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Attila : biographie, tributs et invasions du roi des Huns

Attila, roi des Huns mort en 453, fit payer à l’Empire romain d’Orient des tributs en or croissants, envahit la Gaule et l’Italie, et laissa un empire qui ne lui survécut pas.

Attila : Le roi des Huns qui vendait la paix à Constantinople au poids de l’or

Qui était Attila ?

Attila (mort en 453) est un roi des Huns qui régna de 434 environ à 453 sur une confédération de peuples établie dans la plaine du Danube, l’actuelle Hongrie, et qui extorqua à l’Empire romain d’Orient des tributs en or croissants avant d’envahir la Gaule et l’Italie. Son nom est devenu, dans la plupart des langues d’Europe, un synonyme de dévastation.

Le paradoxe est que l’on sait peu de lui. Aucun texte hun n’a survécu, on ignore la langue qu’il parlait et l’année de sa naissance. Presque tout vient d’un diplomate grec, Priscus, qui l’a vu de près en 449, et de l’historien goth Jordanès, qui le recopie un siècle plus tard. Ce que ces textes montrent, c’est moins un cavalier furieux qu’un homme d’affaires de la guerre, qui préférait l’or aux villes.

Attila en résumé

Neveu du roi Ruga, Attila partage le pouvoir avec son frère aîné Bleda, qu’il fait assassiner vers 445. Il fait payer l’Orient par une alternance de traités et de raids dans les Balkans. Quand Constantinople cesse de payer, en 450, il se tourne vers l’Occident : la Gaule en 451, où il est arrêté aux champs Catalauniques, puis l’Italie en 452. Il meurt en 453, et son empire se disloque l’année suivante.

  • Époque : De Rome chrétienne au Moyen Âge
  • Naissance : inconnue, sans doute au début du Ve siècle ; le lieu est ignoré
  • Mort : 453, dans sa résidence de la plaine danubienne, la nuit de ses noces avec Ildico
  • Pays : empire hunnique, centré sur la plaine de Pannonie (Hongrie actuelle)
  • Fonctions : roi des Huns avec son frère Bleda de 434 environ à 445 environ, puis seul jusqu’en 453
  • Œuvre principale : les traités de Margus (435 ou 439) et d’Anatolius (443 ou 447), qui firent du tribut romain la base d’un empire
  • À retenir : sa puissance tenait à sa capacité de redistribuer l’or romain à ses fidèles, et pas à une administration ; elle ne lui survécut pas

La vie d’Attila : le roi qui vendait la paix au poids de l’or

Les Huns apparaissent en Europe vers 370, venus des steppes au nord de la mer Noire, et leur arrivée pousse les Goths à franchir le Danube. Un demi-siècle plus tard, ils sont installés dans la plaine de Pannonie, d’où ils dominent Goths, Gépides, Alains et Ruges. À la mort de leur roi Ruga, vers 434, ses neveux Bleda et Attila, fils de son frère Moundzouk, lui succèdent ensemble.

Leur premier acte est un traité. À Margus, sur le Danube, les envoyés de l’empereur d’Orient Théodose II acceptent de doubler le tribut annuel, de 350 à 700 livres d’or, d’ouvrir des marchés frontaliers et de rendre les fugitifs huns ; chaque prisonnier romain évadé doit être racheté huit solidi. La date du traité, 435 ou 439, reste discutée. Au début des années 440, prétextant que l’évêque de Margus a pillé des tombes royales, les Huns franchissent le Danube, prennent Viminacium, Singidunum (Belgrade) et Naissus, la ville natale de Constantin.

Vers 445, Bleda meurt, tué selon les chroniqueurs sur ordre de son frère. Attila règne seul. En 447, il lance la plus dure de ses campagnes dans les Balkans, l’année même où un séisme abat une partie des murailles de Constantinople, relevées à la hâte en deux mois. L’armée d’Orient est battue sur la rivière Utus. La paix dite d’Anatolius, du nom du négociateur romain, est la plus coûteuse de toutes : 6 000 livres d’or d’arriérés, un tribut annuel porté à 2 100 livres, douze solidi par prisonnier. Les chiffres sont sûrs, la date ne l’est pas : la chronologie traditionnelle place cette paix en 443, au terme d’une première campagne, d’autres historiens après celle de 447. En 449, Attila exige en outre que les Romains évacuent une large bande de territoire au sud du Danube.

En 449, une ambassade romaine se rend chez Attila. L’historien Priscus en fait partie, et en laisse le récit le plus vivant de l’Antiquité tardive sur un roi barbare. Il ignore alors que l’un de ses compagnons est chargé, par le ministre Chrysaphius, de soudoyer un proche d’Attila pour l’assassiner. Le complot est éventé ; Attila exige la tête de Chrysaphius et fait payer le rachat de l’interprète compromis.

Tout bascule en 450. Théodose II meurt en juillet ; son successeur Marcien refuse de payer. La même année, Honoria, sœur de l’empereur d’Occident Valentinien III, fait parvenir à Attila un anneau et une demande d’aide pour échapper à un mariage imposé. Le roi hun y lit une demande en mariage et réclame en dot la moitié de l’Occident. Au printemps 451, il passe le Rhin, prend Metz, assiège Orléans, puis se replie devant l’armée du général romain Aetius et de ses alliés wisigoths. La bataille des champs Catalauniques, en 451 (le 20 juin selon la date traditionnelle), quelque part entre Troyes et Châlons, est indécise mais suffit : le roi wisigoth Théodoric y meurt, Attila se retire.

En 452, il descend en Italie, rase Aquilée après un long siège, occupe Milan et Pavie. Près du Mincio, il reçoit une ambassade dont fait partie le pape Léon Ier, et se retire. La famine, une épidémie dans son armée et une attaque des troupes de Marcien contre les terres des Huns pesaient au moins autant que l’éloquence pontificale. Au début de 453, il épouse une jeune femme nommée Ildico. Selon Priscus, que recopie Jordanès, on le trouve mort au matin, étouffé par une hémorragie. En 454, ses fils sont battus par les peuples sujets à la bataille de la Nedao, et l’empire hunnique cesse d’exister.

Qu’a accompli Attila, et que reste-t-il de son œuvre ?

Attila a construit la plus grande puissance barbare de son siècle, du Rhin à la mer Noire, et l’a fait vivre quinze ans sur les finances romaines. Il a humilié Constantinople, ravagé les Balkans, fait trembler la Gaule et l’Italie. Il n’a fondé ni ville, ni code, ni dynastie durable : ses fils n’ont pas tenu deux ans après lui.

Ce qui reste est indirect. La pression hunnique a déplacé les Goths, les Gépides et d’autres peuples, et leur libération après 454 a pesé sur la fin de l’Empire d’Occident, déposé en 476. Les Balkans dévastés mettront longtemps à se relever. Et l’Orient en a tiré une leçon durable : murailles de Constantinople renforcées, diplomatie de l’or, art de payer les uns pour contenir les autres, que les empereurs byzantins pratiqueront pendant des siècles, Justinien en tête. Reste enfin un nom, que l’Europe chrétienne a fait épouvantail et que la Hongrie a fait ancêtre.

Comment Attila a-t-il financé son pouvoir ?

Le pouvoir d’Attila reposait sur une économie de la prédation, et les chiffres conservés par Priscus permettent de la suivre. Le tribut, c’est-à-dire le paiement régulier exigé d’un État vaincu ou menacé en échange de la paix, passe de 350 livres d’or par an sous Ruga à 700 en vertu du traité de Margus, puis à 2 100 livres après la paix d’Anatolius, avec 6 000 livres d’arriérés payés d’un coup. Une livre romaine valant 72 solidi, la monnaie créée par Constantin, le tribut annuel final représente environ 151 000 pièces d’or.

À cela s’ajoutent les rançons, fixées par les traités à huit puis douze solidi par prisonnier, les cadeaux exigés de chaque ambassade, le butin des villes prises, et les marchés du Danube, que les Huns obtiennent d’ouvrir et de contrôler. Pour les Romains, la guerre coûtait aussi en manque à gagner : provinces ravagées, impôts non perçus, villes à reconstruire.

Comment Constantinople payait-elle ? Priscus décrit la levée de 447 : les sénateurs taxés selon leur rang, contraints de vendre les bijoux de leurs femmes et leurs meubles, certains réduits, dit-il, à se donner la mort. Le récit est celui d’un homme de ce milieu, et sans doute noirci. Les historiens modernes discutent du poids réel de ces sommes : écrasantes pour les uns, modestes au regard des revenus de l’Orient pour les autres, puisque Marcien put laisser à sa mort, en 457, un Trésor bien garni. Tous s’accordent sur leur coût politique : payer, c’était avouer la faiblesse.

L’or n’enrichissait pas Attila seul. Il servait à tenir une coalition de chefs, que Priscus appelle logades, les « hommes choisis », et de peuples soumis qui ne restaient fidèles que tant qu’on les payait. Au banquet de 449, Priscus note que les convives mangent dans de la vaisselle d’or et d’argent, tandis qu’Attila se fait servir dans une écuelle de bois et boit dans une coupe de bois. La sobriété du roi était une politique : le luxe était pour ceux qu’il fallait garder.

Priscus raconte aussi sa rencontre avec un marchand grec capturé à Viminacium, qui avait gagné sa liberté au combat et préférait vivre chez les Huns. L’homme dénonce les impôts écrasants de l’Empire et une justice vendue aux riches ; Priscus lui répond par un éloge des lois romaines, et l’échange se clôt sur les larmes du marchand. C’est l’une des plus anciennes critiques de la fiscalité romaine qui nous soient parvenues, et elle vient de la bouche d’un réfugié chez les barbares.

Le système avait une faille : il exigeait que l’or continue d’arriver. Quand Marcien refuse le tribut en 450, Attila doit trouver ailleurs de quoi payer ses fidèles, d’où la Gaule, puis l’Italie. Après sa mort, il n’y a plus personne pour négocier les tributs ni pour les partager, et la coalition se défait.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire d’Attila ?

Le surnom de « fléau de Dieu » n’apparaît dans aucune source de son vivant. C’est une lecture chrétienne postérieure, qui fait d’Attila l’instrument de la colère divine contre les péchés des Romains ; elle s’épanouit dans les vies de saints des siècles suivants. La phrase selon laquelle l’herbe ne repoussait pas là où passait son cheval n’a aucune source ancienne connue.

La France a sa légende propre : sainte Geneviève aurait sauvé Paris en exhortant ses habitants à rester. Sa Vie, écrite au VIe siècle, rapporte bien qu’elle les retint de fuir ; mais Attila ne s’est jamais approché de Paris, sa route passant par Metz et Orléans. De même, la rencontre avec le pape Léon, réelle et attestée par Prosper d’Aquitaine, s’est enrichie au fil des siècles de l’apparition de saint Pierre et saint Paul menaçant le roi de leurs épées, que Raphaël a peinte au Vatican.

Sa mort elle-même a été romancée. Le chroniqueur Marcellin, qui écrit en latin à Constantinople au VIe siècle, connaît une version où il est poignardé par une femme. Jordanès rapporte que son corps fut enterré dans trois cercueils, d’or, d’argent et de fer, et que les ouvriers furent tués pour garder le secret du lieu, ce qui a nourri des générations de chercheurs de trésor. Enfin, l’épopée germanique a fait d’Attila le roi Etzel de la Chanson des Nibelungen, souverain plutôt bonhomme, et la tradition hongroise un ancêtre national, ce que l’histoire ne confirme pas.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La recherche moderne doit beaucoup à Otto Maenchen-Helfen, dont The World of the Huns (1973, posthume) reste la somme critique des sources. Elle a rabattu les chiffres des chroniqueurs : Jordanès parle de 165 000 morts aux champs Catalauniques, total que personne ne retient, et les effectifs réels des armées hunniques sont inconnus.

Le débat porte d’abord sur le rôle des Huns dans la chute de Rome. Peter Heather, dans The Fall of the Roman Empire (2005, traduit sous le titre Rome et les barbares), en fait le moteur indirect de l’effondrement occidental : en poussant les Goths et d’autres peuples dans l’Empire, puis en libérant brutalement ses sujets après 453. Christopher Kelly, dans Attila the Hun (2008), insiste sur la diplomatie et l’argent, et sur l’habileté d’un roi qui sut exploiter les rivalités romaines.

Le second débat porte sur la nature de l’empire hunnique. Hyun Jin Kim, dans The Huns, Rome and the Birth of Europe (2013), y voit un État organisé à la manière des empires des steppes d’Asie intérieure, avec une hiérarchie de rangs ; beaucoup de spécialistes jugent la thèse forcée et décrivent plutôt une confédération personnelle, cimentée par le butin. En France, Michel Rouche a donné une biographie attentive à la violence nomade, et Edina Bozoky une histoire de la légende.

Que peut apprendre d’Attila celui qui décide ?

Attila a compris avant beaucoup d’autres que la menace se vend mieux que la conquête. Son empire montre aussi la fragilité d’une entreprise dont le revenu dépend d’un seul client et la cohésion d’un seul homme.

  • Un revenu concentré sur une seule source est un risque : quand l’Orient cesse de payer en 450, toute la machine hunnique doit chercher ailleurs, au prix de deux campagnes coûteuses.
  • Payer pour la paix achète du temps, pas la sécurité : chaque traité romain a été suivi d’une exigence plus forte, jusqu’à ce que Marcien refuse.
  • Une organisation tenue par la redistribution doit croître pour survivre : sans or nouveau, les fidèles d’Attila n’avaient plus de raison de l’être.
  • Ce qui n’est pas institutionnalisé meurt avec son fondateur : sans règles de succession ni administration, l’empire hunnique s’effondre un an après lui.

Quels livres lire sur Attila ?

  • Michel Rouche, Attila. La violence nomade, Paris, Fayard, 2009 : la biographie de référence en français.
  • Edina Bozoky, Attila et les Huns. Vérités et légendes, Paris, Perrin, 2012 : pour démêler l’histoire et quinze siècles de mythe.
  • Peter Heather, Rome et les barbares. Histoire nouvelle de la chute d’un empire, traduit par Jacques Dalarun, Paris, Alma, 2017 : la place des Huns dans la chute de l’Occident.
  • Jordanès, Histoire des Goths, introduction, traduction et notes d’Olivier Devillers, Paris, Les Belles Lettres, coll. « La roue à livres », 1995 : la source principale, qui conserve des pages entières de Priscus.
  • Christopher Kelly, Attila the Hun. Barbarian Terror and the Fall of the Roman Empire, Londres, The Bodley Head, 2008 (en anglais) : le meilleur récit de l’ambassade de Priscus et de l’économie du tribut.
  • Otto J. Maenchen-Helfen, The World of the Huns, Berkeley, University of California Press, 1973 (en anglais) : la somme savante.

Questions fréquentes sur Attila

Comment est mort Attila ?

En 453, la nuit de ses noces avec une jeune femme nommée Ildico. Selon Priscus, recopié par Jordanès, on le retrouva au matin mort d’une hémorragie, étouffé par son propre sang. Une autre tradition, connue du chroniqueur Marcellin, parle d’un coup de poignard donné par une femme ; rien ne permet de trancher.

Attila est-il venu à Paris ?

Non. En 451, son armée a pris Metz et assiégé Orléans, sans s’approcher de Paris. La tradition de sainte Geneviève retenant les Parisiens de fuir est rapportée par sa Vie, mais la ville n’a jamais été menacée directement.

Qui a gagné la bataille des champs Catalauniques ?

Personne de façon décisive. En 451, à une date traditionnellement fixée au 20 juin, entre Troyes et Châlons, les Romains d’Aetius et leurs alliés wisigoths ont tenu face à Attila, qui s’est retiré de Gaule. Le roi wisigoth Théodoric y a été tué, et le lieu exact du combat reste inconnu.

Combien Rome payait-elle à Attila ?

L’Empire d’Orient lui versa 700 livres d’or par an après le traité de Margus, puis 2 100 livres par an après la paix d’Anatolius, en plus de 6 000 livres d’arriérés. Ces chiffres viennent de l’historien Priscus, témoin de la diplomatie de l’époque.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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