Histoire d’Allianz : de l’assurance transport berlinoise au géant munichois de l’assurance et de la gestion d’actifs

Allianz est un groupe allemand d’assurance et de gestion d’actifs, coté au DAX, présent dans près de 70 pays. Son histoire est celle d’un assureur berlinois de marchandises devenu mondial par une suite de rachats rarement timides, avec en son milieu un chapitre, celui des années nazies, que l’entreprise a mis un demi-siècle à regarder en face.
Allianz en bref
- Fondation : inscrite le 5 février 1890 au registre du commerce de Berlin, par Carl Thieme, directeur de la Münchener Rück (Munich Re), et le banquier Wilhelm Finck.
- Siège : Munich, depuis la fin des années 1940.
- Dirigeants : Oliver Bäte, président du directoire depuis 2015, mandat prolongé jusqu’à l’assemblée générale de 2028 ; Jörg Schneider, ancien directeur financier de Munich Re, président du conseil de surveillance depuis l’assemblée générale de 2026.
- Activités : assurance dommages, assurance vie et santé, gestion d’actifs.
- Marques principales : Allianz, PIMCO, Allianz Global Investors, Allianz Trade, Allianz Partners.
- Effectifs : 156 875 collaborateurs fin 2025.
- Cotation : Bourse de Francfort, membre du DAX et de l’Euro Stoxx 50.
- Volume d’affaires 2025 : 186,9 milliards d’euros.
Histoire d’Allianz
1890-1918 : une idée de réassureurs
Carl Thieme, actuaire, et Wilhelm Finck, banquier, avaient déjà fondé ensemble la Münchener Rückversicherungs-Gesellschaft en 1880. Dix ans plus tard, ils passent du métier de réassureur, qui assure les assureurs, à celui d’assureur direct. La nouvelle société, dotée de 4 millions de marks, est inscrite à Berlin le 5 février 1890 sous le nom d’Allianz Versicherungs-Aktiengesellschaft. Elle vend d’abord des assurances accident et transport à une Allemagne qui s’industrialise. Un bureau ouvre à Londres dès 1893.
Le 12 décembre 1895, l’action Allianz est cotée pour la première fois à la Bourse de Berlin : d’une valeur nominale de 250 marks, elle en vaut 750 le premier jour. Paul von der Nahmer, associé à la direction à partir de 1894 puis seul aux commandes à partir de 1904, mise sur l’assurance des marchandises, que les experts du temps jugent encombrée. Il a raison : en 1913, Allianz est de loin le premier assureur transport allemand, et ce métier fournit près de 45 % de ses primes. Le groupe s’essaie aussi à l’incendie, à partir de 1905, et au bris de machines, à partir de 1911. La guerre de 1914 arrête net la croissance : les primes reculent de près de 20 % dès 1915, et sur environ 800 employés, 92 ne reviennent pas du front. C’est aussi la guerre qui fait entrer, pour la première fois, des femmes dans les bureaux d’Allianz.
1918-1933 : Kurt Schmitt et la course à la taille
Von der Nahmer avait pris soin de constituer des réserves en devises étrangères, ce qui permet à Allianz de traverser l’hyperinflation sans s’effondrer. À sa mort, en 1921, Kurt Schmitt, déjà membre de la direction, devient directeur général. Il veut un assureur présent dans toutes les branches. Après une société d’assurance automobile, créée en 1918, il fonde en 1922, faute d’accord avec les grands assureurs vie, sa propre compagnie, Allianz Leben, qui fusionne l’année suivante avec l’Arminia et devient l’un des premiers assureurs vie d’Europe.
Suit une vague de fusions. En 1927, Allianz absorbe le Stuttgarter Verein, numéro un de l’assurance accident et responsabilité civile. En août 1929, le deuxième assureur allemand, la Frankfurter Allgemeine Versicherung (Favag), s’effondre dans un scandale financier ; Allianz reprend ses contrats pour protéger les assurés, et sort de l’opération de loin premier assureur d’Allemagne.
1933-1945 : le ministre et les assurances d’Auschwitz
Le 30 juin 1933, Kurt Schmitt devient ministre de l’Économie du Reich, dans le gouvernement d’Adolf Hitler. Il quitte le ministère au début de 1935, officiellement pour raisons de santé, et prend en 1938 la tête de Munich Re ; après la guerre, les autorités américaines le démettent de tous ses postes et le poursuivent. Hans Hess lui succède à la tête d’Allianz en 1933.
L’histoire de ces années a été écrite à la demande de l’entreprise elle-même. Commandée en 1997 à Gerald Feldman, historien de l’université de Californie à Berkeley, l’étude paraît en 2001. Elle établit qu’après le pogrom de novembre 1938, les assureurs allemands, au lieu d’indemniser les victimes juives, versent environ 1,3 million de reichsmarks à l’État ; qu’Allianz a assuré des installations du ghetto de Łódź et de camps de concentration, dont Auschwitz, que ses inspecteurs ont visitées ; et qu’à partir de 1941, les contrats d’assurance vie des Juifs déportés sont confisqués par l’État. Les dirigeants, conclut Feldman, n’étaient pas des meurtriers, mais des otages du régime, et pas des otages involontaires. En mai 1945, le siège berlinois est en ruine, les placements en emprunts du Reich ne valent plus rien : comptablement, Allianz est en faillite.
1945-1990 : Munich, l’automobile et le retour au monde
Un employé épingle sur les ruines du siège un mot donnant rendez-vous au 18 mai 1945 ; 250 salariés s’y présentent. Le blocus de Berlin, en 1948, décide la direction à s’installer à Munich, où le nouveau siège, en bordure du Jardin anglais, est inauguré par Konrad Adenauer en 1954. Sous Hans Goudefroy, l’assureur reconstruit son réseau allemand, porté par l’automobile, qui fournit plus de la moitié de ses primes à la fin des années 1960. L’étranger, perdu en 1945, attend : un premier bureau ouvre à Paris en 1959.
Wolfgang Schieren, arrivé en 1971 à la tête du directoire, gèle les embauches, coupe les coûts et tourne le groupe vers l’étranger. En 1973, Allianz devient pour la première fois le premier assureur européen. Le groupe s’installe à Londres, aux Pays-Bas, en Espagne, au Brésil, et en 1977 aux États-Unis. Tout ne réussit pas : entre 1981 et 1983, sa tentative de prendre le contrôle du britannique Eagle Star échoue face au conglomérat BAT. Il prend en 1984 la majorité de la Riunione Adriatica di Sicurtà (RAS), deuxième assureur italien, et rachète en 1986 le britannique Cornhill. En 1985, une holding coiffe désormais l’ensemble.
1990-2008 : la gestion d’actifs et la mauvaise affaire Dresdner
Pour son centenaire, Allianz rachète l’assureur californien Fireman’s Fund, opération conclue le 2 janvier 1991, et prend 51 % de la société créée pour reprendre l’assureur d’État de l’ex-Allemagne de l’Est. Henning Schulte-Noelle succède à Schieren en 1991. Entre l’automne 1997 et le début de 1998, après une bataille contre l’italien Generali, Allianz s’offre les Assurances générales de France (AGF), sa plus grosse acquisition jusque-là.
L’année suivante, la gestion d’actifs devient un métier à part entière. Le 1er novembre 1999, Allianz annonce le rachat de 70 % de l’américain PIMCO Advisors pour 3,3 milliards de dollars ; le spécialiste californien des obligations deviendra l’un des piliers du groupe. Le 3 novembre 2000, l’action fait son entrée à Wall Street.
Le 1er avril 2001, Allianz annonce le rachat de la Dresdner Bank, dont le groupe ne détenait qu’une minorité, pour environ 20 milliards de dollars, dans un grand dénouement des participations croisées qui liaient Allianz, Munich Re et les banques allemandes. Le rêve de la bancassurance tourne court. Le 31 août 2008, Allianz annonce la vente de la Dresdner à la Commerzbank pour 9,8 milliards d’euros ; après la faillite de Lehman Brothers, le prix est renégocié en novembre à environ 5,1 milliards d’euros, et Allianz se retrouve actionnaire de la Commerzbank. De l’aventure, il reste surtout la gestion d’actifs des deux maisons, réunie dès 2001 dans ce qui devient Allianz Global Investors. Entre-temps, Michael Diekmann a pris la tête du groupe en 2003 ; en 2006, Allianz investit 1 milliard de dollars dans la banque chinoise ICBC aux côtés de Goldman Sachs et d’American Express, achève le rachat de la RAS et devient une société européenne (SE).
Depuis 2008 : l’assureur recentré et la tache Structured Alpha
Le groupe quitte Wall Street en 2009 : la dernière séance de son action à New York a lieu le 23 octobre. Oliver Bäte succède à Michael Diekmann en 2015. En mars 2020, la crise du Covid fait exploser les fonds Structured Alpha d’Allianz Global Investors aux États-Unis : les investisseurs perdent plus de 5 milliards de dollars. Le 17 mai 2022, la filiale américaine accepte de plaider coupable ; avec Allianz SE, elle s’engage à rembourser plus de 5 milliards de dollars aux victimes et paie une amende civile de 675 millions de dollars au gendarme boursier américain, la Securities and Exchange Commission (SEC). Les cessions et les résultats récents sont détaillés dans l’analyse SWOT. En 2026, Michael Diekmann, ancien directeur général, quitte la présidence du conseil de surveillance au profit de Jörg Schneider.
Ce que fait Allianz aujourd’hui
En 2025, Allianz a réalisé un volume d’affaires de 186,9 milliards d’euros et un résultat opérationnel record de 17,4 milliards, réparti entre trois métiers :
- Assurance dommages (9,0 milliards d’euros de résultat opérationnel) : automobile, habitation, entreprises, assurance-crédit avec Allianz Trade, assistance avec Allianz Partners.
- Vie et santé (5,6 milliards) : épargne, retraite, prévoyance, santé.
- Gestion d’actifs (3,3 milliards) : PIMCO et Allianz Global Investors, qui géraient 1 990 milliards d’euros pour des clients extérieurs fin 2025.
Le groupe revendique environ 97 millions de clients dans près de 70 pays.
Les dirigeants d’Allianz
- Carl Thieme (1890-1904) : cofondateur.
- Paul von der Nahmer (1894-1921) : codirigeant, puis seul dirigeant à partir de 1904.
- Kurt Schmitt (1921-1933).
- Hans Hess (1933-1948).
- Hans Goudefroy (1948-1961).
- Alfred Haase (1962-1971).
- Wolfgang Schieren (1971-1991).
- Henning Schulte-Noelle (1991-2003).
- Michael Diekmann (2003-2015) : directeur général, puis président du conseil de surveillance jusqu’en 2026.
- Oliver Bäte (depuis 2015) : président du directoire.
- Jörg Schneider (depuis 2026) : président du conseil de surveillance.
Allianz en Bourse
Cotée à Berlin dès le 12 décembre 1895, l’action Allianz l’est aujourd’hui à Francfort (code ALV) et fait partie des indices DAX et Euro Stoxx 50. Le passage par New York n’aura duré que neuf ans : introduite à Wall Street le 3 novembre 2000, l’action en est retirée en octobre 2009, comme des Bourses de Londres, Milan, Paris et Zurich, le groupe ayant constaté que 5 % seulement des échanges sur son titre se faisaient hors de Francfort.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Volume d’affaires | Résultat opérationnel | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 148,5 | 13,4 | 6,6 |
| 2022 | 153,3 | 13,8 | 6,4 |
| 2023 | 161,7 | 14,7 | 8,5 |
| 2024 | 179,8 | 16,0 | 9,9 |
| 2025 | 186,9 | 17,4 | 10,8 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Allianz. Les chiffres de 2022 à 2025 suivent les normes comptables IFRS 9 et IFRS 17, appliquées depuis 2023 ; ceux de 2021 suivent les anciennes normes, et la première colonne y correspond au chiffre d’affaires total.
Questions fréquentes sur Allianz
Qui a fondé Allianz ?
Carl Thieme, directeur de la Münchener Rück, et le banquier Wilhelm Finck, qui avaient déjà créé ensemble ce réassureur en 1880. Allianz a été inscrite au registre du commerce de Berlin le 5 février 1890.
Allianz est-elle une entreprise allemande ?
Oui. Née à Berlin, elle a son siège à Munich depuis la fin des années 1940. Elle a pris en 2006 le statut de société européenne (Allianz SE).
Qui dirige Allianz ?
Oliver Bäte préside le directoire depuis 2015 ; son mandat court jusqu’à l’assemblée générale de 2028. Jörg Schneider, ancien directeur financier de Munich Re, préside le conseil de surveillance depuis 2026.
Quel a été le rôle d’Allianz sous le nazisme ?
Son directeur général, Kurt Schmitt, a été ministre de l’Économie d’Hitler de 1933 à 1935. L’étude commandée par l’entreprise à l’historien Gerald Feldman, publiée en 2001, a établi qu’Allianz avait notamment assuré des installations de camps de concentration, dont Auschwitz. Allianz a été membre fondateur de l’initiative des entreprises allemandes qui a financé, avec l’État, la fondation « Souvenir, responsabilité et avenir », créée en 2000 pour indemniser d’anciens travailleurs forcés.
PIMCO appartient-il à Allianz ?
Oui, depuis le rachat de PIMCO Advisors annoncé en 1999. Avec Allianz Global Investors, PIMCO forme le pôle de gestion d’actifs du groupe.
Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’Allianz.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Allianz, « History of Allianz » (consulté le 10 octobre 2026)
- Allianz, « Historical milestones of Allianz SE », frise historique officielle (consultée le 10 octobre 2026)
- Allianz, chiffres clés du groupe 2021-2025 (mis à jour le 7 mai 2026)
- Allianz, résultats annuels 2025 (26 février 2026)
- Allianz, résultats du premier semestre 2026 (7 août 2026)
- CNN Money, « Allianz buys Pimco stake » (1er novembre 1999)
- NBC News, « Goldman Sachs-led group invests in China bank » (2006)
- SEC, Allianz Global Investors U.S. et les fonds Structured Alpha (17 mai 2022)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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