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S&P 500 : L'HISTOIRE SECRÈTE D'UNE HAUSSE INSOLENTE
Depuis le début du mois de
mars, les indices boursiers américains grimpent avec une régularité presque insolente. Une ascension continue, historique, linéaire. À écouter les traders de New York, nous serions entrés dans un nouvel âge d’or. Tout le monde sourit, tout le monde achète.
Mais vous me connaissez, je n'aime pas les faux-semblants. Quand la fête devient trop belle et que la musique joue un peu trop fort, mon instinct me pousse à regarder les issues de secours. Alors, posons-nous la question avec toute la lucidité nécessaire : cette euphorie collective est-elle le reflet d'une économie américaine rutilante, ou sommes-nous simplement en train d'admirer le vernis d'un chef-d'œuvre magnifiquement falsifié ?
La vérité, comme toujours, se cache dans les nuances.
Les fondations du mirage : Une résilience bien réelle
Ne soyons pas de mauvaise foi. Il y a de la viande sur l'os. L'économie américaine n'est pas un château de cartes ; elle a l'endurance d'un vieux boxeur qui refuse d'aller au tapis.
Après un automne 2025 glacial, paralysé par ce ridicule shutdown gouvernemental qui a grippé la machine, le premier trimestre de cette année a sonné le réveil de la bête. Un rebond du
pib estimé à près de 2,0 %. Ce n'est pas le Pérou, mais c'est une sacrée performance quand on pense aux oiseaux de mauvaise augure comme moi qui nous prédisaient l'apocalypse.
Le véritable moteur de cette hausse, ce qui excite l'odorat des prédateurs de la finance, ce sont les bilans comptables. Les bénéfices des entreprises du S&P 500 ont bondi de plus de 28 % au premier trimestre. C’est du concret, du palpable. Et où va cet argent ? Dans l'infrastructure de demain. Les investissements dans les centres de données et l’intelligence artificielle ont grimpé de 22 %. On ne parle plus de
spéculation sur du vent, on parle de construire les cathédrales numériques du XXIe siècle. Nvidia,
microsoft, Micron... Ils ne vendent pas du rêve, ils vendent les puces et les câbles dont tout le monde a désespérément besoin.
L'étincelle de
mars : Le grand soulagement de l'ombre
Cependant, la
Macroéconomie n'explique pas ce rythme "continu et historique" depuis
mars. La vérité est ailleurs. Elle est géopolitique.
Au début de l'année, le monde retenait son souffle. Le détroit de Hormuz était une poudrière, l'Iran et ses voisins jouaient avec des allumettes au-dessus d'un baril de pétrole. Le marché déteste l'incertitude par-dessus tout. Il voyait déjà le brut à 120 dollars et le retour de la
Stagflation.
Et puis, début avril, le miracle. Un cessez-le-feu, la réouverture des routes maritimes. Le soulagement a été d'une violence inouïe. Le S&P 500 a signé un mois d'avril spectaculaire à plus de 10 %. Ce que vous voyez depuis deux mois, ce n'est pas seulement de l'optimisme économique, c'est le soulagement frénétique d'un condamné à mort qui vient d'obtenir une grâce de dernière minute. Le marché célèbre le retour à la stabilité géopolitique, et les algorithmes achètent ce soulagement en boucle.
Le goût de la cendre : Ce que
wall street refuse de voir
C’est ici que je devez endosser mon costume de rabat-joie. L'euphorie a une fâcheuse
tendance à rendre aveugle. Et il y a deux éléphants roses au milieu du parquet de la Bourse que personne ne veut regarder.
Le premier, c'est
l'inflation. Elle s'est installée confortablement, comme un invité indésirable qui refuse de partir. À 3,8 % en rythme global et plus de 4 % sur le Core PCE, elle est alimentée par les guerres douanières et la pénurie de composants technologiques.
Le second, c'est la Réserve Fédérale. Les marchés ont longtemps cru que Jerome Powell allait baisser les taux comme on distribue des bonbons à Halloween. C'est raté. Avec une
Inflation pareille, la
FED garde ses taux hauts, verrouillés entre 3,5 % et 3,75 %. Le crédit est cher, l'argent de poche devient rare pour le consommateur moyen, et le chômage commence doucement à remonter vers les 4,4 %.
Alors, comment le marché peut-il battre des records avec des taux aussi étouffants ? Par une concentration monstrueuse. Cette hausse historique est portée par une poignée de géants. Retirez les sept ou huit titans de la Tech, et le reste du marché ressemble à un encéphalogramme plat.
Mes chers amis, la situation économique américaine est bonne, c'est indéniable. Elle justifie que les marchés soient hauts. Mais elle ne justifie pas cette ivresse verticale et ininterrompue.
Ce que nous vivons est une formidable convergence entre des bénéfices technologiques bien réels, un soulagement géopolitique massif et une bonne dose d'amnésie collective concernant
l'inflation.
wall street a décidé de faire la fête comme si les taux d'intérêt allaient baisser demain, alors que la
FED examine la situation avec la froideur d'un chirurgien de guerre.
Profitez de la hausse, encaissez vos profits, mais gardez votre chapeau à portée de main. Car sur les marchés comme dans mon domaine, quand tout le monde regarde le magicien, c'est qu'il se passe quelque chose de louche en coulisses.