Hatchepsout : biographie, règne et mémoire de la reine-pharaon
Régente devenue pharaon au XVe siècle av. J.-C., Hatchepsout régna une vingtaine d’années, bâtit Deir el-Bahari et relança le commerce de Pount, avant que ses successeurs ne martèlent son nom.

Qui était Hatchepsout ?
Hatchepsout (morte vers 1458 av. J.-C.) est une reine d’Égypte de la XVIIIe dynastie qui, d’abord régente pour le jeune Thoutmosis III, prit la titulature complète de pharaon et régna en roi pendant une quinzaine d’années, ce qui fait d’elle la plus durable des souveraines de l’Égypte pharaonique.
Son règne est une parenthèse de paix relative entre deux générations de conquérants, son père Thoutmosis Ier et son neveu Thoutmosis III. Elle l’a employée à bâtir, à commercer et à justifier son pouvoir par la théologie. Sa postérité tient en un paradoxe : effacée des monuments par ses successeurs, elle a été retrouvée par les égyptologues du XIXe siècle grâce aux traces mêmes de cet effacement.
Hatchepsout en résumé
Née dans la famille royale, mariée à son demi-frère, veuve jeune, Hatchepsout gouverne d’abord au nom d’un enfant, puis en son propre nom. Elle meurt dans la vingt-deuxième année du règne nominal de Thoutmosis III, qui gouverne ensuite seul plus de trente ans.
- Époque : L’Antiquité
- Naissance : date inconnue, sans doute à Thèbes, fille de Thoutmosis Ier et de la grande épouse royale Ahmès
- Mort : vers 1458 av. J.-C. (chronologie basse usuelle), dans la 22e année de Thoutmosis III
- Pays : Égypte
- Fonctions : grande épouse royale de Thoutmosis II, épouse du dieu Amon, régente à partir de 1479 environ, puis pharaon sous le nom de Maâtkarê, entre la 2e et la 7e année du règne, jusqu’à sa mort
- Œuvre principale : le temple de millions d’années de Deir el-Bahari, sur la rive ouest de Thèbes
- À retenir : les dates suivent la chronologie basse adoptée par la plupart des manuels (Ian Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt, 2000) ; d’autres systèmes les décalent de quelques années
La vie de Hatchepsout : une régente qui prit la place du roi
Hatchepsout est la fille aînée de Thoutmosis Ier, un roi guerrier qui avait porté les armes égyptiennes jusqu’à l’Euphrate, et de la reine Ahmès. Selon l’usage dynastique, elle épouse son demi-frère Thoutmosis II, fils d’une épouse secondaire. Le couple a une fille, Néférourê. Le règne de Thoutmosis II est bref, sans doute une quinzaine d’années au plus selon les estimations les plus longues, beaucoup moins selon d’autres.
Vers 1479 av. J.-C., Thoutmosis II meurt. Son fils, né d’une concubine nommée Isis, est un enfant : Thoutmosis III. Hatchepsout gouverne pour lui, comme d’autres reines l’avaient fait avant elle. La rupture vient entre la deuxième et la septième année du règne : elle prend les cinq noms de la titulature royale, se fait appeler Maâtkarê et se fait représenter avec les attributs du roi, pagne, barbe postiche et coiffe némès. Elle ne dépose pas Thoutmosis III, qui reste roi et apparaît à ses côtés. Les dates de son règne continuent de se compter en années du neveu.
Pour fonder ce pouvoir sans précédent, elle mobilise la théologie. Les reliefs de Deir el-Bahari racontent sa naissance divine : le dieu Amon, sous les traits de Thoutmosis Ier, aurait engendré l’enfant avec la reine Ahmès. Une autre scène montre son couronnement par son père, qui n’eut sans doute jamais lieu. Dans l’inscription du Spéos Artémidos, un sanctuaire rupestre de Moyenne-Égypte, elle se présente en restauratrice des temples ruinés depuis l’occupation hyksôs, un siècle plus tôt.
Son entourage compte quelques personnages puissants. Le plus connu est Senenmout, intendant des domaines d’Amon et précepteur de Néférourê, qui accumula plus de titres et de statues qu’aucun fonctionnaire de son temps. Le grand prêtre d’Amon Hapouseneb tient le clergé de Karnak. Ce gouvernement n’est pas pacifiste : des campagnes en Nubie sont attestées. Mais aucune grande expédition asiatique ne marque le règne.
Vers la neuvième année part l’expédition vers le pays de Pount, une région de la côte africaine de la mer Rouge, sans doute entre le Soudan et l’Érythrée actuels. Les années suivantes sont consacrées aux chantiers : Deir el-Bahari, la Chapelle rouge de Karnak, et deux paires d’obélisques. La dernière mention datée de son règne remonte à la vingtième année. Elle meurt vers 1458, sans qu’on sache de quoi. Thoutmosis III, désormais seul, mène l’année suivante la campagne de Megiddo, en Syrie-Palestine, et règne encore plus de trente ans.
Qu’a accompli Hatchepsout, et que reste-t-il de son œuvre ?
L’héritage le plus visible est architectural. Le temple de Deir el-Bahari, baptisé Djeser-djeserou, « le sacré des sacrés », étage trois terrasses au pied d’une falaise de la rive ouest de Thèbes. Son plan, qui épouse la montagne, ne ressemble à rien de ce qu’on bâtissait alors. On y lit encore la naissance divine de la reine et l’expédition de Pount, avec ses bateaux, ses huttes sur pilotis et la reine de Pount, Ati, dessinée avec un réalisme rare.
À Karnak, l’un de ses obélisques est toujours debout : près de trente mètres d’un seul bloc de granit rose d’Assouan, dressé pour le jubilé de la seizième année. L’inscription de sa base affirme que l’extraction a demandé sept mois. Dans la carrière d’Assouan, un obélisque inachevé, abandonné après une fissure, est souvent rattaché à son règne, sans certitude. La Chapelle rouge, sanctuaire de quartzite démonté dans l’Antiquité, a été remontée pierre à pierre au musée en plein air de Karnak.
L’héritage politique est plus mince, et c’est le sujet le plus discuté. Le règne n’a créé ni frontière nouvelle ni institution durable. Il a montré qu’une femme pouvait exercer la royauté en Égypte, mais il n’a pas fait école : la reine suivante à porter la titulature complète, Taousert, régnera près de trois siècles plus tard, et brièvement. Ce qui reste, outre la pierre, est un modèle de gouvernement par le temple : une reine qui fait d’Amon son associé et du clergé de Karnak son appui. La formule sera reprise par ses successeurs, Ramsès II le premier, en des proportions plus massives encore.
Comment Hatchepsout a-t-elle financé son pouvoir ?
Comme la Babylonie de Hammurabi près de trois siècles plus tôt, l’Égypte du XVe siècle av. J.-C. ne connaît pas la monnaie frappée. Elle compte pourtant, et avec une précision tatillonne. L’unité de compte usuelle au Nouvel Empire est le deben, un poids d’environ 91 grammes de cuivre, d’argent ou d’or, qui sert à exprimer la valeur d’un bœuf, d’un lit ou d’une jarre d’huile, même quand on paie en nature. Les salaires, eux, se versent en grain : blé et orge, mesurés au sac.
La fiscalité repose sur la terre et sur le fleuve. Des scribes évaluent chaque année les champs et prélèvent une part de la récolte, dont le niveau dépend de la crue du Nil, mesurée par des échelles graduées. La corvée fournit le travail des chantiers. Le reste du budget de l’État passe par les grands domaines, royaux et surtout divins. Le temple d’Amon de Karnak est à la fois sanctuaire, propriétaire foncier, grenier et atelier. En confiant à Senenmout l’intendance des biens d’Amon, Hatchepsout plaçait son homme de confiance au cœur de la plus grosse entreprise du pays. Elle rendait aussi au dieu ce qu’elle en tirait : temples, offrandes, et légitimité.
Le métal précieux vient du sud. Les mines d’or de Nubie et du désert oriental, contrôlées depuis les campagnes de Thoutmosis Ier, alimentent le trésor royal sous forme de livraisons régulières que les textes égyptiens appellent inou, mot que l’on traduit tantôt par « tribut », tantôt par « présent », car il désigne aussi bien un prélèvement imposé qu’un échange diplomatique. Hatchepsout en use avec ostentation : les pointes de ses obélisques étaient couvertes d’électrum, un alliage naturel d’or et d’argent, et l’inscription de Karnak se vante d’avoir pesé ce métal par sacs entiers, comme du grain.
L’expédition de Pount est un investissement d’État, au sens propre. Cinq navires, armés et financés par la couronne, partent avec des marchandises égyptiennes, perles, armes, outils, et reviennent chargés de myrrhe, d’encens, d’ébène, d’ivoire, d’or, de peaux de panthère, de babouins, et de trente et un arbres à myrrhe en pots, replantés devant le temple. Les reliefs de Deir el-Bahari montrent la pesée de l’or et le mesurage des tas de myrrhe, sous le regard de Thot, dieu des scribes, qui enregistre les quantités. Le commerce de luxe est ici un monopole royal, et son produit va d’abord au culte, qui consommait l’encens en quantités considérables.
Aucune comptabilité d’ensemble du règne ne nous est parvenue. On ne connaît ni le volume des récoltes prélevées, ni le coût des obélisques, ni la valeur de la cargaison de Pount. Les historiens en déduisent seulement que la paix, en économisant les dépenses de guerre, laissait au trésor de quoi bâtir.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Hatchepsout ?
Le XIXe et le début du XXe siècle ont fait de Hatchepsout un personnage de roman : l’usurpatrice ambitieuse qui aurait tenu sous le boisseau un neveu génial, lequel se serait vengé dès sa mort en martelant son nom. La chronologie défait le scénario. Les études de Charles Nims puis de Peter Dorman ont montré que la proscription de ses images date de la fin du règne de Thoutmosis III, une vingtaine d’années après la mort de la reine. Une vengeance qui attend vingt ans n’est plus une vengeance ; c’est une décision politique, sans doute liée à la succession d’Amenhotep II.
La deuxième légende est sentimentale. Une liaison entre la reine et Senenmout a été déduite de son ascension exceptionnelle, de sa présence discrète dans le temple de Deir el-Bahari et d’un graffiti obscène d’une tombe voisine, dont l’interprétation reste incertaine. Aucun document ne permet de l’affirmer.
La troisième est récente. En 2007, les autorités égyptiennes ont annoncé l’identification de sa momie parmi deux corps féminins de la tombe KV60, grâce à une dent retrouvée dans un coffret à son nom. La nouvelle a fait le tour du monde. En 2011, l’égyptologue Erhart Graefe a fait observer que la dent était une molaire inférieure et que la lacune de la momie se trouvait à la mâchoire supérieure. L’identification n’est pas abandonnée, mais elle n’est pas démontrée.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
L’historiographie a beaucoup changé en un siècle. Après l’image de l’usurpatrice, Christiane Desroches Noblecourt, dans La Reine mystérieuse : Hatshepsout (Pygmalion, 2002), a proposé celle d’une souveraine habile et pieuse. Joyce Tyldesley, dans Hatchepsut : The Female Pharaoh (1996), a analysé la construction de son image royale. Le catalogue de l’exposition du Metropolitan Museum, Hatshepsut : From Queen to Pharaoh, dirigé par Catharine Roehrig (2005), a fait le point sur les monuments.
Trois débats restent ouverts. Le premier porte sur le moment et le sens de son couronnement : prise de pouvoir calculée, ou réponse à une menace contre la dynastie que nous ne voyons plus ? Le deuxième porte sur la proscription : plusieurs égyptologues y voient une opération ciblée, qui épargne une partie des images et vise à rétablir une lignée masculine continue. Le troisième, plus large, porte sur la place du genre : Kara Cooney, dans The Woman Who Would Be King (2014), soutient que son pouvoir reposa sur l’appui d’une élite qu’elle sut enrichir, et que son effacement révèle les limites admises à une royauté féminine. Les sources ne permettent de trancher aucun de ces points avec certitude.
Que peut apprendre de Hatchepsout celui qui décide ?
Le règne de Hatchepsout est une leçon de légitimité construite. Faute de pouvoir invoquer la coutume, elle a accumulé les garanties : un dieu pour père, un roi pour associé, un clergé pour allié, et des monuments pour preuve.
- Un pouvoir inédit s’installe mieux par étapes que par rupture : régente d’abord, roi ensuite, sans jamais écarter formellement l’héritier légitime.
- Placer un homme de confiance à la tête de la principale source de revenus, les domaines d’Amon, vaut mieux que de multiplier les impôts nouveaux.
- Un investissement de prestige peut aussi être un investissement productif : l’encens de Pount servait le culte qui fondait la légitimité de la reine.
- La paix est une ressource budgétaire. Ce que la guerre ne consomme pas finance les chantiers qui durent.
- Ce que l’on n’a pas inscrit dans les institutions peut être effacé : la mémoire d’un règne dépend de ceux qui viennent après.
Quels livres lire sur Hatchepsout ?
- Christiane Desroches Noblecourt, La Reine mystérieuse : Hatshepsout, Paris, Pygmalion, 2002 (rééd. J’ai lu, 2003) : la biographie française la plus lue, par une grande égyptologue, avec une part d’interprétation personnelle.
- Joyce Tyldesley, Hatchepsut : The Female Pharaoh, Londres, Viking, 1996 : une biographie claire et prudente.
- Catharine H. Roehrig (dir.), Hatshepsut : From Queen to Pharaoh, New York, The Metropolitan Museum of Art, 2005 : le catalogue de référence sur les monuments et les objets du règne.
- Kara Cooney, The Woman Who Would Be King, New York, Crown, 2014 : une lecture politique et sociale du règne, discutée mais stimulante.
- Joyce Tyldesley, Chronique des reines d’Égypte, Arles, Actes Sud, 2008 : pour replacer Hatchepsout parmi les autres souveraines.
- Nicolas Grimal, Histoire de l’Égypte ancienne, Paris, Fayard, 1988 (Le Livre de poche, 1994) : le cadre général de la XVIIIe dynastie.
Questions fréquentes sur Hatchepsout
Hatchepsout était-elle reine ou pharaon ?
Les deux, successivement. Grande épouse royale de Thoutmosis II, puis régente pour Thoutmosis III, elle prit la titulature royale complète entre la deuxième et la septième année du règne et fut dès lors pharaon, avec le nom de couronnement Maâtkarê.
Pourquoi Hatchepsout a-t-elle été effacée des monuments ?
Ses images et son nom furent martelés à la fin du règne de Thoutmosis III, une vingtaine d’années après sa mort. L’explication la plus suivie est dynastique : rétablir une succession masculine sans interruption au profit d’Amenhotep II. Une vengeance personnelle est peu vraisemblable, vu le délai.
Qu’est-ce que l’expédition de Pount ?
Une expédition maritime organisée vers la neuvième année du règne vers le pays de Pount, sur la côte africaine de la mer Rouge. Elle rapporta myrrhe, encens, ébène, ivoire, or et des arbres à myrrhe vivants. Elle est représentée sur les murs du temple de Deir el-Bahari.
A-t-on retrouvé la momie d’Hatchepsout ?
En 2007, une momie de la tombe KV60 a été identifiée comme la sienne, sur la foi d’une dent. Cette identification a été contestée en 2011, la dent ne correspondant pas à la lacune de la mâchoire. La question reste ouverte.
Pour aller plus loin
- Le marché de l’or, pour suivre le métal de Nubie qui dorait la pointe de ses obélisques
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
Découvrir mon parcours









La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École