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Histoire d’Hermès : du harnacheur des Grands Boulevards à la maison de luxe la mieux gardée de Paris

Thierry Hermès, le carré de soie, le Kelly, le Birkin, Jean-Louis Dumas, l’assaut de LVMH, les gérants : toute l’histoire d’Hermès depuis 1837.

Histoire d’Hermès

Hermès est une maison de luxe française cotée au CAC 40, qui vend surtout des sacs et des objets de cuir, mais aussi des vêtements, de la soie, des bijoux, des montres et des parfums, fabriqués pour l’essentiel dans ses propres ateliers. Son histoire est celle d’un fabricant de harnais qui a survécu à la disparition du cheval, puis d’une famille qui a survécu à l’entrée en Bourse : six générations, trois branches de cousins, et un seul patron venu de l’extérieur.

Hermès en bref

  • Fondation : 1837, à Paris, par Thierry Hermès, sellier-harnacheur né en 1801 à Krefeld, alors ville de l’Empire français.
  • Siège : Paris, 24, rue du Faubourg-Saint-Honoré (8e arrondissement), adresse de la maison depuis 1880.
  • Dirigeants : Axel Dumas, gérant depuis le 5 juin 2013, et la société Émile Hermès SAS, cogérante, représentée par son président Henri-Louis Bauer ; Éric de Seynes préside le conseil de surveillance depuis 2011.
  • Activités : seize « métiers », de la maroquinerie-sellerie à la soie, à l’horlogerie et à la beauté.
  • Marques : Hermès, le bottier John Lobb, l’orfèvre Puiforcat, les Cristalleries Saint-Louis.
  • Effectifs : 27 107 personnes fin juin 2026, dont 16 656 en France.
  • Cotation : Euronext Paris, CAC 40 et Euro Stoxx 50 ; la famille détient 66,7 % du capital.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 16 milliards d’euros.

Histoire d’Hermès

1837-1880 : un harnacheur pour les calèches de Paris

Thierry Hermès naît le 10 janvier 1801 à Krefeld, en Rhénanie alors annexée par la France : français, donc, en terre aujourd’hui allemande. Fils d’aubergiste, orphelin jeune selon Vanity Fair, il apprend le travail du cuir. Dans les années 1820, il séjourne à Pont-Audemer, ville normande de tanneries, où naissent deux de ses enfants.

En 1837, il ouvre à Paris, rue Basse-du-Rempart, dans le quartier des Grands Boulevards, un atelier de harnais. Il fabrique les harnais des attelages de la bonne société, cousus main au point sellier, à deux aiguilles : une couture qui ne se défait pas. Récompensé à l’Exposition universelle de 1867, il a pour clients Napoléon III et Eugénie.

1880-1951 : survivre à la fin du cheval

En 1880, Charles-Émile Hermès, fils du fondateur, installe ateliers et magasin au 24, rue du Faubourg-Saint-Honoré, et ajoute la sellerie au harnachement. Ses deux fils, Adolphe et Émile-Maurice, lui succèdent sous le nom d’Hermès Frères. Le XXe siècle commence mal pour un harnacheur : voici l’automobile. Adolphe, dit-on, n’y voit pas d’avenir ; Émile-Maurice, si.

Lors d’un voyage au Canada, Émile-Maurice remarque la fermeture à glissière qui sert à ouvrir la capote des voitures. Il obtient en 1922 l’exclusivité pour la France de ce « ferme-tout » américain et l’applique aux bagages et aux vêtements. Seul maître de la maison depuis 1919, après avoir racheté les parts de son frère, il fait du sellier un fabricant d’objets de voyage, de sport et de mode : premier vêtement, un blouson de golf, en 1925 ; premier bijou, le bracelet Filet de selle, en 1927 ; premier carré de soie, « Jeu des omnibus et dames blanches », en 1937.

Émile-Maurice Hermès n’a que des filles. Ses trois gendres, Robert Dumas, Jean-René Guerrand et Francis Puech, entrent dans l’affaire dans les années 1930. Leurs noms désignent encore aujourd’hui les trois branches de la famille. En 1945, un dessin d’Alfred de Dreux de sa collection, une calèche attelée avec son groom, devient l’emblème de la maison. Quant à la boîte orange, on raconte qu’elle serait née d’une pénurie de carton crème sous l’Occupation ; l’histoire est souvent répétée, rarement documentée.

1951-1978 : Robert Dumas, la soie et le Kelly

À la mort d’Émile-Maurice, en 1951, Robert Dumas prend la tête de la maison, avec son beau-frère Jean-René Guerrand. Plus dessinateur que marchand, il confie les carrés à des artistes et dessine lui-même boucles, fermoirs et chaînes d’ancre. Le premier parfum, Eau d’Hermès, naît en 1951 ; Calèche suit en 1961.

En 1956, un petit sac à courroies créé dans les années 1930 prend le nom de Kelly, en hommage à Grace Kelly, devenue princesse de Monaco. Une photographie d’elle, le sac à la main, avait fait le tour du monde ; elle s’en serait servie, dit-on, pour masquer sa grossesse. La première collection de prêt-à-porter féminin est présentée en 1967.

1978-2006 : Jean-Louis Dumas secoue la tradition

Robert Dumas meurt en 1978 et son fils Jean-Louis, de la cinquième génération, prend la direction. La maison est alors prestigieuse et un peu endormie : elle réalise environ 42 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 1979, une campagne d’affichage montre de jeunes Parisiens portant le carré Hermès avec un jean ; la maison proteste, Paris regarde. Jean-Louis Dumas résume sa méthode d’une formule : faire vivre la tradition en la bousculant.

Le bottier John Lobb avait rejoint la maison en 1975 ; Jean-Louis Dumas crée en 1978 La Montre Hermès, à Bienne, en Suisse, fait entrer l’orfèvre Puiforcat en 1993 et les Cristalleries Saint-Louis en 1995, et prend une participation dans la maison Jean Paul Gaultier. En 1984, il dessine pour la chanteuse et actrice Jane Birkin le sac qui porte son nom ; la légende veut que l’idée soit née d’une conversation dans un avion entre Paris et Londres. En 1992, les ateliers de maroquinerie s’installent à Pantin, aux portes de Paris. Le prêt-à-porter féminin est confié en 1997 au Belge Martin Margiela, minimaliste discret, puis, à partir de la collection automne-hiver 2004, à Jean Paul Gaultier, qui l’est beaucoup moins.

Avant l’ouverture du capital, la société adopte la forme de la commandite par actions : la société Émile Hermès, réservée aux descendants d’Émile-Maurice et de son épouse Julie, en est l’associé commandité depuis le 27 décembre 1990. Le 3 juin 1993, Hermès International entre en Bourse. Malade, Jean-Louis Dumas associe à la direction, en 2004, Patrick Thomas, ancien directeur général de la maison revenu de chez le distillateur écossais William Grant & Sons, et lui laisse la gérance en 2006. Il meurt le 1er mai 2010 ; l’année précédente, la maison avait réalisé 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires, plus de quarante fois celui de 1978.

2006-2014 : Patrick Thomas et la montée masquée de LVMH

Seul patron d’Hermès étranger à la famille, Patrick Thomas décentralise l’organisation par métiers et lance en 2010 Shang Xia, marque d’objets inspirés de l’artisanat chinois. Le 23 octobre 2010, la maison découvre que LVMH, le groupe de Bernard Arnault, détient environ 17 % de son capital, acquis en partie au moyen d’instruments dérivés, sans que le marché en soit informé ; la participation montera à 23,2 %. La commandite protège la gestion familiale, mais pas l’actionnariat d’un clan de plus en plus nombreux.

La riposte est patrimoniale et judiciaire. Fin 2011, une cinquantaine d’héritiers apportent plus de la moitié du capital à une holding commune, H51. En 2013, l’Autorité des marchés financiers inflige à LVMH une amende de 8 millions d’euros, alors la plus lourde jamais prononcée par le gendarme boursier français, pour avoir dissimulé sa montée au capital. En septembre 2014, un accord met fin à quatre ans de contentieux : LVMH distribue ses actions Hermès à ses propres actionnaires. Patrick Thomas, qui jugeait l’entrée en Bourse « une erreur », part le 31 janvier 2014.

Depuis 2014 : Axel Dumas et la rareté organisée

Axel Dumas, neveu de Jean-Louis, ancien banquier de BNP Paribas entré dans la maison en 2003, devient cogérant le 5 juin 2013. Sa politique se lit dans les ateliers : la vingt-cinquième maroquinerie française a ouvert début avril 2026 à Loupes, en Gironde. Un artisan se forme en plusieurs années, et la production suit ce rythme, ce qui allonge les listes d’attente et alimente le soupçon, récurrent, d’une pénurie organisée.

Hermès entre au CAC 40 en 2018, dans l’Euro Stoxx 50 en 2021, ouvre en 2020 son seizième métier, la beauté, et inaugure le 16 juin 2026 sa sixième Maison, sur New Bond Street, à Londres. L’ombre de LVMH demeure : l’héritier Nicolas Puech affirme que sa participation d’environ 6 % a disparu par l’entremise de son ancien gestionnaire de fortune, qui avait signé en 2002 un accord avec LVMH, selon Reuters ; LVMH affirme n’avoir jamais envisagé d’acquérir cette participation, « et encore moins contre son gré ».

Ce que fait Hermès aujourd’hui

Hermès a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros, avec une marge opérationnelle courante de 41 %. Il se répartit ainsi :

  • Maroquinerie-sellerie (44 % des ventes) : sacs, dont le Birkin et le Kelly, articles de voyage, petite maroquinerie, selles et objets d’équitation.
  • Vêtement et accessoires (28 %) : prêt-à-porter féminin et masculin, chaussures, accessoires de mode.
  • Soie et textiles (6 %) : carrés, cravates, châles, fabriqués dans la région lyonnaise.
  • Autres métiers Hermès (13 %) : bijouterie, art de vivre et arts de la table.
  • Horlogerie (4 %), parfum et beauté (3 %), et autres produits et marques (2 %), dont les Cristalleries Saint-Louis.

L’Asie-Pacifique fait plus de la moitié des ventes (52 %, dont 10 % pour le Japon), devant l’Europe (25 %, dont 10 % pour la France), les Amériques (19 %) et le Moyen-Orient (4 %). Hermès compte 294 magasins exclusifs et 79 sites de production et de formation, dont 63 en France.

Les dirigeants d’Hermès

  • Thierry Hermès (à partir de 1837) : fondateur.
  • Charles-Émile Hermès (à partir de 1880) : fils du fondateur.
  • Adolphe et Émile-Maurice Hermès (jusqu’en 1919) : Hermès Frères.
  • Émile-Maurice Hermès (1919-1951) : la diversification.
  • Robert Dumas (1951-1978) : gendre d’Émile-Maurice, avec Jean-René Guerrand.
  • Jean-Louis Dumas (1978-2006) : fils de Robert.
  • Patrick Thomas (2004-2014) : gérant à partir de 2006, seul dirigeant extérieur à la famille.
  • Axel Dumas (depuis 2013) : gérant, membre de la sixième génération.
  • Éric de Seynes (depuis 2011) : président du conseil de surveillance.

Hermès en Bourse

L’action Hermès International est cotée sur Euronext Paris depuis le 3 juin 1993 (code RMS) ; elle entre au CAC 40 en 2018 et dans l’Euro Stoxx 50 en 2021. L’introduction ne mit sur le marché qu’environ 19 % du capital, selon Vanity Fair, pour permettre à des héritiers de vendre sans bouleverser l’équilibre familial. C’est sur ce flottant que LVMH a accumulé discrètement la participation révélée en 2010. Le 15 avril 2025, Hermès a brièvement dépassé LVMH comme première capitalisation de la Bourse de Paris, avant d’être dépassé de nouveau dans la matinée.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires Résultat opérationnel courant Résultat net part du groupe
2021 8,98 3,53 2,45
2022 11,60 4,70 3,37
2023 13,43 5,65 4,31
2024 15,17 6,15 4,60
2025 16,00 6,57 4,52

En milliards d’euros, comptes publiés par Hermès International. Le résultat net de 2025 est amputé par la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises françaises.

Questions fréquentes sur Hermès

Qui a fondé Hermès ?

Thierry Hermès, né en 1801 à Krefeld, alors ville française, a ouvert en 1837 un atelier de harnais à Paris. Ses descendants contrôlent toujours la maison.

D’où viennent le nom et le logo d’Hermès ?

Le nom est celui du fondateur, sans rapport avec le dieu grec, même si la coïncidence n’a jamais nui. Le logo, une calèche attelée, reprend depuis 1945 un dessin d’Alfred de Dreux.

Qui dirige Hermès ?

Axel Dumas, de la sixième génération, est gérant depuis 2013, aux côtés de la société familiale Émile Hermès SAS, représentée par Henri-Louis Bauer. Éric de Seynes préside le conseil de surveillance.

Hermès appartient-il à LVMH ?

Non. LVMH a détenu jusqu’à 23,2 % du capital après une montée masquée révélée en 2010, mais un accord de 2014 l’a obligé à distribuer ces actions. Le groupe familial Hermès détient 66,7 % du capital.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’Hermès.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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