Jules César : biographie, dettes et conquête du général romain
Général, conquérant des Gaules et dictateur à vie, Jules César a bâti son pouvoir sur une dette colossale, remboursée par le butin de la guerre puis par le Trésor de Rome.

Qui était Jules César ?
Jules César (100-44 av. J.-C.) est un général et homme d’État romain, conquérant de la Gaule, vainqueur de la guerre civile contre Pompée et dictateur à vie, assassiné aux ides de mars 44 av. J.-C. Son nom, devenu titre, a donné « Kaiser » et « tsar ».
C’est aussi l’un des plus grands débiteurs de l’histoire romaine. Avant d’exercer la moindre magistrature, il devait déjà des sommes énormes ; il a emprunté pour acheter des électeurs, conquis pour rembourser, et fini par tenir le Trésor de l’État. Sa carrière se lit comme un pari à effet de levier qui a fini par payer, pour lui, et que d’autres ont réglé.
Jules César en résumé
Patricien d’une famille ancienne mais désargentée, Gaius Julius Caesar grimpe la carrière des honneurs à crédit, s’allie avec Pompée et Crassus, obtient le consulat en 59, puis le commandement des Gaules, qu’il conquiert de 58 à 51. Refusant de rentrer en simple particulier, il franchit le Rubicon en janvier 49, bat les pompéiens en Grèce, en Égypte, en Afrique et en Espagne, et concentre tous les pouvoirs. Des sénateurs le poignardent le 15 mars 44.
- Époque : L’Antiquité
- Naissance : 12 ou 13 juillet 100 av. J.-C., à Rome (l’année est parfois discutée)
- Mort : 15 mars 44 av. J.-C., à Rome, dans la curie de Pompée
- Pays : République romaine
- Fonctions : grand pontife (63), préteur (62), consul (59, puis 48, 46, 45, 44), proconsul des Gaules (58-50), dictateur à plusieurs reprises à partir de 49, dictateur à vie (44)
- Œuvre principale : la conquête de la Gaule chevelue ; les Commentaires sur la guerre des Gaules et sur la guerre civile ; le calendrier julien
- À retenir : César a financé son ascension par la dette, puis la dette par la guerre
La vie de Jules César : le débiteur qui misa Rome
César naît dans la gens Julia, qui prétendait descendre de Vénus mais n’avait plus guère que sa généalogie. Sa tante Julia a épousé Marius, chef des populares, et lui-même épouse Cornélia, fille de Cinna. Quand Sulla lui ordonne de la répudier, il refuse et doit se cacher. Vers 75, des pirates le capturent en mer Égée ; selon Plutarque, ils demandent vingt talents de rançon, il en propose cinquante, puis revient les faire crucifier une fois libéré.
La carrière commence ensuite, et avec elle la dette. Questeur en Espagne ultérieure en 69, il aurait soupiré devant une statue d’Alexandre le Grand à Gadès, d’avoir encore si peu fait à l’âge où le Macédonien avait conquis le monde (Suétone, César, 7). Édile en 65, il offre des jeux d’un luxe inédit. En 63, il est élu grand pontife, la plus haute charge religieuse, au prix d’une campagne si coûteuse qu’il aurait annoncé à sa mère qu’il rentrerait pontife ou exilé.
Préteur en 62, il obtient pour 61 le gouvernement de l’Espagne ultérieure, mais ses créanciers l’empêchent de partir. Crassus, l’homme le plus riche de Rome, se porte garant pour 830 talents. Revenu d’Espagne, César conclut en 60 avec Crassus et Pompée un pacte privé que les modernes appellent le premier triumvirat. Consul en 59, il fait passer des lois agraires en écartant son collègue Bibulus et obtient pour cinq ans la Gaule cisalpine, l’Illyrie, puis la Gaule transalpine.
De 58 à 51, il soumet la Gaule chevelue : Helvètes, Suèves d’Arioviste, Belges, Vénètes, deux expéditions en Bretagne, deux passages du Rhin, puis la grande révolte de 52 conduite par Vercingétorix, dont le siège d’Alésia est raconté dans sa fiche. Les accords de Lucques, en 56, prolongent son commandement. La mort de Crassus à Carrhes, en 53, laisse face à face César et Pompée.
Le Sénat exige qu’il rende son armée avant de briguer un second consulat, ce qui l’exposait à des procès. En janvier 49, il franchit le Rubicon, petite rivière qui bornait sa province. Pompée abandonne l’Italie. César le bat à Pharsale le 9 août 48, le poursuit en Égypte, où on lui présente sa tête, s’y attarde aux côtés de Cléopâtre, écrase Pharnace à Zéla en 47, les républicains à Thapsus en 46 et les fils de Pompée à Munda en 45.
Dictateur pour dix ans en 46, puis à vie début 44, il cumule les honneurs, réforme le calendrier, fonde des colonies, prépare une guerre contre les Parthes. Le 15 mars 44, plus de soixante conjurés menés par Brutus et Cassius le frappent de vingt-trois coups en pleine séance du Sénat. Il a cinquante-cinq ans. Son testament adopte son petit-neveu Octave, le futur Auguste.
Qu’a accompli Jules César, et que reste-t-il de son œuvre ?
La conquête des Gaules a déplacé le centre de gravité du monde romain vers le nord-ouest. Les territoires entre Rhin, Alpes, Pyrénées et Atlantique deviennent provinces sous Auguste ; le latin y donnera le français, et les chefs-lieux de cités gauloises fourniront la trame de bien des villes françaises. César a aussi brisé la République, sans fonder lui-même l’Empire : il a montré qu’un général appuyé sur son armée et sur la plèbe pouvait tout prendre, et laissé à son héritier le soin d’inventer une forme durable.
D’autres réformes ont mieux vieilli que son régime. Le calendrier julien, en vigueur au 1er janvier 45, fixe l’année à 365 jours et un quart ; il règle l’Occident jusqu’à la réforme grégorienne de 1582 et reste le calendrier liturgique de plusieurs Églises orthodoxes. Il réduit de 320 000 à 150 000 le nombre des bénéficiaires du blé public à Rome et installe environ 80 000 citoyens dans des colonies d’outre-mer, à Corinthe et Carthage notamment (Suétone, César, 41-42). Il étend la citoyenneté à la Gaule cisalpine. Ses Commentaires, enfin, restent un modèle de prose latine et de propagande en apparence impassible.
Comment Jules César a-t-il financé son pouvoir ?
D’abord par l’emprunt. Plutarque affirme qu’avant toute magistrature César devait 1 300 talents (César, 5). Un talent valait 6 000 deniers, soit 24 000 sesterces : l’ordre de grandeur est celui d’une trentaine de millions de sesterces, quand Crassus, le plus riche des Romains, estimait sa propre fortune à 7 100 talents (Plutarque, Crassus, 2). Appien lui prête, avant son départ pour l’Espagne, le mot selon lequel il lui manquait vingt-cinq millions de sesterces pour ne rien avoir du tout (Guerres civiles, II, 8). La dette était sa mise de fonds : jeux, banquets, distributions, votes achetés. Le pari ne se dénouait que si l’élection ouvrait un gouvernement de province, donc un butin.
Le créancier en dernier ressort s’appelait Crassus, enrichi par les proscriptions de Sulla et l’immobilier romain. Sa caution de 830 talents en 61 (Plutarque, César, 11 ; Crassus, 7) relève moins de l’amitié que du placement politique. En Espagne, César se rembourse aussitôt : Suétone l’accuse d’avoir mendié de l’argent aux alliés pour payer ses dettes et pillé des villes lusitaniennes qui lui ouvraient leurs portes (César, 54). Consul, il fait reconnaître Ptolémée XII comme roi d’Égypte ; Suétone chiffre à près de 6 000 talents ce que le souverain versa à César et à Pompée.
La Gaule change l’échelle. Suétone écrit qu’il y pilla sanctuaires et temples et détruisit des villes plus souvent pour le butin que pour une faute, au point de vendre l’or en Italie et dans les provinces à 3 000 sesterces la livre, un prix effondré par l’abondance (César, 54). S’y ajoutent les esclaves : 53 000 Atuatuques vendus en un seul lot en 57 (Guerre des Gaules, II, 33), un captif par soldat après Alésia (VII, 89). Plutarque parle d’un million de prisonniers sur toute la guerre ; le chiffre est invérifiable, l’ampleur ne l’est pas. La Gaule soumise doit ensuite un tribut annuel de quarante millions de sesterces (Suétone, César, 25).
Cet argent sert la politique. César double la solde des légionnaires, achète à Rome le terrain de son forum pour plus de cent millions de sesterces (Suétone, César, 26), règle les dettes du tribun Curion et, selon Appien, achète la neutralité du consul Paullus pour 1 500 talents (II, 26). En janvier 49, il fait forcer les portes du trésor du temple de Saturne malgré l’opposition du tribun Metellus (Plutarque, César, 35) ; Pline l’Ancien y dénombre 15 000 lingots d’or et 30 000 lingots d’argent, sans en donner le poids (Histoire naturelle, XXXIII, 56).
La guerre civile provoque en Italie un resserrement du crédit : l’argent se cache, les débiteurs ne peuvent plus payer, les créanciers ne trouvent plus d’acheteurs pour les gages. César refuse l’abolition des dettes réclamée par ses partisans les plus radicaux. Il impose des arbitres qui estiment les biens au prix d’avant-guerre et déduit du capital les intérêts déjà versés, ce qui retire aux créanciers environ un quart de leur dû (César, Guerre civile, III, 1 ; Suétone, César, 42). Un compromis de débiteur devenu maître, qui ménage ceux dont il aura encore besoin.
Les triomphes de 46 soldent les comptes : 24 000 sesterces par fantassin des légions vétéranes, en plus des 2 000 versés au début de la guerre, et 400 sesterces par citoyen de la plèbe, avec blé et huile (Suétone, César, 38) ; César frappe pour la première fois l’or en masse à Rome. À sa mort, Cicéron accusera Marc Antoine d’avoir fait disparaître les 700 millions de sesterces déposés au temple d’Ops (Philippiques, II, 93).
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Jules César ?
« Alea iacta est » vient bien de Suétone, qui fait dire à César sur la rive du Rubicon : « Iacta alea est » (César, 32) ; Érasme a proposé de corriger en « esto », que le dé soit jeté. Plutarque rapporte la même formule et précise, dans la Vie de Pompée (60), que César la prononça en grec : c’était un vers du poète comique Ménandre, un proverbe de joueur. Le mot est donc attesté, sa langue l’est moins.
« Veni, vidi, vici » est solidement sourcé. Suétone le décrit comme une inscription portée au triomphe pontique de 46 pour signaler la rapidité de la campagne contre Pharnace (César, 37) ; Plutarque en fait une lettre à un certain Amantius (César, 50). La formule « Tu quoque, mi fili » est en revanche une invention moderne. Suétone écrit que César mourut sans un mot, en poussant seulement un gémissement au premier coup, et ajoute que certains lui prêtent une phrase grecque adressée à Brutus, « Toi aussi, mon enfant ? » (César, 82). Le « Et tu, Brute ? » vient de Shakespeare.
Autre légende tenace : la césarienne. Pline l’Ancien rattache le surnom de Caesar à un ancêtre né par incision du ventre de sa mère (Histoire naturelle, VII, 47). Pour le dictateur lui-même, c’est exclu en pratique : sa mère Aurélia vivait encore pendant sa guerre des Gaules, alors que l’opération était mortelle pour la mère.
La légende la plus efficace reste celle que César a écrite lui-même. Les Commentaires, rédigés à la troisième personne, sont un plaidoyer adressé au public romain. Les historiens les lisent comme une source majeure et comme une opération de communication, les deux à la fois.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
Le XIXe siècle a fait de César un génie providentiel. Theodor Mommsen, dans son Histoire romaine, voyait en lui l’homme qui seul pouvait sauver Rome d’une oligarchie à bout de souffle. Jérôme Carcopino, dans son Jules César, lui prêtait un projet réfléchi de monarchie à l’hellénistique. Christian Meier, dans son César (1982, traduit en 1989), a renversé la perspective : la République traversait une « crise sans alternative », que personne, César compris, ne savait résoudre ; il était un outsider génial, sans programme de refondation. Luciano Canfora, dans Jules César. Le dictateur démocrate (2001), insiste sur sa base populaire et sur ce qu’elle devait à l’argent distribué.
Le bilan humain de la guerre des Gaules est discuté. Pline avance 1 192 000 morts dans les seules batailles hors guerres civiles (Histoire naturelle, VII, 92), Plutarque un million de tués et autant de captifs. Ces chiffres antiques sont des ordres de grandeur sans recensement derrière. Personne ne doute en revanche de la brutalité de campagnes comme celle d’Avaricum. À Rome même, Caton proposa en 55 de livrer César aux Germains pour avoir violé une trêve avec les Usipètes et les Tenctères, avant de les massacrer (Plutarque, César, 22, d’après l’historien Tanusius) : le débat moral sur la conquête est contemporain de la conquête.
Que peut apprendre de Jules César celui qui décide ?
César a gagné un pari que la plupart de ses contemporains auraient perdu, et le résultat ne prouve pas que le pari était bon. Sa trajectoire dit surtout comment fonctionne une stratégie financée par la dette quand l’actif visé est le pouvoir.
- Le levier ne fonctionne que si l’actif financé produit un flux : pour César, la province. Sans le commandement des Gaules, ses 1 300 talents de dette l’auraient mené à l’exil, comme Catilina à la ruine.
- Un créancier puissant devient un associé. La caution de Crassus a acheté une alliance politique ; choisir son prêteur, c’est choisir son camp.
- Gérer une crise de crédit, c’est répartir les pertes. Entre l’abolition des dettes et le statu quo, César a imposé une décote partielle, assez pour soulager, pas assez pour ruiner les prêteurs.
- Le contrôle du récit fait partie de la position. Les Commentaires ont protégé César à Rome pendant qu’il était absent huit ans.
- Méfiez-vous du biais du résultat : on juge le Rubicon à l’aune de Pharsale. Les ides de mars rappellent que le risque de concentration finit par se payer.
Quels livres lire sur Jules César ?
- Suétone, Vies des douze Césars, tome I, texte établi et traduit par Henri Ailloud, Les Belles Lettres, 1931 : la Vie de César, riche en détails d’argent.
- Plutarque, Vies parallèles, traduction d’Anne-Marie Ozanam, sous la direction de François Hartog, Gallimard, coll. « Quarto », 2001 : les vies de César, de Crassus, de Pompée et d’Antoine.
- César, Guerre des Gaules, texte établi et traduit par L.-A. Constans, Les Belles Lettres, 1926 (nombreuses rééditions).
- Jérôme Carcopino, Jules César, Presses universitaires de France, 5e édition revue avec Pierre Grimal, 1968 : la grande synthèse classique, à lire avec ses partis pris.
- Christian Meier, César, traduit de l’allemand par Joseph Feisthauer, Seuil, 1989.
- Luciano Canfora, Jules César. Le dictateur démocrate, traduit de l’italien par Corinne Paul-Maier avec Sylvie Pittia, Flammarion, 2001.
Questions fréquentes sur Jules César
Jules César a-t-il été empereur ?
Non. César a été consul, puis dictateur, et dictateur à vie quelques semaines avant sa mort. Le premier empereur est son fils adoptif Auguste, à partir de 27 av. J.-C. Le mot « César » est devenu un titre impérial après lui.
Pourquoi Jules César a-t-il été assassiné ?
Les conjurés, en majorité des sénateurs, dont plusieurs avaient été graciés par lui, voyaient dans sa dictature à vie la fin de la République et la menace d’une royauté. Les honneurs quasi divins qu’il accumulait et son projet de partir en campagne contre les Parthes pour plusieurs années ont précipité la décision.
César a-t-il vraiment dit « Alea jacta est » ?
Suétone lui prête « Iacta alea est » au passage du Rubicon, en janvier 49 av. J.-C. Plutarque précise qu’il prononça la formule en grec, en citant le poète Ménandre. La forme « Alea jacta est » est une mise en ordre scolaire de la phrase de Suétone.
Combien de Gaulois sont morts pendant la guerre des Gaules ?
Les auteurs antiques avancent environ un million de tués et autant de captifs, Pline donnant le chiffre de 1 192 000 morts. Ce sont des ordres de grandeur sans fondement statistique, que les historiens jugent impossibles à vérifier, mais personne ne conteste l’ampleur des massacres et des réductions en esclavage.
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