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Croissance endogène : théorie et moteurs de l’innovation

Lexique économique · Théorie : La croissance endogène
· Mis à jour le · 9 min de lecture

Qu’est-ce que la croissance endogène ?

La croissance endogène est une théorie, développée notamment par l’économiste Paul Romer, qui explique la croissance de long terme par des facteurs internes à l’économie (endogènes) : l’innovation, la recherche et le capital humain. Elle explique le progrès économique par la technologie et approfondit l’analyse de ce progrès par les politiques que le gouvernement peut mener en matière de recherche et développement ainsi que les aides et subventions apportées par l’État pour le développement technologique et humain. Elle complète la théorie de la croissance exogène, développée par Robert Solow.

Quel est un exemple concret de croissance endogène ?

Un gouvernement qui investit dans la formation, la recherche technologique, l’innovation, s’inspire de cette théorie de croissance endogène. C’est ce que l’on peut constater dans les entreprises du secteur pharmaceutique ou high-tech qui investissent des sommes importantes dans la recherche afin d’être constamment compétitives.

Comment fonctionne la croissance endogène ?

La croissance endogène repose sur les effets d’entraînement entre acteurs : les connaissances produites par une entreprise, ou financées par l’État, profitent aussi aux autres et rendent chaque nouvel investissement aussi productif que le précédent. Il s’agit d’un cercle vertueux où la croissance se nourrit d’elle-même.

La croissance endogène en résumé

La théorie de la croissance endogène explique la croissance de long terme par des forces internes à l’économie : l’accumulation de connaissances, l’innovation, le capital humain et les infrastructures, qui résultent de décisions d’entreprises, de ménages et d’États. Contrairement au modèle de Solow, où le progrès technique arrive de l’extérieur, la croissance y dépend donc de ce que l’on fait, et la politique économique peut en modifier durablement le rythme.

Elle s’est développée à partir du milieu des années 1980, avec Paul Romer et Robert Lucas, puis Philippe Aghion et Peter Howitt. Romer a reçu le prix Nobel d’économie en 2018 ; Aghion et Howitt en 2025.

À quelle énigme de Solow la croissance endogène répond-elle ?

Dans le modèle de croissance exogène de Robert Solow (1956), le capital a des rendements décroissants : chaque machine supplémentaire rapporte un peu moins que la précédente. Sans progrès technique, la croissance par habitant finit par s’arrêter. Le progrès technique explique donc l’essentiel de la croissance de long terme, mais le modèle ne dit pas d’où il vient.

Les théoriciens de la croissance endogène ont voulu ouvrir cette boîte noire.

  • Paul Romer, dans « Increasing Returns and Long-Run Growth » (Journal of Political Economy, 1986), puis « Endogenous Technological Change » (même revue, 1990), fait des idées le moteur de la croissance. Une idée est un bien non rival : une formule chimique ou un logiciel peuvent servir à tous en même temps sans s’user. Les entreprises inventent pour gagner une rente temporaire, et chaque invention enrichit le stock de connaissances dont profitent les inventeurs suivants.
  • Robert Lucas, dans « On the Mechanics of Economic Development » (Journal of Monetary Economics, 1988), met l’accent sur le capital humain : l’éducation et l’expérience rendent les travailleurs plus productifs, et leur savoir rend aussi plus productifs ceux qui les entourent.
  • Philippe Aghion et Peter Howitt, dans « A Model of Growth Through Creative Destruction » (Econometrica, 1992), formalisent la destruction créatrice de Schumpeter : chaque innovation remplace une technologie ancienne et l’entreprise qui la détenait.

D’autres pistes ont suivi : les dépenses publiques productives, les infrastructures, l’apprentissage par la pratique, déjà étudié par Kenneth Arrow en 1962.

Pourquoi les rendements ne s’épuisent-ils pas dans la croissance endogène ?

Tout repose sur un point : si le savoir accumulé rend chaque nouvel investissement aussi productif que le précédent, les rendements ne décroissent plus, et la croissance peut durer sans limite. La version la plus simple, dite « modèle AK », écrit la production Y comme proportionnelle au capital au sens large K (machines, savoirs, compétences) : Y = A × K, où A mesure la productivité. Le taux de croissance vaut alors s × A − d, où s est le taux d’épargne et d’investissement et d le taux d’usure du capital.

Imaginons une économie où A = 0,25, s = 20 % et d = 3 %. Sa croissance est de 0,20 × 0,25 − 0,03 = 2 % par an. Si elle porte durablement son investissement à 24 %, sa croissance passe à 0,24 × 0,25 − 0,03 = 3 % par an, et pour toujours. Dans le modèle de Solow, le même effort n’aurait relevé le niveau de production qu’une fois, sans changer le rythme de long terme. Toute la différence entre les deux théories tient là.

Qu’implique la théorie de la croissance endogène pour l’État ?

Puisque l’innovation profite à d’autres que l’inventeur, le marché laissé à lui-même en produit moins qu’il ne serait souhaitable. La théorie justifie donc des politiques précises : protection de la propriété intellectuelle (pour que l’inventeur soit payé), financement public de la recherche fondamentale, crédits d’impôt à la recherche, éducation, concurrence ouverte pour que les nouveaux entrants puissent remplacer les anciens. Elle ne dit pas que l’État doit tout faire : chez Romer comme chez Aghion, ce sont des entreprises privées qui innovent, l’État créant les conditions.

Dépenses de recherche et développement en pourcentage du PIB en 2023 : Israël 6,35 %, Corée du Sud 4,94 %, États-Unis 3,45 %, Japon 3,44 %, Allemagne 3,15 %, Royaume-Uni 2,68 %, monde 2,60 %, Chine 2,58 %, Union européenne 2,26 %, France 2,18 % et Italie 1,38 %.
La théorie de la croissance endogène fait de la recherche un moteur de la croissance de long terme : la France y consacre 2,18 % de son PIB, moins que la moyenne mondiale et loin de la Corée du Sud ou d’Israël. Source : Banque mondiale, d’après l’Unesco.

Quelles critiques et quels débats entourent la croissance endogène ?

Robert Solow lui-même (Journal of Economic Perspectives, 1994) a jugé que la nouvelle théorie reposait sur des hypothèses fragiles quant aux rendements du capital : il suffit que les rendements soient très légèrement décroissants pour que la croissance perpétuelle disparaisse. Charles Jones (Quarterly Journal of Economics, 1995) a montré que les taux de croissance américains n’ont pas connu de hausse durable, alors que les modèles fondés sur la recherche prédisaient qu’un effort accru d’innovation devait l’accélérer ; les modèles ont été corrigés en conséquence. Gregory Mankiw, David Romer et David Weil (1992) ont montré qu’un modèle de Solow enrichi du capital humain expliquait déjà une grande partie des écarts de revenu entre pays. Enfin, Paul Krugman a souligné que ces théories sont difficiles à tester empiriquement. Le débat porte moins aujourd’hui sur le rôle de l’innovation, admis par tous, que sur la capacité des politiques publiques à en changer durablement le rythme.

Qu’est-ce que la croissance endogène change pour un investisseur ?

La théorie aide à lire la croissance potentielle d’un pays, ce qui pèse sur les taux longs et sur les valorisations boursières. Une économie qui investit dans la recherche, la formation et la diffusion des technologies peut espérer un rythme de croissance plus élevé ; une économie où la concurrence s’éteint et où les innovations ne se diffusent plus risque de ralentir. C’est aussi une grille de lecture pour les secteurs : les entreprises qui vivent de rentes d’innovation, comme la pharmacie ou le logiciel, doivent sans cesse réinvestir pour ne pas être remplacées.

Questions fréquentes sur la croissance endogène

Quelle est la différence entre croissance endogène et exogène ?

Dans la croissance exogène (Solow), le progrès technique vient de l’extérieur du modèle et la politique économique ne change pas le rythme de long terme. Dans la croissance endogène, le progrès naît des décisions des agents, et la politique peut le modifier durablement.

Qui a inventé la théorie de la croissance endogène ?

Paul Romer (1986, 1990) et Robert Lucas (1988) en sont les fondateurs, prolongés par Philippe Aghion et Peter Howitt (1992), Gene Grossman et Elhanan Helpman (1991) et Sergio Rebelo (1991).

Quels sont les moteurs de la croissance endogène ?

L’innovation, la recherche et développement, le capital humain, l’apprentissage par la pratique et les infrastructures publiques.

Pourquoi Paul Romer a-t-il reçu le prix Nobel ?

En 2018, pour avoir intégré les innovations technologiques dans l’analyse macroéconomique de long terme. Il l’a partagé avec William Nordhaus, récompensé pour ses travaux sur le climat.

Que montre l’exemple du modèle AK ?

Qu’un effort d’investissement durable change le rythme de croissance, et pas seulement le niveau : avec A = 0,25 et une usure de 3 %, passer de 20 % à 24 % d’investissement fait passer la croissance de 2 % à 3 % par an, pour toujours. Dans le modèle de Solow, le même effort ne relèverait le niveau de production qu’une fois.

Pourquoi Philippe Aghion et Peter Howitt ont-ils reçu le prix Nobel ?

En 2025, pour leur théorie de la croissance durable par la destruction créatrice, un prix partagé avec l’historien de l’économie Joel Mokyr.

Sources de référence utilisées

4
  • Banque mondiale, dépenses de recherche et développement en % du PIB, d’après l’Unesco (série GB.XPD.RSDV.GD.ZS), mise à jour du 8 octobre 2026 : data.worldbank.org.
  • Paul Romer, « Endogenous Technological Change », Journal of Political Economy, 1990 : doi.org.
  • Philippe Aghion et Peter Howitt, « A Model of Growth Through Creative Destruction », Econometrica, 1992 : doi.org.
  • Fondation Nobel, prix d’économie 2025 : nobelprize.org.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation

Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il dispense un enseignement d'élite dans son école de trading à travers une masterclass de trading. Dans la rubrique Grands économistes et débats, il présente les grandes écoles de pensée économique, ce qu'elles ont vu juste et leurs angles morts.

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1 commentaire

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M
M. Gontrand31 mai 2016
Je vous remercie de votre définition très complète. Mes hommages.
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