Histoire de Sanofi : de la filiale d’un pétrolier au laboratoire d’un seul anticorps
Elf Aquitaine, Synthélabo, l’OPA sur Aventis, Genzyme, Dupixent, la Dépakine, Opella et ses patrons : toute l’histoire de Sanofi depuis 1973.

Sanofi est un groupe pharmaceutique français coté au CAC 40, qui vend des médicaments de spécialité, des vaccins et des médicaments plus anciens, pour moitié aux États-Unis. Son histoire commence en 1973 dans une compagnie pétrolière publique et se poursuit par cinquante ans de fusions avec des laboratoires nés au XIXe siècle, jusqu’à dépendre largement, aujourd’hui, d’un seul anticorps, découvert avec un partenaire américain.
Sanofi en bref
- Fondation : 1973, par Elf Aquitaine, qui prend le contrôle du groupe pharmaceutique Labaz ; le groupe actuel est né de la fusion de Sanofi et de Synthélabo en 1999, puis du rachat d’Aventis en 2004.
- Siège : Paris, 46, avenue de la Grande Armée (17e arrondissement).
- Dirigeants : Belén Garijo, directrice générale depuis le 1er mai 2026 ; Frédéric Oudéa, président du conseil d’administration depuis mai 2023.
- Activités : immunologie, maladies rares, neurologie, cancérologie, médecine générale et vaccins.
- Produits principaux : Dupixent, ALTUVIIIO, Beyfortus, Sarclisa, Lantus, Toujeo, Plavix, Lovenox, vaccins contre la grippe, la polio, la coqueluche et la méningite.
- Effectifs : 74 846 salariés fin 2025, dont 36 794 en Europe et 12 707 aux États-Unis.
- Cotation : Euronext Paris, membre du CAC 40 et de l’Euro Stoxx 50 ; certificats américains sur le Nasdaq.
- Chiffre d’affaires 2025 : 43,6 milliards d’euros.
Histoire de Sanofi
1973-1998 : la pharmacie d’une compagnie pétrolière
En 1973, Elf Aquitaine, groupe pétrolier contrôlé par l’État et soucieux de se diversifier, prend le contrôle du groupe pharmaceutique Labaz et crée une filiale consacrée à l’hygiène et à la santé, Sanofi. Elle est placée sous l’autorité de Jean-René Sautier, haut dirigeant d’Elf ; Jean-François Dehecq, ingénieur des Arts et Métiers venu du groupe pétrolier, en est la cheville ouvrière.
Le Sanofi de ces années-là est un conglomérat dont l’inventaire ferait sourire un analyste d’aujourd’hui. On y trouve des médicaments, mais aussi des parfums (Roger & Gallet, la licence Van Cleef & Arpels), de la gélatine avec Rousselot, des additifs alimentaires, des semences américaines et même une participation dans un obtenteur d’œillets d’Antibes. Le premier grand médicament maison, l’antiagrégant Ticlid, sort en 1978. Les activités pharmaceutiques sont regroupées à la fin des années 1970, et la société entre en Bourse à Paris au tournant de 1980.
En octobre 1980, Sanofi reprend la branche santé de Clin-Midy, ce qui fait plus que doubler sa taille selon les archives du groupe. Il rachète ensuite les laboratoires Choay, qui lancent en 1985 la première héparine de bas poids moléculaire contre les thromboses. En 1994, Sanofi achète à Eastman Kodak les médicaments sur ordonnance de Sterling Winthrop et prend pied aux États-Unis. Il y lance l’antihypertenseur Aprovel en 1997, puis l’antiagrégant Plavix en 1998, commercialisés avec l’américain Bristol-Myers Squibb.
1999-2004 : Synthélabo, puis l’OPA sur Aventis
L’autre branche de l’arbre est plus ancienne. Synthélabo naît en 1970 de la fusion de deux maisons parisiennes : les laboratoires Dausse, dont le laboratoire remonte à 1834, et Robert & Carrière, fondé au tournant du siècle par un pharmacien et un fabricant de bougies. L’Oréal en prend la majorité en 1973. En 1988, Synthélabo lance le somnifère Stilnox, vendu aux États-Unis à partir de 1993 sous le nom d’Ambien.
Fin 1998, Elf et L’Oréal décident de marier leurs filiales ; la fusion prend effet au printemps 1999 et donne Sanofi-Synthélabo. Le nouveau groupe se défait de tout ce qui n’est pas le médicament : la beauté, le diagnostic, la santé animale en 1999, puis la chimie.
Fin janvier 2004, Sanofi-Synthélabo lance une offre publique d’achat hostile sur Aventis, né en 1999 du mariage du français Rhône-Poulenc, fondé en 1928, et de l’allemand Hoechst, fondé en 1863. Le patron d’Aventis, Igor Landau, juge le prix « ridicule », et le suisse Novartis se prépare à une contre-offre. Le gouvernement français ne veut pas d’un acquéreur étranger : le 23 avril, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Économie, réunit les deux présidents. L’accord est conclu au terme du week-end. Sanofi relève son offre à 55,3 milliards d’euros, payés surtout en actions, et Sanofi-Aventis devient le troisième groupe pharmaceutique mondial et le premier d’Europe.
2005-2014 : la falaise des brevets et le patron congédié
En janvier 2007, Jean-François Dehecq confie la direction générale à Gérard Le Fur, chercheur maison, et garde la présidence. Le Fur mise sur le rimonabant, vendu sous le nom d’Acomplia, une pilule contre l’obésité finalement retirée du marché ; des porteurs américains de titres accusent le groupe d’en avoir dissimulé des effets secondaires psychiatriques, et l’affaire se clôt en 2013 par une transaction de 40 millions de dollars. Il est remplacé le 1er décembre 2008 par Christopher Viehbacher, venu de GlaxoSmithKline.
Le nouveau directeur général hérite d’une falaise : les brevets de ses médicaments vedettes expirent les uns après les autres, et les génériques arrivent. Sa réponse est la diversification : les génériques tchèques de Zentiva et brésiliens de Medley en 2009, la santé grand public américaine avec Chattem en 2010, le rachat de la totalité de Merial, la santé animale, et surtout l’américain Genzyme, spécialiste des maladies rares, conquis le 4 avril 2011 au terme d’une offre publique, pour 20,4 milliards de dollars. En mai 2011, Sanofi-Aventis devient simplement Sanofi.
Une décision passée presque inaperçue pèsera davantage que toutes les autres : en novembre 2007, le groupe avait signé avec la biotech new-yorkaise Regeneron une alliance pour découvrir et développer des anticorps. Viehbacher n’en verra pas les fruits. Le 29 octobre 2014, le conseil d’administration le révoque à l’unanimité, lui reprochant notamment l’exécution de la stratégie et l’information du conseil. Le président, Serge Weinberg, assure l’intérim.
2015-2025 : Dupixent, et le reste
Olivier Brandicourt, ancien de Bayer, devient directeur général le 2 avril 2015. Le 1er janvier 2017, Sanofi échange sa santé animale contre la santé grand public de l’allemand Boehringer Ingelheim. En mars de la même année, l’autorité sanitaire américaine autorise Dupixent contre l’eczéma de l’adulte : c’est le premier grand fruit de l’alliance avec Regeneron. En 2018, Sanofi achète Bioverativ, spécialiste de l’hémophilie, pour 11,6 milliards de dollars, et le belge Ablynx pour 3,9 milliards d’euros, puis vend ses génériques européens au fonds Advent International.
Les mêmes années apportent leur lot de procès. En novembre 2017, Sanofi reconnaît que son vaccin contre la dengue, Dengvaxia, ne doit être donné qu’aux personnes déjà infectées ; aux Philippines, des parents d’enfants vaccinés portent plainte, et la justice poursuit des employés du groupe pour imprudence ayant causé la mort, mais les huit premières affaires sont rejetées en juillet 2024. En France, l’antiépileptique Dépakine, pris pendant la grossesse, est mis en cause dans des malformations et des troubles du développement de l’enfant : la filiale française est mise en examen en 2020 pour tromperie aggravée, blessures et homicides involontaires, et le tribunal de Paris retient sa responsabilité en janvier 2022 dans une action de groupe, jugement frappé d’appel par les deux parties.
Paul Hudson, venu de Novartis, prend la direction générale le 1er septembre 2019. Son plan, « Play to Win », met fin à la recherche dans le diabète et le cardiovasculaire et recentre le groupe, notamment sur les vaccins. En mai 2020, Sanofi vend la quasi-totalité de sa participation d’un peu plus de 20 % dans Regeneron, pour environ 13 milliards de dollars, tout en gardant l’alliance. La pandémie est cruelle pour le vaccinateur : le 11 décembre 2020, Sanofi et GSK retardent leur vaccin contre la Covid-19, trop peu efficace chez les personnes âgées ; il n’arrive en Europe, comme rappel, qu’à la fin de 2022.
En octobre 2024, Sanofi entre en négociations exclusives avec le fonds américain Clayton, Dubilier & Rice pour lui céder le contrôle d’Opella, sa santé grand public, celle du Doliprane. L’annonce fait débat en France ; à la clôture, le 30 avril 2025, Bpifrance, la banque publique d’investissement, prend environ 1,8 % de la société, et Sanofi en garde 48,2 %.
Depuis 2026 : l’après-Hudson
Le 11 février 2026, le conseil d’administration met fin aux fonctions de directeur général de Paul Hudson, avec effet au 17 février au soir. Olivier Charmeil assure l’intérim. Belén Garijo, médecin de formation, ancienne directrice générale de l’allemand Merck KGaA et ancienne de Sanofi, prend ses fonctions le 1er mai 2026. L’après-Dupixent est traité dans l’analyse SWOT.
Ce que fait Sanofi aujourd’hui
Depuis la cession d’Opella, Sanofi ne vend plus que des médicaments sur ordonnance et des vaccins : en 2025, il a réalisé 43,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 15,7 milliards pour le seul Dupixent, soit environ 36 % du total :
- Immunologie : Dupixent (eczéma, asthme et autres maladies inflammatoires), Kevzara.
- Maladies rares : ALTUVIIIO et Alprolix dans l’hémophilie, Fabrazyme, Cerezyme, Nexviazyme, héritage de Genzyme et de Bioverativ, et Ayvakit, venu de Blueprint Medicines.
- Cancérologie et neurologie : Sarclisa dans le myélome, Jevtana, Aubagio.
- Médecine générale : les insulines Lantus et Toujeo, Plavix, Lovenox, Praluent, Aprovel.
- Vaccins (7,9 milliards d’euros) : polio, coqueluche et rappels, grippe, Beyfortus contre la bronchiolite du nourrisson, méningite et vaccins du voyageur.
Les États-Unis représentent 22,2 milliards d’euros, environ 51 % des ventes, devant l’Europe (9,2 milliards, environ 21 %) et le reste du monde (12,3 milliards, environ 28 %), dont la Chine pour 2,6 milliards.
Les dirigeants de Sanofi
- Jean-François Dehecq (1973-2010) : cofondateur, président-directeur général de 1988 à 2007, puis président jusqu’en 2010.
- Gérard Le Fur (2007-2008) : directeur général.
- Christopher Viehbacher (2008-2014) : directeur général, révoqué en octobre 2014.
- Serge Weinberg (2010-2023) : président du conseil, et président-directeur général par intérim de 2014 à 2015.
- Olivier Brandicourt (2015-2019) : directeur général.
- Paul Hudson (2019-2026) : directeur général.
- Frédéric Oudéa (depuis 2023) : président du conseil d’administration.
- Olivier Charmeil (février-avril 2026) : directeur général par intérim.
- Belén Garijo (depuis 2026) : directrice générale.
Sanofi en Bourse
L’action Sanofi est cotée sur Euronext Paris (compartiment A, code SAN) et fait partie des indices CAC 40 et Euro Stoxx 50. Ses certificats représentatifs, cotés à New York depuis juillet 2002, s’échangent sur le Nasdaq depuis janvier 2019. Le capital garde la trace de l’histoire : L’Oréal, héritier de sa participation dans Synthélabo, en reste le premier actionnaire, avec 7,27 % du capital et environ 13 % des droits de vote fin 2025, après avoir revendu à Sanofi, en février 2025, un bloc d’actions pour environ 3 milliards d’euros.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Chiffre d’affaires | Recherche et développement | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 37,76 | 5,69 | 6,22 |
| 2022 | 37,65 | 6,50 | 8,37 |
| 2023 | 37,82 | 6,51 | 5,40 |
| 2024 | 41,08 | 7,39 | 5,56 |
| 2025 | 43,63 | 7,84 | 7,81 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Sanofi. Les chiffres d’affaires et frais de recherche de 2022 à 2025 excluent Opella, ceux de 2021 l’incluent. Le résultat net comprend celui d’Opella et, en 2025, le gain de sa cession.
Questions fréquentes sur Sanofi
Qui a fondé Sanofi ?
Sanofi a été créé en 1973 par Elf Aquitaine, alors groupe pétrolier public, qui prenait le contrôle du laboratoire Labaz. Jean-François Dehecq, qui le dirigea jusqu’en 2007, est considéré comme le cofondateur.
D’où vient le nom Sanofi ?
L’explication la plus répandue en fait une contraction de la raison sociale d’origine, une société financière consacrée à la santé créée par Elf. Nous n’en avons pas trouvé de confirmation dans les documents du groupe. Accolé à Synthélabo, puis à Aventis, il est redevenu seul en 2011.
Qui dirige Sanofi ?
Belén Garijo est directrice générale depuis le 1er mai 2026, après le départ de Paul Hudson en février. Frédéric Oudéa, ancien directeur général de la Société Générale, préside le conseil d’administration depuis mai 2023.
Sanofi a-t-il vendu le Doliprane ?
En partie. Le 30 avril 2025, Sanofi a cédé 50 % d’Opella, sa filiale de santé grand public qui fabrique le Doliprane, au fonds américain Clayton, Dubilier & Rice. Il en garde 48,2 %, et Bpifrance environ 1,8 %.
Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Sanofi.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Sanofi, document d’enregistrement universel 2025 (2026)
- Sanofi, document d’enregistrement universel 2024 (2025)
- Sanofi, document d’enregistrement universel 2023 (2024)
- Sanofi, document d’enregistrement universel 2022 (2023)
- Sanofi-Synthélabo, rapport annuel Form 20-F 2002, « History and Development of the Company » (2003)
- La Croix, « Sanofi-Aventis, le nouveau géant » (26 avril 2004)
- Sud Ouest avec l’AFP, « Le géant Sanofi annonce la vente de sa part dans Regeneron » (25 mai 2020)
- Société d’histoire de la pharmacie, « Histoire des Laboratoires Clin-Midy » (2017)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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