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Histoire de DuPont : de la poudrerie de la Brandywine au groupe démembré

Histoire de DuPont

DuPont de Nemours est aujourd’hui un groupe américain de matériaux de spécialité, coté à New York, qui vend des membranes de filtration d’eau, des composants et emballages médicaux et des produits pour la construction et l’industrie, comme le Tyvek. C’est peu au regard du nom : la poudrerie fondée en 1802 par un émigré français, élève de Lavoisier, est devenue le géant de la chimie qui a inventé le nylon, avant de fusionner avec Dow en 2017 puis de se découper jusqu’à la séparation de Qnity en 2025.

DuPont en bref

  • Fondation : 1802, sur la Brandywine, près de Wilmington (Delaware), par Éleuthère Irénée du Pont ; la société cotée actuelle, DuPont de Nemours Inc., est l’ancienne DowDuPont, créée en 2015 pour la fusion avec Dow.
  • Siège : Wilmington (Delaware).
  • Dirigeants : Lori Koch, directrice générale depuis le 1er juin 2024 ; Edward Breen, président du conseil d’administration, non exécutif depuis novembre 2025.
  • Activités : santé et eau (composants et emballages pour le médical, technologies de purification de l’eau), industries diversifiées (construction, produits industriels).
  • Marques principales : Tyvek, Corian, FilmTec.
  • Effectifs : environ 15 000 salariés fin 2025, dont 1 700 dans les aramides, cédés en avril 2026.
  • Cotation : Bourse de New York (symbole DD) ; DuPont a quitté le Dow Jones en 2017.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 6,85 milliards de dollars.

Histoire de DuPont

1771-1902 : la poudre de la Brandywine

Éleuthère Irénée du Pont naît à Paris le 24 juin 1771. Son père, l’économiste Pierre Samuel du Pont, a été anobli par Louis XVI en 1784, d’où le « de Nemours » qui accompagnera le nom de l’entreprise. En 1787, le fils entre comme élève à la Régie des poudres, auprès d’un ami de son père, le chimiste Antoine Lavoisier. Modérés, les du Pont sont inquiétés sous la Révolution ; le père est arrêté en 1794, et la famille embarque le 2 octobre 1799 pour l’Amérique. Elle débarque à Newport, dans le Rhode Island, le 1er janvier 1800, date que ses descendants fêtent encore.

Une tradition du Delaware veut que tout ait commencé à la chasse : le fusil d’Irénée aurait fait long feu, chargé d’une poudre américaine aussi chère que mauvaise. L’anecdote est jolie, sans plus. Il est certain, en revanche, qu’il repart en France en 1801 chercher capitaux et machines, que l’acte d’association est signé le 21 avril 1801 et qu’il commence à l’été 1802 la construction de sa poudrerie, Eleutherian Mills, au bord de la Brandywine. La première vente est enregistrée le 16 mai 1804.

La guerre fait la fortune de la maison : celle de 1812 contre l’Angleterre, puis la guerre de Sécession, pendant laquelle DuPont fournit entre le tiers et la moitié de la poudre de l’armée de l’Union. Il produit de la dynamite à partir de 1880 et de la poudre sans fumée dans les années 1890. Vers 1900, il contrôle près des deux tiers du marché américain des explosifs. Jusqu’en 1899, l’entreprise reste une société de personnes.

1902-1940 : les cousins, General Motors et le nylon

En 1902, le président Eugene du Pont meurt. Les associés survivants cèdent l’affaire à trois arrière-petits-fils du fondateur, dont Pierre S. du Pont. Ils créent en 1903 l’Experimental Station, l’un des premiers laboratoires de recherche industrielle des États-Unis. La justice les rattrape : poursuivi en 1907 pour monopole, DuPont doit en 1912 céder une grande part de son activité de poudres, qui donne naissance à Hercules et à Atlas.

En 1914, Pierre S. du Pont investit dans General Motors ; l’entreprise y place 25 millions de dollars en 1917, portés à 50 millions en 1919. Pierre du Pont devient président de General Motors en 1920. L’alliance durera jusqu’en 1957, quand la Cour suprême jugera cette influence contraire au droit de la concurrence ; DuPont devra vendre ses actions au début des années 1960.

La poudrerie devient chimiste. Avec le français Comptoir des textiles artificiels, elle fabrique de la rayonne à partir de 1920, puis de la cellophane. En 1928, elle recrute un chimiste, Wallace Carothers, pour travailler sur les polymères. Il en sort le néoprène, caoutchouc synthétique lancé en 1931, puis, en 1935, le nylon, commercialisé à partir de 1938. La même année, le groupe découvre le futur Téflon, dont la fabrication empoisonnera plus tard sa vie.

Comme d’autres entreprises américaines, DuPont garde de 1933 à 1943 des liens d’affaires avec des sociétés de l’Allemagne nazie, jusqu’à la saisie de ses actifs allemands par le régime.

1940-1980 : la guerre, la bombe et les matières nouvelles

En 1939, les explosifs militaires ne pesaient plus que 2 % des ventes. La guerre change tout : DuPont emploie jusqu’à 37 000 personnes dans ses poudreries, fournit le nylon des parachutes et, en 1943, conçoit, construit et exploite pour le projet Manhattan l’usine de plutonium de Hanford, dans l’État de Washington.

L’après-guerre est l’âge d’or des marques déposées : Mylar, Dacron, Orlon et Lycra dans les années 1950, Tyvek, Nomex, Corian et Kevlar dans les années 1960. Le Kevlar est mis au point par la chimiste Stephanie Kwolek ; il finira dans les gilets pare-balles. La famille garde longtemps une influence décisive sur l’entreprise, notamment par une société holding, Christiana Securities.

1981-2015 : pétrole, semences et pollution

En 1981, DuPont rachète la compagnie pétrolière Conoco, en surenchérissant sur le groupe de spiritueux Seagram, qui en était le premier actionnaire. Seagram en sort avec 24 % de DuPont. Le pétrole ne restera pas : DuPont rachète ses titres à Seagram en 1995 pour 8,8 milliards de dollars, introduit Conoco en Bourse en 1998 et s’en défait totalement en 1999.

La même année, il paie 7,7 milliards de dollars les 80 % qu’il ne possédait pas du semencier Pioneer Hi-Bred. Puis il vend : la pharmacie à Bristol-Myers Squibb en 2001, pour 7,8 milliards de dollars ; les textiles, Lycra compris, à Koch Industries en 2004 ; les peintures automobiles au fonds Carlyle en 2013, devenues Axalta.

Le passé chimique se rappelle au groupe. Premier producteur mondial des chlorofluorocarbures qui détruisent la couche d’ozone, DuPont combat leur réglementation avant de s’y rallier en mars 1988. À Parkersburg, en Virginie-Occidentale, l’avocat Robert Bilott attaque en 1999 les rejets d’acide perfluorooctanoïque, dit C8, d’une usine du groupe. Les documents internes montrent que l’entreprise connaissait des risques. En 2017, DuPont règle 3 550 plaintes pour 671 millions de dollars ; l’affaire inspire en 2019 le film Dark Waters.

En juillet 2015, sous la direction d’Ellen Kullman, DuPont détache sa chimie fluorée, Téflon compris, dans une société cotée, Chemours, qui reprend aussi la dépollution de 171 anciens sites. Elle avait gagné au printemps un vote d’actionnaires contre le fonds activiste Trian, de Nelson Peltz, qui réclamait quatre sièges au conseil ; elle part pourtant le 16 octobre 2015. Edward Breen, réputé spécialiste des scissions, lui succède le 9 novembre.

2015-2019 : fusionner pour mieux se séparer

En décembre 2015, DuPont et Dow Chemical annoncent leur fusion « entre égaux », conclue le 31 août 2017 : DowDuPont naît avec l’objectif affiché de se redécouper en trois sociétés cotées. Le 1er avril 2019, la chimie des matériaux devient Dow Inc. Le 1er juin 2019, l’agriculture devient Corteva. Ce qui reste, les produits de spécialité, prend le nom de DuPont de Nemours.

L’histoire a de l’ironie : la société historique, E. I. du Pont de Nemours and Company, est partie avec Corteva, dont elle est une filiale sous le nom d’EIDP. Le DuPont coté d’aujourd’hui est, en droit, l’ancienne DowDuPont.

Depuis 2019 : un groupe qui rapetisse

En février 2020, Marc Doyle, directeur général depuis moins d’un an, est remercié avec sa directrice financière ; Edward Breen revient, et Lori Koch devient directrice financière. Le groupe cède la nutrition à IFF en 2021, l’essentiel de ses matériaux techniques à Celanese en 2022, le Delrin en 2023. Faute de feu vert chinois, il renonce au rachat de Rogers pour 5,2 milliards de dollars et paie 162,5 millions d’indemnité.

En mai 2024, DuPont annonce une nouvelle séparation en trois ; le 1er juin, Lori Koch devient directrice générale et Breen président exécutif. En janvier 2025, le projet de scission de l’eau est abandonné. Le 1er novembre 2025, l’électronique, semi-conducteurs et circuits, devient une société cotée indépendante, Qnity, distribuée aux actionnaires. Le 1er avril 2026, les aramides, Kevlar et Nomex, sont vendues à Arclin : la fibre de Stephanie Kwolek quitte la maison.

Ce que fait DuPont aujourd’hui

DuPont compte désormais deux métiers. En 2025, ses activités conservées ont réalisé 6,85 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+2 %) :

  • Santé et eau : 3,23 milliards de dollars, environ 47 % ; emballages et composants pour dispositifs médicaux et biopharmacie, membranes et résines de purification de l’eau (FilmTec).
  • Industries diversifiées : 3,62 milliards de dollars, environ 53 % ; matériaux de construction et produits industriels (Tyvek, Corian).

Le groupe exploite 82 sites industriels, dont 48 aux États-Unis et au Canada, où travaille la moitié de ses salariés.

Les dirigeants de DuPont

  • Éleuthère Irénée du Pont (1802-1834) : fondateur.
  • Eugene du Pont (jusqu’en 1902) : président.
  • Pierre S. du Pont (à partir de 1902) : l’un des trois repreneurs, artisan de l’alliance avec General Motors.
  • Ellen Kullman (2009-2015) : présidente-directrice générale, partie après le conflit avec Trian.
  • Edward Breen (2015-2019, puis 2020-2024) : directeur général, artisan de la fusion avec Dow et des scissions, puis président du conseil.
  • Marc Doyle (2019-2020) : directeur général, remercié.
  • Lori Koch (depuis 2024) : directrice générale.

DuPont en Bourse

L’ancienne E. I. du Pont de Nemours and Company est entrée au Dow Jones une première fois de janvier 1924 à août 1925, puis de nouveau le 20 novembre 1935. Elle y est restée près de quatre-vingt-deux ans, jusqu’à la fusion : le 1er septembre 2017, DowDuPont l’a remplacée, avant de céder elle-même sa place à Dow Inc. le 2 avril 2019. L’action DuPont de Nemours, cotée à New York sous le symbole DD, n’en fait plus partie. Chaque scission a remis à l’actionnaire des titres Dow, Corteva puis Qnity : le cours de DuPont seul ne dit plus rien de la valeur de l’ensemble. Le 24 juin 2026, le groupe a regroupé ses actions, une nouvelle pour trois anciennes.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires publié Chiffre d’affaires du périmètre actuel Résultat net part du groupe
2021 16,65 — 6,47
2022 13,02 — 5,87
2023 12,07 6,61 0,42
2024 12,39 6,72 0,70
2025 6,85 6,85 −0,78

En milliards de dollars, rapports annuels de DuPont. Le chiffre d’affaires publié est celui annoncé chaque année ; celui du périmètre actuel exclut l’électronique et les aramides. Les résultats de 2021 et 2022 sont gonflés par environ 5,1 milliards de dollars de plus-values de cession chaque année, sur la nutrition puis sur les matériaux techniques ; la perte de 2025 vient des activités cédées, dont une dépréciation de 768 millions de dollars sur les aramides.

Questions fréquentes sur DuPont

Qui a fondé DuPont ?

Éleuthère Irénée du Pont, né à Paris en 1771 et formé auprès de Lavoisier. Émigré aux États-Unis en 1800, il fonde en 1802 une poudrerie sur la Brandywine, dans le Delaware.

Pourquoi DuPont s’appelle-t-il « de Nemours » ?

Le père du fondateur, l’économiste Pierre Samuel du Pont, a été anobli par Louis XVI en 1784 et autorisé à ajouter « de Nemours » à son nom.

Quelle différence entre DuPont, Dow et Corteva ?

Ce sont les trois sociétés nées de DowDuPont en 2019 : Dow pour la chimie des matériaux, Corteva pour l’agriculture, DuPont pour les spécialités, dont l’électronique est devenue Qnity en 2025.

DuPont fabrique-t-il encore le Téflon et le Kevlar ?

Non. Le Téflon est parti en 2015 avec Chemours, et le Kevlar a été vendu à Arclin en avril 2026 avec le Nomex.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de DuPont.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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1 commentaire

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
C
Christophe Dubois30 avril 2019
Bonjour. J aimerais savoir en quel annee a été stopper le PFOA pour la fabrication du teflon Merci cordialement
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