Mobilité du travail : définition et enjeux européens

Qu’est-ce que la mobilité du travail ?
La mobilité du travail correspond à la capacité des personnes à quitter leur pays d’origine pour travailler dans un autre pays. Cette mobilité peut être volontaire, ou encouragée par des pays qui établissent des accords mutuels.
Exemple de mobilité du travail
La mobilité au sein des pays de l’Union Européenne est facilitée et fortement encouragée par les politiques menées par les pays de l’Union, qui voient à travers la libre circulation une opportunité de création d’un véritable marché du travail et d’un sentiment d’appartenance à la communauté européenne.
Pourquoi la mobilité du travail ?
La mobilité du travail permet d’aller chercher des conditions de travail plus favorables dans d’autres pays et de multiplier les expériences professionnelles. La réforme des diplômes universitaires en Europe a permis aux étudiants de faire valoir leurs diplômes dans tous les pays de la communauté Européenne. Cela offre l’opportunité d’apprendre une autre langue et de se former à des techniques différentes de son propre pays. Il s’agit d’un réel partage des connaissances et de méthodes entre pays qui forment une communauté interconnectée.
La mobilité du travail en résumé
La mobilité du travail est la capacité des travailleurs à changer de lieu ou de métier pour trouver un emploi. Elle a deux dimensions. La mobilité géographique consiste à changer de région ou de pays ; la mobilité internationale décrite plus haut n’en est qu’une partie, la plus visible. La mobilité professionnelle consiste à changer d’employeur, de métier ou de secteur. Pour les économistes, c’est l’un des mécanismes par lesquels une économie s’adapte aux chocs : quand une région ou un secteur décline, les travailleurs vont là où se trouvent les emplois.
La libre circulation des travailleurs en Europe
Le traité de Rome de 1957 prévoyait la libre circulation des travailleurs dans la Communauté économique européenne, à réaliser dans un délai de douze ans. Le règlement 1612/68 du 15 octobre 1968 l’a mise en œuvre en avance : un ressortissant d’un État membre peut occuper un emploi dans un autre État membre aux mêmes conditions que les nationaux. Ce règlement a été remplacé en 2011 par le règlement 492/2011, et le principe figure aujourd’hui à l’article 45 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit toute discrimination fondée sur la nationalité pour l’emploi et la rémunération, avec une exception pour certains emplois de l’administration publique.
Le volet universitaire évoqué plus haut est le processus de Bologne, lancé le 19 juin 1999 par 29 pays. Il a organisé les études en trois cycles (licence, master, doctorat) et généralisé les crédits ECTS, qui rendent les parcours comparables et transférables. Il dépasse l’Union européenne : l’Espace européen de l’enseignement supérieur compte aujourd’hui 48 États. Il facilite la reconnaissance des diplômes, sans la rendre automatique.
Pourquoi les économistes y attachent autant d’importance
En 1961, Robert Mundell a fait de la mobilité du travail l’un des critères d’une zone monétaire optimale : des régions qui partagent la même monnaie ne peuvent plus dévaluer, et quand l’une d’elles subit un choc, il faut que les chômeurs puissent aller travailler ailleurs. En 1992, Olivier Blanchard et Lawrence Katz ont montré qu’aux États-Unis, après un choc sur l’emploi d’un État, les migrations entre États réagissaient vite et fortement. Les travaux de Decressin et Fatás en 1995 ont trouvé une réponse bien plus faible en Europe, d’où l’idée que la zone euro manquait d’un amortisseur essentiel. Des études plus récentes nuancent ce constat : avant la crise de 2008, la mobilité avait plutôt progressé en Europe, notamment depuis les pays d’Europe centrale et orientale, et reculé aux États-Unis.
Ce qui freine la mobilité
Même là où le droit l’autorise, la mobilité reste limitée par des obstacles très concrets : la langue, le coût du logement et du déménagement, l’emploi du conjoint, la scolarité des enfants, la reconnaissance des qualifications pour les professions réglementées, ou encore la difficulté de transférer ses droits sociaux. La mobilité professionnelle, elle, dépend surtout de la formation : un ouvrier d’une usine qui ferme retrouve plus facilement un emploi s’il peut acquérir de nouvelles compétences. C’est l’enjeu de la théorie du capital humain.
Les débats
Ses défenseurs voient dans la mobilité du travail un moyen de réduire le chômage là où il est élevé, de pourvoir les emplois là où ils manquent et d’élever la productivité. Ses critiques soulignent d’autres effets. Pour les pays de départ, le départ des plus qualifiés, la « fuite des cerveaux », peut freiner le développement. Dans les pays d’accueil, l’effet de l’immigration de travail sur les salaires des moins qualifiés reste discuté parmi les économistes. En Europe, la directive de 1996 sur le détachement des travailleurs, qui permet à une entreprise d’envoyer temporairement des salariés dans un autre État membre en gardant leur affiliation sociale d’origine, a nourri un débat vif sur le « dumping social ».
Ce que la mobilité du travail change pour l’investisseur
Un marché du travail mobile absorbe plus vite les chocs : le chômage y monte vite mais redescend vite. C’est une des raisons pour lesquelles les marchés lisent différemment un même choc aux États-Unis et en zone euro, et pour lesquelles les écarts de taux entre pays de la zone euro se tendent quand une crise frappe certains pays plus que d’autres. Les chiffres de l’emploi, comme le rapport sur l’emploi américain, traduisent en partie cette capacité d’ajustement.
Questions fréquentes
Quels sont les types de mobilité du travail ?
La mobilité géographique (changer de région ou de pays) et la mobilité professionnelle (changer d’employeur, de métier ou de secteur). Les deux peuvent se combiner.
Un citoyen européen peut-il travailler librement dans un autre pays de l’Union ?
Oui, en principe aux mêmes conditions que les nationaux, en vertu de l’article 45 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Certains emplois de l’administration publique et certaines professions réglementées obéissent à des règles particulières.
Pourquoi la mobilité du travail compte-t-elle pour la zone euro ?
Parce que les pays de la zone ne peuvent plus dévaluer leur monnaie. Quand un pays subit un choc, la mobilité des travailleurs fait partie des mécanismes qui peuvent le compenser.
Pour aller plus loin
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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