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Hammurabi : biographie, code de lois et règne du roi de Babylone

Roi de Babylone au XVIIIe siècle av. J.-C., Hammurabi unifia la Mésopotamie et fit graver le plus complet des recueils de lois antiques, qui est aussi un barème de prix dans un monde sans monnaie.

Hammurabi : Le roi de Babylone qui grava la justice dans le basalte

Qui était Hammurabi ?

Hammurabi (règne de 1792 à 1750 av. J.-C. selon la chronologie moyenne) est un roi de Babylone, issu d’une dynastie amorrite, qui unifia par la guerre et la diplomatie la Mésopotamie du Sud et une partie du Nord, et fit graver le recueil de lois le plus complet que l’on connaisse pour le Proche-Orient ancien.

Son règne est l’un des mieux documentés de l’Antiquité orientale : des centaines de lettres retrouvées à Mari et à Larsa montrent un roi qui négocie, trahit, administre ses champs et surveille ses fonctionnaires au jour le jour. La stèle du Louvre a fait de lui le premier législateur de l’histoire dans l’imaginaire commun. Ses lettres en disent souvent davantage que sa stèle.

Hammurabi en résumé

Hammurabi hérite vers 1792 av. J.-C. d’un petit royaume pris entre des voisins plus puissants : Larsa au sud, Eshnunna à l’est, le royaume de Haute-Mésopotamie au nord, l’Élam au-delà du Tigre. Trente ans plus tard, il les a tous vaincus ou absorbés. Il meurt vers 1750, malade, laissant à son fils Samsu-iluna un royaume qui commencera à se défaire dès la décennie suivante.

  • Époque : L’Antiquité
  • Naissance : date et lieu inconnus, sans doute à Babylone, fils du roi Sin-muballit
  • Mort : vers 1750 av. J.-C. (chronologie moyenne), à Babylone
  • Pays : Babylonie, dans l’Irak actuel
  • Fonctions : roi de Babylone de 1792 à 1750 av. J.-C. (chronologie moyenne), puis « roi de Sumer et d’Akkad » après la conquête de Larsa en 1763
  • Œuvre principale : le recueil de sentences dit « code de Hammurabi », gravé vers la fin du règne
  • À retenir : toutes les dates de son règne sont conventionnelles ; selon la chronologie retenue, elles peuvent glisser de 56 ans vers le haut ou de près d’un siècle vers le bas

La vie de Hammurabi : un joueur patient qui attend la faute des autres

On ignore la date de naissance de Hammurabi et presque tout de sa jeunesse. Il succède à son père Sin-muballit vers 1792 av. J.-C. Babylone n’est alors qu’un royaume moyen. Les grands acteurs s’appellent Rim-Sin de Larsa, qui règne depuis trente ans sur le Sud, et Samsi-Addu, qui tient toute la Haute-Mésopotamie. Hammurabi les ménage l’un et l’autre. Ses premiers noms d’années célèbrent surtout des temples et des canaux.

Une précision s’impose sur les dates. Les Babyloniens ne comptaient pas en années absolues mais en années de règne, et le raccord avec notre calendrier repose sur des observations de Vénus consignées sous un successeur, Ammi-saduqa, qui admettent plusieurs solutions. La chronologie dite moyenne, retenue ici comme dans la plupart des manuels, place le règne de 1792 à 1750 av. J.-C. ; la chronologie haute le remonte à 1848-1806, la basse le descend à 1728-1686, et une chronologie ultra-basse, proposée en 1998 par l’équipe de Hermann Gasche, à 1696-1654.

La mort de Samsi-Addu, vers 1775, rebat les cartes. Le Nord se morcelle, Zimri-Lim reprend le trône de Mari, et les archives de son palais, retrouvées par l’archéologue André Parrot à partir de 1933, deviennent notre meilleure fenêtre sur la diplomatie de Hammurabi.

Vers 1765, l’Élam, puissance du plateau iranien, attaque Eshnunna puis menace Babylone. Hammurabi forme une coalition avec Mari et repousse l’envahisseur, tandis que Rim-Sin de Larsa se dérobe. Le roi de Babylone en tire argument. En 1763, dans sa trentième année de règne, il assiège et prend Larsa, déporte Rim-Sin et se proclame roi de Sumer et d’Akkad.

L’allié d’hier devient la cible suivante. Zimri-Lim est battu en 1761 ; deux ans plus tard, les murailles de Mari sont abattues et le palais incendié, ce qui scelle les archives sous les décombres. Eshnunna tombe à son tour. Vers 1755, Hammurabi domine un territoire qui va du golfe Persique au cours moyen de l’Euphrate et, plus au nord, jusqu’à Assur et Ninive.

C’est à la fin du règne, après la quarantième année selon la plupart des spécialistes, que la stèle est gravée. Une lettre de son fils Samsu-iluna, écrite au moment de son avènement, parle d’un père malade et annonce une remise de dettes pour asseoir le nouveau règne. Hammurabi meurt vers 1750. Moins de dix ans plus tard, le Sud se soulève contre Samsu-iluna, et la dynastie tombera en 1595, selon la même chronologie, sous un raid hittite.

Qu’a accompli Hammurabi, et que reste-t-il de son œuvre ?

Le premier accomplissement est politique. Pour la première fois depuis la troisième dynastie d’Ur, plus de deux siècles plus tôt, le Sud mésopotamien obéit à un seul roi, et ce roi siège à Babylone. La ville, jusque-là secondaire, devient la capitale religieuse et politique du pays. Son dieu, Marduk, commence l’ascension qui en fera le chef du panthéon. Ce déplacement du centre de gravité vers Babylone durera plus d’un millénaire, jusqu’à la prise de la ville par Cyrus le Grand en 539 av. J.-C., et au-delà : Alexandre le Grand voudra encore en faire sa capitale.

Le second est administratif. Les lettres envoyées par Hammurabi à ses représentants à Larsa, le gouverneur Sin-iddinam et l’administrateur des terres Shamash-hazir, montrent un roi qui tranche lui-même des litiges sur quelques hectares, fait rendre un champ indûment occupé, ordonne une enquête pour pots-de-vin et exige qu’on lui envoie l’argent saisi. L’image est celle d’un État très centralisé, au moins dans les provinces conquises.

Le troisième est la stèle. Haute de 2,25 mètres, taillée dans un bloc de basalte noir, elle porte en tête un relief où le roi se tient debout devant Shamash, dieu du soleil et de la justice. Sous le relief, un prologue, environ 275 à 282 sentences selon le découpage retenu, et un épilogue. Elle fut emportée vers 1155 av. J.-C. comme butin par un roi élamite à Suse, où une mission française dirigée par Jacques de Morgan la retrouva en décembre 1901 et janvier 1902. Le dominicain Jean-Vincent Scheil en publia la traduction dès 1902. Elle est au Louvre sous le numéro Sb 8.

Ce qui en reste dépasse la pierre. Le texte fut recopié dans les écoles de scribes pendant plus d’un millénaire, ce qui en fait un classique de la littérature babylonienne. Il a nourri depuis 1902 l’histoire comparée du droit et la lecture des lois bibliques.

Comment Hammurabi a-t-il financé son pouvoir ?

Commençons par ce qui n’existe pas : la pièce de monnaie. Il faudra attendre la Lydie du VIIe siècle av. J.-C., plus de mille ans après Hammurabi, pour voir des morceaux de métal frappés d’un type officiel. La Babylonie de Hammurabi paie en orge et en argent pesé. Le sicle (environ 8,3 grammes) se divise en 180 « grains » ; soixante sicles font une mine, soixante mines un talent. L’orge se mesure en gur, unité d’environ 300 litres. Les lois d’Eshnunna, un peu antérieures, posent même en tête de leur barème qu’un gur d’orge vaut un sicle d’argent.

Le « code » est d’abord, pour un lecteur d’aujourd’hui, un extraordinaire tableau de prix administrés. Le journalier loué reçoit six grains d’argent par jour pendant les cinq premiers mois de l’année, quand les jours sont longs, puis cinq grains (§ 273). L’ouvrier agricole loué à l’année reçoit huit gur d’orge (§ 257). Le médecin qui sauve un œil par une incision touche dix sicles d’argent pour un homme libre de haut rang, cinq pour un homme du commun, deux pour un esclave (§ 215-217). Le maçon reçoit deux sicles par unité de surface bâtie (§ 228). Le tarif suit le rang du client.

Le crédit est encadré. Un article de la partie lacunaire de la stèle, restitué grâce aux copies sur tablettes, plafonne l’intérêt à un cinquième, soit 20 % pour un prêt en argent, et à un tiers, soit 33 ⅓ %, pour un prêt en orge, plus risqué et plus saisonnier. Si l’orage détruit la récolte, le débiteur ne paie ni le grain ni l’intérêt de l’année : il « lave sa tablette dans l’eau », dit le texte (§ 48). Celui qui se vend, ou vend sa femme et ses enfants, pour payer une dette, ne peut être retenu plus de trois ans (§ 117). Le législateur ne supprime pas l’usure ; il en borne la ruine.

Les ressources du roi sont de trois ordres. D’abord le domaine royal, démultiplié par l’annexion des terres de Rim-Sin en 1763 : les lettres à Shamash-hazir montrent ces champs concédés contre redevance (biltum, une part de la récolte versée au palais) ou attribués à des soldats et des serviteurs en échange de leur service, le ilkum. Le code interdit de vendre ces champs de service (§ 36-37) : le roi protège la base de son armée comme un créancier protège son gage. Ensuite les corvées, qui fournissent la main-d’œuvre des canaux et des remparts. Enfin le butin et les présents des rois vassaux, dont les archives de Mari donnent des aperçus mais aucun total.

Le palais ne vend pas lui-même ses surplus de laine, de dattes ou de poisson. Il les confie à des marchands, les tamkārum, qui les écoulent et rendent au palais de l’argent pesé. C’est une forme d’affermage, c’est-à-dire de délégation de la collecte à des intermédiaires privés qui avancent le métal et se rémunèrent sur la marge. Enfin, le roi dispose d’une arme budgétaire singulière : l’édit de « justice », mīšarum, qui efface certaines dettes privées et des arriérés dus au palais. Le deuxième nom d’année du règne commémore l’établissement de la justice dans le pays ; l’édit le mieux conservé de ce type, celui d’Ammi-saduqa, un siècle plus tard, montre ce qu’il contenait. Un créancier qui solde de temps en temps les comptes impayables garde des débiteurs vivants.

Ce que l’on ignore est considérable : aucun budget du royaume, aucun total des recettes ni des dépenses militaires n’a été retrouvé. Toute estimation du « revenu de Hammurabi » serait une invention.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Hammurabi ?

La légende la plus tenace fait de lui l’auteur du premier code de lois de l’histoire. C’est faux. Le recueil d’Ur-Namma, roi d’Ur, le précède de plus de trois siècles, et ceux de Lipit-Ishtar d’Isin et d’Eshnunna lui sont aussi antérieurs.

La deuxième fait du « œil pour œil, dent pour dent » le cœur barbare d’un droit primitif. La formule figure bien dans la stèle (§ 196 et 200), mais elle ne vaut qu’entre hommes de même rang. L’œil crevé d’un homme du commun se paie une mine d’argent, celui d’un esclave la moitié de sa valeur (§ 198-199). Les recueils plus anciens réglaient ce genre d’affaire par des compensations en argent : la loi du talion, chez Hammurabi, est plutôt une nouveauté qu’un archaïsme.

La troisième prête au roi un visage. La tête de basalte du Louvre, dite « tête de Hammurabi », retrouvée elle aussi à Suse, n’a jamais été identifiée avec certitude ; le seul portrait sûr est le relief de la stèle. Enfin, la mémoire moderne a fait de lui une figure de législateur universel : il fait partie des portraits de législateurs sculptés dans la salle de la Chambre des représentants à Washington.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Le premier débat porte sur la nature du texte. Dès 1960, l’assyriologue Fritz Rudolf Kraus observait qu’aucun des milliers de contrats et procès de l’époque ne cite la stèle. Jean Bottéro, dans un article de 1982 repris dans Mésopotamie. L’écriture, la raison et les dieux (Gallimard, 1987), y voit un traité de jurisprudence, construit comme les recueils de présages par variation de cas, plutôt qu’un code à appliquer. Raymond Westbrook y lit un ouvrage de référence pour les juges. Dominique Charpin, dans Hammu-rabi de Babylone (PUF, 2003), insiste sur sa fonction de testament politique : un roi vieillissant montre aux dieux et aux successeurs qu’il a été un roi juste. Les guillemets autour du mot « code » sont aujourd’hui la règle.

Le deuxième, chronologique, n’est pas tranché : les datations par les cernes d’arbres anatoliens et le radiocarbone publiées en 2016 par Sturt Manning et ses collègues confortent la chronologie moyenne, ou une variante à peine plus basse. Le troisième, plus récent, porte sur le roi lui-même. Marc Van De Mieroop, dans King Hammurabi of Babylon (Blackwell, 2005), et Dominique Charpin à partir des archives de Mari ont remplacé le législateur de bronze par un politique opportuniste, servi par une chance qu’il sut reconnaître : la mort de ses rivaux. Le droit, dans ce portrait, vient après la conquête, et pour la légitimer.

Que peut apprendre de Hammurabi celui qui décide ?

Le règne de Hammurabi est une étude de patience : près de trente ans de gains modestes, puis cinq années qui changent la carte.

  • Attendre que l’adversaire s’affaiblisse vaut mieux que l’attaquer fort. Hammurabi frappe Larsa après la guerre élamite, quand Rim-Sin est isolé.
  • L’allié d’une campagne n’est pas l’allié de la suivante. Zimri-Lim de Mari l’apprit à ses dépens, deux ans après la victoire commune.
  • Plafonner le coût du crédit et prévoir la remise de dettes après une catastrophe, c’est préserver la base productive dont dépend le créancier lui-même.
  • Protéger l’actif qui finance la défense : les champs de service des soldats ne pouvaient être vendus, ce qui empêchait l’armée de se dissoudre dans l’endettement.
  • Écrire sa propre légende a un rendement durable. Une stèle de 2,25 mètres a fait davantage pour la réputation du roi que les milliers de tablettes de son administration.

Quels livres lire sur Hammurabi ?

  • Dominique Charpin, Hammu-rabi de Babylone, Paris, Presses universitaires de France, 2003 : la biographie de référence en français, par le spécialiste des archives de Mari.
  • Marc Van De Mieroop, King Hammurabi of Babylon. A Biography, Malden (Mass.), Blackwell, 2005 : un portrait vivant, fondé sur la correspondance.
  • André Finet, Le Code de Hammurabi, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Littératures anciennes du Proche-Orient », 1973 (4e éd. revue et augmentée, 2002) : la traduction française annotée de référence.
  • Béatrice André-Salvini, Le Code de Hammurabi, Paris, Réunion des musées nationaux, 2003 (nouvelle éd. Musée du Louvre éditions, 2008) : la stèle expliquée par la conservatrice du Louvre.
  • Jean Bottéro, Mésopotamie. L’écriture, la raison et les dieux, Paris, Gallimard, 1987 (Folio Histoire, 1997) : le chapitre sur le « code » a changé la manière de le lire.
  • Francis Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2001 : pour les poids, les mesures, les prix et les institutions.

Questions fréquentes sur Hammurabi

Quand Hammurabi a-t-il régné ?

Selon la chronologie moyenne, la plus employée, de 1792 à 1750 av. J.-C., soit quarante-trois ans. D’autres chronologies le placent jusqu’à 56 ans plus tôt ou près d’un siècle plus tard.

Où peut-on voir le code de Hammurabi ?

La stèle est exposée au musée du Louvre, à Paris, dans le département des Antiquités orientales. Elle avait été emportée à Suse, en Iran, comme butin de guerre vers 1155 av. J.-C., et y fut retrouvée par une mission française en 1901-1902.

Le code de Hammurabi est-il le premier code de lois ?

Non. Le recueil d’Ur-Namma, roi d’Ur, lui est antérieur de plus de trois siècles, et d’autres recueils sumériens et akkadiens l’ont aussi précédé. Celui de Hammurabi est le plus complet que l’on ait retrouvé.

Utilisait-on de la monnaie à Babylone sous Hammurabi ?

Pas de pièces : la monnaie frappée n’apparaît qu’au VIIe siècle av. J.-C. en Lydie. On payait en orge, mesurée au volume, et en argent métal pesé au sicle, d’environ 8,3 grammes. Le code fixe d’ailleurs salaires, honoraires et amendes dans ces deux unités.

Pour aller plus loin

  • Le marché de l’argent, pour suivre jusqu’à aujourd’hui le métal qui servait de monnaie à Babylone
  • L’inflation, notion qu’un barème de prix fixés par la loi tente déjà, à sa manière, de tenir en respect
L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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