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Histoire d’AXA : de la mutuelle normande contre l’incendie au géant mondial de l’assurance

Histoire d’AXA

AXA est un groupe d’assurance français coté au CAC 40, présent dans une cinquantaine de pays en dommages, en vie et en santé. Son histoire tient en un paradoxe : pendant un siècle et demi, une mutuelle de province sans histoires ; puis, en vingt-cinq ans, sous la direction d’un seul homme, Claude Bébéar, une suite de rachats d’entreprises souvent plus grosses qu’elle.

AXA en bref

  • Fondation : 1817, à Rouen, par Jacques-Théodore Le Carpentier et dix-sept autres propriétaires ; le nom AXA date de 1985.
  • Siège : Paris, 25, avenue Matignon (8e arrondissement).
  • Dirigeants : Thomas Buberl, directeur général depuis le 1er septembre 2016, reconduit en avril 2026 ; Antoine Gosset-Grainville, président du conseil d’administration depuis le 28 avril 2022.
  • Activités : assurance dommages des particuliers et des entreprises, assurance des grands risques et réassurance (AXA XL), assurance vie, prévoyance et santé.
  • Clients : 92 millions dans le monde.
  • Effectifs : 103 423 salariés en équivalent temps plein fin 2025 ; 156 000 personnes en comptant les agents, selon le groupe.
  • Cotation : Euronext Paris (code CS), membre du CAC 40 et de l’Euro Stoxx 50.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 115,5 milliards d’euros de primes et autres revenus.

Quelle est l’histoire d’AXA ?

1817-1955 : une mutuelle normande contre l’incendie

Ce que l’on sait des premières décennies vient surtout de l’histoire publiée en 1991 par l’International Directory of Company Histories. En 1817, à Rouen, Jacques-Théodore Le Carpentier et dix-sept autres propriétaires fondent une compagnie d’assurances mutuelles contre l’incendie pour les départements de la Seine-Inférieure et de l’Eure. Chaque sociétaire y est à la fois assureur et assuré, principe de toute mutuelle. Les maisons couvertes portent une plaque aux lettres P.A.C.L., « propriété assurée contre l’incendie ». Le premier sinistre, en 1819, s’élève à 7,50 francs ; le répartir entre 1 264 sociétaires étant absurde, la compagnie invente le fonds de réserve. En 1822, l’incendie de la cathédrale de Rouen lui coûte beaucoup plus cher.

Sous Adolphe Lanne, gérant à partir de 1832, l’affaire se dédouble, et les Rouennais prennent l’habitude d’appeler la plus ancienne des deux compagnies « l’Ancienne Mutuelle ». Le surnom devient un nom officiel en 1881, avec la fusion des deux sociétés. Viennent ensuite l’assurance vie et, en 1922, l’automobile. En avril 1944, les bombardements alliés détruisent le siège. Le groupe Ancienne Mutuelle, constitué en 1946 sous la direction d’André Sahut d’Izarn, absorbe ensuite d’autres mutuelles régionales et adopte une devise de circonstance : renaître de ses cendres.

1955-1981 : Claude Bébéar et les Mutuelles Unies

En 1955, l’Ancienne Mutuelle s’installe au Canada, surtout au Québec. En 1958, André Sahut d’Izarn recrute un jeune polytechnicien et actuaire, Claude Bébéar, né en 1935 en Dordogne, fils d’instituteurs, à qui il destine sa succession. De 1964 à 1966, Bébéar crée la branche d’assurance vie de Provinces Unies, la filiale canadienne du groupe ; il en revient, selon AXA, convaincu qu’un assureur doit penser à l’échelle du monde.

Sahut d’Izarn meurt en 1972. En avril 1974 commence une grève de plus de deux mois qui paralyse le groupe. Elle s’achève sur l’arrivée de Claude Bébéar à la tête de l’entreprise, en juin 1974 selon l’AFP et l’International Directory, en 1975 selon AXA, et sur une politique sociale alors audacieuse : horaires personnalisés, 32 jours de congés payés. Selon AXA, il crée la même année une filiale de réassurance, l’Ancienne Mutuelle de réassurance, future AXA Re. En 1978, le groupe prend le nom de Mutuelles Unies et accueille une mutuelle parisienne quasi en faillite.

1982-1990 : manger plus gros que soi

En 1982, au terme d’une bataille contre Bouygues, les Mutuelles Unies prennent le contrôle du groupe Drouot, premier assureur privé français, une fois et demie plus gros qu’elles. C’est la méthode Bébéar : acheter plus gros que soi, puis restructurer sans ménagement.

En juillet 1985, le groupe adopte le nom d’AXA. Selon l’AFP, il a été choisi par ordinateur : il fallait qu’il commence par un A et qu’il se prononce dans toutes les langues. L’International Directory ajoute qu’il ne devait rien vouloir dire ; il se lit en outre dans les deux sens.

Tout ne réussit pas. Le groupe s’égare un temps hors de l’assurance, dans la presse avec Cino del Duca, dans la fourrure avec Révillon, puis revient à son métier. En avril 1986, il rachète La Providence et Le Secours, réunies sous le nom de Présence. En 1988, Bernard Pagezy, président de la Compagnie du Midi, menacé par l’italien Generali, demande la protection d’AXA ; le protecteur finit par absorber le protégé, avec l’appui de Generali. AXA devient le deuxième assureur français, derrière l’UAP. Fin 1989, il tente d’acheter l’américain Farmers, filiale du conglomérat britannique BAT ; faute du feu vert des autorités américaines, l’opération n’aboutit pas.

1991-2000 : de l’Equitable à l’UAP

L’échec de Farmers sert de répétition. En juillet 1991, AXA conclut un accord avec The Equitable, cinquième assureur vie américain, alors en difficulté ; il en prend le contrôle en 1992, au moment où l’Equitable est introduit à la Bourse de New York. Il y gagne la gestion d’actifs (Alliance Capital) et une banque d’affaires, Donaldson, Lufkin & Jenrette. En 1995, il refait l’opération en Australie avec la mutuelle National Mutual, présente aussi à Hong Kong.

En 1996, AXA s’empare de l’Union des assurances de Paris, l’UAP, premier assureur français, alors en pleine déconfiture ; la fusion est réalisée en 1997. AXA double de taille en France et atteint une taille critique au Royaume-Uni, en Belgique et en Allemagne. Suivent en 1999 le britannique Guardian Royal Exchange et le japonais Nippon Dantai. En mai 2000, Claude Bébéar laisse la présidence du directoire à Henri de Castries et prend celle du conseil de surveillance. AXA pèse alors 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires et compte 140 000 collaborateurs.

2000-2016 : Henri de Castries, le recentrage

L’ère Castries est moins flamboyante. En 2000, AXA cède Donaldson, Lufkin & Jenrette au Credit Suisse. Il achète l’américain MONY en 2004, absorbe en 2005 Finaxa, son principal actionnaire, puis rachète en 2006 le suisse Winterthur. En 2008, Claude Bébéar quitte le conseil de surveillance, appliquant à lui-même la limite d’âge de 70 ans qu’il avait prônée pour les autres. Le 26 mars 2010, AXA retire ses titres de la Bourse de New York. Le groupe se tourne vers l’Asie : coentreprise d’assurance vie avec la banque chinoise ICBC en 2012, rachat de 50 % du chinois TianPing en 2014. Selon Reuters, Henri de Castries laisse un groupe « faiblement endetté » qui a traversé sans dommage l’éclatement de la bulle Internet, la crise des subprimes et celle de la zone euro. Le 21 mars 2016, il annonce son départ pour le 1er septembre.

Depuis 2016 : Thomas Buberl, de la vie aux grands risques

Le conseil sépare alors les fonctions : Denis Duverne, directeur général délégué depuis 2010, prend la présidence, Thomas Buberl la direction générale. Pour la première fois, un Allemand dirige AXA. Son grand pari est annoncé le 5 mars 2018 : le rachat de l’assureur des grands risques XL Group pour 15,3 milliards de dollars, soit 12,4 milliards d’euros, en numéraire. Le groupe veut devenir d’abord un assureur dommages et moins dépendre des marchés financiers. La Bourse n’y croit pas : l’action perd près de 8 %. Pour financer l’achat, AXA introduit en mai 2018 sa filiale américaine, Equitable Holdings, à la Bourse de New York, puis en cède l’essentiel du solde en 2019 : vingt-sept ans d’assurance vie américaine refermés en deux ans.

Suivent des achats plus modestes : l’espagnol GACM España en 2023, Laya Healthcare et l’italien Nobis en 2024, 51 % de l’assureur en ligne italien Prima en 2025. La même année, AXA vend sa société de gestion, AXA Investment Managers, à BNP Paribas. Le 4 novembre 2025, AXA annonce la mort de Claude Bébéar, à 90 ans.

Que fait AXA aujourd’hui ?

Depuis la vente d’AXA Investment Managers, AXA ne fait plus qu’un métier, l’assurance. En 2025, il a encaissé 115,5 milliards d’euros de primes et autres revenus, répartis presque à parts égales entre deux grandes activités :

  • Assurance dommages (58 milliards d’euros) : automobile, habitation, assurance des entreprises et, avec AXA XL, des grands risques industriels, ainsi que la réassurance.
  • Vie et santé (56,5 milliards d’euros) : prévoyance, épargne en euros et en unités de compte, assurance santé individuelle et collective.

L’Europe hors France est la première zone (43 milliards d’euros, environ 37 % du total), devant la France (30,6 milliards, environ 26 %), la zone Asie, Afrique et marchés émergents (19,9 milliards, environ 17 %) et AXA XL (19,3 milliards, environ 17 %). La structure de contrôle garde la trace des origines : les Mutuelles d’assurances AXA, héritières de l’Ancienne Mutuelle, détiennent 15,64 % du capital et 25,78 % des droits de vote, et les collaborateurs 4,82 % du capital.

Qui sont les dirigeants d’AXA ?

  • Jacques-Théodore Le Carpentier (1817) : fondateur, avec dix-sept autres propriétaires rouennais, de la mutuelle contre l’incendie.
  • Adolphe Lanne (à partir de 1832) : gérant, à l’origine du dédoublement qui donne naissance à « l’Ancienne Mutuelle ».
  • Gaston de Payenneville (1913-1944) : président jusqu’à sa mort, peu après la destruction du siège.
  • André Sahut d’Izarn (1946-1972) : patron du groupe Ancienne Mutuelle, recruteur de Claude Bébéar.
  • Claude Bébéar (1974 ou 1975-2000) : fondateur d’AXA, puis président du conseil de surveillance jusqu’en 2008 et président d’honneur jusqu’à sa mort, en 2025.
  • Henri de Castries (2000-2016) : président du directoire, puis président-directeur général.
  • Denis Duverne (2016-2022) : président du conseil d’administration.
  • Thomas Buberl (depuis 2016) : directeur général.
  • Antoine Gosset-Grainville (depuis 2022) : président du conseil d’administration.

Comment AXA a-t-il évolué en Bourse ?

La société cotée, AXA SA, est l’ancienne Compagnie du Midi, à laquelle le groupe a transféré ses activités d’assurance en 1988. L’action est cotée sur Euronext Paris (compartiment A, code CS) et fait partie des indices CAC 40, Euronext 100 et Euro Stoxx 50. Depuis le retrait de New York, ses certificats américains se négocient hors cote. La présence des Mutuelles AXA au capital, avec plus d’un quart des droits de vote, protège en pratique le groupe de toute offre hostile.

Quels sont les chiffres clés d’AXA depuis 2021 ?

Exercice Primes et autres revenus Résultat opérationnel Résultat net
2021 99,93 6,76 7,29
2022 101,84 6,08 5,06
2023 102,74 7,60 7,19
2024 110,32 8,08 7,89
2025 115,52 8,37 9,80

En milliards d’euros, comptes publiés par AXA. L’exercice 2021 est établi selon l’ancienne norme comptable des contrats d’assurance (IFRS 4), les suivants selon la nouvelle (IFRS 17), 2022 étant retraité : la comparaison entre 2021 et 2022 est donc à prendre avec précaution. Le résultat net de 2025 comprend la plus-value de cession d’AXA Investment Managers.

Questions fréquentes sur AXA

Qui a fondé AXA ?

La première société du groupe a été fondée à Rouen en 1817 par Jacques-Théodore Le Carpentier et dix-sept autres propriétaires. Mais AXA lui-même, nom et groupe, est l’œuvre de Claude Bébéar, qui l’a dirigé du milieu des années 1970 à 2000 et que le groupe présente comme son fondateur.

D’où vient le nom AXA ?

Le nom a été adopté en 1985. Selon l’AFP, il a été choisi par ordinateur : il devait commencer par un A et se prononcer dans toutes les langues. Il se lit aussi dans les deux sens.

Qui dirige AXA ?

Thomas Buberl est directeur général depuis le 1er septembre 2016 ; son mandat a été renouvelé en avril 2026. Antoine Gosset-Grainville préside le conseil d’administration depuis 2022.

AXA est-il le premier assureur mondial ?

Non. AXA se présente comme « un leader mondial » de l’assurance et revendique depuis le rachat de XL la première place mondiale en assurance dommages des entreprises. Reuters le présentait en 2016 comme le numéro deux européen, derrière l’allemand Allianz ; tout classement mondial dépend de ce que l’on compte.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’AXA.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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1 commentaire

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
M
Mr ADJEM Faouzi11 avril 2018
Bonjour, Je souhaiterais savoir le nom de l'assurance drouot en 1975, es ce que le meme groupe actuel et vos coordonnées postale et e-mail. Cordialement
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