Histoire de Meta : de l’annuaire de Harvard au pari de l’intelligence artificielle
L’histoire de Meta, ex-Facebook : l’annuaire de Harvard, Instagram, WhatsApp, Cambridge Analytica, le métavers, l’intelligence artificielle et la Bourse.

Meta Platforms, l’ancien Facebook, possède Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger, et vend de la publicité aux 3,6 milliards de personnes qui ouvrent chaque jour l’une de ces applications. Son histoire est celle d’un annuaire d’étudiants lancé en 2004 dans une chambre de Harvard, toujours tenu par son fondateur, et rebaptisé en 2021 au nom d’un métavers qui n’a encore rien rapporté.
Meta en bref
- Fondation : 4 février 2004, à l’université Harvard (Cambridge, Massachusetts), par Mark Zuckerberg, avec Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz, Chris Hughes et Andrew McCollum.
- Siège : Menlo Park, en Californie (1 Meta Way) ; société de droit du Delaware.
- Dirigeants : Mark Zuckerberg, fondateur, président du conseil d’administration et directeur général ; Dina Powell McCormick, présidente du groupe et vice-présidente du conseil depuis le 12 janvier 2026.
- Activités : publicité sur ses applications, qui fournit la quasi-totalité des recettes ; casques et lunettes connectés (Reality Labs) ; intelligence artificielle.
- Marques principales : Facebook, Instagram, WhatsApp, Messenger, Threads, Meta AI, Meta Quest, Ray-Ban Meta.
- Effectifs : 75 472 salariés au 30 juin 2026, chiffre qui compte encore les quelque 8 000 personnes touchées par les suppressions de postes de mai 2026.
- Cotation : Nasdaq (code META), membre du Nasdaq 100 et du S&P 500.
- Chiffre d’affaires 2025 : 201,0 milliards de dollars.
Quelle est l’histoire de Meta ?
2003-2004 : Facemash, puis l’annuaire de Harvard
À l’automne 2003, Mark Zuckerberg, étudiant en deuxième année à Harvard, met en ligne Facemash, un site où l’on juge lequel de deux étudiants est le plus séduisant, à partir de photos prises sans autorisation dans les annuaires des résidences. Le site est fermé au bout de deux jours. L’épisode a valeur de préface : l’entreprise née quelques mois plus tard bâtira sa fortune sur les données personnelles, et ses ennuis aussi.
Dans les universités américaines, un « face book » est l’annuaire illustré des étudiants. Harvard promet d’en faire une version unique en ligne ; Zuckerberg la prend de vitesse et lance thefacebook.com le mercredi 4 février 2004. « Je peux le faire mieux qu’eux, et je peux le faire en une semaine », dit-il au journal étudiant, le Harvard Crimson. Quatre jours plus tard, plus de 650 étudiants sont inscrits. Le site s’ouvre ensuite à d’autres universités : en juin 2004, il compte plus de 250 000 étudiants dans 34 établissements.
Le succès apporte aussi son premier procès : les jumeaux Cameron et Tyler Winklevoss et Divya Narendra accusent Zuckerberg de leur avoir pris l’idée de leur propre réseau, ConnectU. L’affaire se règle en 2008 par un accord évalué à 65 millions de dollars, que les jumeaux contesteront en vain jusqu’en 2011.
2004-2008 : de Palo Alto au reste du monde
À l’été 2004, l’équipe s’installe à Palo Alto, en Californie. Sean Parker, cofondateur de Napster, en devient le premier président et aide à trouver l’argent : en août 2004, l’investisseur Peter Thiel apporte 500 000 dollars pour 10,2 % du capital, première mise de fonds extérieure. En mai 2005, le fonds Accel investit 12,7 millions de dollars. Parker doit quitter la présidence en 2005, après une interpellation pour possession de cocaïne restée sans poursuites. La même année, le site abandonne son article et devient simplement Facebook.
En 2006, Yahoo propose un milliard de dollars pour racheter l’entreprise. Zuckerberg refuse, contre l’avis, selon les récits ultérieurs, de ses principaux investisseurs. Le 5 septembre de la même année, Facebook lance le fil d’actualité, le News Feed, qui affiche en continu ce que font les amis de chacun. En moins d’une journée, un groupe intitulé « Étudiants contre le News Feed » réunit près de 100 000 membres. Zuckerberg répond : « Du calme. Respirez. Nous vous entendons. » Le fil d’actualité reste et devient le cœur du produit. La même année, le site s’ouvre à toute personne de plus de 13 ans disposant d’une adresse électronique.
En octobre 2007, Microsoft prend une participation de 240 millions de dollars, qui valorise Facebook 15 milliards de dollars, et devient son partenaire publicitaire exclusif. En mars 2008, Zuckerberg recrute chez Google Sheryl Sandberg comme directrice des opérations. Elle restera quatorze ans et dirigera la vente de publicité.
2008-2012 : la régie publicitaire et l’introduction en Bourse
En 2008, Facebook dépasse MySpace et devient le réseau social le plus fréquenté. En avril 2012, il rachète Instagram, application de partage de photos sur téléphone, pour environ un milliard de dollars en espèces et en actions. Ce rachat sera, avec celui de WhatsApp, au cœur du procès pour monopole intenté au groupe en 2020.
L’introduction en Bourse a lieu le 18 mai 2012 : l’action est placée à 38 dollars, l’entreprise lève environ 16 milliards de dollars et se trouve valorisée environ 104 milliards. Une panne du Nasdaq retarde la cotation d’une demi-heure, et l’action clôture à 38,23 dollars. Puis elle recule, car le marché doute d’une chose précise : Facebook ne sait pas encore gagner d’argent sur les téléphones, où migrent ses utilisateurs.
2013-2014 : le virage mobile et les grands rachats
Le doute se dissipe en un an. Au quatrième trimestre 2013, la publicité sur mobile représente déjà environ 53 % des recettes publicitaires, contre 23 % un an plus tôt.
Le groupe achète alors ce qu’il ne peut pas copier. Le 19 février 2014, il annonce le rachat de WhatsApp, messagerie de 450 millions d’utilisateurs, pour environ 16 milliards de dollars, plus 3 milliards d’actions réservées aux fondateurs et aux salariés. Le 25 mars, il achète Oculus VR, fabricant de casques de réalité virtuelle, pour environ 2 milliards de dollars : c’est l’acte de naissance de ce qui deviendra Reality Labs.
2018-2021 : l’âge des scandales
En mars 2018 éclate l’affaire Cambridge Analytica : une application de test de personnalité, « This Is Your Digital Life », a aspiré des données d’utilisateurs que ce cabinet de conseil politique a ensuite exploitées. Facebook reconnaît le 4 avril que les informations de jusqu’à 87 millions de personnes ont pu être partagées. Les 10 et 11 avril, Zuckerberg est entendu par le Congrès. La Bourse, elle, s’inquiète surtout de la croissance : le 26 juillet 2018, après une prévision décevante, l’action perd environ 19 %, soit 119 milliards de dollars de capitalisation, l’une des pires séances de l’histoire boursière selon l’agence Associated Press. Le 24 juillet 2019, l’autorité américaine de protection des consommateurs et de la concurrence, la Federal Trade Commission, inflige à Facebook une amende de 5 milliards de dollars pour atteinte à la vie privée, un record.
Le 9 décembre 2020, la Federal Trade Commission et 48 procureurs généraux attaquent Facebook pour monopole et demandent la séparation d’Instagram et de WhatsApp. Le 5 octobre 2021, une ancienne salariée, Frances Haugen, qui a transmis des documents internes au Wall Street Journal, témoigne devant le Sénat.
2021-2023 : Meta, le métavers et « l’année de l’efficacité »
Le 28 octobre 2021, trois semaines après ce témoignage, Facebook devient Meta Platforms. Le réseau social garde son nom ; le groupe se consacrera au métavers, un internet en trois dimensions vécu à travers des casques. Zuckerberg, qui dit avoir étudié les lettres classiques, rappelle que « meta » vient du grec et signifie « au-delà ». Les investisseurs restent en deçà. Le 3 février 2022, après une prévision faible et la première baisse du nombre d’utilisateurs quotidiens de Facebook, l’action perd 26 % en une séance, soit plus de 230 milliards de dollars, nouveau record. Le 1er juin 2022, Sheryl Sandberg annonce son départ ; Javier Olivan lui succède. Le 9 juin, le code boursier FB devient META.
Le 9 novembre 2022, Meta supprime plus de 11 000 postes, environ 13 % des effectifs. Zuckerberg, qui avait parié sur une croissance durable après la pandémie, écrit aux salariés : « Je me suis trompé, et j’en prends la responsabilité. » En mars 2023, il proclame « l’année de l’efficacité » et annonce 10 000 suppressions de plus. En juillet 2023, il lance Threads, concurrent de Twitter.
Depuis 2024 : le dividende, puis le pari de l’intelligence artificielle
Le 1er février 2024, Meta annonce son premier dividende, 50 cents par action et par trimestre, et 50 milliards de dollars de rachats d’actions supplémentaires : le lendemain, le titre gagne 20 % et la capitalisation 196 milliards de dollars en une séance, record de hausse cette fois. Le métavers, lui, coûte cher : de 2021 à 2025, Reality Labs a accumulé environ 77 milliards de dollars de pertes d’exploitation.
L’intelligence artificielle prend le relais. En juin 2025, Meta investit environ 14,3 milliards de dollars pour 49 % de la jeune pousse Scale AI et recrute son patron, Alexandr Wang, pour diriger un laboratoire de « superintelligence ». Le 18 novembre 2025, le juge fédéral James Boasberg rejette la demande de démantèlement de la Federal Trade Commission, faute de preuve d’un monopole, en relevant que TikTok est désormais le « rival le plus féroce » du groupe. En janvier 2026, Dina Powell McCormick, ancienne associée de Goldman Sachs et ancienne conseillère adjointe à la sécurité nationale de Donald Trump, devient présidente du groupe.
Que fait Meta aujourd’hui ?
Meta publie ses comptes en deux divisions. En 2025, sur 201,0 milliards de dollars de chiffre d’affaires :
- Les applications (Family of Apps) : 198,8 milliards de dollars, dont 196,2 milliards de publicité, soit environ 98 % du total du groupe, et 102,5 milliards de résultat d’exploitation.
- Reality Labs : casques Meta Quest, lunettes Ray-Ban Meta et Oakley Meta, logiciels de réalité virtuelle et augmentée ; 2,2 milliards de dollars de ventes et 19,2 milliards de pertes d’exploitation.
Selon la localisation des utilisateurs, les États-Unis et le Canada fournissent environ 43 % du chiffre d’affaires, devant l’Europe (24 %), l’Asie-Pacifique (20 %) et le reste du monde (13 %).
Qui a dirigé Meta ?
- Mark Zuckerberg (depuis 2004) : fondateur et directeur général ; il préside aussi le conseil d’administration.
- Sean Parker (2004-2005) : premier président de la société.
- Sheryl Sandberg (2008-2022) : directrice des opérations.
- Javier Olivan (depuis 2022) : directeur des opérations.
- Dina Powell McCormick (depuis 2026) : présidente du groupe et vice-présidente du conseil d’administration.
Quel est le parcours de Meta en Bourse ?
L’action est cotée au Nasdaq depuis le 18 mai 2012, sous le code FB jusqu’au 8 juin 2022, puis META. Elle fait partie du Nasdaq 100 et, depuis décembre 2013, du S&P 500. Placé à 38 dollars, le titre touche 17,55 dollars début septembre 2012, avant de se reprendre avec le virage mobile. Le capital compte deux catégories d’actions : Mark Zuckerberg contrôle à lui seul la majorité des droits de vote.
Quels sont les chiffres clés de Meta depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat d’exploitation | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 117,93 | 46,75 | 39,37 |
| 2022 | 116,61 | 28,94 | 23,20 |
| 2023 | 134,90 | 46,75 | 39,10 |
| 2024 | 164,50 | 69,38 | 62,36 |
| 2025 | 200,97 | 83,28 | 60,46 |
En milliards de dollars, comptes publiés par Meta. Le résultat net de 2025 est amputé d’une charge fiscale exceptionnelle de 15,93 milliards de dollars, liée à la réforme fiscale américaine de juillet 2025.
Questions fréquentes sur Meta
Qui a fondé Facebook ?
Mark Zuckerberg, étudiant à Harvard, a lancé thefacebook.com le 4 février 2004. Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz, Chris Hughes et Andrew McCollum sont comptés parmi les cofondateurs.
D’où vient le nom Facebook ?
Un « face book » désigne, dans les universités américaines, l’annuaire illustré des étudiants. Le site s’est d’abord appelé TheFacebook, puis simplement Facebook à partir de 2005.
Pourquoi Facebook s’appelle-t-il Meta ?
Le 28 octobre 2021, le groupe a pris le nom de Meta Platforms pour marquer son pari sur le métavers. Selon Mark Zuckerberg, « meta » vient du grec et signifie « au-delà ».
Qui dirige Meta ?
Mark Zuckerberg, fondateur, est directeur général et président du conseil d’administration. Dina Powell McCormick est présidente du groupe et vice-présidente du conseil depuis janvier 2026.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sur le forum : l’entrée en Bourse de Facebook en 2012, racontée pas à pas, le récit d’une introduction chahutée.
Sur le forum : faut-il acheter Facebook à son introduction en Bourse, le débat de 2012, les doutes des membres avant la cotation.
Sources
- Meta, rapport annuel 2025, formulaire 10-K (29 janvier 2026)
- Meta, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2025 (28 janvier 2026)
- Meta, présentation des résultats du quatrième trimestre 2025, chiffre d’affaires par zone (28 janvier 2026)
- Meta, résultats du troisième trimestre 2025 et charge fiscale exceptionnelle (29 octobre 2025)
- Meta, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2024 (29 janvier 2025)
- Meta, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2022 (février 2023)
- Facebook, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2013 (janvier 2014)
- Meta, formulaire 8-K sur la nomination de Dina Powell McCormick (16 janvier 2026)
- Meta, changement du code boursier en META le 9 juin (31 mai 2022)
- Microsoft, « Facebook and Microsoft Expand Strategic Alliance » (24 octobre 2007)
- Encyclopædia Britannica, Facebook (consulté le 10 octobre 2026)
- Encyclopædia Britannica, Sean Parker (consulté le 10 octobre 2026)
- CNBC, « Jim Breyer (via Accel Partners) » (2012)
- S&P Dow Jones Indices, entrée de Facebook dans le S&P 500 (11 décembre 2013)
- Federal Trade Commission, amende de 5 milliards de dollars (24 juillet 2019)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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