Croissance verte : enjeux et réalités économiques

Article de novembre 2012 ; projections démographiques mises à jour en octobre 2026.
On a beaucoup parlé de la croissance verte ou d’économie verte lors du Grenelle de l’Environnement mais avec l’arrivée de la « crise » au premier rang des préoccupations, l’idée de la croissance verte semble perdre du poids au profit de mesures de relance à court terme. Mais qu’est-ce que cette croissance verte ?
Qu’est-ce que la croissance verte ?
Le récent rapport de l’OCDE, Vers une croissance verte : suivre les progrès. Les indicateurs de l’OCDE, propose une définition que je trouve intéressante et compacte :
« La croissance verte consiste à favoriser la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et les services environnementaux sur lesquels repose notre bien-être. Pour ce faire, elle doit catalyser l’investissement et l’innovation qui étaieront une croissance durable et créeront de nouvelles opportunités économiques. ». En résumé, la croissance verte est l’art de continuer le développement économique tout en préservant nos ressources naturelles indispensables à ce propre développement. On n’est pas du tout dans une logique de croissance zéro, comme on le lit trop souvent, mais bien dans l’idée de trouver un compromis entre le développement durable et une progression économique constante, même si la logique de la croissance continue et perpétuelle me parait impossible à long terme sans un contrôle au niveau mondial de la croissance démographique. Il faudrait tendre vers une croissance zéro au niveau démographique, mais c’est un sujet totalement tabou dans nos sociétés actuellement. Le développement du chômage endémique et la réduction des ressources / habitants seront les enjeux majeurs de la seconde partie du XXI ème siècle…
Pourquoi la croissance verte est-elle un enjeu majeur ?

Nous prenons donc de plus en plus conscience que nous vivons sur une Terre où les ressources sont limitées. L’inconscience des années 60 a fait place à une inquiétude diffuse avec l’augmentation des prix du pétrole, la perspective de l’épuisement des hydrocarbures dans les 30 ou 40 prochaines années qui ne sont que quelques exemples concrets et immédiats. Nos besoins en tant que terriens sont de plus en plus importants, deux facteurs principaux en sont la cause : la croissance démographique (la population mondiale était de 6,2 milliards d’habitants en 2000, elle sera de 9,2 milliards d’habitants en 2050 selon les dernières projections démographiques) et le niveau de vie globale de la population augmentant, la consommation des ressources va donc s’accélérer, des centaines de millions de Chinois ou d’Indiens arrivent dans la société de consommation et ils rêvent d’acheter une voiture, un ordinateur… ce qui ponctionne d’autant plus les ressources naturelles.
La gestion de l’eau, un exemple de la croissance verte
Les chiffres et les exemples que je donne viennent de l’Emag de Suez Environnement. Cette entreprise est l’exemplum que la croissance verte existe et est rentable puisque l’activité de Suez Environnement repose sur l’économie verte, la gestion des déchets, le recyclage des eaux usées… Cette entreprise cotée au CAC 40 à la bourse de Paris a réalisé en 2011 près de 15 milliards de chiffres d’affaires et compte plus de 80 000 employés dans le monde.
La France prélève 31600 millions de mètres cubes d’eau par an, 151 l d’eau sont consommés par jour par habitant en France (boisson et usage domestique (douche, WC…) contre 30 litres en Afrique), seulement 15 % des précipitations pénètrent dans le sol par infiltration la majorité est recueillie par le réseau des eaux usées (d’où l’importance de les réutiliser), les besoins journaliers en eau vont de 2000 à 5000 l d’eau par personne et par jour dans le monde (cela couvre tous les besoins et les achats, la production d’une voiture nécessite l’utilisation de 150.000 litres d’eau, 1 kilo de bœuf environ 15 000 litres, chiffre discuté…). Ces chiffres très impressionnants nous montrent tout l’enjeu de la gestion de l’eau d’autant plus que la population est en augmentation constante.

Des solutions technologiques pour réutiliser nos eaux usagées sont ainsi de plus en plus développées. A New Delhi, les eaux usées de près de 600.000 habitants sont retraitées pour être « réemployées » dans l’irrigation, à Paris, elles sont utilisées pour chauffer le Palais de l’Élysée ou le centre aquatique de Levallois en utilisant les eaux des égouts qui sont à une température comprise entre 13 et 20 degrés Celsius…
Quel avenir pour la croissance verte ?
La croissance verte est donc l’économie verte de l’avenir. Au-delà d’un effet de mode, elle va devenir un enjeu de plus en plus vital pour l’humanité entière. Le recyclage, la réutilisation des eaux usées ne sont que quelques exemples. Avec l’augmentation de la demande liée à la croissance démographique, le prix des matières premières ne peut qu’augmenter inexorablement. De ce fait, l’économie verte va devenir de plus en plus rentable, des solutions technologiques non rentables actuellement deviendront très profitables dans les prochaines décennies. L’économie verte nous montre que l’innocence est terminée pour l’humanité, le temps de la responsabilité est arrivé.
Questions fréquentes sur la croissance verte
Comment l’OCDE définit-elle la croissance verte ?
Comme le fait de favoriser la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et les services environnementaux dont dépend notre bien-être.
La croissance verte signifie-t-elle une croissance zéro ?
Non. L’article la présente comme un compromis entre le développement durable et une progression économique constante, et non comme une logique de croissance zéro.
Pourquoi la gestion de l’eau est-elle un bon exemple d’économie verte ?
Les besoins sont immenses et la population augmente : un Français consomme 151 litres d’eau par jour pour la boisson et l’usage domestique, contre 30 litres en Afrique. Réutiliser les eaux usées devient donc un marché, de l’irrigation à New Delhi au chauffage de bâtiments à Paris.
Pourquoi l’économie verte deviendrait-elle plus rentable ?
Avec la hausse de la demande liée à la croissance démographique, le prix des matières premières ne peut qu’augmenter, ce qui rendra rentables des solutions aujourd’hui trop coûteuses.
Sources de référence utilisées
4
- OCDE, Vers une croissance verte : suivre les progrès. Les indicateurs de l’OCDE, 2011 (définition citée dans l’article).
- Suez Environnement, magazine en ligne (Emag), 2012 : chiffres sur l’eau repris par l’article.
- Nations unies, World Population Prospects 2024, présentées par l’Ined : 2024 : les Nations unies publient de nouvelles projections de population mondiale.
- Mesfin M. Mekonnen et Arjen Y. Hoekstra, The green, blue and grey water footprint of farm animals and animal products, UNESCO-IHE et Water Footprint Network, 2010 ; présenté par l’université de Twente : « High meat diet puts pressure on Earth’s freshwater resources », 26 janvier 2011 (environ 15 000 litres pour un kilo de bœuf).
Pour aller plus loin
- Les limites de la croissance économique, le débat sur une croissance infinie dans un monde aux ressources finies.
- Gestion soutenable, la gestion des ressources qui ne compromet pas les besoins des générations futures.
- Technologie verte, les innovations qui rendent l’économie verte rentable.
- Thomas Robert Malthus, l’économiste qui, le premier, a opposé croissance démographique et ressources.
- Histoire de Veolia, l’autre grand groupe français de l’eau, rival historique de Suez.
- Commodities, le marché des matières premières dont l’article prévoit la hausse des prix.
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- Économie et écologie, les membres cherchent à concilier croissance et environnement.
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Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Préfacier de Gustave Le Bon, il analyse l'actualité avec le réflexe du trader et le recul de l'historien. Il condense son savoir-faire dans son école de trading avec une formation trading intensif. Dans la rubrique Climat, énergie et dette, il suit l'argent, les taux et les ressources qui commandent les grandes décisions publiques.
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