Alexandre le Grand : biographie, conquêtes et trésor perse du roi macédonien
Roi de Macédoine à vingt ans, Alexandre le Grand conquit en onze ans l’Empire perse jusqu’à l’Indus, s’empara de ses trésors et mourut à trente-deux ans à Babylone, laissant un monde devenu grec.

Qui était Alexandre le Grand ?
Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) est un roi de Macédoine qui, entre 334 et 325 av. J.-C., conquit l’Empire perse et poussa jusqu’à l’Indus, créant le plus vaste empire connu de son temps et ouvrant la période que les historiens appellent hellénistique.
Peu de vies ont été autant racontées, et aussi mal documentées à la source. Les récits contemporains, ceux de ses officiers Ptolémée et Aristobule, de son historien officiel Callisthène, sont perdus. Nous lisons Alexandre à travers des auteurs qui écrivent trois à cinq siècles plus tard : Diodore de Sicile, Quinte-Curce, Plutarque et surtout Arrien. L’histoire d’Alexandre est donc d’abord une histoire de ses historiens.
Alexandre le Grand en résumé
Élève d’Aristote, roi à vingt ans, Alexandre passe le reste de sa vie en campagne. Il ne revoit jamais la Macédoine après 334. Sa mort brutale laisse un empire sans successeur adulte, que ses généraux se partagent au terme de quarante ans de guerres.
- Époque : L’Antiquité
- Naissance : en juillet 356 av. J.-C., à Pella, capitale de la Macédoine, fils de Philippe II et d’Olympias, princesse d’Épire
- Mort : le 10 ou le 11 juin 323 av. J.-C., à Babylone
- Pays : Macédoine, puis empire de la Grèce à l’Indus
- Fonctions : roi de Macédoine (336-323), hégémon de la ligue de Corinthe, pharaon d’Égypte (332), roi d’Asie après 331
- Œuvre principale : la conquête de l’Empire perse ; la fondation d’Alexandrie d’Égypte et d’une série de cités en Asie
- À retenir : la date de sa mort est fixée par un journal astronomique babylonien ; la plupart des autres dates dépendent d’auteurs tardifs
La vie d’Alexandre le Grand : onze ans de marche vers l’est
Alexandre naît à Pella en 356, dans une cour où l’on boit sec et où l’on s’assassine volontiers. Son père, Philippe II, a fait d’un royaume de bergers la première puissance militaire de la Grèce, grâce à une phalange réorganisée et à l’or des mines du mont Pangée. De 343 à 340, le prince reçoit à Mieza l’enseignement d’Aristote. À dix-huit ans, il commande la cavalerie à Chéronée, en 338, où Philippe écrase Athènes et Thèbes.
En 336, Philippe est assassiné à Aigai par un garde du corps. Alexandre, vingt ans, élimine ses rivaux, soumet les peuples du Nord et rase Thèbes révoltée en 335 : 6 000 morts selon Diodore, 30 000 habitants vendus comme esclaves. Au printemps 334, il franchit l’Hellespont avec une armée d’environ 40 000 hommes, pour une campagne de « vengeance » contre la Perse décidée par son père. Il bat les satrapes au Granique, libère ou soumet les cités d’Asie Mineure, tranche à Gordion le nœud qui promettait l’Asie à qui le déferait.
En novembre 333, à Issos, il met en fuite le roi Darius III, dont la famille tombe entre ses mains. Plutôt que de le poursuivre, il descend la côte phénicienne pour priver la flotte perse de ses bases : Tyr résiste sept mois et le paie de 8 000 morts et 30 000 captifs vendus, selon Arrien. L’Égypte se donne sans combat. Alexandre y fonde Alexandrie et va consulter l’oracle d’Amon à Siwa, qui le salue en fils du dieu.
Le 1er octobre 331, à Gaugamèla, au nord de la Mésopotamie, il bat à nouveau Darius. Babylone, Suse et Persépolis tombent. Au printemps 330, le palais de Persépolis brûle. Darius est assassiné en juillet par ses propres satrapes. Alexandre se fait désormais roi d’Asie, adopte une partie du cérémonial perse et prend des Perses dans son entourage, ce qui irrite ses compagnons macédoniens. Les complots et les exécutions se multiplient : Philotas et son père Parménion en 330, Cleitos, tué par le roi de sa main lors d’un banquet en 328, Callisthène en 327.
De 330 à 327, il mène en Bactriane et en Sogdiane une guerre de guérilla longue et cruelle, qu’il conclut en épousant Roxane, fille d’un noble sogdien. Il passe en Inde en 327, bat le roi Poros sur l’Hydaspe en 326, mais ses soldats refusent d’aller au-delà de l’Hyphase. Le retour, par le désert de Gédrosie, coûte des milliers de vies. En 324, à Suse, il marie quatre-vingts de ses officiers à des aristocrates perses, et épouse lui-même deux princesses achéménides.
Les derniers mois sont sombres. Son ami Héphaistion meurt à Ecbatane à l’automne 324. Alexandre prépare une expédition vers l’Arabie quand il tombe malade à Babylone après plusieurs jours de banquets. Il meurt le 10 ou le 11 juin 323, à trente-deux ans, sans avoir désigné de successeur. Son fils, Alexandre IV, naît après sa mort ; il sera assassiné vers 310.
Qu’a accompli Alexandre le Grand, et que reste-t-il de son œuvre ?
Militairement, l’œuvre est complète : l’Empire perse fondé par Cyrus le Grand et organisé par Darius Ier disparaît en quatre ans. Alexandre ne perd pas une bataille rangée. Politiquement, elle est inachevée. Il gouverne avec les structures perses, satrapies et tribut, en y plaçant des Macédoniens et des Perses, et ne laisse ni héritier en âge de régner ni institutions propres.
L’empire éclate donc. Ses généraux, les diadoques, se le partagent en royaumes : les Ptolémées en Égypte, dont la dernière sera Cléopâtre, les Séleucides en Asie, les Antigonides en Macédoine. Ce qui reste d’Alexandre est l’espace qu’il a ouvert. Pendant trois siècles, de la Méditerranée à l’Afghanistan, le grec devient la langue des cours, du commerce et de la science. Alexandrie devient la capitale intellectuelle du monde méditerranéen, avec sa bibliothèque et son phare.
Il reste aussi une monnaie et un modèle. Les tétradrachmes à l’effigie d’Héraclès, au revers de Zeus assis, frappés dans de nombreux ateliers, deviennent la monnaie commune d’un monde, et continuent d’être émis à son nom bien après sa mort. Le modèle du conquérant jeune, invaincu et divinisé hante ensuite les ambitions de Pompée, de César, de Trajan, de Napoléon. On lui attribue souvent plus de soixante-dix cités fondées : le chiffre vient de Plutarque et il est très exagéré ; seule une petite partie de ces fondations est attestée avec certitude.
Comment Alexandre le Grand a-t-il financé son pouvoir ?
Alexandre part ruiné. Dans le discours qu’Arrien lui prête devant ses soldats révoltés à Opis, il rappelle qu’il a hérité de son père quelques coupes d’or et d’argent, moins de soixante talents dans le trésor, et 500 talents de dettes, et qu’il a dû emprunter 800 talents de plus pour partir (VII, 9). Plutarque cite d’autres chiffres, 70 talents de trésorerie et trente jours de vivres, ou 200 talents de dettes (Vie d’Alexandre, 15). Les montants varient, l’idée est constante : l’expédition de 334 est une opération à effet de levier, dont le remboursement suppose la victoire.
La guerre doit donc nourrir la guerre. Le butin commence avec la vente des vaincus : les captifs de Thèbes rapportent 440 talents, selon Diodore. Il continue avec le camp de Darius à Issos et les bagages perses saisis à Damas. Il change d’échelle en 331. À Suse, Alexandre trouve 50 000 talents d’argent (Arrien, III, 16). À Persépolis, Diodore et Quinte-Curce parlent de 120 000 talents ; Plutarque rapporte qu’il fallut dix mille paires de mulets et cinq mille chameaux pour les transporter. Selon une tradition que rapporte Strabon (XV, 3, 9), l’ensemble des trésors, rassemblé à Ecbatane, aurait été évalué à 180 000 talents ; le même auteur cite d’autres estimations, de 40 000 ou 50 000 talents pour Suse et la Perse seules. Ce métal est celui que les rois perses avaient fondu et stocké depuis Darius Ier.
Pour mesurer l’ordre de grandeur sans le convertir en monnaie actuelle, il suffit de comparer : en 431, la réserve qui fondait la stratégie de Périclès était de 6 000 talents. Le trésor perse en représentait trente fois plus. Alexandre change de catégorie : il n’est plus un roi endetté, mais le plus grand détenteur de métal précieux du monde méditerranéen.
Une partie de ce trésor est remise en circulation. Alexandre paie ses troupes, renvoie avec des primes les contingents grecs en 330, et règle en 324 les dettes de ses soldats, pour environ 10 000 talents selon Diodore, Plutarque et Quinte-Curce, 20 000 selon Arrien. Les funérailles d’Héphaistion coûtent 10 000 à 12 000 talents. Les ateliers frappent les nouvelles monnaies à son nom, au poids attique, celui d’Athènes, ce qui les rend acceptables partout où la chouette athénienne circulait. Les historiens discutent l’effet de ce déstockage sur les prix : le rapport entre l’or et l’argent, de 13 pour 1 dans le calcul d’Hérodote (III, 95), semble baisser vers 10 pour 1 à la fin du siècle, mais les séries de prix sont trop rares pour mesurer une inflation générale.
L’administration financière est moins brillante que la conquête. Alexandre sépare souvent, dans les satrapies, le commandement militaire et la collecte de l’impôt, confiée à des responsables distincts. Mais son trésorier, Harpale, ami d’enfance, détourne des fonds à Babylone et s’enfuit en 324 avec environ 5 000 talents et des mercenaires, selon Diodore ; il finit à Athènes, où son argent provoque un scandale politique. En Égypte, l’intendant Cléomène de Naucratis profite d’une disette en Grèce : selon un traité d’économie attribué à l’école d’Aristote, il achète le blé à dix drachmes et le revend à trente-deux. L’empire d’Alexandre a ainsi connu ses premiers spéculateurs sur matières premières.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire d’Alexandre le Grand ?
La légende commence de son vivant. Callisthène, son historien, en fait le fils de Zeus ; l’oracle de Siwa le confirme. Après sa mort, le Roman d’Alexandre, attribué faussement à Callisthène et compilé à l’époque romaine, le promène au fond des mers dans une cloche de verre et dans les airs sur un char tiré par des griffons. Il circule dans toutes les langues de l’Europe et de l’Orient, et Alexandre devient Iskandar dans la tradition persane et arabe.
Plusieurs épisodes célèbres sont incertains ou embellis. Le nœud gordien fut, selon les versions, tranché à l’épée ou simplement dénoué en retirant une cheville (Arrien, II, 3). La rencontre avec Diogène, à qui le roi aurait proposé de demander ce qu’il voulait et qui l’aurait prié de s’écarter de son soleil, est rapportée par Plutarque (Vie d’Alexandre, 14) et invérifiable. L’incendie de Persépolis, décidé selon Arrien comme une vengeance calculée des sacrilèges perses (III, 18), devient chez Diodore et Plutarque l’idée d’une courtisane athénienne, Thaïs, au sortir d’un banquet.
La mort a sa légende aussi. Le poison, prétendument apporté par le fils d’Antipater, régent de Macédoine, fut évoqué dès l’Antiquité, sans preuve. La réponse du mourant, qui aurait légué son royaume « au plus fort », est rapportée par Arrien et Diodore, avec des réserves. On ignore la cause réelle du décès : paludisme, fièvre typhoïde, effets de l’alcool et des blessures ont tous leurs partisans.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
Le XXe siècle a connu deux Alexandre. Celui de William Tarn, dans les années 1920 à 1940, rêvait de l’unité du genre humain. Celui d’Ernst Badian, à partir des années 1950, était un tyran paranoïaque. A. B. Bosworth, dans Conquest and Empire (1988), a ramené le débat aux sources, en insistant sur le coût humain des conquêtes. Pierre Briant, dans son Alexandre le Grand (PUF, « Que sais-je ? », depuis 1974) et dans Alexandre. Exégèse des lieux communs (Gallimard, 2016), a montré la continuité entre l’empire perse et celui d’Alexandre, qu’il appelle le dernier des Achéménides, et déconstruit les clichés européens sur l’« Orient » vaincu.
Sur l’argent, l’ouvrage de référence est celui du numismate Georges Le Rider, Alexandre le Grand. Monnaie, finances et politique (PUF, 2003). Il discute la chronologie des premières frappes au nom d’Alexandre, la part de la monnaie dans le financement de l’armée, et conteste l’idée d’une « politique monétaire » unificatrice voulue par le roi : la diffusion de ses monnaies serait davantage le résultat des besoins de la guerre et de l’imitation après sa mort qu’un dessein. Les numismates discutent encore la date d’ouverture des grands ateliers et la part posthume des émissions, sans doute majoritaire.
Que peut apprendre d’Alexandre le Grand celui qui décide ?
Alexandre est un cas extrême de prise de risque : un capital minuscule, un endettement lourd, une stratégie qui ne laisse aucune place à l’échec. Elle a réussi. Ce succès ne dit pas qu’elle était raisonnable, et le biais du survivant guette quiconque en tire une règle. Les victimes de la conquête, de Thèbes à Tyr et à la Sogdiane, se comptent en dizaines de milliers.
- Un levier élevé n’est tenable que si l’actif visé est assez gros pour rembourser vite : le trésor de Suse effaça en un jour les dettes de 334.
- Couper l’adversaire de ses ressources avant de l’attaquer au centre : la campagne phénicienne priva la flotte perse de ses ports avant Gaugamèla.
- Adopter les standards du marché plutôt que d’imposer les siens : la monnaie au poids attique fut acceptée partout.
- Le meilleur contrôle financier ne vaut que ce que valent les contrôleurs : Harpale et Cléomène se servirent avant de servir.
- Une organisation qui dépend d’un seul homme ne survit pas à sa disparition : l’empire fut partagé dès 323.
Quels livres lire sur Alexandre le Grand ?
- Arrien, Histoire d’Alexandre. L’Anabase d’Alexandre le Grand et L’Inde, trad. Pierre Savinel, Paris, Éditions de Minuit, 1984 : la meilleure source antique, d’une lecture aisée.
- Plutarque, Vies, tome IX, Alexandre-César, texte établi et traduit par Robert Flacelière et Émile Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1975 : le portrait moral et les anecdotes.
- Pierre Briant, Alexandre le Grand, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1974 (nombreuses éditions mises à jour) : la synthèse la plus dense.
- Pierre Briant, Alexandre. Exégèse des lieux communs, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2016 : contre les idées reçues.
- Georges Le Rider, Alexandre le Grand. Monnaie, finances et politique, Paris, PUF, 2003 : l’argent de la conquête, par un grand numismate.
- Olivier Battistini et Pascal Charvet (dir.), Alexandre le Grand. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004 : les sources et un dictionnaire.
Questions fréquentes sur Alexandre le Grand
Combien de temps a duré la conquête d’Alexandre le Grand ?
Environ onze ans, du passage de l’Hellespont au printemps 334 av. J.-C. au retour à Babylone en 324-323. L’Empire perse proprement dit fut vaincu en trois ans et demi, de la bataille du Granique en 334 à celle de Gaugamèla en octobre 331.
Combien Alexandre le Grand a-t-il pris dans les trésors perses ?
Les auteurs antiques donnent 50 000 talents à Suse et 120 000 à Persépolis, et Strabon rapporte une évaluation de 180 000 talents pour l’ensemble des trésors rassemblés à Ecbatane. Ces chiffres sont des ordres de grandeur ; ils ne permettent pas de conversion fiable en monnaie actuelle.
De quoi est mort Alexandre le Grand ?
On l’ignore. Il mourut à Babylone en juin 323 av. J.-C. après une dizaine de jours de fièvre. Paludisme, typhoïde, effets de l’alcool et de ses blessures, empoisonnement : toutes ces hypothèses ont été défendues, aucune n’est démontrée.
Qui a succédé à Alexandre le Grand ?
Officiellement, son demi-frère Philippe III Arrhidée et son fils posthume Alexandre IV, sous la tutelle des généraux. En réalité, ces généraux, les diadoques, se partagèrent l’empire et fondèrent leurs propres dynasties, dont celle des Ptolémées en Égypte.
Pour aller plus loin
- La théorie quantitative de la monnaie, pour penser l’effet d’un trésor remis en circulation
- La spéculation financière, que Cléomène de Naucratis pratiqua déjà sur le blé d’Égypte
- Le biais du survivant, pour ne pas faire d’une réussite exceptionnelle une méthode
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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