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Qu’est-ce que l’économie de guerre ?

L’économie de guerre correspond aux mesures prises par un gouvernement afin de gagner une guerre. En effet, en temps de guerre, les principes qui sont les fondements même de l’économie ne sont plus de mise. Il ne s’agit plus de faire des profits avant tout, mais de tout mettre en œuvre pour ressortir gagnant.

Cela passe par une modification des modes de fonctionnement par tous les acteurs de l’économie. Les hommes sont souvent mobilisés pour combattre, ce qui provoque une désorganisation des unités de production. Les femmes, les coloniaux sont aussi mobilisés pour produire les biens indispensables à la guerre (armes, munitions…). Les voies de communications et les moyens de transports (voies ferrées, trains, avions, bateaux…) sont consacrés au fret des soldats et des biens dont ils ont besoin pour la guerre.

La nourriture est rationnée et il est demandé aux familles de faire des efforts et de favoriser l’autarcie. Les pénuries alimentaires sont répandues et la « débrouille » est de mise. On fabrique des ersatz, on produit soi-même quelques aliments de base… Cela vaut aussi pour l’énergie qui est économisée.

Les agriculteurs sont également mis à contribution. Ces derniers sont « priés » de consacrer leurs champs à la culture de céréales et de plantes riches en glucides pour nourrir les combattants au front.

Au niveau économique, le gouvernement contrôle de près la politique monétaire qui doit à tout prix éviter l’hyperinflation. Les places boursières sont fermées pour éviter une paralysie totale de l’économie.

Quel exemple illustre l’économie de guerre ?

L’économie de guerre mise en place pendant la 1ère guerre mondiale en France, en Allemagne et au Royaume-Uni a joué un rôle crucial qui a foncièrement et irrémédiablement modifié les politiques économiques européennes dans les années qui ont suivi. Ces pays se sont considérablement endettés pour l’effort de guerre et ont ensuite réajusté leurs politiques économiques dans les années 1920 pour laisser place à une relative croissance. C’est le début des « années folles » en France.

économie de guerre

Quelles sont les conséquences de l’économie de guerre ?

Au final, c’est toute l’économie du pays qui est touchée, bouleversée. De plus, une guerre peut aussi avoir un impact sur d’autres pays non belligérants. En effet, lors de conflits, les pays coloniaux peuvent souffrir de la situation en raison de la baisse des importations, du réquisitionnement des hommes pour combattre, des matières premières… Les pays voisins ou qui établissent des relations commerciales, voient leurs transactions diminuer. Si une dépendance commerciale existait envers un pays en guerre, cela peut conduire à une pénurie. C’est ce qui s’est produit lors de la 1ère guerre mondiale entre le Royaume-Uni et la France qui étaient interdépendants respectivement au niveau de l’agriculture et du charbon.

Néanmoins, certains pays savent tirer profit des guerres et des conséquences économiques qu’elles impliquent. En effet, certains pays s’enrichissent pendant les conflits justement parce qu’ils disposent des produits dont le pays en guerre a besoin. Notamment les matières premières, le carburant, la nourriture… ce qui leur permet d’exporter en grande quantité.

Au-delà des lourdes pertes humaines et de la destruction de la majorité des biens du pays, la guerre laisse des frais à l’État qui est déjà surendetté. Celui-ci doit faire face à ses blessés, aux veuves et aux orphelins, aux dettes dues aux pays créanciers. C’est tout le système économique, politique et social qu’il faut remettre sur pied afin de repartir de l’avant. Mais il est à noter que la guerre, malgré les horreurs qu’elle apporte, permet aussi le développement et l’innovation comme il a été constaté dans les années 1920 en France par exemple, où l’industrie électrique, la chimie, l’automobile ont connu un essor, stimulées par la guerre.

L’économie de guerre en résumé

L’économie de guerre est l’organisation d’une économie tout entière au service de l’effort militaire : l’État oriente la production vers les armes et les munitions, répartit les matières premières, la main-d’œuvre et les transports, contrôle les prix et rationne la consommation civile, et finance des dépenses énormes par l’impôt, l’emprunt et la création monétaire. Le marché ne disparaît pas, mais il passe sous la tutelle de l’État.

La notion s’impose avec la Première Guerre mondiale, première guerre « totale » de l’ère industrielle. Elle est revenue dans le vocabulaire politique européen depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Comment l’économie de guerre est-elle née en 1914-1918 ?

La guerre devait être courte ; elle s’installe dans la durée, et la consommation de munitions dépasse vite ce que les industries produisent. Chaque pays doit improviser une organisation nouvelle.

  • En Allemagne, soumise au blocus britannique, l’industriel Walther Rathenau prend en août 1914 la tête d’un service des matières premières de guerre au ministère de la Guerre. Ce service fixe des prix, répartit les matières entre industries prioritaires et lance la recherche de produits de substitution.
  • Au Royaume-Uni, la « crise des obus » de 1915 conduit à la création d’un ministère des Munitions, confié à David Lloyd George en mai 1915 et institué par une loi du 9 juin ; le Munitions of War Act du 2 juillet 1915 place ensuite les usines d’armement sous son contrôle.
  • En France, le socialiste Albert Thomas devient en mai 1915 sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, puis ministre de l’Armement en décembre 1916. Il coordonne arsenaux d’État et usines privées et encadre le travail des femmes dans les usines de guerre.

Les marchés financiers sont eux aussi touchés. À la fin de juillet 1914, devant la panique, les grandes bourses ferment : la Bourse de New York du 31 juillet au 12 décembre 1914 pour les actions, celle de Londres jusqu’au 4 janvier 1915. La Bourse de New York rouvre d’ailleurs d’abord, le 28 novembre, pour les seules obligations, afin d’aider au financement. Ces fermetures répondaient à la panique financière déclenchée par l’entrée en guerre plus qu’à la guerre elle-même.

Comment finance-t-on une guerre ?

Un État en guerre dispose de trois ressources. L’impôt est la plus saine, mais la plus impopulaire et la plus lente à mettre en place. L’emprunt, auprès des citoyens (bons et emprunts de guerre), des banques et des pays alliés, reporte la charge sur l’après-guerre : c’est l’origine des dettes que le texte ci-dessus évoque. La création monétaire, enfin, est la plus facile, mais elle nourrit l’inflation, voire l’hyperinflation si elle devient la règle, comme en Allemagne en 1923, qui avait financé sa guerre presque entièrement par l’emprunt.

En 1940, John Maynard Keynes publie How to Pay for the War. Il y propose de prélever sur les salaires une épargne forcée, remboursée après la guerre : en retirant du pouvoir d’achat pendant le conflit, on limite la hausse des prix sans recourir uniquement à l’impôt. Aux États-Unis, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’impôt a couvert environ la moitié du coût de la guerre, les obligations de guerre finançant l’essentiel du reste.

Comment fonctionnent le rationnement et le contrôle des prix ?

Quand l’essentiel de la production part au front, la demande civile dépasse l’offre. Laisser faire les prix reviendrait à réserver les biens rares aux plus riches et à provoquer une flambée de l’inflation. Les gouvernements fixent donc des prix maximaux et distribuent des tickets de rationnement. Au Royaume-Uni, le rationnement alimentaire commence le 8 janvier 1940 avec le bacon, le beurre et le sucre, et ne prend complètement fin que le 4 juillet 1954, près de dix ans après la guerre. Le revers est connu : marché noir, files d’attente, baisse de la qualité, d’où la « débrouille » et les ersatz décrits plus haut.

Les débats : la guerre est-elle bonne pour l’économie ?

Certains économistes, dans une lecture keynésienne, soulignent que la mobilisation de la Seconde Guerre mondiale a fait disparaître le chômage de masse américain des années 1930 : c’est ce qu’on appelle parfois le keynésianisme militaire. La guerre accélère aussi certaines innovations, comme le rappelle le texte à propos des années 1920.

D’autres répondent que la production d’armes et de munitions, détruites ou inutilisées, n’améliore pas le niveau de vie : elle détourne des ressources qui auraient pu servir à produire des biens utiles. C’est l’argument que Frédéric Bastiat illustrait en 1850, dans Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, par la parabole de la vitre cassée : on voit le travail du vitrier, on ne voit pas ce que le propriétaire aurait acheté avec le même argent. Les chiffres de production et d’emploi peuvent ainsi progresser pendant que la consommation des ménages recule. Les deux lectures s’accordent au moins sur un point : une économie de guerre se paie après la guerre, par l’impôt, l’inflation ou le défaut.

Pourquoi parle-t-on de nouveau d’économie de guerre depuis 2022 ?

Le 13 juin 2022, au salon d’armement Eurosatory, à Villepinte, Emmanuel Macron déclare que la France est entrée dans une « économie de guerre » appelée à durer, et demande d’adapter la programmation militaire. L’expression désigne ici moins une mobilisation générale qu’une accélération de la production d’armement et la reconstitution de stocks, dans une économie qui reste en paix.

Que change l’économie de guerre pour un investisseur ou un trader ?

Une guerre fait d’abord bouger les matières premières. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, deux grands exportateurs de céréales, le blé coté à Chicago a atteint le 7 mars 2022 son plus haut niveau historique en clôture, à 12,94 dollars le boisseau. L’énergie, les métaux et les valeurs de défense réagissent aussi, tandis que les devises refuges et les obligations d’État de qualité profitent souvent de l’incertitude. À plus long terme, une économie de guerre signifie davantage de dépenses publiques, de dette et, souvent, d’inflation, avec des conséquences sur les taux d’intérêt.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une économie de guerre ?

Une économie dans laquelle l’État oriente la production, la main-d’œuvre et les ressources vers l’effort militaire, contrôle les prix et rationne la consommation civile.

Comment les pays financent-ils une guerre ?

Par l’impôt, l’emprunt auprès de leurs citoyens, des banques et des alliés, et par la création monétaire, qui entraîne de l’inflation.

Les bourses ferment-elles en temps de guerre ?

Cela arrive. En 1914, New York et Londres ont fermé plusieurs mois pour enrayer la panique financière ; ce n’est pas une conséquence automatique de toute guerre, mais une mesure d’urgence face à une crise sur les marchés.

La France est-elle en économie de guerre ?

Pas au sens historique d’une mobilisation générale. Depuis 2022, l’expression désigne surtout l’effort d’accélération de la production d’armement.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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1 commentaire

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
B
Bathily15 août 2019
Il faut signaler le developpement de la corruption dans le système économique car les transactions économiques n'obéissent plus aux procedures de bonne pratique.
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