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Qu’est-ce que l’économie comportementale ?

L’économie comportementale est l’étude de l’influence des émotions et des facteurs personnels propres à chaque individu, dans la prise de décisions économiques. Il s’agit d’une approche différente des anciens modèles qui percevaient la prise de décision comme un comportement rationnel (recherche du gain avant tout). En effet, cette nouvelle approche inclut la part psychologique et le cadrage dans les comportements afin de démontrer la nature irrationnelle, subjective et variable des comportements, même dans un domaine aussi sérieux que l’économie.

Silhouette d’une tête avec une ampoule et des engrenages, symbole de la décision

Quel est un exemple concret d’économie comportementale ?

Certains individus peuvent adopter un comportement particulier suivant leur inclination personnelle. Par exemple, on peut noter un certain conformisme ou mimétisme sur les marchés financiers notamment lors de périodes de conjoncture difficile. De même que certains révèlent une aversion au risque ou au contraire, recherchent le risque pour augmenter leurs gains. Ces comportements sont étudiés par l’économie comportementale qui les analyse et souligne que les individus sont davantage concentrés sur leurs pertes que sur leurs gains.

Que cherche à démontrer l’économie comportementale ?

L’économie comportementale cherche à démontrer que l’humain est influencé par l’environnement qui l’entoure, ses origines, son profil psychologique… Cela ouvre un nouveau champ d’étude pour l’économie et permet de mieux comprendre les mécanismes décisionnels qui poussent les acteurs du marché économique à agir de telle ou telle façon. L’économie comportementale peut donner des pistes pour mieux appréhender les comportements humains notamment lors de crises, ou de mouvements économiques ou financiers conséquents.

Je vous invite à lire cette interview donnée à Atlantico sur Richard Thaler et l’économie comportementale

L’économie comportementale en résumé

L’économie comportementale étudie la façon dont les individus prennent réellement leurs décisions économiques, en intégrant les apports de la psychologie : limites de l’attention et du calcul, émotions, habitudes, influence de la présentation des choix. Elle ne prétend pas que les gens font n’importe quoi, mais qu’ils s’écartent du modèle de l’agent parfaitement rationnel de façon prévisible, donc mesurable.

Née dans les années 1970, elle a valu le prix Nobel d’économie à Daniel Kahneman en 2002 et à Richard Thaler en 2017. Sa branche appliquée aux marchés s’appelle la finance comportementale.

D’où vient l’économie comportementale ?

Le modèle économique standard suppose un agent qui connaît ses préférences, traite toute l’information disponible et maximise son intérêt : c’est la théorie du choix rationnel. Dès 1955, dans le Quarterly Journal of Economics, Herbert Simon (prix Nobel 1978) lui oppose la rationalité limitée : faute de temps et d’information, on cherche une solution satisfaisante plutôt que la meilleure.

Le tournant vient de deux psychologues, Daniel Kahneman et Amos Tversky. Leur article « Prospect Theory : An Analysis of Decision under Risk » (Econometrica, 1979) montre, expériences à l’appui, que les choix face au risque ne suivent pas la théorie de l’utilité espérée. Richard Thaler, économiste, transpose ensuite ces résultats à la consommation, à l’épargne et aux marchés. Le prix Nobel 2002, partagé avec Vernon Smith, récompense Kahneman pour avoir intégré la psychologie à l’économie, notamment sur le jugement et la décision en situation d’incertitude ; Tversky, mort en 1996, ne pouvait plus le recevoir, le prix n’étant pas décerné à titre posthume. Kahneman est mort le 27 mars 2024.

Quelles sont les idées clés de l’économie comportementale ?

  • L’aversion aux pertes. Une perte pèse plus lourd qu’un gain de même montant : selon les estimations courantes, environ deux fois plus. C’est le cœur de la théorie des perspectives, et ce que le texte ci-dessus résume en disant que les individus sont plus concentrés sur leurs pertes que sur leurs gains.
  • Le point de référence. On juge un résultat par rapport à un repère (le prix d’achat, le salaire de l’an dernier), pas dans l’absolu.
  • Le cadrage. Un même choix présenté en termes de vies sauvées ou de vies perdues ne recueille pas les mêmes réponses.
  • Les heuristiques et les biais. Pour décider vite, on utilise des raccourcis : se fier au dernier chiffre entendu (ancrage), à ce qui vient facilement à l’esprit (disponibilité), à ce que font les autres (mimétisme). Ils sont utiles, mais produisent des erreurs systématiques.
  • Le « nudge ». Dans Nudge (2008), Richard Thaler et Cass Sunstein proposent d’orienter les choix sans les imposer, par exemple en inscrivant par défaut les salariés à un plan d’épargne retraite, tout en leur laissant la liberté d’en sortir. Ils appellent cette approche le « paternalisme libéral ».

Qu’est-ce que l’effet de disposition en bourse ?

En 1985, Hersh Shefrin et Meir Statman (Journal of Finance) baptisent « effet de disposition » la tendance des investisseurs à vendre trop tôt leurs titres gagnants et à garder trop longtemps leurs titres perdants. Terrance Odean (Journal of Finance, 1998) le mesure sur 10 000 comptes d’un courtier américain entre 1987 et 1993 : hors du mois de décembre, une action en gain avait environ 60 % de chances de plus d’être vendue qu’une action en perte.

Imaginons un investisseur qui détient deux lignes : l’une achetée 50 euros cotant 60, l’autre achetée 50 euros cotant 40. Il a besoin de liquidités. L’aversion aux pertes le pousse à vendre la première pour « encaisser » un gain et à garder la seconde en attendant qu’elle « revienne » à 50, son point de référence. Or le prix d’achat n’a aucune influence sur l’évolution future des cours : la seule question pertinente est de savoir quelle ligne a les meilleures perspectives. C’est précisément le biais que la règle du trader, « couper ses pertes, laisser courir ses gains », cherche à corriger.

Quelles critiques et quels débats entourent l’économie comportementale ?

Les défenseurs de l’efficience des marchés, comme Eugene Fama, ne contestent pas que les individus se trompent ; ils doutent que ces erreurs créent des écarts de prix durables et exploitables. Le comité Nobel a d’ailleurs récompensé la même année, en 2013, Fama et Robert Shiller, l’un des pères de la finance comportementale, pour leurs analyses empiriques des prix d’actifs.

La discipline a aussi été touchée par la crise de la réplication en psychologie : plusieurs effets célèbres ne se retrouvent pas, ou plus faiblement, quand on refait les expériences. L’ampleur de l’aversion aux pertes est discutée, David Gal (2006, puis avec un coauteur en 2018) jugeant qu’elle a été surestimée, d’autres études la retrouvant de façon robuste. Pour les nudges, Stefano DellaVigna et Elizabeth Linos (Econometrica, 2022) ont comparé 126 essais menés par des unités gouvernementales auprès de plus de 23 millions de personnes aux résultats publiés dans les revues : l’effet moyen tombe de 8,7 points de pourcentage dans les publications à 1,4 point sur le terrain, l’écart s’expliquant surtout par le biais de publication. L’effet existe, mais il est bien plus modeste qu’annoncé.

Qu’est-ce que l’économie comportementale change pour un investisseur ou un trader ?

L’économie comportementale fournit une grille pour comprendre les bulles et les krachs, où le mimétisme et l’exubérance irrationnelle l’emportent sur l’analyse, mais surtout un miroir pour soi-même. Les biais les plus coûteux pour un trader sont l’effet de disposition, l’excès de confiance après une série de gains, et l’ancrage sur un prix passé. Un plan de trading écrit à l’avance, avec des niveaux de sortie fixés avant d’entrer en position, est la réponse pratique la plus simple : il retire la décision au moment où l’émotion est la plus forte.

Questions fréquentes sur l’économie comportementale

Qui est le fondateur de l’économie comportementale ?

On cite le plus souvent Daniel Kahneman et Amos Tversky pour les fondements psychologiques, et Richard Thaler pour l’application à l’économie. Herbert Simon en est un précurseur.

Quelle différence entre économie comportementale et finance comportementale ?

La finance comportementale est la partie de l’économie comportementale qui étudie les investisseurs et les marchés financiers.

Qu’est-ce qu’un nudge ?

Une modification de la présentation d’un choix qui oriente la décision sans l’imposer ni changer les incitations financières, comme une option par défaut.

Pourquoi Richard Thaler a-t-il reçu le prix Nobel ?

En 2017, pour ses contributions à l’économie comportementale.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

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A
adoum abdoulaye abdramane19 novembre 2013
le comportement humain échappe à notre contrôle
L
loline29 janvier 2020
Pourquoi visiblement personne en France ne veut prendre la véritable mesure de l'économie comportementale. Est-ce que (très probablement !) cela nous éloignerait trop des modèles mathématiques auxquels nous sommes tant attachés (à défaut de savoir faire autre chose ?). Mme de Villeval ne fait rien d'autre que promouvoir l'homo economicus (malgré sa date de péremption) et si elle a retenu une chose de l'économie comportementale c'est l'aversion pour le risque. En même temps cela n'est pas vraiment compliqué ! ). Et pour Adoum, le comportement humain n'échappe pas à notre contrôle, le comportement humain est lié aux neurosciences.
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