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Cyrus le Grand : biographie, conquêtes et légende du fondateur perse

Roi d’un petit royaume du sud de l’Iran, Cyrus le Grand conquit en vingt ans la Médie, la Lydie et Babylone, et fonda l’Empire perse, laissant aux vaincus le souvenir d’un maître clément.

Cyrus le Grand : Le roi d’Anshan qui prit Babylone sans combat et fonda la Perse

Qui était Cyrus le Grand ?

Cyrus le Grand, ou Cyrus II (mort en 530 av. J.-C.), est un roi perse qui, parti du petit royaume d’Anshan dans le sud-ouest de l’Iran, conquit entre 550 et 539 av. J.-C. la Médie, la Lydie et Babylone, et fonda l’Empire achéménide, qui s’étendit bientôt de l’Égée à l’Indus.

Les Grecs l’admirèrent, les Juifs le bénirent, les Babyloniens l’accueillirent ou firent mine de l’accueillir. Il est l’un des rares conquérants de l’Antiquité dont la mémoire soit restée favorable chez les vaincus. C’est assez pour éveiller la méfiance de l’historien, qui doit séparer le roi réel, connu par une poignée de documents, de la figure exemplaire que Grecs, Juifs et Perses ont façonnée.

Cyrus le Grand en résumé

Roi d’Anshan à partir de 559 av. J.-C. environ, Cyrus renverse son suzerain mède, puis enchaîne les conquêtes. Il meurt en 530 en combattant des nomades d’Asie centrale. Son fils Cambyse II lui succède et ajoute l’Égypte à l’empire.

  • Époque : L’Antiquité
  • Naissance : vers 600 av. J.-C. selon une tradition antique (soixante-dix ans de vie), sans certitude ; fils de Cambyse Ier, roi d’Anshan
  • Mort : en 530 av. J.-C., au combat en Asie centrale ; tombeau à Pasargades
  • Pays : Perse (Iran actuel), puis empire de l’Égée à l’Asie centrale
  • Fonctions : roi d’Anshan vers 559-530 av. J.-C. ; roi des Mèdes après 550 ; « roi de Babylone, roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre régions » après 539
  • Œuvre principale : l’Empire achéménide et sa capitale de Pasargades ; le cylindre de Cyrus, proclamation babylonienne de 539
  • À retenir : les dates d’avènement et de la prise de Sardes reposent sur des sources tardives ou lacunaires ; seule la prise de Babylone, en octobre 539, est datée au jour près par la chronique babylonienne

La vie de Cyrus le Grand : un vassal devenu roi du monde

Sur la jeunesse de Cyrus, nous n’avons que des contes. Hérodote rapporte que le roi mède Astyage, son grand-père maternel, effrayé par un songe, ordonna de tuer l’enfant, qui fut sauvé et élevé par un berger. Le motif de l’enfant royal exposé et recueilli est un lieu commun de l’Orient ancien. Ce qui est sûr tient en une ligne : Cyrus est fils de Cambyse Ier et petit-fils d’un premier Cyrus, rois d’Anshan, une région du Fars dont la capitale était sans doute Tall-i Malyan. Les inscriptions de Cyrus se réclament aussi de Teispès, un ancêtre plus lointain.

Vers 559, il succède à son père comme vassal des Mèdes. Vers 550, il se révolte. La chronique babylonienne dite de Nabonide, écrite sur tablette, rapporte que l’armée d’Astyage se mutina et livra son roi à Cyrus, qui pilla Ecbatane, la capitale mède, et emporta l’argent, l’or et les biens à Anshan. En un jour, le vassal hérite de l’empire de son suzerain.

Le roi de Lydie, Crésus, maître de l’Anatolie occidentale, prend les devants. Il franchit le fleuve Halys, frontière avec l’empire mède, livre une bataille indécise à Ptérie, puis se replie sur Sardes pour l’hiver, croyant la saison de guerre finie. Cyrus le suit et prend Sardes, traditionnellement en 547 ou 546, date que le texte abîmé de la chronique babylonienne ne permet pas de fixer. Le sort de Crésus est incertain. Les généraux de Cyrus soumettent ensuite les cités grecques d’Ionie, tandis que le roi part conquérir l’Iran oriental, la Bactriane et la Sogdiane.

En 539, il se tourne vers Babylone, dont le roi Nabonide est impopulaire auprès d’une partie du clergé de Marduk. Les Perses battent l’armée babylonienne à Opis, sur le Tigre ; Sippar se rend sans combat ; le 12 octobre 539, le général Ugbaru entre dans Babylone, et Cyrus y fait son entrée solennelle le 29. La plus grande ville du monde change de maître sans siège. Avec elle passent sous l’autorité perse la Syrie, la Phénicie et la Palestine.

Cyrus bâtit à Pasargades, dans le Fars, une résidence royale faite de jardins et de palais ouverts. Il meurt en 530 au cours d’une campagne contre les Massagètes, nomades d’Asie centrale, dans des circonstances que les auteurs grecs racontent de trois façons différentes. Son tombeau, une chambre de pierre posée sur six degrés, se dresse encore à Pasargades. Alexandre le Grand le trouva pillé en 324 et le fit restaurer.

Qu’a accompli Cyrus le Grand, et que reste-t-il de son œuvre ?

L’accomplissement est d’abord d’échelle. En une vingtaine d’années, Cyrus réunit sous un seul pouvoir trois des grands États du Proche-Orient, Médie, Lydie et Babylonie, et une partie de l’Asie centrale. Aucun empire antérieur n’avait couvert un tel espace. Ses successeurs, Cambyse puis Darius Ier, y ajouteront l’Égypte et l’Indus, mais le cadre est posé par lui.

Il l’est aussi par une méthode. Cyrus conserve souvent les élites et les administrations locales, se présente aux vaincus dans leur langue et selon leurs rites, et place des Perses aux postes de commandement. À Babylone, il se dit choisi par Marduk, restaure des cultes et laisse rentrer chez eux des dieux et des populations déplacés. C’est le sens du cylindre d’argile découvert en 1879 par Hormuzd Rassam dans les ruines de Babylone et conservé au British Museum.

Pour les Judéens exilés à Babylone depuis Nabuchodonosor, cette politique prend un sens religieux. Le livre d’Isaïe appelle Cyrus l’oint du Seigneur, et le livre d’Esdras lui prête un édit autorisant la reconstruction du Temple de Jérusalem. Ce qui reste de Cyrus est donc aussi un héritage biblique, puis européen : Xénophon fit de lui, dans la Cyropédie, le modèle du prince éduqué, lu jusqu’à la Renaissance. En Iran, il est devenu une figure nationale.

Comment Cyrus le Grand a-t-il financé son pouvoir ?

D’abord par le butin, et à une échelle sans précédent. La chronique babylonienne mentionne l’or et l’argent emportés d’Ecbatane. Sardes livre ensuite le trésor de Crésus, dont la fortune était déjà proverbiale chez les Grecs : la Lydie tirait l’électrum, alliage naturel d’or et d’argent, des alluvions du Pactole, et ses rois avaient multiplié les offrandes somptueuses au sanctuaire de Delphes, qu’Hérodote décrit en détail. Babylone, enfin, apporte les réserves d’un royaume qui administrait depuis des siècles d’immenses domaines de temples.

Avec Sardes, Cyrus s’empare aussi d’une invention. Hérodote affirme que les Lydiens furent les premiers à frapper des monnaies d’or et d’argent (I, 94). L’archéologie confirme qu’à la fin du VIIe siècle av. J.-C. la Lydie et l’Ionie émettaient de petits lingots d’électrum marqués d’un type, et qu’on y passa ensuite à des pièces séparées d’or et d’argent, dites « crésides ». Leur attribution à Crésus lui-même est discutée : une partie de ces pièces fut frappée à Sardes après la conquête, par l’administration perse. L’empire de Cyrus est donc né en possession de l’atelier monétaire le plus ancien du monde.

Il n’en fit pas une politique. Hérodote rapporte le mépris de Cyrus pour les Grecs, qui ont au milieu de leurs villes une place où ils se réunissent pour se tromper les uns les autres en achetant et en vendant (I, 153) ; les Perses, ajoute-t-il, n’ont pas de marché. Le même passage contient une leçon de gestion des risques. Partant vers l’est, Cyrus confie Sardes à un Perse, Tabalos, et l’or de Crésus et des Lydiens à un Lydien, Pactyès. Celui-ci se révolte aussitôt et se sert de cet or pour lever des mercenaires (I, 154). La révolte est écrasée, mais le roi a appris qu’on ne confie pas le trésor à celui qu’on vient de vaincre.

L’impôt, lui, reste peu organisé. Selon Hérodote, sous Cyrus et Cambyse, aucun tribut n’était fixé : les peuples apportaient des présents. C’est pour cette raison, ajoute-t-il, que les Perses disaient de Darius qu’il était un boutiquier, de Cambyse un maître et de Cyrus un père (III, 89). La formule est flatteuse et partiellement inexacte. À Babylone, les tablettes montrent que les redevances des temples et les obligations de service sur les terres continuèrent sous l’autorité perse. Il est plus juste de dire que Cyrus gouverna avec les fiscalités qu’il trouvait, sans les unifier.

Les sources ne donnent aucun montant pour le trésor de Crésus, ni pour celui d’Ecbatane. Les chiffres qui circulent viennent d’auteurs tardifs et n’ont pas de valeur comptable.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Cyrus le Grand ?

La légende la plus moderne fait du cylindre de Cyrus la « première charte des droits de l’homme ». Cette lecture, répandue lors des fêtes du 2 500e anniversaire de la monarchie iranienne en 1971, ne résiste pas au texte. Le cylindre est une inscription de fondation babylonienne, d’un genre bien connu, où le nouveau roi justifie sa conquête par la volonté de Marduk et noircit son prédécesseur. Il ne parle ni de droits ni de libertés, et ne mentionne pas les Juifs.

Les légendes antiques sont plus anciennes et plus belles. L’enfance chez le berger relève du conte. La rencontre de Crésus et du sage athénien Solon, qui lui aurait enseigné qu’on ne peut dire un homme heureux avant sa mort, est chronologiquement très improbable. Crésus sur le bûcher, sauvé par une pluie envoyée par Apollon, apparaît sous plusieurs versions contradictoires. Quant à l’oracle de Delphes qui aurait promis à Crésus de détruire un grand empire s’il franchissait l’Halys, et qui fut exact puisque l’empire détruit fut le sien, il appartient à la littérature des oracles après coup.

La mort de Cyrus a, elle aussi, trois versions. Hérodote le fait tuer par les Massagètes, dont la reine Tomyris aurait plongé sa tête dans une outre de sang. Ctésias le fait mourir de ses blessures après un combat contre un autre peuple. Xénophon le fait mourir dans son lit, entouré de ses fils, en prodiguant des conseils. On choisira selon le genre littéraire que l’on préfère.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La synthèse de référence est l’Histoire de l’Empire perse. De Cyrus à Alexandre de Pierre Briant (Fayard, 1996), qui a renouvelé l’étude de l’empire à partir des sources orientales plutôt que du seul regard grec. Amélie Kuhrt a montré dès 1983 que le cylindre de Cyrus reprenait les formules des inscriptions royales mésopotamiennes, et que la « tolérance » perse était d’abord une technique de domination éprouvée. Son recueil The Persian Empire. A Corpus of Sources from the Achaemenid Period (Routledge, 2007) rassemble les textes.

Les débats actuels portent sur trois points. L’identité de Cyrus d’abord : était-il perse au sens où l’entendra Darius, ou héritier d’une royauté d’Anshan imprégnée de culture élamite ? Plusieurs historiens, à la suite des travaux sur les tablettes de Persépolis, préfèrent parler de dynastie « teispide » pour Cyrus et Cambyse. La chronologie ensuite, en particulier celle de la chute de Sardes. L’ampleur réelle de sa politique de restitution enfin, que les sources babyloniennes et bibliques confirment en partie sans permettre de la mesurer. Matt Waters, dans King of the World (Oxford University Press, 2022, traduit en 2025 sous le titre Cyrus le Grand. Roi du monde), propose un bilan prudent de ces questions.

Que peut apprendre de Cyrus le Grand celui qui décide ?

Cyrus a gagné vite parce qu’il a su exploiter les erreurs des autres et réduire le coût de ses victoires. Ses conquêtes coûtent peu de sièges : Ecbatane est livrée par une mutinerie, Babylone ouvre ses portes.

  • L’adversaire qui croit la saison finie offre la meilleure occasion. Crésus démobilisa ses troupes pour l’hiver ; Cyrus continua sa marche jusqu’à Sardes.
  • Une conquête qui garde les élites locales coûte moins qu’une conquête qui les détruit, à condition de garder le commandement militaire et le trésor.
  • Confier la caisse au vaincu de la veille est un risque de contrepartie mal évalué : la révolte de Pactyès fut payée avec l’or qu’on lui avait remis.
  • Le récit fait partie de la victoire. Le cylindre de Babylone et l’entrée sans combat valaient une armée d’occupation.
  • Un oracle ambigu ne dit que ce qu’on veut entendre : Crésus lut dans la prophétie la confirmation de son projet.

Quels livres lire sur Cyrus le Grand ?

  • Pierre Briant, Histoire de l’Empire perse. De Cyrus à Alexandre, Paris, Fayard, 1996 : la somme de référence, indispensable.
  • Hérodote, L’Enquête, livre I, trad. Andrée Barguet, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 1985 : la source grecque majeure, à lire avec son esprit critique.
  • Xénophon, Cyropédie, trad. Marcel Bizos et Édouard Delebecque, Paris, Les Belles Lettres : le roman pédagogique qui fit de Cyrus le prince idéal.
  • Irving Finkel (dir.), The Cyrus Cylinder. The King of Persia’s Proclamation from Ancient Babylon, Londres, I. B. Tauris, 2013 : le texte du cylindre et ses lectures.
  • Matt Waters, Cyrus le Grand. Roi du monde, trad. Johan-Frédérik Hel-Guedj, Paris, Passés composés, 2025 (éd. originale Oxford University Press, 2022) : la biographie récente la plus sûre.
  • Amélie Kuhrt, The Persian Empire. A Corpus of Sources from the Achaemenid Period, Londres, Routledge, 2007 : toutes les sources traduites et commentées.

Questions fréquentes sur Cyrus le Grand

Qui était Cyrus le Grand ?

Cyrus II est le roi perse qui fonda l’Empire achéménide au VIe siècle av. J.-C. Il conquit la Médie vers 550, la Lydie vers 547-546 et Babylone en 539, avant de mourir en 530 en Asie centrale.

Le cylindre de Cyrus est-il la première déclaration des droits de l’homme ?

Non. C’est une inscription de fondation babylonienne, rédigée selon les conventions de la propagande royale mésopotamienne. Elle justifie la conquête de Babylone par la volonté du dieu Marduk et annonce des restaurations de cultes, sans parler de droits.

Cyrus a-t-il libéré les Juifs de Babylone ?

La Bible lui attribue un édit permettant le retour des exilés et la reconstruction du Temple de Jérusalem. Le cylindre de Cyrus évoque des retours de dieux et de populations, sans nommer les Juifs. Le principe d’une politique de restitution est plausible, ses modalités restent discutées.

Comment est mort Cyrus le Grand ?

Il mourut en 530 av. J.-C. lors d’une campagne en Asie centrale. Hérodote le fait tuer par les Massagètes de la reine Tomyris, Ctésias le fait mourir de blessures, Xénophon dans son lit. Son tombeau se trouve à Pasargades, en Iran.

Pour aller plus loin

  • Thalès de Milet, sage d’une cité ionienne passée de la Lydie à la Perse, qu’Hérodote place dans l’armée de Crésus
  • Le biais de confirmation, ou comment Crésus lut dans un oracle ambigu la promesse de sa victoire
L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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