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Aversion au risque : comprendre son profil psychologique

Lexique économique · Théorie : L’aversion au risque
· Mis à jour le · 9 min de lecture

Qu’est-ce que l’aversion au risque ?

L’aversion au risque est un comportement qui pousse un investisseur à hésiter, voire à ne pas supporter la pression induite par la prise de risques financiers. Il s’agit d’une notion subjective qui diffère selon les personnes. L’aversion au risque peut inciter des personnes à investir dans des valeurs à faible rendement car le risque de perte est faible. C’est donc avant tout un comportement psychologique face aux marchés boursiers. Ce comportement étant bien souvent le fruit de notre passé et particulièrement de notre enfance… de la façon dont nous avons été éduqués. L’aversion au risque est donc un garde-fou intéressant dans le trading mais il doit être maitrisé afin que l’effet anxiogène du risque ne paralyse pas le trader.

Gros plan en noir et blanc sur les yeux écarquillés d’une femme terrifiée

Quel est un exemple concret d’aversion au risque ?

L’aversion au risque peut se révéler lors de situations où le gain potentiel est élevé mais incertain. L’investisseur hésitera donc à prendre un risque qui pourrait le faire gagner plus que ce qu’il ne possède déjà mais qui pourrait également lui faire tout perdre. Par exemple, si l’on propose à une personne 50 € avec deux possibilités de choix :

  • choix 1 : garder les 50 €
  • choix 2 : tirer au sort pour gagner 100 € ou tout perdre.

Une personne prudente partirait avec seulement 50 € car son aversion au risque lui ferait craindre la perte tandis qu’un investisseur « risqueur » n’hésiterait pas à parier pour accroître ses gains.

De nombreux tests et expériences en psychologie comportementaliste ont été faits dans ce sens pour percevoir et tester l’aversion au risque de l’être humain.

Par exemple, vous faites gonfler un ballon à une personne. Plus le ballon est gros, plus elle remporte de l’argent. Si le ballon explose, elle perd tout. Ce type d’expérience a été effectué aux USA par des universitaires récemment. Une très large majorité des étudiants soumis à ces tests faisait exploser le ballon. Cela nous renvoie à l’idée qu’il est souvent difficile pour les traders de prendre leurs gains car ils espèrent toujours plus…

J’ai connu ainsi dans les années 2000 de nombreux traders millionnaires virtuellement. Ils ont tout perdu lors de l’éclatement de la bulle internet. Ils n’ont pas su prendre leurs bénéfices et quand la bourse s’est effondrée ils n’ont pas pu vendre car ils attendaient voire réinvestissaient pour récupérer leur manque à gagner virtuel. Il y a parfois chez certains traders une déconnexion du réel dans ce type de situation.

Pourquoi l’aversion au risque est-elle importante ?

On parle souvent de l’aversion du risque pour les pères de famille qui ont la responsabilité de leur famille et qui hésitent à investir sur des valeurs risquées afin de ne pas mettre en péril l’avenir de leur famille. L’aversion au risque est un comportement légitime car il permet de prendre des décisions de manière raisonnable. Néanmoins, ce comportement étant subjectif, il peut parfois être totalement omis notamment lors de périodes d’euphorie boursière.

Il est donc intéressant que vous réfléchissiez à votre profil psychologique face à l’aversion au risque car il a un impact fort dans votre façon de trader.

L’aversion au risque en résumé

En économie, une personne a de l’aversion au risque lorsqu’elle préfère un gain certain à un pari incertain de même espérance de gain. Entre 50 € sûrs et une chance sur deux de gagner 100 € ou rien, elle prend les 50 €, alors que les deux choix rapportent 50 € en moyenne. L’écart entre ce que rapporte le pari en moyenne et la somme certaine qu’on accepterait à sa place mesure son degré d’aversion.

C’est l’une des notions les plus utilisées en finance : elle explique pourquoi un actif risqué doit offrir un rendement supérieur à un placement sans risque pour trouver preneur.

D’où vient l’aversion au risque ?

Elle naît d’une énigme mathématique, le paradoxe de Saint-Pétersbourg, posée en 1713 par Nicolas Bernoulli : un jeu dont le gain moyen est infini, mais pour lequel personne n’accepterait de payer plus de quelques pièces. En 1738, Daniel Bernoulli propose une réponse : ce qui compte n’est pas la somme gagnée, mais la satisfaction, ou « utilité », qu’elle apporte, et chaque euro supplémentaire apporte un peu moins de satisfaction que le précédent. Le mathématicien Gabriel Cramer avait avancé une idée voisine dans une lettre de 1728. Au XXe siècle, les économistes Kenneth Arrow et John Pratt donnent à l’aversion au risque une mesure précise, tirée de la forme de cette fonction d’utilité : c’est la base de la théorie de l’utilité espérée.

Qu’est-ce que l’équivalent certain, en chiffres ?

Reprenons l’exemple de l’article : 50 € sûrs, ou une chance sur deux de gagner 100 € ou rien. Imaginons un investisseur dont la satisfaction est égale à la racine carrée de son gain. Le pari lui apporte en moyenne 0,5 × √100 + 0,5 × √0 = 5 unités de satisfaction. La somme certaine qui lui apporte la même satisfaction est celle dont la racine vaut 5, soit 25 €. Cet investisseur serait donc indifférent entre le pari et 25 € sûrs : c’est son « équivalent certain ». La différence, 50 − 25 = 25 €, est sa prime de risque, c’est-à-dire ce qu’il est prêt à abandonner pour éviter l’incertitude. Une personne neutre au risque aurait une prime nulle ; une personne qui aime le risque, une prime négative.

Barres horizontales de la satisfaction d’un investisseur dont la satisfaction est la racine carrée du gain : 7,07 unités pour 50 euros sûrs, 5 unités pour un pari à une chance sur deux de gagner 100 euros ou rien, et 5 unités pour 25 euros sûrs.
Le pari rapporte 50 € en moyenne, mais seulement 5 unités de satisfaction, autant que 25 € sûrs : l’écart de 25 € est la prime de risque de cet investisseur. Calcul andlil.com sur l’exemple de la fiche.

Quelle différence entre aversion au risque et aversion aux pertes ?

Les deux notions sont souvent confondues. En 1979, Daniel Kahneman et Amos Tversky publient la théorie des perspectives, qui montre que nous jugeons nos résultats par rapport à un point de référence, souvent notre prix d’achat, et qu’une perte pèse environ deux fois plus qu’un gain de même montant : c’est l’aversion aux pertes. Ils observent aussi que la plupart des gens fuient le risque quand il s’agit de gains, mais le recherchent quand il s’agit d’éviter une perte certaine.

Ce dernier point éclaire l’anecdote des traders de 2000 rapportée plus haut. Plutôt que d’accepter une perte, beaucoup conservent une position perdante, voire la renforcent, dans l’espoir de revenir à leur prix d’achat. Hersh Shefrin et Meir Statman ont nommé ce comportement « effet de disposition » en 1985 : vendre trop tôt les titres gagnants et garder trop longtemps les perdants. En étudiant 10 000 comptes de particuliers chez un courtier américain entre 1987 et 1993, Terrance Odean a constaté en 1998 que ces investisseurs étaient environ 50 % plus enclins à vendre une action en gain qu’une action en perte.

L’expérience du ballon évoquée dans l’article correspond au Balloon Analogue Risk Task (BART), publié en 2002 par Carl Lejuez et ses collègues : chaque pression sur la pompe rapporte quelques cents, mais le ballon peut éclater à tout moment et faire perdre le gain de la manche. Le test sert surtout à mesurer la propension individuelle à prendre des risques.

Qu’est-ce que l’aversion au risque change pour un investisseur ou un trader ?

À l’échelle des marchés, l’aversion au risque explique la prime de risque des actions : pour accepter la volatilité des actions, les investisseurs exigent un rendement attendu supérieur à celui des emprunts d’État. Quand l’aversion au risque monte brutalement, les capitaux quittent les actifs jugés risqués pour les valeurs refuges : on parle de mouvement risk-off. L’indice VIX, souvent appelé indice de la peur, en est l’un des thermomètres.

À l’échelle individuelle, connaître son aversion au risque aide à fixer une taille de position supportable : une position trop grosse par rapport à sa tolérance pousse à des décisions émotionnelles, comme couper trop tôt un gain ou laisser filer une perte. Des outils comme le ratio de Sharpe rapportent le rendement au risque pris, ce qui permet de comparer des stratégies sur une base commune.

Questions fréquentes sur l’aversion au risque

Comment mesurer son aversion au risque ?

Les conseillers financiers utilisent des questionnaires de profil de risque. On peut aussi se demander quelle somme certaine on accepterait à la place d’un pari donné : plus elle est basse, plus l’aversion au risque est forte.

Quelle est la différence entre aversion au risque et aversion aux pertes ?

L’aversion au risque est la préférence pour la certitude. L’aversion aux pertes est le fait qu’une perte fasse plus mal qu’un gain de même montant ne fait plaisir ; elle peut au contraire pousser à prendre plus de risques pour éviter de constater une perte.

L’aversion au risque est-elle la même pour tout le monde ?

Non. Elle varie selon les personnes, leur patrimoine, leur horizon de placement et même leur état émotionnel du moment.

Qu’est-ce qu’une prime de risque ?

C’est le supplément de rendement qu’un investisseur exige pour détenir un actif risqué plutôt qu’un actif sans risque.

Sources de référence utilisées

4
  • Daniel Bernoulli, « Specimen theoriae novae de mensura sortis », Commentarii Academiae Scientiarum Imperialis Petropolitanae, 1738.
  • Daniel Kahneman et Amos Tversky, « Prospect Theory : An Analysis of Decision under Risk », Econometrica, vol. 47, n° 2, mars 1979.
  • Hersh Shefrin et Meir Statman, « The Disposition to Sell Winners Too Early and Ride Losers Too Long », The Journal of Finance, vol. 40, n° 3, juillet 1985.
  • Carl W. Lejuez et al., « Evaluation of a Behavioral Measure of Risk Taking : The Balloon Analogue Risk Task (BART) », Journal of Experimental Psychology : Applied, vol. 8, n° 2, 2002.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation

Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il propose un cadre rigoureux dans son école de trading, où il enseigne la lecture du carnet d'ordres. Dans la rubrique Psychologie de l'investisseur, il montre comment les émotions et les biais pèsent sur les décisions d'investissement, et comment la discipline les contient.

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5 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
E
Eric_6928 juin 2017
L'aversion au risque a été étudiée en mathématique financière pour démontrer rigoureusement ce que notre cerveau intuitait. L'aversion au risque est un constat de la fonction d'utilité de tout un chacun, utilité elle-même constat de la fonction de perception de richesse de l'individu au sein de la société dans laquelle il vit (décrit par le paradoxe du mendiant de Saint-Pétersbourg, qui a été étudié par Pascal, puis Bernouilli, et enfin Von Neumann et Morgenstern): - la fonction d'utilité est concave quand la personne attache plus d'importance aux pertes potentielles qu'aux gains (en comparant l'espérance de perte et de gain d'une spéculation, @lias paradoxe): cette forme est plutôt la signature d'une personne peu capitalisée. - inversement, la fonction d'utilité est concave quand la personne attache plus d'importance aux gains potentielles qu'aux pertes: cette forme est plutôt la signature d'une personne capitalisée.
B
Benoist Rousseau28 juin 2017
Merci beaucoup Eric pour ton commentaire de grande qualité sur l'aversion au risque, j'ai apppris, tu m'as donén des pistes et il n'y a rien de plus beau
E
Eric_6928 juin 2017
En fait, mon commentaire est un "redit autrement" de l'aversion au risque (en citant les mathématiciens qui se sont penchés dessus via le prisme de l'espérance mathématique), dont les facettes psychologiques avaient déjà été traitées dans deux de tes précédents articles ("La théorie de l'utilité escomptée ou les choix psychologiques" et "La théorie des perspectives ou le choix orienté"). Du coup, maintenant, il y a matière à faire un sujet philosophique :-) .
D
Doukoure Abdoulaye3 juillet 2017
merci pour la définition de l'aversion au risque
S
samira28 mai 2019
merci
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