Réponse aux critiques sur le trading et la spéculation

Hier matin, Elodie Auffray, journaliste à Libération, m’appelle pour me demander des précisions sur le scalping et sur mes impressions de tradeur amateur, de particulier, sur les derniers évènements boursiers. Nous avons discuté très courtoisement pendant plus de deux heures. Je pensais qu’elle allait faire un article un peu généraliste où j’aurai été cité une fois et qu’elle ne fut pas ma surprise de voir que l’article portait intégralement sur ma modeste personne : La volatilité des marchés… vue par un boursicoteur.
Je dois bien l’avouer, j’étais un peu méfiant au départ : 24h avant une grande radio nationale souhaitait aussi ma participation pour un débat sur la bourse, mais comme on me suggérait un peu trop ma partition, j’ai décliné l’offre (je les ai envoyé bouler). A l’opposé, le travail d’Elodie Auffray est remarquable, l’article condense et synthétise une grande partie de nos propos sans aucune déformation ou jugement pré-établi. Soulignons l’éthique de cette journaliste.
Bien entendu ce type d’article suscite toujours de nombreuses réactions négatives et j’aimerais apporter quelques réponses à la volée aux emails d’insultes que je reçois : je suis donc un crétin (fort possible), un affameur du peuple et pleins d’autres gros mots dont quelques demandes de lynchage !
Voici un exemple qui synthétise un peu tout ce que je reçois, et qui est poli :
Je suis tombée par hasard sur votre blog via Libé. Je ne comprends pas cette attitude : vous jouez avec la vie de gens qui ne demandent qu'à pouvoir vivre dignement ! Comment vous regardez-vous dans la glace le matin ? Ah !! Le fric ! Le fric ! Quelle pauvre vie vous avez !! Accro au pognon !!
Quelques réponses rapides :
Sur moi :
Je suis un ancien professeur d’histoire géographie en ZEP dans les quartiers les plus sensibles du 93 par choix (ah les 3000 à Aulnay sous Bois !) et du 91, tout en intervenant à la Sorbonne où j’aurai pu trouver un poste pépère, je ne suis pas accro à l’argent, je m’en fiche royalement (j’ai quitté mon poste de fonctionnaire à 1800 € par mois avec un emploi à vie pour créer mon auto entreprise, je ne suis pas un fils à papa (mon père a été ouvrier en usine (quand il y en avait encore), il est à 57 ans en train d’entretenir les jardins des bobos par tous les temps), je n’ai pas hérité (chaque centime que j’investis en bourse est le fruit de mon travail et de mon épargne).
Je sais cela ne correspond pas aux stéréotypes du trader et je tiens à m’excuser d’être différent dans cette société uniformisée.
Sur la spéculation :
1) Tout le monde est un spéculateur
Si vous avez un compte en banque, un compte chèque, une assurance vie, un livret A… Que fait votre banque quand votre salaire est versé ? Elle l’investit sur les marchés financiers. Votre assurance vie ? Ce sont des obligations d’Etat donc vous exploitez les pauvres grecs par exemple. Bref, vous êtes dans le coup, pas moyen d’y échapper.
Personnellement, je n’ai aucune assurance vie, le minimum sur mes comptes courants, tout mon patrimoine financier je l’investis moi même. Je ne peux supporter l’idée que les banques utilisent mon argent pour faire des profit à plusieurs chiffres et me balancent 2.25 % d’intérêt avec mépris. N’enrichissez pas les banques, prenez vous en main !
2) Tout le monde est un trader
Ttrader c’est acheter dans l’espoir de revendre plus cher, de faire un bénéfice. Ainsi, tous les commerçants sont des traders, toutes les personnes achetant leur appartement ou maison sont des traders. A ce jour, je n’ai rencontré personne me dire « super j’ai acheté mon appartement, j’espère que si je le revends, je vais perdre de l’argent, je ne veux pas être un odieux spéculateur ».
3) Il existe deux types de trader
Les traders qui sont des salariés des banques, qui gèrent des dizaines, centaines de millions d’euros (l’argent que vous avez laissé en banque, si si). Ils vont prendre des risques car ce n’est pas leur argent et qu’ils ont des bonus s’ils font plus de X pour cent de gain. C’est ce qui explique une partie des mouvements actuels, ils ont souvent de gros leviers (ils achètent 5 à 10 fois plus d’actions qu’ils ont d’argent réellement. Horreur, vos 1000 € en assurance vie sont en fait 10.000 € sur les marchés). L’autre trader, c’est le gars qui se fait plumer 9 fois sur 10, le particulier qui investit son propre argent.
4) Un trader particulier est utile à la société : un trader ça rapporte de l’argent à l’Etat. Sur les 1800 € de gains, je vais en reverser un peu plus de 31 % soit près de 600 €. C’est d’autant plus utile, que si je perds mon argent en bourse, l’Etat ne m’aidera pas, les banques oui. De plus, il n’y a pas beaucoup de banques qui payent 31 % d’impôt, c’est plutôt dans les 20 %… Vous voyez la différence ? Le trader des banques est donc déresponsabilisé et vous fera payer ses erreurs. Les traders particuliers, ils prennent des risques avec leur propre capital et s’ils se plantent, ils ont la classe de ne pas venir mendier à l’Élysée pour être renfloués.
Alors pourquoi je trade ?
Parce que je suis historien économiste, passionné par la psychologie et la société de masse et que j’aime ça ! Je pense que les marchés boursiers sont gouvernés par les affects, qu’un bon trader devrait être un psychologue et non un mathématicien. J’ai besoin d’expérimenter les choses, de les vivre, pour les comprendre, je dois être impliqué, je dois trader pour comprendre les ressorts psychologiques en jeu : peur, cupidité… et les mécanismes financiers qui gouvernent notre vie quotidienne.
Et puis si je gagne de l’argent en bourse en risquant mon épargne, le fruit de 20 ans de boulot « réel », tant mieux, cela paiera mon loyer, je contribuerai par l’impôt au fonctionnement de la société. Si je perds de l’argent tant pis, c’est mon épargne. Je pourrai boire, me droguer, jouer au pmu, au loto, au casino, avoir une voiture, m’acheter des vêtements de marque, un appartement, une maison ou aller en vacances. Je ne possède rien de tout cela, je trouve cela inutile mais je ne juge personne, chacun utilise son argent comme il le souhaite.
Benoist Rousseau
Sièges CME & CBOT · Maîtrise d’histoire (Sorbonne)
Historien de formation (Paris-Sorbonne), je lis les marchés avec le recul de l’histoire : trader actif depuis 1994, enseignant depuis 1998, entrepreneur depuis 2004. En 2010, je fonde andlil.com, communauté lauréate en 2024 du Grand Prix d’Excellence « Meilleur Blog et Forum Boursier » ; en 2022, l’École de Trading.
Découvrir mon parcoursLa formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École


