Histoire de Cisco : du routeur de Stanford à l’infrastructure de l’intelligence artificielle

Cisco est un groupe américain coté au Nasdaq qui vend les équipements de réseau des entreprises, des opérateurs et des centres de données (commutateurs, routeurs, Wi-Fi), ainsi que des logiciels de sécurité, de surveillance et de visioconférence. Né en 1984 d’un couple d’informaticiens de Stanford, il a été en mars 2000, pour quelques jours, l’entreprise la plus chère du monde, avant de perdre l’essentiel de sa valeur en Bourse. Son histoire est celle d’un groupe qui a appris à grandir en achetant, et à survivre à sa propre bulle.
Cisco en bref
- Fondation : décembre 1984, en Californie, par Leonard Bosack et Sandy Lerner, informaticiens de l’université Stanford.
- Siège : San Jose, Californie (Silicon Valley).
- Dirigeant : Chuck Robbins (Charles H. Robbins), directeur général depuis juillet 2015 et président du conseil d’administration depuis décembre 2017.
- Activités : équipements de réseau (commutateurs, routeurs, Wi-Fi), cybersécurité, observabilité, collaboration, services.
- Marques et produits : commutateurs Nexus, puces Silicon One, Webex, Splunk, ThousandEyes, Hypershield.
- Effectifs : environ 82 400 salariés au 25 juillet 2026.
- Cotation : Nasdaq (code CSCO), membre du Dow Jones, du S&P 500 et du Nasdaq 100.
- Chiffre d’affaires de l’exercice 2026 (clos le 25 juillet 2026) : 63,3 milliards de dollars.
Histoire de Cisco
1984-1990 : deux réseaux, un couple et un routeur
Au début des années 1980, à Stanford, Leonard Bosack s’occupe des ordinateurs du département d’informatique ; sa femme, Sandy Lerner, de ceux de l’école de commerce. Les deux bâtiments sont à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, et leurs réseaux ne se parlent pas. Le campus bricole alors une boîte capable de relier des machines de marques et de protocoles différents, la « Blue Box », dont le logiciel a été écrit par un ingénieur de l’université, William Yeager. C’est ce qu’on appelle un routeur multiprotocole.
Bosack et Lerner essaient de vendre l’idée aux constructeurs informatiques, qui n’en veulent pas. Ils fondent donc leur propre société en décembre 1984, dans la région de Menlo Park. Le nom est tiré de San Francisco, dont « cisco » est la fin ; selon le récit le plus répandu, l’idée leur serait venue en traversant le Golden Gate. La paternité de l’invention est moins romantique : Stanford estime que le logiciel et les cartes lui appartiennent, Bosack doit quitter l’université en juillet 1986, et l’affaire se règle en 1987 par une licence accordée à Cisco. William Yeager, lui, a toujours dit qu’on lui avait refusé le droit de commercialiser sa boîte.
Le premier routeur est livré en 1986. Pour son exercice clos en juillet 1987, Cisco réalise 1,5 million de dollars de chiffre d’affaires avec huit salariés. Le couple hypothèque sa maison et vit à crédit ; en 1988, il doit faire appel à Donald Valentine, du fonds de capital-risque Sequoia Capital, qui exige en échange le contrôle de la société. Valentine nomme un directeur général venu de l’extérieur, John Morgridge.
1990-1995 : la Bourse et le départ des fondateurs
Cisco entre au Nasdaq le 16 février 1990, valorisé 224 millions de dollars. Six mois plus tard, le 28 août 1990, Sandy Lerner, qui ne s’entend pas avec Morgridge, est licenciée ; Leonard Bosack démissionne par solidarité. Le couple vend ses actions pour environ 200 millions de dollars au total et en donne l’essentiel à des œuvres. Les fondateurs ne verront donc rien de la suite.
La suite, c’est l’explosion des réseaux locaux dans les entreprises. Cisco vend ses routeurs aux universités et aux centres de recherche, puis aux grandes entreprises et aux opérateurs. En septembre 1993, il fait sa première acquisition, Crescendo Communications, pour 95 millions de dollars ; suivent Kalpana et Grand Junction. Ces trois sociétés forment la gamme de commutateurs Catalyst, un des piliers du groupe. Au cours de l’exercice 1994, le chiffre d’affaires dépasse pour la première fois le milliard de dollars.
1995-2000 : John Chambers et la machine à racheter
En janvier 1995, John Chambers, ancien d’IBM et de Wang, entré chez Cisco en 1991, devient directeur général. Il fait de l’acquisition une méthode : onze rachats en 1995 et 1996, dont StrataCom pour 4,67 milliards de dollars, quinze en 1997 et 1998, dix-sept en 1999, parmi lesquels Cerent, spécialiste de la fibre optique, payé environ 7,2 milliards de dollars. Le chiffre d’affaires passe de 1,98 milliard de dollars en 1995 à 12,15 milliards en 1999.
La Bourse suit, puis précède. Fin mars 2000, au sommet de la bulle internet, la capitalisation de Cisco dépasse 500 milliards de dollars : il passe devant Microsoft et devient pour quelques jours l’entreprise la plus chère du monde. Certaines acquisitions de l’époque, à commencer par Cerent, ne rapporteront jamais ce qu’elles ont coûté.
2000-2015 : l’éclatement de la bulle et les paris manqués
La chute est à la mesure de l’ascension : quand la bulle éclate, l’action perd 80 % de sa valeur entre 2000 et 2002. Une action collective accuse la direction d’avoir trompé les investisseurs ; Cisco conteste, mais ses assureurs paient 91,75 millions de dollars pour la régler en 2006. Sur le marché des opérateurs, un nouveau venu, Juniper Networks, lui a pris dès 2000 une part notable des ventes de routeurs.
Chambers veut alors faire de Cisco une marque grand public. Le groupe achète Linksys (routeurs domestiques) en 2003, Scientific Atlanta (décodeurs pour le câble) pour 6,9 milliards de dollars, puis le fabricant des caméscopes Flip. Les trois paris échouent : Flip est arrêté, Linksys vendu à Belkin en 2013, et l’activité décodeurs cédée à Technicolor en 2015 pour 600 millions de dollars. En 2011, des résultats décevants obligent à réduire les coûts d’un milliard de dollars et les effectifs de plusieurs milliers de postes. En 2013, les révélations sur la surveillance de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) pèsent sur les ventes dans les pays émergents.
Le groupe a aussi ses contentieux. En 2008, la Free Software Foundation l’attaque pour n’avoir pas publié, comme l’exige leur licence, le code source de logiciels libres utilisés dans ses produits ; l’affaire se règle en mai 2009. En 2011, des adeptes du Falun Gong l’accusent d’avoir adapté ses équipements à la surveillance d’internet par l’État chinois. Cisco a toujours contesté. Le 23 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis lui a donné raison, à six voix contre trois, en jugeant que la loi invoquée ne permettait pas de poursuivre une entreprise pour complicité.
Depuis 2015 : Chuck Robbins, le logiciel et l’intelligence artificielle
Chuck Robbins, entré chez Cisco en 1997 et patron des ventes mondiales, succède à John Chambers le 26 juillet 2015 ; il prend aussi la présidence du conseil en décembre 2017. Sa stratégie : vendre moins de boîtes et plus de logiciels et d’abonnements. Cisco rachète AppDynamics (surveillance des applications) pour 3,7 milliards de dollars en 2017, la veille de son introduction en Bourse prévue. Il quitte la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Le 21 septembre 2023, il annonce le plus gros rachat de son histoire : Splunk, spécialiste de l’analyse des données de sécurité, pour environ 28 milliards de dollars, opération conclue le 18 mars 2024.
Les suppressions de postes reviennent régulièrement, en 2024 comme en 2026, au nom de la réorganisation. Mais le vieux métier du réseau retrouve de la vigueur, porté par la construction des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle ; les détails de cette relance sont dans l’analyse SWOT.
Ce que fait Cisco aujourd’hui
Sur l’exercice 2026, clos le 25 juillet 2026, Cisco a réalisé 63,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, répartis en cinq familles :
- Réseau (34,7 milliards de dollars) : commutateurs pour les bureaux et les centres de données (Nexus), routeurs, Wi-Fi, objets connectés industriels, puces Silicon One.
- Services (15 milliards) : maintenance, assistance, conseil.
- Sécurité (8,2 milliards) : sécurité des réseaux, gestion des identités et des accès, Hypershield.
- Collaboration (4,3 milliards) : Webex, terminaux de visioconférence, centres de contact.
- Observabilité (1,1 milliard) : surveillance des applications et des réseaux, avec Splunk et ThousandEyes.
Les Amériques représentent 37,8 milliards de dollars, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique 16,6 milliards, la zone Asie-Pacifique, Japon et Chine 8,9 milliards. Outre San Jose, le groupe a deux sièges régionaux, à Amsterdam et à Singapour.
Les dirigeants de Cisco
- Leonard Bosack et Sandy Lerner (1984-1990) : fondateurs.
- Bill Graves (1987-1988) : premier directeur général.
- Donald Valentine (1988-1995) : investisseur de Sequoia Capital, président du conseil.
- John Morgridge (1988-2006) : directeur général jusqu’en 1995, puis président du conseil.
- John Chambers (1995-2017) : directeur général jusqu’en juillet 2015, président du conseil jusqu’en décembre 2017.
- Chuck Robbins (depuis 2015) : directeur général, président du conseil depuis 2017.
Cisco en Bourse
Cisco est coté au Nasdaq depuis le 16 février 1990, sous le code CSCO. Il est entré dans l’indice Dow Jones le 8 juin 2009 et fait aussi partie du S&P 500 et du Nasdaq 100. Son histoire boursière est celle de la bulle internet en accéléré : plus de 100 milliards de dollars de capitalisation en juillet 1998, plus de 500 milliards fin mars 2000, puis 80 % de baisse en deux ans. En 2021, l’action valait encore 42 % de moins qu’à son sommet de 2000. Il a fallu attendre la fin de 2025 pour qu’elle clôture de nouveau à un record, un quart de siècle plus tard. Sur l’exercice 2026, le groupe a versé 6,6 milliards de dollars de dividendes.
Chiffres clés depuis 2022
| Exercice (clos fin juillet) | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2022 | 51,56 | 13,97 | 11,81 |
| 2023 | 57,00 | 15,03 | 12,61 |
| 2024 | 53,80 | 12,18 | 10,32 |
| 2025 | 56,65 | 11,76 | 10,18 |
| 2026 | 63,33 | 15,37 | 13,27 |
En milliards de dollars, comptes publiés par Cisco auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. L’exercice de Cisco se termine le dernier samedi de juillet.
Questions fréquentes sur Cisco
Qui a fondé Cisco ?
Leonard Bosack et Sandy Lerner, un couple d’informaticiens de l’université Stanford, en décembre 1984. Ils ont quitté l’entreprise en 1990, quelques mois après son entrée en Bourse : elle a été licenciée, il a démissionné.
D’où vient le nom Cisco ?
De San Francisco, dont « cisco » est la fin. Longtemps appelée Cisco Systems, la société a adopté en 2006 le nom court de Cisco pour sa communication.
Qui dirige Cisco ?
Chuck Robbins, directeur général depuis juillet 2015 et président du conseil d’administration depuis décembre 2017. Il a succédé à John Chambers, qui avait dirigé le groupe pendant vingt ans.
Cisco a-t-il inventé le routeur ?
Non. Il a été le premier à commercialiser un routeur multiprotocole, mais la technologie est née à Stanford, avec un logiciel écrit par l’ingénieur William Yeager. L’université a fini par accorder une licence à Cisco en 1987.
Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Cisco.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Cisco, rapport annuel 10-K de l’exercice 2026 (SEC, 2 septembre 2026)
- SEC, données financières publiées par Cisco, exercices 2020 à 2026 (consulté le 10 octobre 2026)
- Cisco, formulaire 8-K, nomination d’un administrateur (9 octobre 2026)
- Justia, Cisco Systems, Inc. v. Doe, 609 U.S. (23 juin 2026)
- International Directory of Company Histories (FundingUniverse), « Cisco Systems, Inc. History » (consulté le 10 octobre 2026)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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