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Périclès : biographie, démocratie et trésor de l’Athènes classique

Stratège réélu chaque année de 443 à sa mort en 429 av. J.-C., Périclès dirigea la démocratie athénienne à son apogée et finança le Parthénon avec le tribut des alliés de la ligue de Délos.

Périclès : Le stratège qui bâtit le Parthénon avec l’argent des alliés

Qui était Périclès ?

Périclès (vers 495-429 av. J.-C.) est un homme d’État athénien, plusieurs fois élu stratège, qui domina la vie politique d’Athènes pendant une trentaine d’années, au moment où la cité, à la tête d’un empire maritime, bâtissait le Parthénon et fixait les institutions de sa démocratie.

Il n’exerça jamais de pouvoir légal supérieur à celui des neuf autres stratèges élus avec lui chaque année. Son autorité tenait à la parole, à la réélection et à la confiance d’une assemblée de citoyens qui pouvait le destituer, et le fit. Thucydide, qui l’admirait, résume l’ambiguïté du régime en une phrase restée célèbre : une démocratie de nom, en fait le gouvernement du premier citoyen (II, 65).

Périclès en résumé

Né dans l’aristocratie, Périclès devint le chef du parti populaire. Il gouverna Athènes par la persuasion, finança ses ambitions par le tribut des alliés et mourut de la peste au début de la guerre qu’il avait acceptée.

  • Époque : L’Antiquité
  • Naissance : vers 495 av. J.-C., à Athènes, fils de Xanthippe et d’Agaristè, de la famille des Alcméonides
  • Mort : à l’automne 429 av. J.-C., à Athènes, de la peste
  • Pays : Athènes, en Grèce
  • Fonctions : stratège à de nombreuses reprises à partir des années 450, chaque année de 443 à 429 av. J.-C. sauf une destitution en 430
  • Œuvre principale : le programme de constructions de l’Acropole (Parthénon, Propylées), la rémunération des juges, la stratégie athénienne de 431
  • À retenir : nous le connaissons surtout par Thucydide, qui écrit après sa mort, et par Plutarque, qui écrit cinq siècles plus tard

La vie de Périclès : un aristocrate au service du peuple

Périclès naît vers 495 av. J.-C. dans l’une des meilleures familles d’Athènes. Son père, Xanthippe, commandera la flotte grecque victorieuse des Perses au cap Mycale en 479. Sa mère, Agaristè, est la nièce de Clisthène, le réformateur qui avait fondé la démocratie en 508. Il reçoit l’éducation des élites, et fréquente le musicien Damon et le philosophe Anaxagore. En 472, il finance, comme chorège, la représentation des Perses d’Eschyle : un riche citoyen paie le chœur, et la cité lui en sait gré.

Il entre en politique contre Cimon, chef du parti aristocratique, fils de Miltiade, le vainqueur de Marathon contre l’armée de Darius Ier. Allié d’Éphialte, il participe en 462-461 aux réformes qui retirent au vieux conseil de l’Aréopage l’essentiel de ses pouvoirs. Éphialte est assassiné, Cimon est ostracisé, c’est-à-dire exilé dix ans par un vote de l’assemblée. Périclès devient le premier des chefs populaires.

Les années 450 sont celles de la puissance et du risque. Athènes combat à la fois les Perses, en Égypte et à Chypre, et les Péloponnésiens. En 454, après un désastre en Égypte, le trésor de la ligue de Délos est transféré à Athènes. En 451, une loi proposée par Périclès réserve la citoyenneté aux enfants de père et de mère athéniens. Vers 449, les hostilités avec la Perse cessent ; en 446-445, une paix de trente ans est conclue avec Sparte.

C’est alors que Périclès engage le grand chantier de l’Acropole. Le Parthénon est commencé en 447, la statue chryséléphantine d’Athéna, d’or et d’ivoire, sculptée par Phidias, est consacrée en 438, les Propylées sont entreprises en 437. L’opposition aristocratique, menée par Thucydide fils de Mélésias, à ne pas confondre avec l’historien, dénonce l’usage de l’argent des alliés. Elle perd : Thucydide est ostracisé en 443. À partir de cette date, Périclès est réélu stratège chaque année.

En 440-439, il mate la révolte de Samos, alliée devenue rebelle, au prix d’un long siège. Les années 430 voient monter la tension avec Corinthe et Sparte. Ses proches sont attaqués en justice : Phidias pour détournement, Anaxagore pour impiété, et sa compagne Aspasie, une Milésienne, cible constante des auteurs comiques, que Plutarque dit poursuivie elle aussi pour impiété. En 431, la guerre du Péloponnèse éclate. Périclès prononce l’hiver suivant l’oraison funèbre des premiers morts, que Thucydide recompose dans son histoire.

En 430, la peste frappe une ville surpeuplée par les réfugiés de la campagne. Périclès est destitué et condamné à une amende, puis réélu. Ses deux fils légitimes meurent de la maladie ; l’assemblée accorde la citoyenneté au fils qu’il a eu d’Aspasie, par dérogation à sa propre loi. Il meurt à l’automne 429, deux ans et demi après le début d’une guerre qui durera vingt-sept ans et se terminera par la défaite d’Athènes.

Qu’a accompli Périclès, et que reste-t-il de son œuvre ?

Le premier acquis est institutionnel. Périclès a fait de la démocratie athénienne un régime où les citoyens pauvres pouvaient effectivement siéger, en introduisant une indemnité pour les juges des tribunaux populaires. Il a aussi fixé les contours du corps civique par la loi de 451. Le régime qu’il a dirigé est celui que décrivent, pour l’admirer ou pour le critiquer, les philosophes du siècle suivant.

Le deuxième acquis est monumental, et c’est celui qui reste. Le Parthénon, les Propylées, le temple d’Héphaïstos sur l’Agora, l’Odéon et le sanctuaire d’Éleusis agrandi : le paysage de l’Athènes classique date de son époque. Les marbres du Parthénon, dispersés entre Athènes, Londres et Paris, sont devenus un symbole universel de l’art grec.

Le troisième acquis est un modèle de puissance : une cité qui domine un empire maritime de plus de cent cinquante alliés, appuyé sur la flotte, sur le port du Pirée, sur les Longs Murs qui le relient à la ville et sur une réserve de métal. Ce modèle a échoué en 404 av. J.-C., et Athènes passera au siècle suivant sous l’hégémonie macédonienne de Philippe II puis d’Alexandre le Grand. Ce qui en reste est un récit, celui de Thucydide, qui a fait de Périclès l’homme de la mesure et de ses successeurs les artisans de la démesure. Le partage est commode ; il n’est pas forcément juste.

Comment Périclès a-t-il financé son pouvoir ?

La question est au centre de sa carrière. Aristote, dans la Constitution d’Athènes (27, 3-4), rapporte que Périclès institua le salaire des juges parce qu’il ne pouvait rivaliser avec la fortune de Cimon, qui nourrissait les gens de son dème et laissait ses champs ouverts. Un conseiller lui aurait suggéré de donner au peuple ce qui appartenait au peuple. Le clientélisme privé était remplacé par une dépense publique. L’indemnité était peut-être de deux oboles par jour à l’origine, d’après une scholie d’Aristophane ; elle atteint trois oboles dans les années 420, hausse que la tradition attribue à Cléon.

L’argent public vient de trois sources. Les mines d’argent du Laurion, au sud de l’Attique, exploitées par des concessionnaires privés qui versent une redevance à la cité, alimentent la frappe des tétradrachmes à la chouette, la monnaie la plus répandue de la Méditerranée orientale. Les liturgies font payer aux plus riches certaines dépenses publiques : la triérarchie oblige un citoyen fortuné à équiper et commander une trière pendant un an. Enfin et surtout, le tribut des alliés.

La ligue de Délos avait été fondée en 478-477 contre la Perse. Selon Thucydide, le premier tribut fut fixé à 460 talents (I, 96) ; le talent valait 6 000 drachmes, et une drachme représentait à peu près le salaire d’une journée de travail qualifié à la fin du siècle. Le trésor commun était à Délos. En 454, il est transféré à Athènes, et chaque année un soixantième du tribut est offert à Athéna, ce qui nous vaut les listes gravées sur marbre qui permettent aux historiens de reconstituer les contributions. En 431, Périclès évalue le revenu annuel du tribut à 600 talents en moyenne (II, 13).

Le programme de l’Acropole a été payé, au moins en partie, avec ces fonds. Plutarque fait dire aux opposants que la Grèce est outragée de voir Athènes se parer comme une coquette avec l’argent destiné à la guerre ; il fait répondre Périclès que la cité ne doit pas de comptes aux alliés tant qu’elle les protège (Vie de Périclès, 12). La réplique est de Plutarque, non de Périclès, mais l’argument est bien celui d’une puissance qui vend de la sécurité. Les comptes du Parthénon, gravés chaque année, montrent l’emploi des fonds sans permettre d’en établir un coût total incontesté.

Le plan de guerre de 431 est un plan financier. Thucydide fait détailler à Périclès les ressources de la cité : 6 000 talents d’argent monnayé encore sur l’Acropole, sur un maximum de 9 700 atteint avant les dépenses des Propylées, des autres monuments et du siège de Potidée ; 500 talents d’offrandes et de vases sacrés ; et, en dernier recours, les quarante talents d’or pur de la statue d’Athéna, conçus pour être démontables (II, 13). La stratégie consistait à laisser ravager l’Attique, à tenir la mer et à épuiser l’adversaire en dépensant moins que lui.

Le calcul se révéla trop optimiste. Le siège de Potidée coûta à lui seul 2 000 talents (II, 70). En 428, un an après la mort de Périclès, Athènes dut lever sur ses citoyens un impôt direct exceptionnel, l’eisphora, pour 200 talents ; Thucydide la présente comme une première (III, 19), ce que certains historiens nuancent ; en 425, le tribut des alliés fut fortement relevé. La réserve, qui devait garantir une guerre longue, fut consommée en quelques années.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Périclès ?

La première légende est un siècle : le « siècle de Périclès ». L’expression, que Voltaire contribua à installer dans Le Siècle de Louis XIV, réunit sous son nom des œuvres et des hommes qui ne lui doivent pas tout, de Sophocle à Hérodote. Elle fait d’un dirigeant politique le mécène unique d’une culture qui avait d’autres financeurs, à commencer par les chorèges.

La deuxième est un discours. L’oraison funèbre de 431-430, éloge de la démocratie athénienne, est l’un des textes les plus cités de l’Antiquité. Elle est écrite par Thucydide, qui dit lui-même avoir reconstitué les discours selon ce qui lui semblait convenir aux circonstances (I, 22). Ce que nous lisons est donc du Thucydide sur un canevas de Périclès, dans des proportions que personne ne peut établir.

La troisième est un visage. Le buste au casque corinthien, connu par des copies romaines, dérive d’un portrait sculpté par Crésilas. Plutarque explique que le casque cachait un crâne d’une longueur disproportionnée, dont se moquaient les comiques ; le détail est peut-être vrai, l’explication peut-être une plaisanterie devenue tradition. Quant à Aspasie, prétendue maîtresse de rhétorique de Périclès, voire auteur de ses discours, elle nous est connue surtout par des comédies et des dialogues philosophiques, deux genres peu soucieux d’exactitude.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Deux traditions s’opposent depuis l’Antiquité. Thucydide admire le dirigeant lucide ; Platon, dans le Gorgias, accuse Périclès d’avoir rendu les Athéniens paresseux, lâches, bavards et avides en instaurant les indemnités. Les historiens modernes rejouent ce débat avec d’autres outils. Donald Kagan, dans Pericles of Athens and the Birth of Democracy (1990, traduit chez Tallandier en 2008), propose un portrait favorable du stratège. Loren J. Samons, dans Pericles and the Conquest of History (2016), est beaucoup plus critique sur sa politique impériale et sa stratégie.

Vincent Azoulay, dans Périclès. La démocratie athénienne à l’épreuve du grand homme (Armand Colin, 2010), a déplacé la question : il montre comment la démocratie athénienne a composé avec un homme trop grand pour elle, et comment chaque époque a fabriqué son propre Périclès. Sur le terrain financier, deux débats restent ouverts. Le premier porte sur la part exacte du tribut dans les constructions de l’Acropole, que certains historiens réduisent, d’autres, comme Samons dans Empire of the Owl (2000), jugent déterminante. Le second porte sur la date du décret qui imposa aux alliés les monnaies, poids et mesures d’Athènes : années 440 pour les uns, années 420 pour les autres, ce qui change son attribution à Périclès.

Que peut apprendre de Périclès celui qui décide ?

Périclès est un cas d’école de stratégie financée. Il a su transformer une alliance en revenu, puis ce revenu en puissance, en prestige et en réserve de guerre. Il a moins bien mesuré ce que coûterait une guerre longue dans un environnement qu’il ne contrôlait pas.

  • Un plan qui repose sur une réserve doit intégrer les chocs que la réserve ne couvre pas. La peste de 430 n’était dans aucun calcul.
  • Le coût réel d’une opération dépasse presque toujours le budget initial : Potidée coûta 2 000 talents, un tiers de la réserve de 431.
  • Une dépense publique peut remplacer une clientèle privée. L’indemnité des juges fit plus pour la base politique de Périclès que n’importe quelle fortune.
  • Utiliser l’argent de ses partenaires pour son propre prestige achète de la grandeur et du ressentiment dans les mêmes proportions.
  • Se rendre indispensable à une institution n’empêche pas d’en être renvoyé : l’assemblée destitua Périclès en 430, avant de le rappeler.

Quels livres lire sur Périclès ?

  • Vincent Azoulay, Périclès. La démocratie athénienne à l’épreuve du grand homme, Paris, Armand Colin, 2010 (2e éd. revue et augmentée, 2016) : la meilleure étude en français, sur l’homme et sur sa légende.
  • Claude Mossé, Périclès. L’inventeur de la démocratie, Paris, Payot, 2005 : une biographie claire par une grande historienne de la démocratie athénienne.
  • Donald Kagan, Périclès. La naissance de la démocratie, trad. de l’anglais, Paris, Tallandier, 2008 : le plaidoyer d’un historien de la guerre du Péloponnèse.
  • Plutarque, Vies, tome III, Périclès-Fabius Maximus, texte établi et traduit par Robert Flacelière et Émile Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1964 : la biographie antique, riche en anecdotes à vérifier.
  • Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, livres I et II, trad. Jacqueline de Romilly, Paris, Les Belles Lettres : la source majeure, avec les discours de Périclès.
  • Loren J. Samons II, Empire of the Owl. Athenian Imperial Finance, Stuttgart, Franz Steiner, 2000 : l’étude de référence sur les finances de l’empire athénien.

Questions fréquentes sur Périclès

Qui était Périclès ?

Un homme d’État athénien du Ve siècle av. J.-C., élu stratège chaque année de 443 à 429. Il dirigea la démocratie athénienne à son apogée, lança la construction du Parthénon et conduisit Athènes au début de la guerre du Péloponnèse.

Qu’est-ce que le trésor de Délos ?

La caisse commune de la ligue de Délos, alliance de cités grecques formée en 478-477 av. J.-C. contre la Perse. Alimentée par le tribut des alliés, elle fut transférée de Délos à Athènes en 454, ce qui permit aux Athéniens d’en disposer pour leur flotte et leurs monuments.

Le Parthénon a-t-il été payé avec l’argent des alliés ?

En partie, très probablement. Les opposants de Périclès le lui reprochaient déjà. La proportion exacte reste discutée, car les comptes de construction gravés sur pierre sont lacunaires et les fonds de la cité, ceux d’Athéna et ceux du tribut se mêlaient.

De quoi est mort Périclès ?

De la peste, ou plutôt de l’épidémie que les Grecs appelèrent ainsi et dont la nature exacte reste discutée. Elle frappa Athènes à partir de 430 av. J.-C. Périclès mourut à l’automne 429, après avoir perdu ses deux fils légitimes.

Pour aller plus loin

  • Socrate, citoyen de l’Athènes de Périclès, qui servit comme hoplite au siège de Potidée
  • Aristote, dont l’école rédigea la Constitution d’Athènes, source sur l’indemnité des juges
  • Le marché de l’argent, pour suivre le métal du Laurion qui frappait les chouettes athéniennes
L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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