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Voltaire : biographie, idées et héritage

Voltaire (1694-1778), écrivain des Lumières, combat le fanatisme par l’ironie et les faits, de Candide à l’affaire Calas et au Traité sur la tolérance.

Voltaire : biographie, idées et héritage

Qui était Voltaire ?

Voltaire (1694-1778) est un écrivain et philosophe français des Lumières, célèbre pour son combat contre l’intolérance religieuse et l’arbitraire judiciaire, et pour Candide, le conte qui ridiculise l’optimisme philosophique. De son vrai nom François-Marie Arouet, il a été tour à tour poète tragique, historien, vulgarisateur de Newton, pamphlétaire et défenseur public des victimes d’erreurs judiciaires.

Il n’a pas construit de système. Sa philosophie tient dans une méthode, opposer les faits aux dogmes et le ridicule au fanatisme, et dans une cause, la tolérance. Il a aussi été l’un des premiers écrivains à faire fortune par lui-même, ce qui lui a donné l’indépendance nécessaire pour écrire ce qu’il voulait.

Voltaire en résumé

Né à Paris en 1694, fils d’un notaire devenu officier des finances, Voltaire est élevé chez les jésuites, passe deux fois par la Bastille et s’exile en Angleterre de 1726 à 1728. Il en rapporte les Lettres philosophiques (1734), condamnées au feu. Il vit ensuite à Cirey avec Émilie du Châtelet, à la cour de Frédéric II, puis près de Genève et enfin à Ferney, d’où il mène, entre 1762 et 1766, ses campagnes pour Calas, Sirven et le chevalier de La Barre. Revenu triomphalement à Paris en 1778, il y meurt la même année. Son mot d’ordre : « Écrasez l’Infâme », c’est-à-dire le fanatisme.

  • Naissance : 21 novembre 1694, Paris
  • Mort : 30 mai 1778, Paris
  • Nationalité : française
  • Courant : Lumières, déisme
  • Œuvres principales : Lettres philosophiques (1734), Candide ou l’Optimisme (1759), Traité sur la tolérance (1763)
  • Idée la plus connue : la tolérance religieuse et la critique du fanatisme, menées par la raison, les faits et l’ironie.

De la Bastille à Ferney, une vie d’exils choisis

François-Marie Arouet naît à Paris le 21 novembre 1694 et est baptisé le lendemain ; lui-même prétendra plus tard être né en février, fils illégitime d’un gentilhomme. Élève des jésuites au collège Louis-le-Grand de 1704 à 1711, il refuse la carrière juridique que veut son père et fréquente les salons libertins. Des vers satiriques sur le Régent lui valent, le 16 mai 1717, onze mois de Bastille. À sa sortie, en 1718, il prend le nom de Voltaire, sans doute anagramme d’Arouet l(e) j(eune), et triomphe la même année avec sa tragédie Œdipe.

En 1726, insulté par le chevalier de Rohan, qui le fait bâtonner par ses laquais, il veut se battre en duel : c’est lui que l’on embastille. On le libère à condition qu’il parte pour l’Angleterre, où il reste jusqu’en 1728. Il y découvre une monarchie limitée, la liberté de la presse, la coexistence des sectes, Locke, Newton et Shakespeare. De retour, il s’associe en 1729 au mathématicien La Condamine pour exploiter une loterie d’État mal calculée, qui leur rapporte une fortune, puis place son argent dans le commerce, les fournitures aux armées et les rentes viagères.

Les Lettres philosophiques, publiées en 1734, sont condamnées par le parlement de Paris et brûlées. Voltaire se réfugie au château de Cirey, en Champagne, chez Émilie du Châtelet, mathématicienne et traductrice de Newton, avec qui il vit près de quinze ans et qui l’initie aux sciences. Il en tire les Éléments de la philosophie de Newton (1738). Rentré en grâce, il devient historiographe du roi et est élu à l’Académie française en avril 1746. Après la mort d’Émilie en 1749, il rejoint Frédéric II à Potsdam en 1750 ; la brouille est rapide, et le roi le fait retenir à Francfort en 1753.

Interdit de séjour à Paris, il s’installe près de Genève, aux Délices, en 1755, puis achète fin 1758 le domaine de Ferney, en territoire français mais à quelques kilomètres de la frontière suisse. Il y vit vingt ans, transforme le village en bourg d’horlogers, reçoit l’Europe et publie Candide (1759), le Traité sur la tolérance (1763) et le Dictionnaire philosophique (1764). En février 1778, à quatre-vingt-trois ans, il revient à Paris pour la création de sa tragédie Irène ; acclamé, épuisé, il meurt le 30 mai. Refusé par l’Église de Paris, son corps est inhumé discrètement à l’abbaye de Scellières, puis transféré au Panthéon le 11 juillet 1791.

Les idées clés

La tolérance par la pluralité. L’Angleterre lui a fourni sa démonstration. Dans la sixième des Lettres philosophiques, il écrit : « S’il n’y avait en Angleterre qu’une religion, son despotisme serait à craindre ; s’il n’y en avait que deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses. » La même lettre décrit la Bourse de Londres, où juifs, musulmans et chrétiens commercent ensemble et ne traitent d’infidèles que ceux qui font banqueroute. L’intérêt bien compris, plus que la vertu, produit la paix civile.

Un Dieu sans clergé. Voltaire n’est pas athée. Il est déiste : l’ordre du monde prouve à ses yeux l’existence d’un Dieu créateur, mais ce Dieu ne se révèle pas, ne fait pas de miracles et n’a pas besoin d’Église. La morale, universelle, se réduit à la justice et à la bienfaisance. Il juge en outre la croyance en un Dieu rémunérateur utile à l’ordre social. Ce qu’il combat, sous le nom d’« Infâme », c’est la superstition, le fanatisme et le pouvoir des Églises qui persécutent.

Les faits contre les systèmes. Disciple de Locke et de Newton, Voltaire se méfie des grandes constructions métaphysiques qui déduisent le monde de principes. La science avance par l’observation et la mesure ; la philosophie doit faire de même et avouer ce qu’elle ignore. C’est au nom des faits qu’il défend l’inoculation contre la petite vérole dès 1734, quand la plupart des médecins français la refusent.

L’histoire des peuples, non des rois. Avec Le Siècle de Louis XIV (1751) et l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756), Voltaire veut écrire l’histoire de l’esprit humain : arts, sciences, commerce, mœurs, et non plus seulement batailles et généalogies. Il fait commencer son Essai par la Chine et l’Inde, ce qui décentre l’histoire universelle, jusque-là chrétienne. Il intitule d’ailleurs un essai de 1765 La Philosophie de l’histoire.

L’écrivain qui agit. Contre l’arbitraire judiciaire, il mobilise l’opinion européenne. Il publie en 1766 un commentaire du traité de Beccaria Des délits et des peines, qui condamne la torture et la peine de mort. Il préfère, dit-il, les petits livres portatifs et bon marché, plus redoutables que les gros volumes, et invente ainsi une forme moderne d’engagement intellectuel.

Une œuvre en contexte : Candide

Le 1er novembre 1755, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée et d’incendies détruit Lisbonne et fait des dizaines de milliers de morts. Voltaire répond dès 1756 par un Poème sur le désastre de Lisbonne qui s’en prend à la formule optimiste « tout est bien » : comment dire aux victimes que leur malheur sert l’ordre du tout ? La guerre de Sept Ans, qui commence en 1756, ajoute à ce spectacle. En janvier 1759 paraît à Genève, chez Cramer, un petit livre attribué à un certain docteur Ralph : Candide ou l’Optimisme.

Candide, jeune homme naïf chassé du château de Thunder-ten-tronckh, traverse la guerre, un naufrage, le tremblement de terre de Lisbonne, l’Inquisition, l’Amérique et le pays utopique d’Eldorado, tandis que son précepteur Pangloss répète que tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. Voltaire caricature la théodicée de Leibniz, c’est-à-dire la justification de Dieu face au mal, en la confrontant à un catalogue d’horreurs, dont l’esclave mutilé de Surinam, qui dit à Candide que c’est à ce prix que l’on mange du sucre en Europe. Le conte se termine près de Constantinople : un vieux Turc explique que le travail éloigne trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin, et Candide conclut : « il faut cultiver notre jardin ». Condamné à Genève et à Paris, le livre circule pourtant largement : on estime qu’il s’en vend vingt à trente mille exemplaires, en plus de vingt éditions, dès 1759.

Les critiques et les débats

Leibniz caricaturé ? Les spécialistes de Leibniz rappellent que sa thèse ne dit pas que tout va bien pour chacun, mais que ce monde est le meilleur possible compte tenu de toutes les compatibilités, ce qui laisse place au mal. Voltaire combat une version vulgarisée de l’optimisme, celle de Pope et des disciples de Wolff. Sa force est polémique plus que démonstrative.

Rousseau contre Voltaire. Quand Rousseau lui envoie son Discours sur l’inégalité, Voltaire répond le 30 août 1755 : « On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes. » Le désaccord est profond : Voltaire défend la civilisation, le luxe et le commerce, Rousseau les accuse de corrompre l’homme. La querelle tourne à la haine ; Voltaire publie anonymement, le 31 décembre 1764, Le Sentiment des citoyens, qui révèle au public que Rousseau a abandonné ses enfants.

Les préjugés du défenseur de la tolérance. L’homme qui combattit le fanatisme a écrit sur les juifs des pages d’une grande hostilité, notamment dans le Dictionnaire philosophique, que les historiens discutent : antijudaïsme d’un adversaire de la Bible ou antisémitisme véritable ? Partisan de la pluralité des origines humaines, il a aussi hiérarchisé les peuples dans l’Essai sur les mœurs. Ces textes coexistent avec la dénonciation de l’esclavage dans Candide et son combat pour les serfs du Jura. Une lettre souvent citée, où il remercierait un négrier nantais de l’avoir enrichi, est tenue pour un faux ; il possédait en revanche des actions de la Compagnie des Indes.

Le courtisan des despotes éclairés. On lui a reproché ses flatteries envers Frédéric II et Catherine II, et sa méfiance pour le gouvernement populaire. Voltaire espérait des réformes venues d’en haut, d’un roi philosophe ou d’un ministre éclairé comme Turgot, plus que de la souveraineté du peuple.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Voltaire a laissé une figure plus encore qu’une doctrine : celle de l’intellectuel qui intervient dans une affaire judiciaire, alerte l’opinion et fait plier une institution. Zola dans l’affaire Dreyfus, et bien d’autres après lui, s’inscrivent dans cette lignée. Les ventes du Traité sur la tolérance se sont envolées en France après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015. Son style, clair et rapide, reste un modèle de prose française ; Candide est l’un des livres les plus lus des Lumières, et son jardin une métaphore commune du travail modeste contre les grands systèmes.

Ce qu’un investisseur ou un trader peut en tirer

Voltaire a construit sa liberté sur son capital. Revenu d’Angleterre presque sans ressources, il repère avec La Condamine, en 1729, une loterie d’État dont les lots dépassent la valeur des billets mis en vente : acheter tous les billets possibles devient un pari à espérance mathématique positive, ce calcul de la valeur moyenne d’un pari dont part la théorie de l’utilité escomptée. Le contrôleur général qui l’avait conçue perd son poste ; les associés gardent leurs gains. Voltaire diversifie ensuite : commerce de grains, fournitures aux armées avec les frères Pâris, actions, prêts viagers à de grands seigneurs. Il savait que l’indépendance d’un écrivain se paie et que la pauvreté rend docile.

Candide offre la leçon inverse de celle de Pangloss : se méfier de tout récit qui explique après coup que ce qui est arrivé devait arriver et que tout est pour le mieux. Les marchés produisent chaque jour de ces rationalisations a posteriori. Le jardin, enfin, n’est pas une résignation : c’est le choix de concentrer son effort sur ce que l’on contrôle et que l’on comprend.

Questions fréquentes

Voltaire a-t-il dit « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » ?

Non. La phrase est apocryphe : elle vient d’un livre de l’Anglaise Evelyn Beatrice Hall, The Friends of Voltaire (1906), qui résumait ainsi l’attitude de Voltaire envers Helvétius. On ne la trouve nulle part dans ses œuvres.

Que signifie « il faut cultiver notre jardin » ?

C’est la dernière phrase de Candide (1759). Après avoir constaté l’absurdité des spéculations métaphysiques, Candide choisit le travail utile et concret, qui éloigne, selon le vieux Turc du conte, l’ennui, le vice et le besoin.

Voltaire croyait-il en Dieu ?

Oui, à sa manière : il était déiste. Il croyait en un Dieu créateur, déduit de l’ordre du monde, mais rejetait la révélation, les miracles, les dogmes et le pouvoir des Églises.

Qu’est-ce que l’affaire Calas ?

Jean Calas, marchand protestant de Toulouse, fut supplicié le 10 mars 1762, accusé d’avoir tué son fils qui voulait se faire catholique. Voltaire mena une campagne de trois ans, écrivit le Traité sur la tolérance et obtint sa réhabilitation le 9 mars 1765.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

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