »). Les contrefaçons, fabriquées en France et à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne avec la complicité du gouvernement britannique selon plusieurs historiens, ont aggravé la défiance.
Face à la hausse des prix, la Convention répond par la contrainte : refus de l’assignat puni de mort sous la Terreur, lois du maximum sur les prix et les salaires. Ces mesures freinent un moment la dépréciation, qui reprend dès qu’elles sont relâchées.
Quel exemple chiffré permet de comprendre les assignats ?
Imaginons un fermier qui a vendu sa récolte 1 000 livres en assignats et qui garde ces billets. Si les prix doublent, ses 1 000 livres n’achètent plus que la moitié de ce qu’elles achetaient. Au moment du remplacement par les mandats territoriaux, le taux officiel lui donne 1 000 ÷ 30, soit environ 33 livres en mandats ; au cours réel du marché, ses billets ne valaient plus qu’environ 1 000 ÷ 300, soit un peu plus de 3 livres. À l’inverse, celui qui avait acheté un bien national à crédit, payable sur douze ans, a remboursé sa dette dans une monnaie dépréciée : l’inflation a transféré la richesse des créanciers et des épargnants vers les débiteurs.
Quelles leçons tirer des assignats ?
Pour leurs défenseurs, les assignats ont permis à une Révolution sans crédit de survivre, de vendre les biens nationaux et de financer la défense du pays en guerre contre une partie de l’Europe : sans eux, l’État aurait fait faillite dès 1790. Pour leurs critiques, ils illustrent la tentation de la planche à billets : une monnaie gagée sur un actif réel peut perdre toute valeur si l’émetteur n’est soumis à aucune limite. Les économistes y voient l’un des exemples historiques de l’hyperinflation, aux côtés de l’Allemagne de 1923 ou du Zimbabwe des années 2000. L’épisode a laissé en France une méfiance durable envers le papier-monnaie, déjà nourrie par la faillite du système de Law au début du XVIIIe siècle.
Quelles leçons un investisseur peut-il tirer des assignats ?
Les assignats rappellent que la valeur d’une monnaie repose sur la discipline de celui qui l’émet. Lorsque la masse monétaire croît beaucoup plus vite que la production, les détenteurs de liquidités et d’obligations à taux fixe perdent, tandis que les actifs réels (terres, immeubles, métaux précieux) et les débiteurs en profitent. C’est le même raisonnement qui conduit aujourd’hui les marchés à surveiller l’indépendance des banques centrales et le financement des déficits publics.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un assignat ?
Un billet émis pendant la Révolution française, à partir de décembre 1789, gagé sur la valeur des biens confisqués au clergé puis aux émigrés.
Pourquoi les assignats ont-ils échoué ?
Parce que l’État en a émis beaucoup plus que la valeur des biens qui les garantissaient, pour financer ses dépenses et la guerre, ce qui a provoqué une forte inflation et une perte de confiance.
Quand les assignats ont-ils été supprimés ?
Leurs planches sont détruites le 19 février 1796 ; ils sont remplacés par les mandats territoriaux, puis perdent définitivement cours légal en 1797.
Que vaut un assignat aujourd’hui ?
Il n’a plus aucune valeur monétaire. Il est seulement recherché par les collectionneurs, à un prix qui dépend de sa rareté et de son état.
Pour aller plus loin
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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