Croissance exogène : théorie de Robert Solow expliquée

Qu’est-ce que la croissance exogène ?
La croissance exogène est une théorie économique développée par Robert Solow, selon laquelle la croissance de long terme dépend du progrès technique et de la croissance démographique, deux facteurs déterminés en dehors du modèle. Selon Solow, le progrès technique viendrait de l’extérieur, en quelque sorte « tombé du ciel », et ne serait pas expliqué par les décisions des entreprises elles-mêmes. Dans ce modèle, les politiques économiques peuvent changer le niveau de vie atteint, mais pas le rythme de croissance de long terme, sauf si elles agissent sur le progrès technique.
Quel est un exemple concret de croissance exogène ?
Selon Solow, la population connaît un taux de croissance exogène, c’est-à-dire qui n’est pas de nature économique. Il en est de même pour les inventions scientifiques, médicales, techniques…
Qu’a apporté la théorie de la croissance exogène ?
Critiqué pour la simplicité du modèle qu’il défendait, Robert Solow a toutefois ouvert la voie en proposant une réflexion sur la croissance qui résulte du progrès technique. Même si le progrès technique y reste inexpliqué, ce modèle sert de base à la théorie endogène et à la réflexion sur la croissance de la population.
La croissance exogène en résumé
La théorie de la croissance exogène, formulée en 1956 par Robert Solow et, indépendamment, par Trevor Swan, explique la croissance de long terme par deux facteurs que le modèle ne cherche pas à expliquer : la progression de la population et le progrès technique. L’accumulation de capital fait croître l’économie un temps, mais ses rendements s’épuisent ; à long terme, seul le progrès technique, venu « de l’extérieur », fait progresser le revenu par habitant.
C’est le modèle de référence de la croissance, dit aussi modèle néoclassique ou modèle de Solow-Swan. Robert Solow a reçu pour ces travaux le prix Nobel d’économie en 1987 ; il est mort le 21 décembre 2023, à 99 ans.
Dans quel contexte est née la théorie de la croissance exogène ?
Avant Solow, le modèle de Harrod (1939) et Domar (1946) faisait dépendre la croissance du seul capital, avec une proportion fixe entre capital et travail. Il en sortait une croissance en « équilibre sur le fil du rasoir » : le moindre écart entre épargne et besoins d’investissement menait au chômage ou à la surchauffe. Solow, dans « A Contribution to the Theory of Economic Growth » (Quarterly Journal of Economics, 1956), et Swan, dans « Economic Growth and Capital Accumulation » (Economic Record, 1956), lèvent cette rigidité : les entreprises peuvent combiner capital et travail dans des proportions variables.
Comment fonctionne le modèle de croissance exogène ?
Le modèle tient en trois idées.
- Des rendements décroissants. Donner une deuxième machine à un ouvrier qui en a une augmente sa production, mais moins que la première. Plus un pays est équipé, moins un investissement supplémentaire rapporte.
- Un point d’équilibre. Chaque année, l’épargne finance de nouvelles machines, tandis que l’usure et l’arrivée de nouveaux travailleurs diluent le capital par tête. Quand les deux s’équilibrent, le capital par travailleur cesse de croître : c’est l’état stationnaire (en anglais, steady state).
- Le progrès technique comme seul moteur durable. Une fois cet état atteint, la production totale croît au rythme de la population, et la production par habitant au rythme du progrès technique, que le modèle prend comme une donnée.
Conséquence importante : un pays qui épargne davantage atteint un niveau de vie plus élevé, mais il ne croît pas plus vite à long terme. La politique économique peut changer le niveau, pas le rythme, sauf si elle agit sur le progrès technique lui-même.
Qu’est-ce que le « résidu de Solow », en chiffres ?
En 1957, dans « Technical Change and the Aggregate Production Function » (Review of Economics and Statistics), Solow mesure la part de la croissance américaine que n’expliquent ni le capital ni le travail. Ce reste, appelé « résidu de Solow » ou productivité globale des facteurs, en représentait la plus grande part : la croissance par travailleur venait surtout du progrès technique, et non de l’accumulation de machines.
Le calcul est simple. Imaginons une économie dont la production augmente de 3 % par an, le capital de 4 % et le travail de 1 %, avec une part du capital dans le revenu de 30 % et une part du travail de 70 %. Le capital explique 0,3 × 4 = 1,2 point de croissance, le travail 0,7 × 1 = 0,7 point. Le reste, 3 − 1,2 − 0,7 = 1,1 point, est attribué au progrès technique. Les instituts statistiques font encore aujourd’hui ce type de comptabilité de la croissance.

Quelles critiques visent la croissance exogène et que montrent les faits ?
La critique principale est dans le nom : le moteur de la croissance de long terme est posé, pas expliqué. C’est pour combler ce vide que Paul Romer et Robert Lucas ont construit, à partir de 1986, la théorie de la croissance endogène, où l’innovation naît des décisions des entreprises et de l’État.
Le modèle prédit aussi une convergence : les pays pauvres, peu équipés, devraient croître plus vite et rattraper les riches. Les faits sont mitigés. La convergence s’observe entre pays qui ont des taux d’épargne, d’éducation et des institutions comparables (on parle de convergence conditionnelle), beaucoup moins entre tous les pays du monde. Gregory Mankiw, David Romer et David Weil (Quarterly Journal of Economics, 1992) ont montré qu’en ajoutant le capital humain au modèle, celui-ci expliquait une grande part des écarts de revenu entre pays. Le modèle de Solow reste ainsi le point de départ de toute l’analyse de la croissance, y compris chez ceux qui le dépassent.
Qu’est-ce que la croissance exogène change pour un investisseur ?
Le modèle fournit une grille simple pour estimer la croissance potentielle d’un pays : croissance de la population active plus gains de productivité. Une population active qui stagne ou recule, comme dans plusieurs pays vieillissants, abaisse mécaniquement ce potentiel, et avec lui le niveau des taux d’intérêt réels que l’économie peut supporter. À l’inverse, une accélération durable de la productivité, attendue de chaque vague technologique, relève la croissance potentielle et peut justifier des valorisations boursières plus élevées. C’est souvent ce débat qui se cache derrière les prévisions de long terme des banques centrales.
Questions fréquentes sur la croissance exogène
Pourquoi parle-t-on de croissance « exogène » ?
Parce que le progrès technique, seul moteur durable de la hausse du revenu par habitant, est déterminé en dehors du modèle : il n’est pas expliqué par les décisions des entreprises ou de l’État.
Que dit le modèle de Solow en une phrase ?
L’accumulation de capital fait croître l’économie jusqu’à un état stationnaire ; au-delà, seul le progrès technique fait progresser le niveau de vie.
Qui est Trevor Swan ?
Un économiste australien qui a publié la même année que Solow, en 1956, un modèle très proche. C’est pourquoi on parle de modèle de Solow-Swan.
Le modèle de Solow est-il encore utilisé ?
Oui. Il sert de base à la comptabilité de la croissance, aux estimations de croissance potentielle et à l’enseignement de la macroéconomie, souvent enrichi du capital humain.
Que représente le résidu de Solow dans l’exemple ?
1,1 point sur 3 points de croissance : ce que n’expliquent ni la hausse du capital (1,2 point) ni celle du travail (0,7 point) est attribué au progrès technique, soit un peu plus d’un tiers de la croissance.
Quand Robert Solow a-t-il reçu le prix Nobel ?
En 1987, pour ses contributions à la théorie de la croissance économique. Il est mort le 21 décembre 2023, à 99 ans.
Sources de référence utilisées
4
- Robert Solow, « A Contribution to the Theory of Economic Growth », The Quarterly Journal of Economics, 1956 : doi.org.
- Trevor Swan, « Economic Growth and Capital Accumulation », Economic Record, 1956 : doi.org.
- Robert Solow, « Technical Change and the Aggregate Production Function », The Review of Economics and Statistics, 1957 : doi.org.
- Fondation Nobel, prix d’économie 1987 attribué à Robert Solow : nobelprize.org.
Pour aller plus loin
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Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il dispense un enseignement d'élite dans son école de trading à travers une masterclass de trading. Dans la rubrique Grands économistes et débats, il présente les grandes écoles de pensée économique, ce qu'elles ont vu juste et leurs angles morts.
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