Histoire de 3M : de la mine sans minerai au conglomérat du Post-it et du ruban Scotch

3M est un groupe industriel américain, membre du Dow Jones, qui fabrique des abrasifs, des adhésifs, des films, des équipements de protection et des produits grand public comme le Post-it ou le ruban Scotch. Son histoire commence par un échec minier, se poursuit par une collection d’inventions parfois nées d’erreurs, et traverse depuis une quinzaine d’années une longue épreuve judiciaire liée aux « polluants éternels ».
3M en bref
- Fondation : 1902, à Two Harbors (Minnesota), sous le nom de Minnesota Mining and Manufacturing Company, par cinq hommes d’affaires : Henry S. Bryan, Hermon W. Cable, John Dwan, William A. McGonagle et J. Danley Budd.
- Siège : 3M Center, à Maplewood, dans la banlieue de Saint Paul (Minnesota), depuis 1962.
- Dirigeant : William Brown, directeur général depuis le 1er mai 2024 et président du conseil d’administration depuis 2025.
- Activités : sécurité et industrie, transport et électronique, produits grand public.
- Marques principales : Scotch, Post-it, Scotch-Brite, Command, Filtrete, Scotchgard, Thinsulate, Peltor, Scott.
- Effectifs : environ 60 500 salariés fin 2025.
- Cotation : Bourse de New York (code MMM), membre du Dow Jones.
- Chiffre d’affaires 2025 : 24,9 milliards de dollars.
Quelle est l’histoire de 3M ?
1902-1916 : une mine sans minerai
En 1902, à Two Harbors, sur la rive du lac Supérieur, cinq hommes d’affaires fondent la Minnesota Mining and Manufacturing Company pour exploiter un gisement qu’ils croient de corindon, un minéral très dur recherché pour les meules. C’est de l’anorthosite, une roche sans valeur commerciale. Les ventes ne décollent pas, les fondateurs cherchent des fonds, et en 1905 deux investisseurs, Edgar Ober et Lucius Ordway, un homme d’affaires de Saint Paul, prennent l’affaire en main. La société s’installe à Duluth pour fabriquer du papier de verre ; le plancher de la première usine s’effondre sous le poids des matières premières. En 1910, elle déménage à Saint Paul, où elle restera cinquante-deux ans.
En mai 1907, un jeune homme de 19 ans entre comme aide-comptable, à 11,55 dollars par semaine : William McKnight. Ses idées pour améliorer les produits et réduire les coûts le font vite monter en grade. En 1914, la toile abrasive Three-M-ite devient le premier produit exclusif de la société ; deux ans plus tard, portée par la demande de la Première Guerre mondiale, 3M verse son premier dividende. Il n’a jamais cessé d’en verser depuis.
1916-1949 : McKnight, le papier de verre et le ruban adhésif
Vice-président en 1916, président en 1929, président du conseil de 1949 à 1966, McKnight fait de 3M une machine à inventer. En 1921 sort le Wetordry, premier papier abrasif utilisable à l’eau. Dans un atelier de carrosserie, un assistant de laboratoire, Richard Drew, voit les peintres peiner à protéger les zones à ne pas peindre. Il invente en 1925 le ruban de masquage. Selon l’histoire maison, un premier essai n’était encollé que sur les bords, et un peintre exaspéré l’aurait renvoyé à ses patrons « écossais », c’est-à-dire, dans l’argot américain du temps, radins : la marque Scotch était née. En 1930, Drew applique la colle sur de la cellophane, et le ruban adhésif transparent devient, en pleine Grande Dépression, l’outil de réparation des ménages.
La société, réincorporée en 1929 dans l’État du Delaware, crée en 1937 un laboratoire central de recherche, d’où sort en 1938 le film réfléchissant Scotchlite des panneaux routiers. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle travaille pour la défense, et en 1946 son action est cotée à la Bourse de New York.
1950-1980 : la multiplication des produits
Les décennies suivantes ressemblent à un inventaire. Le copieur Thermo-Fax en 1950, le protecteur pour tissus Scotchgard en 1956, issu d’une découverte accidentelle de deux chimistes, Patsy Sherman et Samuel Smith, l’éponge Scotch-Brite en 1958, le ruban Magic en 1961, l’isolant Thinsulate en 1979. 3M fabrique aussi des bandes magnétiques, des produits de santé, et ses matériaux vont sur la Lune en 1969. Le groupe s’installe en 1962 au 3M Center de Maplewood, ouvre dès 1951 des filiales à l’étranger, lance en 1975 un programme de réduction de la pollution, Pollution Prevention Pays, et entre en 1976 dans l’indice Dow Jones.
Le Post-it résume la méthode. En 1968, le chimiste Spencer Silver cherche une colle très forte et obtient une colle très faible, qui se décolle sans laisser de trace. Pendant cinq ans, il la présente à qui veut l’entendre, sans succès. En 1974, son collègue Art Fry, agacé de voir ses marque-pages tomber de son livre, y voit l’usage. Lancé en 1977 dans quatre villes sous le nom de Press ’n Peel, le produit échoue ; 3M distribue alors, en 1978, des échantillons gratuits à Boise, dans l’Idaho, et plus de 90 % des personnes qui l’ont essayé disent vouloir l’acheter. Le Post-it est vendu dans tous les États-Unis à partir du 6 avril 1980, en jaune, parce que le laboratoire voisin n’avait que du papier brouillon jaune.
1980-2018 : un conglomérat qui se cherche
3M devient en 1984 la première entreprise étrangère autorisée à détenir à 100 % une filiale en Chine. En 1996, il se sépare de ses activités de stockage de données et d’imagerie, regroupées dans une nouvelle société, Imation. Le 8 avril 2002, pour son centenaire, Minnesota Mining and Manufacturing prend le nom qu’on lui donnait depuis longtemps : 3M Company. Les ventes dépassent 20 milliards de dollars en 2004 et 30 milliards en 2013, sous des dirigeants qui se succèdent : Livio DeSimone, James McNerney, venu de General Electric, George Buckley, puis Inge Thulin à partir de 2012.
Deux décisions de cette période pèsent encore. En mai 2000, 3M annonce l’arrêt volontaire de la production de deux composés fluorés, le PFOA et le PFOS, entrant dans des produits imperméabilisants, des mousses anti-incendie et des emballages alimentaires ; l’arrêt est pour l’essentiel achevé aux États-Unis fin 2002. Ces substances font partie des PFAS, dits « polluants éternels » parce qu’ils ne se dégradent pratiquement pas. En 2008, 3M rachète Aearo Technologies, qui fabriquait des bouchons d’oreille militaires, les Combat Arms ; 3M les vend jusqu’en 2015. En 2018, l’État du Minnesota obtient 850 millions de dollars pour la pollution de ses eaux.
Depuis 2018 : les procès et le grand nettoyage
Michael Roman, directeur général à partir de 2018, hérite des deux dossiers. Plus de cent mille anciens militaires attaquent 3M, affirmant que les bouchons Combat Arms ne les ont pas protégés ; en août 2023, le groupe accepte de payer 6 milliards de dollars, de 2023 à 2029, tout en maintenant que ses bouchons étaient sûrs s’ils étaient bien utilisés. Les réseaux publics d’eau potable américains réclament réparation pour les PFAS ; l’accord, approuvé par le tribunal en mars 2024, prévoit de 10,5 à 12,5 milliards de dollars de versements jusqu’en 2036. Ces charges font plonger 3M en 2023 dans une perte nette de 7 milliards de dollars.
Le groupe se démembre en parallèle. Il apporte son activité de sécurité alimentaire au spécialiste Neogen en 2022, annonce en décembre 2022 qu’il cessera toute fabrication de PFAS fin 2025, ce qui est fait à la date prévue, et sépare en avril 2024 sa division santé, devenue une société cotée autonome, Solventum. William Brown, ancien patron du groupe de défense L3Harris, prend la direction générale le 1er mai 2024. Le redressement des marges qu’il conduit, et le poids des procès qui restent, sont analysés dans l’analyse SWOT.

Que fait 3M aujourd’hui ?
3M part d’un petit nombre de technologies, adhésifs, abrasifs, films, non-tissés, céramiques, et en tire des milliers de produits. En 2025, son chiffre d’affaires de 24,9 milliards de dollars se répartit en trois métiers :
- Sécurité et industrie (11,4 milliards de dollars) : abrasifs, rubans industriels, masques respiratoires, protections auditives Peltor, appareils respiratoires Scott pour pompiers, systèmes antichute.
- Transport et électronique (8,3 milliards) : films pour écrans, matériaux pour l’électronique, signalisation routière réfléchissante, produits pour l’automobile.
- Grand public (4,9 milliards) : Post-it, Scotch, Scotch-Brite, crochets Command, filtres à air Filtrete, pansements Nexcare.
Les Amériques représentent 54,5 % des ventes, l’Asie-Pacifique 28,4 % et la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique 17,1 %.
Qui sont les dirigeants de 3M ?
- William McKnight (président 1929-1949, président du conseil 1949-1966) : l’architecte de la culture d’innovation.
- Lewis Lehr (1979-1986), Allen Jacobson (1986-1991).
- Livio DeSimone (1991-2001).
- James McNerney (2001-2005).
- George Buckley (2005-2012).
- Inge Thulin (2012-2018).
- Michael Roman (2018-2024) : les accords judiciaires et la scission de la santé.
- William Brown (depuis 2024) : directeur général, président du conseil depuis 2025.
Comment l’action 3M a-t-elle évolué en Bourse ?
Cotée à New York depuis 1946, l’action 3M fait partie du Dow Jones depuis 1976. Le groupe verse un dividende sans interruption depuis 1916. La scission de Solventum a pourtant marqué une rupture : le dividende trimestriel, de 1,51 dollar au premier trimestre 2024, est ramené à 0,70 dollar dès le deuxième, pour tenir compte d’un groupe plus petit. Il est remonté depuis, à 0,78 dollar au premier trimestre 2026.
Quels sont les chiffres clés de 3M depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat net part du groupe | Flux de trésorerie d’exploitation |
|---|---|---|---|
| 2021 | 35,36 | 5,92 | 7,45 |
| 2022 | 26,16 | 5,78 | 5,59 |
| 2023 | 24,61 | -7,00 | 6,68 |
| 2024 | 24,58 | 4,17 | 1,82 |
| 2025 | 24,95 | 3,25 | 2,31 |
En milliards de dollars, comptes publiés par 3M auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. Le chiffre d’affaires de 2021 inclut la division santé ; ceux de 2022 à 2025 ont été retraités sans elle. Le résultat net inclut la santé jusqu’à sa sortie, en 2024. Les flux de trésorerie de 2024 et 2025 sont amputés notamment par les versements des accords judiciaires.
Questions fréquentes sur 3M
Que signifie 3M ?
Ce sont les initiales de Minnesota Mining and Manufacturing Company, le nom d’origine de l’entreprise fondée en 1902. Le surnom est devenu le nom officiel en 2002, pour le centenaire.
Qui a inventé le Post-it ?
Deux chimistes de 3M : Spencer Silver, qui a mis au point en 1968 une colle repositionnable, et Art Fry, qui a eu en 1974 l’idée de l’appliquer à des marque-pages. Le Post-it est vendu dans tous les États-Unis depuis 1980.
Pourquoi le ruban adhésif s’appelle-t-il Scotch ?
Selon l’histoire racontée par 3M, un peintre automobile aurait reproché vers 1925 à l’inventeur Richard Drew d’avoir été trop « écossais », c’est-à-dire avare, avec la colle. Le mot est resté comme nom de marque.
Qui dirige 3M ?
William Brown, ancien patron de L3Harris, est directeur général depuis le 1er mai 2024 et préside aussi le conseil d’administration depuis 2025.
Qu’est-ce que Solventum ?
C’est l’ancienne division santé de 3M, séparée en avril 2024 et cotée en Bourse. 3M en a gardé une participation minoritaire, qu’il vend progressivement.
Combien gagne 3M ?
En 2025, 3M a réalisé 24,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 3,3 milliards de dollars de bénéfice net part du groupe, selon ses comptes publiés.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources de référence utilisées
7
- 3M, « History » (consulté le 10 octobre 2026)
- Post-it (3M), histoire de la marque (consultée le 10 octobre 2026)
- 3M, rapport annuel 10-K de l’exercice 2025 (3 février 2026)
- SEC, données financières publiées par 3M, exercices 2021 à 2025
- 3M, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2025 (20 janvier 2026)
- 3M, nomination de William Brown au poste de directeur général à compter du 1er mai 2024 (12 mars 2024)
- AFP (IndustryWeek), accord de 6 milliards de dollars sur les bouchons d’oreille militaires (30 août 2023)
Pour aller plus loin
- Qu’est-ce qu’un dividende : calcul et versement, la définition du dividende, que 3M verse sans interruption depuis 1916.
- Dow Jones : les 30 valeurs, l’histoire et le calcul de l’indice, l’indice dont 3M fait partie depuis 1976.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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